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  • Projet de loi constitutionnelle sur la Corse : le danger de la fragmentation identitaire – tribune d’Emmanuel Maurel dans Le Temps des Ruptures

    Projet de loi constitutionnelle sur la Corse : le danger de la fragmentation identitaire – tribune d’Emmanuel Maurel dans Le Temps des Ruptures

    tribune publiée le lundi 22 juin 2026 dans Le Temps des Ruptures

    L’Assemblée nationale examine un projet de révision constitutionnelle visant à accorder à la Corse un statut d’autonomie inédit. Présenté comme une réponse aux spécificités de l’île, ce texte suscite toutefois d’importantes interrogations quant à ses conséquences pour l’unité de la République et l’égalité devant la loi. Emmanuel Maurel, député du Val d’Oise et animateur national de la Gauche Républicaine et Socialiste, alerte sur les risques d’une différenciation qui pourrait fortement fragiliser le cadre républicain.

    Hormis les premiers intéressés, nos compatriotes ne prêtent pas d’attention au projet de loi constitutionnelle actuellement en discussion à l’Assemblée nationale, instituant une « autonomie pour la Corse au sein de la République ».

    Le texte du Gouvernement, et modifié à la marge par les députés, institue une autonome législative élargie, similaire à celle de la Polynésie française. Cette autonomie est justifiée par « l’insularité », mais aussi par l’existence d’une « communauté insulaire historique, linguistique, culturelle, ayant développé un lien singulier à la terre corse ». Ce qui frappe d’emblée, c’est l’utilisation des mots de « communauté » et de « lien singulier à la terre ». Or ces mots-là sont tout sauf inoffensifs et justifient que tous les Français y réfléchissent.

    Les parlementaires s’apprêtent à ouvrir une dangereuse boîte de Pandore : celle d’une fragmentation identitaire qui risque de s’étendre à bien d’autres territoires hexagonaux. En effet, les mots choisis pour la Corse ressemblent à s’y méprendre à la définition du… communautarisme donnée par le Conseil constitutionnel en 1999 : « la reconnaissance de droits collectifs à un groupe défini par une communauté d’origine, de culture, de langue ou de religion ». Et déjà, des élus de Bretagne, de Savoie ou du Pays basque demandent l’autonomie régionale sur les mêmes bases communautaires.

    Dès lors, poursuivre le processus de révision de la Constitution serait une double erreur.

    La première erreur est de fragiliser la communauté politique de citoyens qu’est la France depuis la Révolution de 1789. Si des communautés sont reconnues au sein de la République, alors des droits différents ne manqueront pas d’être réclamés pour leurs membres. Les élus autonomistes n’en font d’ailleurs pas mystère : pour l’accès à la propriété immobilière, ils souhaitent conférer aux Corses établis de longue date des droits supérieurs aux habitants venus de l’étranger ou du continent.

    La seconde erreur est de croire que l’autonomie serait une formule magique pour résoudre tous les problèmes. Mais partout en France et en Europe sévissent les mêmes crises économiques et sociales, et cela quel que soit le régime institutionnel.

    La spéculation immobilière et l’éviction des habitants les plus défavorisés existent-elles seulement en Corse ? Non. Les services publics sont-ils toujours en meilleur état dans les régions autonomes ? Non. Et le surtourisme, les atteintes à l’environnement et au littoral sont aussi prégnantes en PACA, qui n’a pas de pouvoir législatif, qu’aux Baléares ou en Catalogne, régions autonomes dans une Espagne fortement décentralisée.

    En réalité, l’illusion d’une autonomie aux vertus miraculeuses éloigne des solutions au lieu de s’en rapprocher. Les autonomistes pensent que leurs problèmes sont « spécifiques » et perdent ainsi leur énergie et leur temps à échafauder des mécanos institutionnels et juridiques « spécifiques ». Je pense pour ma part que surmonter ces crises, et toutes les inégalités qu’elles créent en cascade, nécessite non pas un cadre « spécifique » ou « autonome », mais la mobilisation de la solidarité nationale.

    Enfin, le respect des cultures, qu’elles traversent le monde ou soient régionales ou locales, ne saurait être le fer de lance d’une confrontation. Par essence, l’universalisme embrasse toutes les cultures. Et par essence, le communautarisme tend à les discriminer. Dans la République française, il est possible de vivre sa culture, et sans doute faut-il raffermir encore davantage ce principe, mais il n’est pas possible de l’imposer. Et il en va de même de la langue : sauf dans certaines situations professionnelles objectives, aucune raison ne justifie qu’on différencie les gens en fonction de leur maîtrise du corse, du basque ou du breton.

    Notre pays, comme les autres, vit dans une ère de crispation. De proche en proche, les ressorts de l’inégalité économique et sociale, de la standardisation et de l’uniformité actionnent ceux de l’insécurité culturelle et d’une recherche d’identité qui tournent comme une vis sans fin. Il est séduisant et sécurisant de se dire qu’avec l’autonomie législative, corollaire de sa « communauté historique », on a un point d’appui à portée de main. Mais ce n’est pas vrai, car désuni, on ne s’en sort jamais.

    Emmanuel Maurel
    Député du Val-d’Oise
    Animateur national de la Gauche Républicaine et Socialiste

  • Ils ont marché pour la santé !

    Ils ont marché pour la santé !

    13 jours de marche, 13 escales, 325 kilomètres à pied : du Loing aux plaines de Brie, des futaies du Gâtinais jusqu’aux rives de Seine, Anthony Gratacos et Nathalie Moine, nos deux conseillers départementaux GRS de Seine-et-Marne, ont traversé la Seine-et-Marne, département qui impressionne par l’étendue de ses paysages mais inquiète par la rareté de ses soignants. La statistique est sans appel : seulement 89 généralistes pour 100 000 habitants, 99ᵉ rang national ; dans certains cantons, six médecins pour dix mille personnes. Ici, obtenir un rendez-vous devient un pari !

    À chaque étape, même scénario : cabinet déserté, secrétariat saturé, urgences débordées avant le milieu de journée. Des parents contraints d’attendre des mois pour un simple contrôle pédiatrique, des soignants exténués qui tiennent tant qu’ils peuvent. Le désert médical c’est un quotidien tangible qui érode notre espérance de vie en bonne santé.
    Toujours un accueil républicain et chaleureux de la part des habitants et des élus locaux et le soutien des parlementaires de gauche du département, Marianne Margaté, la sénatrice communiste, et Olivier Faure, député socialiste … et d’Emmanuel Maurel, notre député GRS, qui s’est joint à leur marche le 15 juin sous des chaleurs fortes.

    Hier 20 juin, ils ont défendu un amendement au Conseil départemental pour inscrire la mise en place d’un centre départemental de santé public, avec des médecins salariés. Si la droite, majoritaire, l’a rejeté, le centre a mêlé ses voix avec la gauche pour le soutenir : nos amis ont marqué des points au service des habitants.

    La marche s’est achevée le 19 juin, mais le combat continue ! Chaque soutien, chaque message, chaque signature, chaque partage de la pétition qu’ils ont lancée permettra de peser un peu plus fort.

  • Autonomie de la Corse : une boîte de pandore macroniste qui ne résoudra rien !

    Autonomie de la Corse : une boîte de pandore macroniste qui ne résoudra rien !

    Le jeudi 28 septembre 2023, Emmanuel Macron a déclaré son ouverture à un renforcement constitutionnel de l’autonomie de la Corse et à une reconnaissance étendue de sa culture « spécifique » et de son insularité.

    « La République une et indivisible », premiers mots de notre constitution, sont sur le point d’être enterrés par le Président et son gouvernement. Il s’agit de l’aboutissement ultime du néolibéralisme dont l’objectif avoué est la destruction de l’État providence et de la République sociale, au profit d’une « Europe des régions » où chacun serait autonome, « individué », et surtout appauvri.

    La Corse, c’est la France. Il s’agit des départements de France métropolitaine les plus pauvres, et souvent les plus ignorés de la puissance publique concernant les investissements publics. Au regard du statut institutionnel actuel de l’île, la Corse bénéficie déjà d’un très large transfert de compétence ; l’étape suivante ne pourrait donc être qu’une autonomie fiscale et législative qui mettrait fin de fait à la République française en Corse. Or soyons très clairs, le Président de la République cherche depuis des mois un échappatoire pour ne pas avoir à résoudre les problèmes concrets que nos concitoyens rencontrent sur l’Île : on pourrait modifier la Constitution, pour y introduire l’autonomie corse, autant qu’on veut, cela ne touchera pas les « intermédiaires » qui détournent la solidarité nationale et y sont responsables de la vie chère : la TVA sur l’essence est à 13% en Corse et à 20% sur le continent mais les prix restent plus élevés sur l’Île ; la Corse bénéficie d’un régime d’importation franco de port, pour l’alimentation mais quand le kilo de tomate est à 7,54€ à Marseille, quand il est à 10,20€ à Ajaccio ! La Corse n’a pas besoin d’une autonomie inscrite dans la constitution, elle a besoin de volontarisme politique, qualité qui fait défaut à cet exécutif comme aux précédents.

    Emmanuel Macron décide de répondre par une mauvaise solution à un problème grave, par paresse et par choix – celui de ne pas toucher aux intérêts économiques privés qui créent cette situation. Il le fait aussi par lâcheté : il n’a pas su faire face aux violences qui ont suivi l’année dernière l’assassinat d’Yvan Colonna en prison, et il n’a pas voulu prendre parti pour l’immense majorité de nos concitoyens corses qui ont exprimé alors leur rejet de la violence. Le fait que, lors de son allocution devant l’Assemblée de Corse, il ait tu le nom du Préfet Érignac pour ne parler que de celui qui a été condamné pour son assassinat est à la fois symptomatique et choquant.

    Après les défaillances, l’engrenage

    La mise en œuvre d’une autonomie en Corse sera le premier domino à tomber dans une logique de fragilisation de la République. La Bretagne et l’Alsace réclament désormais à leur tour des statuts spécifiques (la Savoie et le Pays-Basque suivront sans doute) qui seront autant de détricotages de la République.

    Quelle serait la suite de l’autonomie corse ? L’autonomie de toutes les régions dont l’identité culturelle locale est restée puissante ? La désagrégation à marche forcée de l’universalité de la loi et la transformation de la France en une obscure fédération de grandes régions ? C’était déjà ce que laissait entendre une proposition de résolution du groupe socialiste en juin 2020 en faveur d’une modification de la constitution visant à énoncer de façon limitative les compétences de l’État, celles des collectivités locales devenant la règle pour tous les autres sujets.

    Soyons là aussi explicites : si la conquête électorale de la Corse par les partis autonomistes (alliés aux nationalistes) s’explique aussi beaucoup par le rejet d’un ancien système clanique corrompu qui s’était emparé pendant des décennies des partis dits « républicains » dans l’Île, la position du Président du Conseil régional de Bretagne ou celle du Président de la « Collectivité européenne » d’Alsace (et de leurs soutiens respectifs) n’a de valeur que par l’effondrement de tout autre projet politique réel, incitant ces dirigeants locaux à enfourcher les identités régionales pour trouver une justification à leur légitimité. Ces élus proposent l’autonomie dans une fuite en avant pour camoufler l’accumulation des défaillances multiples de la puissance publique.

    La pire solution à des graves problèmes

    Cette revendication d’une autonomie fiscale et législative de la Corse pourrait d’ailleurs aboutir à une situation complexe qui déborderait les dirigeants autonomistes : il y a fort à parier que la Corse soit alors encore plus en difficulté pour résister aux appétits « économiques » de certains intérêts peu recommandables. La République reste aujourd’hui le meilleur rempart des Corses et de la Corse contre des visées agressives. C’est un risque bien trop grand avec des conséquences bien trop graves.

    Nous disons notre conviction que l’autonomie de la Corse ne réglera rien des problèmes que traverse l’île. La puissance publique n’investira pas plus dans des infrastructures dignes, dans la lutte contre la pauvreté ou contre la corruption. La pauvreté ne reculera pas si la loi de la République ne s’applique plus en Corse. Elle ne reculera que si le gouvernement et les représentants légitimes et élus de cette région discutent des moyens financiers et humains à consacrer à la lutte contre l’isolement, l’inflation, la vie chère, qui rongent la Corse et ses habitants. Négocier un véritable contrat de plan renforcé État/Corse qui vise à résoudre les problèmes sociaux, économiques et d’accès aux services publics des habitants est une priorité absolue : le fait que le président de l’exécutif territorial soit autonomiste ne doit en rien constituer un frein à ce travail urgent et nécessaire.

    Sauf que ce processus est tellement aux antipodes de ce qu’Emmanuel Macron a l’habitude de faire qu’il préfère brader l’unité de la République. Pour notre part, nous continuerons à défendre l’indivisibilité de la République et l’égalité des citoyens en son sein. Malgré les néolibéraux qui, après s’être attaqués au service public, veulent maintenant brader l’égalité territoriale par lâcheté.

    Augustin Belloc (et Frédéric Faravel et Laurent Miermont)

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