communiqué de presse d’Emmanuel Maurel, député et animateur national de la Gauche Républicaine et Socialiste, lundi 30 mars 2026
Sur ma proposition, l’Assemblée nationale avait dit « non » à 90% à l’accord de vassalisation commerciale de l’Union européenne aux Etats-Unis. Mais il n’en est pas du tout allé de même au Parlement européen. « Not even close », comme on dit outre-Atlantique : les eurodéputés ont décidé de se soumettre au diktat de TRUMP par… 417 voix contre 154 (et 71 abstentions).
A l’exception notable de la plupart des eurodéputés français, les représentants des peuples d’Europe ont ainsi validé à une majorité écrasante un « deal » qui taxe à 15% nos exportations vers les USA et à zéro % leurs exportations vers l’UE, nous oblige à investir 600 milliards de dollars sur le sol américain, à leur acheter 750 milliards d’hydrocarbures et à leur ouvrir des centaines de milliers de tonnes de contingents d’importations agricoles, sans respecter nos normes sanitaires et phytosanitaires.
Politiquement, le vote du 26 mars à Bruxelles est une double catastrophe.
La première concerne l’Union européenne, qui choisit en toute connaissance de cause de se mettre la corde de TRUMP autour du cou, alors même que le Président américain vient d’être empêché par la Cour suprême d’appliquer sa politique de droits de douane unilatéraux, et du chantage qui l’accompagne. L’UE n’a pas davantage riposté à la menace de TRUMP de nous couper les approvisionnements américains en GNL si nous disions « non » à son accord. Et nous ne pouvons plus dire, désormais, que la vassalisation de l’UE n’est due qu’à la fuite en avant de la seule Ursula VON DER LEYEN, puisque le Parlement européen l’a validée.
La seconde catastrophe est pour la France, mise en minorité par une coalition « Allemagne – Italie – Pays de l’Est – patronat ». Toutes ces composantes ont tenu le discours du moindre mal à l’égard de la brutalité américaine. Tous s’estiment heureux de n’avoir pas été plus durement punis. Tous acceptent une humiliation qui raye d’un trait de plume les grandes promesses, qu’ils appelaient pourtant de leurs vœux, d’une mobilisation de l’épargne européenne pour investir dans l’appareil productif européen. Tous continuent de croire en une alliance euro-atlantique sur un pied d’égalité, que TRUMP et la classe politique américaine foulent aux pieds. En un seul vote, ils ont ruiné la crédibilité d’une Europe politique qui sait défendre ses intérêts ; et rangé la thèse de la France au rayon des vieux souvenirs.
Les Européens se déclaraient d’accord avec le discours de la France et des Français pour l’autonomie stratégique, le développement industriel endogène et le Made in Europe, mais ils ont voté l’exact inverse aux trois quarts !
Certes, le texte approuvé par le Parlement européen comporte des garde-fous : suspension de l’accord en cas de droits de douane supplémentaires, de menaces contre l’industrie militaire européenne ou de nouvelle tentative d’annexion du Groenland. Il comporte aussi une clause d’extinction, en mars 2028, soit un peu plus d’un mois après la fin du second mandat de TRUMP.
Mais tout cela n’empêchera pas les clauses de fond de s’appliquer, ni l’Europe de perdre des sommes faramineuses au bénéfice exclusif de l’économie américaine. Et rien ne dit que le successeur de TRUMP, qu’il s’agisse de Marco RUBIO, de JD VANCE ou même d’un Démocrate, ne profitera pas de notre faiblesse pour nous forcer pas à prolonger cet accord indéfiniment. On ne met pas impunément les doigts dans un tel engrenage.
Le vote du 26 mars figurera dans l’histoire comme une journée noire pour l’Europe, car il ne manquera pas d’alimenter, pour ne pas dire confirmer les discours eurosceptiques. Comment pourrons-nous, après cela, continuer d’affirmer que « l’Europe nous protège » ?




