Il aura donc fallu attendre 6 semaines pour que le Gouvernement réponde enfin à un mouvement lycéen, qu’il n’avait jusqu’ici traité qu’au prisme de la répression.
Ainsi donc après avoir moqué toute une génération et stigmatisé les jeunes scolarisés des banlieues populaires, où le mouvement avait commencé le 21 septembre dernier pour protester contre l’indécence de leurs conditions d’instruction, MM. Lecornu, Geffray et Baptiste accèdent à l’essentiel des exigences :
- Parcoursup remplacé en 2028 ;
- Remise en cause du contrôle continu en Première pour le baccalauréat ;
- Indexation des bourses étudiantes sur l’inflation ;
- 15 000 places supplémentaires dans l’enseignement supérieur ;
- de nouveaux crédits pour la rénovation du bâti ;
- un maximum de 28 élèves par classe, à compter de septembre 2027, en priorité dans les quartiers populaires ;
- création de 500 postes supplémentaires d’enseignants dès le budget 2027 ;
- 1 200 postes d’enseignants seront créés pour les 10 000 places supplémentaires ouvertes en BTS ;
- création de 200 postes supplémentaires d’infirmiers, de psychologues et d’assistants sociaux, en plus des 300 postes initialement annoncés ;
- révision des combinaisons d’enseignements de spécialité en première et en terminale, afin de rendre les emplois du temps plus cohérents et plus équilibrés et de garantir une pause déjeuner d’une heure pour toutes et tous.
Point positif : c’est une reconnaissance complète de la légitimité des revendications des lycéens et des lycéennes.
Point négatif : en réalité, le gouvernement tire un chèque en blanc en reportant à l’après présidentielle la mise en œuvre de ces « promesses », dont la plus floue est celle du remplacement de Parcoursup (mais pourrait s’y adjoindre la facilitation de « prêts » aux régions pour financer l’investissement dans les Lycées), sans aucune garantie d’un vote d’un projet de loi de finances pour 2027 intégrant ces mesures.
On voit difficilement comment le budget pourra disposer des crédits suffisants pour ces annonces, dans le cadre corseté porté par le gouvernement : s’il n’accepte pas les amendements sur l’accroissement des recettes portés par la gauche qu’il a rejeté en commission des finances, on voit difficilement comment il pourrait intégrer une partie des annonces d’hier sans faire un chantage malsain en déshabillant d’autres programmes budgétaires. On voit enfin difficilement comment le gouvernement prétend recruter des enseignants supplémentaires pour des postes fixes ou des remplacements, alors que l’insuffisance notoire des rémunérations dans l’éducation nationale plombe l’attractivité de la profession depuis plus de 10 ans maintenant : et aucune revalorisation suffisante n’est évidemment budgétée ni actuellement, ni dans les annonces…
Ainsi, dès le 3 novembre, nous serons fixés sur la portée réelle des « engagements » de ce gouvernement.
Il faut être franc avec les lycéens qui ont été méprisés et violentés pendant plusieurs semaines : sans changement conséquent de stratégie budgétaire par ce gouvernement, ils ne trouveront pas de réponses adaptées à leurs revendications. Plus généralement, après deux ans de blocages institutionnels dus au refus du président de la République et de ses amis politiques de reconnaître leurs défaites électorales, c’est effectivement avec l’élection présidentielle que se jouera l’avenir de la France et de l’éducation nationale dans notre pays.
La mobilisation doit continuer pour montrer la détermination du mouvement social, et ne doit pas se laisser intimider par la brutalité de l’exécutif et le fond de l’air nauséabond qu’il entretient.
Nous pouvons rompre avec la politique menée depuis plus de 10 ans, et répondre aux aspirations de la jeunesse et du monde du travail. Nous pouvons battre Marine Le Pen. Il faudra pour cela rassembler les Françaises et les Français.
