Première étape franchie à l’Assemblée nationale pour la proposition de loi sur la présomption d’utilisation des contenus culturels par l’IA

communiqué de presse d’Emmanuel Maurel, mercredi 3 juin 2026 – 13h30

Une très large majorité de députés membres de la Commission des Affaires culturelles ont adopté le 2 juin 2026 la proposition de loi du Sénat sur la présomption d’utilisation des contenus culturels par les fournisseurs de systèmes et de modèles d’intelligence artificielle, dont Emmanuel Maurel était le rapporteur.

Pour le monde de la culture et de la presse, cette victoire permet d’envisager l’approbation du Parlement et le vote définitif de ce texte avant la fin de la législature en 2027.

Pour entraîner leurs intelligences artificielles, les entreprises du secteur ont massivement « moissonné » les œuvres de l’esprit, livres, films, articles de presse, mais sans jamais payer de droits d’auteur. Or sans l’accès à ces millions de données, les IA telles que nous les connaissons aujourd’hui n’existeraient pas.

Le modèle économique de l’IA rémunère tout (les infrastructures, les ingénieurs, les composants électroniques, l’électricité…), sauf la matière première indispensable à leur développement et leur fiabilité : la création humaine ! En particulier, le secteur de la presse subit un pillage si massif que sa pérennité est compromise à court terme.

Quant aux œuvres culturelles, on voit proliférer à une vitesse fulgurante les contenus « synthétiques » (faux livres, fausses chansons) sur les catalogues des plateformes comme Amazon, Deezer etc.

Pour protéger le droit d’auteur et permettre ainsi une négociation de bonne foi entre le secteur de la Tech et le secteur de la culture, il n’y a pas d’autre solution qu’instaurer une présomption d’utilisation des contenus culturels par les IA.

La modification du Code de la Propriété Intellectuelle introduite par la proposition de loi offrira ainsi un point d’appui solide au secteur de la création, qui pèse 100 milliards d’euros et plus d’un million d’emplois en France.

C’est une étape importante pour préserver l’exception culturelle française et européenne, qui ne peut pas être la variable d’ajustement gratuite du développement de l’intelligence artificielle.

Emmanuel MAUREL
Député du Val-d’Oise
Animateur national et co-fondateur
de la Gauche Républicaine et Socialiste

Élections en Israël : l’enjeu central de la laïcité et de l’État de droit

La Knesset va être dissoute car les partis religieux ont claqué la porte de la majorité qui soutenait le cabinet d’extrême droite dirigé par Benyamin Netanyahu. Le gouvernement propose donc le vote d’une motion de dissolution pour s’assurer que ce ne soit pas celle déposée par l’opposition qui soit symboliquement adoptée. La motion de dissolution passera donc a la quasi unanimité.

La rupture avec les partis religieux, pourtant gavés de subventions publiques par Nethanyahu, découle de leur exigence de continuer à exempter totalement les Haredim (juifs observants orthodoxes) du service militaire au motif que leurs prières seraient indispensables à la protection divine sur Tsahal… Cette clause baroque vient du fait qu’en 1947 David Ben Gourion ne voulait pas s embarrasser avec 2% d’ultra-orthodoxes (alors essentiellement ashkénazes) peu sionistes et peu politisés, alors que maintenant les ultra-orthodoxes représentent 13% de la population (+509% entre 1979 et 2023, contre +135% pour le reste des Israéliens juifs ou arabes) et de surcroît ultranationalistes (il faut y ajouter quelques 10 % d’orthodoxes « classiques »). Les projections démographiques donnent les Haredim à 2,15 millions d’individus, soit 18 % de la population, en 2038, 2,86 millions et 21,2 % de la population pour 2048. Le gros de la population et tout l’état major « historique », qui a largement été limogé par Netanyahu, refusent la perpétuation de ce compromis dépassé : c’est un très fort clivage public.

Deuxième sujet, Netanyahu a, tout comme Trump, de nombreux procès en corruption en attente qu’il tente à tout prix de bloquer, ce qui sous-tend en partie ses alliances avec l’ultra droite des suprémacistes kahanistes, version Ben Gvir et Smotrich qui prônent ouvertement l’expulsion ou l’éradication de tous les Palestiniens, et les barbus ; mais il a contre lui la Cour suprême qui ne plie pas. Il s’oppose également au Président de la République Isaac Herzog qui a refusé l’énorme pression exercée par Donald Trump pour gracier Benyamin Netanyahu : l’enjeu de l’élection à venir sera donc également la préservation de l’État de droit en Israël, les dossiers de la réforme de la Cour suprême (violent affrontement politique qui est antérieur aux massacres du 7 octobre 2023 et aux massacres qui ont suivi à Gaza) ou celui de la réforme de la peine de mort pour les prisonniers palestiniens s’ajoutant à la question des poursuites contre l’inamovible premier ministre.

Tout ça fait beaucoup et l’élection israélienne à la Knesset se jouera plus sur ces sujets que sur la Paix à laquelle personne en croit à court terme dans la séquence actuelle. Si le renversement de la coalition d’extrême droite permettrait peut-être un apaisement dans la bande de Gaza et en Cisjordanie (en vue de s’accorder avec d’autres États arabes), il est moins sûr que cela règle la confrontation avec l’Iran et au Liban.

La coalition centre et droite « laïques » menée par Yaïr Lapid (centre) et Naftali Bennet (très à droite), aidée par les officiers rebelles, ainsi que par une gauche encore divisée malgré la réunification Meretz/Ahavoda, à l’air bien partie ; il faut ajouter dans ce contexte qu’une liste unitaire arabe (allant des communistes aux islamistes) peut tout à fait atteindre une quinzaine de sièges sur 120. Bennet et Lapid se sont engagés ramener la loi qui a disparu en Cisjordanie et à en finir avec les exactions meurtrières et les provocations des colons.

Bien sûr, les massacres du 7-octobre et la guerre horrible et meurtrière pour les habitants de Gaza qui a suivi, pèseront également, mais il est utile de rappeler que Netanyahu empêche là-aussi les commissions d’enquête réclamées sur le conflit, ce qui montre bien qu’il craint ce qui pourrait en sortir et notamment la sur-protection des colons d extrême droite en Cisjordanie et la sous protection des kibboutz progressistes près de Gaza avant le 7 octobre : questions de clientèles…

À suivre…

Apprentissage : le gâchis monumental

Parmi les rares succès du macronisme, il y a eu, entre 2018 et 2024, la très forte augmentation de l’apprentissage, dont les effectifs ont été multipliés par 2,5 sur la période : 429.000 apprentis en 2017, plus d’1 million en 2024.

Il faut dire que l’Etat n’avait pas lésiné sur les moyens budgétaires, qui au total (aides à l’embauche, exonérations de cotisations sociales, prise en charge des coûts pédagogiques, etc) étaient passés de 7 milliards en 2018 à 24 milliards en 2024.

Cette politique, très coûteuse, a surtout favorisé les formations en alternance dans l’enseignement supérieur. Mais la très grande majorité des étudiants apprentis se félicitent de leur parcours. Ils ont appris sur le terrain et trouvent plus vite un emploi, et mieux payé, que les étudiants classiques.

Quant aux filières historiques de l’apprentissage, artisanat, industrie, niveaux de qualifications allant du CAP au technicien, elles avaient aussi bénéficié du coup de booster de l’Etat, avec une moyenne de 100.000 apprentis de plus par rapport à 2017. Et en parallèle, les centres de formation d’apprentis (CFA) avaient poussé comme des champignons.

Mais à partir de 2023, il a fallu trouver de l’argent pour réduire les déficits publics, et cela sans (évidemment) toucher aux privilèges fiscaux accordés aux plus riches. L’apprentissage est ainsi devenu une cible de choix pour Bercy, qui n’a eu de cesse de raboter les primes à l’embauche, les subventions aux CFA et les dotations aux Régions, opératrices territoriales de l’apprentissage.

Et ça ne s’arrête plus. Les financements s’écroulent aussi vite qu’ils étaient montés. Les marges des CFA s’effondrent, sans que les coups de rabot distinguent les bons CFA des mauvais. Le risque de faillite plane à présent sur au moins 30% des CFA. Les entreprises ne savent plus quelle « régulation budgétaire » leur tombera dessus, et les recrutements d’apprentis fléchissent : 5% de baisse en 2025, et probablement plus en 2026.

En à peine plus d’un quinquennat, une politique publique aura été totalement inversée, et cela au pire moment pour des entreprises qui peinent à trouver les compétences requises et pour des jeunes qui subissent la remontée du chômage.

Le Président de la République est-il conscient de l’immense gâchis que cette politique de gribouille est en train de provoquer ? Je suis très inquiet, et très affligé.

Comme Vice Président de la Région Île de France charge de la formation professionnelle et de l’apprentissage entre 2010 et 2015, j’avais vu (et accompagné) les investissements matériels et pédagogiques de cette voie de formation que je tiens en très haute estime.

Dix ans plus tard, comme député à la commission des Finances, co-rapporteur du budget de l’apprentissage, j’assiste à la chute orchestrée par Bercy, face à des macronistes qui avalent stoïquement la couleuvre et brûlent sans broncher ce qu’ils avaient adoré.

Il faut se mobiliser pour sauver l’apprentissage en France. Je me battrai pour que le dernier budget du dernier quinquennat Macron stabilise la situation et maintienne l’excellence de cette voie de formation.

Emmanuel Maurel, animateur national de la GRS et député du Val-d’Oise

Accession des familles à la propriété : faut-il créer un PTZ familial ?

À l’heure où la crise du logement pèse toujours davantage sur les trajectoires familiales, la question de l’accession à la propriété revient au cœur du débat public. Une proposition de loi (PPL) concernant la création d’un Prêt à taux zéro pour les familles devait être discutée à l’Assemblée nationale ce 28 mai 2026 ; faute de temps pour couvrir l’ensemble de l’ordre du jour, elle n’a finalement pas été examinée, mais le sujet resurgira forcément d’ici l’élection présidentielle, au parlement ou dans le débat public… Derrière l’ambition affichée de soutenir les familles, le dispositif soulève toutefois de nombreuses interrogations sur son ciblage, son efficacité sociale et les priorités réelles de l’action publique en matière de logement. Une analyse de Maxence Guillaud, publiée le 28 mai 2026 dans Le Temps des Ruptures.

Nous le savons bien et c’est une articulation de faits sur laquelle il convient de ne pas cesser d’alerter : l’un des freins les plus importants à la réalisation des projets familiaux est d’ordre matériel.

Dans la mesure où les ménages en France consacrent en moyenne un tiers de leurs ressources au logement, on peut placer ce poste au sommet des priorités sur lesquels agir si l’on veut contribuer à améliorer la situation démographique. En 2025, pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, le solde naturel de la France est devenu négatif. En outre, selon un sondage récent de l’Ifop, près d’un Français sur cinq déclare avoir renoncé à avoir un enfant pour des raisons liées au logement, et près des trois quarts l’identifient comme un frein majeur à leur projet familial. 21 % même des 18-34 ans déclarant même avoir renoncé à un ou plusieurs enfants en raison de difficultés d’accès à un logement correspondant à leurs besoins, selon un autre sondage d’Odaxa !

Le désir d’enfant reste pourtant stable, à plus de deux enfants par femme selon l’Institut national d’études démographiques. En clair, les Français veulent toujours autant d’enfants, mais n’en ont pas toujours les moyens.

Pour tenter de répondre à ce constat, le groupe LIOT a déposé, dans le cadre de sa niche parlementaire, une proposition de loi rapportée par Constance de Pélichy, proposant la création d’un PTZ « familial » visant à faciliter l’accès à la propriété des familles.

Pour en brosser le portrait, tel qu’amendé et adopté en commission des finances le 19 mai 2026, celui-ci serait plafonné à 100 000 euros, la quotité retenue pour le calcul de son montant ne pouvant être ni supérieure à 50 % ni inférieure à 20 % du coût total de l’opération. Il serait accessible dès la déclaration de grossesse et jusqu’aux cinq ans de l’enfant, cumulable avec le PTZ primo-accédants et l’éco-PTZ, et permettrait de financer l’acquisition ou l’agrandissement de la résidence principale dans l’ancien comme dans le neuf.

Un PTZ parmi d’autres PTZ ?

Le prêt à taux zéro n’est pas une disposition de politique publique nouvelle ; existant depuis 1995, il a connu de nombreuses réformes, a été plusieurs fois restreint puis élargi, et décliné sous diverses formes (à l’instar de l’éco-PTZ pour la rénovation énergétique). Nous n’accomplirons pas ici l’inventaire de cette politique ; le rapport parlementaire sur cette proposition de loi, et notamment sa partie consacrée à l’état du droit, s’y emploie extrêmement bien.

Tâchons cependant de rappeler son fonctionnement : le taux d’intérêt que paierait normalement l’emprunteur est pris en charge intégralement par l’État, sous la forme d’un crédit d’impôt accordé aux établissements bancaires prêteurs.

Depuis la réforme du PTZ entrée en vigueur au 1er avril 2024, près de 29 millions de foyers y sont éligibles, soit une très large portion de la population (la question de la solvabilité réelle de ces foyers étant une autre affaire, traitée plus loin dans cette analyse). L’une des réserves que l’on pourrait formuler est donc que créer un PTZ « familial » distinct risque d’ajouter une couche de complexité à un dispositif déjà touffu, au risque de brouiller la lisibilité d’ensemble du système d’aide à l’accession.

Cependant, la direction générale du Trésor a indiqué que la moitié des bénéficiaires du PTZ actuel sont des couples, dont seulement un tiers avec enfants. Ainsi, à peine 16,7 % des bénéficiaires du PTZ sont des couples avec enfants, alors que ces derniers représentent 23,4 % de la population.

De fait, les familles sont structurellement sous-représentées parmi les bénéficiaires de ce dispositif. On peut postuler que l’accession à la propriété arrive tôt dans les parcours de vie des individus, ce qui pose éminemment la question de la portabilité (c’est-à-dire la possibilité, pour un emprunteur, de transférer son prêt en cours sur un nouveau bien lors d’un déménagement, plutôt que d’avoir à le rembourser et d’en souscrire un nouveau aux conditions du moment) des dispositifs de prêt, qui n’est pas toujours assuré par les banques qui y rechignent pour des raisons que l’on devine… Il est absolument certain que ce sujet de la portabilité réelle devrait être prioritaire pour que tout dispositif de PTZ soit pleinement efficace.

Sans condition de ressources, l’État aiderait certains ménages déjà aisés à se constituer du patrimoine avec l’argent du contribuable

En l’absence de condition de ressources formelle — absence que la rapporteure a défendue en commission au nom de l’universalité de la politique familiale (bien qu’il ne s’agisse pas à proprement parler d’une politique familiale mais d’une politique du logement !) —, le PTZ familles risque de bénéficier particulièrement à des ménages qui n’en ont pas le plus besoin ; c’est-à-dire des ménages déjà propriétaires, déjà solvables aux yeux des établissements de crédit, qui pourraient chercher à agrandir un patrimoine existant à moindre coût grâce à une subvention publique déguisée en prêt.

Dans sa version initiale, la proposition de loi ne réserve pas ce nouveau PTZ aux primo-accédants. Un couple déjà propriétaire d’un appartement de deux pièces, souhaitant acheter un logement plus grand pour accueillir un deuxième enfant, pourrait donc bénéficier du dispositif tout en conservant son bien initial… lequel pourrait par exemple, en l’absence de dispositifs contraignants être mis en location saisonnière sur une plateforme de type Airbnb !

Un amendement adopté en commission module au demeurant la quotité du prêt entre 20 % et 50 % du coût total de l’opération — cela dans le but de réduire les conséquences budgétaires d’une mesure initialement jugée très coûteuse par le ministère de l’économie.

Par ailleurs, pourquoi l’État subventionnerait-il l’agrandissement patrimonial de ménages déjà propriétaires, alors que des dizaines de milliers de familles locataires attendent depuis des années un logement social plus grand ?

Quelle solvabilité pour les foyers modestes ?

La solvabilité réelle des bénéficiaires potentiels est un enjeu central que le texte ne traite pas. Un PTZ, quel qu’il soit, ne se suffit pas à lui-même mais vient seulement en complément d’un crédit principal, dont les conditions d’octroi dépendent du taux d’endettement de l’emprunteur. Or les règles prudentielles du Haut Conseil de stabilité financière (HCSF) limitent ce taux à 35 % des revenus nets.

Dans les grandes agglomérations, il est souvent difficile de trouver un logement familial à moins de 400 000, voire 500 000 euros. Pour emprunter une telle somme dans le respect de cette règle, il faut des revenus bien supérieurs au revenu médian français…

Dans ces conditions, un PTZ de 100 000 euros, aussi bienvenu soit-il, ne résout pas le problème fondamental des ménages dont les revenus ne leur permettent tout simplement pas de constituer un dossier de crédit viable aux yeux des banques, quelles que soient les aides publiques complémentaires !

La part des ménages modestes parmi les primo-accédants est passée de 27 % à 18 % entre 2020 et 2023, soit une chute de neuf points en trois ans. Ce n’est pas un PTZ supplémentaire qui inversera cette tendance, parce que le problème n’est pas tant l’absence de dispositif de solvabilisation, mais bien le décrochage entre les prix de l’immobilier et les revenus des ménages…

Selon l’INSEE, depuis les années 2000, les prix ont été multipliés par 2,6 en moyenne nationale, et par trois dans certaines agglomérations, là où les revenus progressaient beaucoup moins vite. Tandis que le logement représente désormais plus de la moitié du revenu disponible des ménages les plus précaires.

La question des locataires, angle mort de la proposition

L’angle mort le plus sérieux du texte est sans doute son silence total sur les familles locataires. La proposition de loi aborde la question du logement des familles exclusivement par le prisme de l’accession à la propriété, et ne dit rien des familles qui attendent depuis des années un logement social plus grand, ni de celles qui sont locataires dans le parc privé et dont les revenus ne leur permettront jamais de constituer un dossier de crédit, et cela que ce soit avec ou sans PTZ.

Le parc HLM est saturé dans la quasi-totalité des grandes agglomérations ; la réduction de loyer de solidarité (RLS), introduite en 2018 et dénoncée par les organismes HLM comme une ponction massive sur leurs capacités d’investissement, a contribué à ralentir la production de logements sociaux neufs.

Les ménages modestes avec un enfant en bas âge qui cherchent à obtenir un logement social plus grand se heurtent à une liste d’attente interminable… Autant dire que ces ménages ne bénéficieront pas du PTZ familial, n’ayant de toute manière et tout simplement pas accès au crédit immobilier.

Et quand bien même cette politique n’est pas incompatible avec d’autres, dans le contexte budgétaire que nous connaissons, le financement d’un PTZ « familial » se fera nécessairement au détriment d’autres arbitrages. Chaque euro consacré à solvabiliser des accédants à la propriété est un euro qui ne va pas au financement de logements sociaux supplémentaires ou au soutien aux organismes HLM.

Quelle priorité pour le logement ?

La politique du logement se doit de répondre à plusieurs besoins concernant plusieurs strates de la population, et doit comprendre notamment comme clé de voûte (parmi d’autres) la relance du logement social. Qu’un PTZ s’adressant aux familles, bien (mieux) calibré, puisse en constituer l’un des leviers n’est pas, en soi, une idée exécrable. La mesure en elle-même pourrait avoir un effet bénéfique sans creuser de manière disproportionnée les finances publiques : le coût des intérêts non perçus par les banques serait en partie compensé par la perception de la TVA sur les achats dans le neuf, par les droits de mutation à titre onéreux (DMTO) sur les transactions dans l’ancien, ainsi que par la création d’emplois dans le secteur du bâtiment — qui a lui aussi bien besoin d’être soutenu par l’action publique — et par les recettes fiscales et sociales qui en découlent.

Mais toute politique se résumant souvent à ce que l’on prélève et à ce que l’on dépense, il est juste de penser que des dispositifs ciblant le logement social restent beaucoup plus prioritaires dans la situation actuelle de crise aiguë de ce secteur — d’autant que certains de ces investissements pourraient produire des externalités positives comparables, notamment pour le secteur du bâtiment.

Malgré tout, ce texte a le mérite de poser devant la représentation nationale la question du lien entre politique du logement — et plus largement conditions matérielles d’existence — et natalité, dans un contexte où des propositions disons parfois douteuses émergent sur le sujet dans le débat public.

En ouvrant la voie à un ciblage plus fin, notamment en faveur des ménages plus modestes, en permettant une modulation selon les ressources du foyer et en mettant en place certains garde-fous drastiques sur l’usage des biens déjà détenus, et surtout en l’articulant au sein d’une politique du logement beaucoup plus ambitieuse et structurelle, cette mesure pourrait trouver son intérêt, car il est vrai que le lien entre la fécondité et la sécurité afférente à la propriété est établi, et qu’il est souhaitable que les catégories modestes puissent devenir, elles aussi, propriétaires de leurs logements.

Dans l’état, cette proposition de loi souffre de carences certaines… Espérons que la représentation nationale se saisira de ces chantiers, que ce soit durant la navette parlementaire relative à cette proposition de loi ou dans le cadre de projets plus structurants à venir.

Maxence Guillaud

Face à la honte, « L’Abandon » hymne à la liberté de conscience

Communiqué de presse de la Gauche Républicaine et Socialiste, mercredi 20 mai 2026, 21h35

L’Abandon, présenté à Cannes la semaine dernière et actuellement en salle, raconte les 10 derniers jours de Samuel Paty, avant son assassinat par un terroriste islamiste. C’est un film indispensable en ce qu’il incarne la résistance des principes républicains face à l’obscurantisme.

Une résistance qui tint jusqu’au bout malgré l’aveuglement (volontaire ?) d’une autorité qui aurait dû très tôt prendre la mesure des menaces qui pesaient sur Samuel Paty pour la seule raison qu’il faisait son métier de manière exemplaire. L’Abandon est là pour nous rappeler que notre société, que notre communauté politique ne peuvent en rien justifier une telle défaillance si elle venait à se reproduire.

Mais au-delà cette œuvre cinématographique a pour intérêt de rappeler une vérité essentielle : la Laïcité y est présentée non pas comme une contrainte, mais comme une libération : celle de pouvoir penser par soi-même, de douter, de s’affranchir des dogmes. Ce combat, c’est celui de la gauche, celle qui défend l’idée d’une école qui émancipe, d’une société solidaire, et d’une justice sociale qui va de pair avec la liberté de conscience.

Les critiques ironiques, souvent marquées par le cynisme ou une certaine complaisance envers les replis communautaires et les intégrismes religieux, oublient que Samuel Paty a payé de sa vie pour ces Principes. Son souvenir nous rappelle que la laïcité n’est pas un concept abstrait, mais un rempart concret contre la barbarie.

L’Abandon refuse l’autocensure et l’abandon de nos principes : c’est un hommage à celles et ceux qui, comme lui, choisissent le courage plutôt que le renoncement.

AMÉLIORER LE SERVICE PUBLIC DE L’AUDIOVISUEL, OUI, LE DÉMANTELER, NON !

Malgré des centaines d’audition, une couverture médiatique sans précédent et un fort intérêt des Français, les travaux de la commission d’enquête sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public n’ont pas permis d’avancer de façon rationnelle sur les grands enjeux qui lui étaient adressés. 

Les auditions furent souvent mouvementées et marquées par des attitudes plus inquisitoriales que constructives. Il ne suffit pas, pour enquêter, de poser les mêmes questions portant sur les mêmes allégations de faits mineurs et dérisoires montés en épingle, et ce quelle que soit la personne auditionnée. A bien des égards, cette commission d’enquête a illustré la quintessence de la société du spectacle, tout entière tournée vers la recherche du buzz, du clash et du trash, en lieu et place du travail sérieux, méthodique et rigoureux qu’elle aurait mérité. 

Le secteur de la création audiovisuelle, cinéma compris, emploie directement et indirectement 340.000 personnes et a généré un chiffre d’affaires de 20 milliards d’euros en 2024. Il s’agit donc d’une véritable industrie, fortement ancrée dans les territoires, qui contribue de façon décisive à notre développement économique et notre rayonnement culturel. Et dans ce paysage, France Télévisions est un acteur incontournable. 

Or le modèle audiovisuel français est fragilisé par des mutations profondes. La montée en puissance de plateformes numériques globales comme Netflix ou Amazon, accélère la concentration du marché et des modes de production, de financement et de diffusion des œuvres. Aborder la question du financement de l’audiovisuel public sous un angle étroitement comptable revient donc de facto à favoriser la concurrence internationale. 

Emmanuel MAUREL,
Député du Val-d’Oise,
Membre de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public
Co-fondateur de la Gauche Républicaine et Socialiste

Congrès d’Aubervilliers – 6 et 7 juin 2026

Le congrès de la Gauche Républicaine et Socialiste se tiendra les samedi 6 et dimanche 7 juin 2026 à Aubervilliers (93) à l’Hôtel de Ville d’Aubervilliers – 2 rue de la Commune de Paris 93300 AUBERVILLIERS (M° Mairie-d’Aubervilliers, ligne 12).
Attention notez bien car le lieu a changé donc RDV à l’Hôtel de Ville de d’Aubervilliers !

Ce rendez-vous essentiel de la vie démocratique de notre parti approche. Il sera un moment décisif pour débattre, confronter nos analyses et choisir collectivement l’orientation politique qui guidera notre engagement dans la période à venir.

Nous appelons chacune et chacun d’entre vous à s’en saisir pleinement.

LE PROGRAMME DU CONGRÈS EST EN LIGNE

samedi 6 juin 2026

9h30
accueil des participant(e)s

10h00
ouverture des travaux du congrès

10h15-12h30
discussion générale autour du texte d’orientation et examen des amendements
ouvert à toutes et tous

14h00-16h00
GRS : quelle stratégie pour 2027 ?
séquence réservée aux adhérent(e)s de la Gauche Républicaine et Socialiste

16h30-18h30
Reprise des débats d’orientation sur le texte et les amendements
ouvert à toutes et tous

18h30
Intervention de l’animateur national sortant : Emmanuel Maurel, député du Val-d’Oise
ouvert à toutes et tous

19h00
Pot militant – ouvert à toutes et tous

Dimanche 7 juin 2026

9h30-10h30 – ouvert à toutes et tous
Reprise des débats d’orientation
Débat autour des contributions thématiques déposées par les adhérent(e)s de la GRS

10h30-12h30 – séquence réservée aux adhérent(e)s de la GRS
Débat statutaire
Rapport d’activité et vote du quitus
Élection des instances nationales

12h30-13h00
Clôture du congrès

Dépôt des textes d’orientation :

Un seul texte d’orientation a recueilli, lundi 27 avril lors du collectif national d’animation (CAN) convoqué pour leur enregistrement, les conditions statutaires pour être soumis au vote des adhérents : La Gauche au rendez-vous du sursaut français, déposé par Emmanuel Maurel et plusieurs dizaines de membre du CAN. Vous le retrouverez ci-dessous à télécharger.

Vote sur l’orientation :

Le vote se déroulera en ligne le 21 mai prochain. L’ensemble des adhérents à jour de cotisation recevra un lien pour voter de manière anonyme.

Les réadhésions et mises à jour de cotisation sont possibles jusqu’au 20 mai à minuit (lien pour mise à jour ici). Les nouvelles adhésions ont été enregistrées au plus tard le lundi 27 avril 2026 à 18h.

Candidatures aux instances nationales :

Les camarades souhaitant s’engager dans les instances nationales devront déposer leur candidature avant le lundi 18 mai 2026 à 18h. Chaque candidat devra être à jour de cotisation et préciser le texte d’orientation auquel il se rattache. Vous pouvez déposer votre candidature grâce au formulaire mis à votre disposition en cliquant sur le bouton plus bas.

Délégués au congrès :

Le nombre de délégués sera déterminé en fonction du nombre d’adhérents dans chaque département et du poids respectif des textes. Nous transmettrons très vite cette information. Les camarades souhaitant être délégués sont invités à se signaler grâce au formulaire accessible ci-dessous, avant le lundi 18 mai 18h. Ils doivent être à jour de cotisation.

Pour rappel, les membres du collectif de direction, du CAN et du collectif d’arbitrage sont membres de droit du congrès (avec droit de vote).

Contributions et amendements :

Le congrès sera également un temps de construction collective de notre orientation : les délégués pourront y porter des contributions thématiques et proposer des amendements au texte d’orientation.

Les contributions thématiques doivent être envoyées avant le vendredi 29 mai 2026 à midi à l’adresse suivante : secretariat@g-r-s.fr

Les amendements au texte d’orientation doivent être envoyés avant le vendredi 29 mai 2026 à midi à l’adresse suivante : secretariat@g-r-s.fr ; ils devront impérativement préciser la page et le paragraphe auxquels ils se rattachent pour être considérés comme recevables : un modèle sous word est téléchargeable ici. Après le 29 mai midi, seuls les délégués au congrès pourront déposer ou modifier des amendements en séance.

Participation au congrès :

Le congrès est ouvert à l’ensemble des adhérents de la GRS. Toutes et tous pourront y participer. Toutefois, pour des raisons d’organisation, une inscription préalable sera demandée : nous vous remercions donc de bien vouloir vous inscrire grâce au formulaire accessible ci-dessous.

Nous vous informerons très prochainement de l’agenda et du déroulé précis du congrès d’Aubervilliers.

Les invités des autres partis seront pris en compte et recevront une information spécifique concernant les temps où ils pourront assister au congrès ; ils peuvent d’ores-et-déjà soumettre leur participation dans le formulaire accessible ci-dessous.

Ce congrès doit être un moment de débat et de mobilisation pour faire vivre une gauche républicaine, sociale et exigeante.

Nous comptons sur votre présence et votre participation active.

Le collectif de direction de la GRS

Union Européenne : Séjourné main dans la main avec Von der Leyen pour réduire encore la démocratie européenne

Un recul démocratique majeur se prépare en Europe avec la participation active du commissaire français Stéphane Séjourné. Mobilisons-nous pour faire échec à ce coup d’état programmé de la Commission Européenne

L’affaire pour paraître technique, elle est gravissime ! De nombreux commissaires veulent réduire considérablement les directives européennes (d’une certaine façon, l’équivalent des lois à l’échelle nationale) au profit de l’édiction de plus nombreux règlements !

La première grande différence est que la directive est un acte législatif qui doit obligatoirement passer devant le Parlement Européen et être approuvée la plupart du temps en co-décision entre le Conseil (les chefs de gouvernement) et le Parlement européen ! La commission – faut-il le rappeler non élue mais désignée -, a certes préparé le document initial, mais la décision finale est prise à l’issue d’une délibération d’organes élus et représentatifs des citoyens.

En fait, comme toute structure technocratique, elle veut se dispenser de cet arbitrage politique et décider seule au nom d’une prétendue efficacité.

Mais l’autre raison est qu’une directive doit être transposée dans le droit de chaque Etat membre (soit par une loi, soit par un décret, etc.). L’objectif étant que la loi européenne soit bien adaptée aux réalités notamment juridiques du pays. Et, dans bien des cas, cela permet aux parlementaires des Etats membres d’intervenir sur la mise en œuvre de la directive. Ce n’est pas une mince affaire, car les conditions d’application d’une loi compte beaucoup pour son efficience, pour les acteurs concernés … car parfois le diable se cache dans les détails.

C’est aussi important en soi, comme principe, car il faut tenir compte des cultures politiques et sociales des 27 différents pays et l’on ne peut/doit pas faire passer tout le monde sous la même toise juridico-administrative !

Enfin, contrairement aux directives, les règlements sont immédiatement applicables dans l’ensemble de l’Union. Personne n’a ainsi le pouvoir de les contester, de les amender, d’adapter leur application aux réalités du terrain, et pas le temps non plus de se retourner….

Dans ce contexte, les propos de Stéphane Séjourné, commissaire européen nommé par Macron, sont très révélateurs et stupéfiants : « Avant, la directive était l’option par défaut et le règlement l’exception, aujourd’hui, ce doit être l’inverse ».

« Les directives sont soit mal transposées, soit sous-transposées, soit surtransposées », a osé affirmer le commissaire français. « Elles sont rarement transposées de manière équivalente dans tous les États membres de l’UE. Pour toutes ces raisons, cela contribue à la fragmentation du marché unique. »

L’objectif est donc clair : d’une part, je ne veux voir qu’une seule tête ; d’autre part, il faut aller encore plu vite et plus loin dans la concurrence généralisée … Pas un mot sur les indispensables convergences sociales ou fiscales… Il va encore plus loin : « Dans les domaines politiques où l’UE détient toutes les cartes, il ne devrait « plus » y avoir de directives. » Un exemple : l’UE détient toutes les cartes dans les accords commerciaux avec les autres pays !

Comme pour le Mercosur ou déjà la présidente de la commission Madame Von der Leyen a pris la décision d’appliquer l’accord avant le vote du Parlement Européen et même la décision de la cour de justice !!

BREF, ILS VEULENT LES PLEINS POUVOIR POUR ACHEVER LE GRAND MARCHÉ CONCURRENTIEL DÉRÉGULÉ ET NOUS EMMENER DANS LE MUR.

Marie-Noëlle Lienemann

COMMISSION D’ENQUÊTE SUR L’AUDIOVISUEL PUBLIC : UNE OCCASION MANQUÉE

communiqué de presse d’Emmanuel Maurel, député GRS du Val-d’Oise, lundi 27 avril 2026

Je ne suis pas déçu par le rapport de Charles Alloncle puisque je n’en attendais rien. Il est à l’image des auditions nombreuses et mouvementées que nous avons vécues : orientées, toujours, obéissant à un agenda politique, celui de l’extrême droite, relayé complaisamment par les chaînes du groupe Bolloré, qui vise à dénigrer l’audiovisuel public. 

– Une méthode peu rigoureuse, qui entretient la confusion entre les faits et les opinions

– Une méthode peu rigoureuse qui ne fait aucune hiérarchie entre les petits faits montés en épingle et des grands enjeux qui sont occultés. 

– Une méthode peu rigoureuse avec trop d’approximations, de confusions volontaires et de jugements de valeur. 

Sur le fond, le rapport pose d’évidents problèmes. Sur l’impartialité et la neutralité, sa démonstration n’est guère convaincante. Ses prétendues preuves sont maigres.. 

Le plus cocasse étant que le rapporteur se réfère dès l’introduction à une période prétendument bénie, celle de l’ORTF !! C’est à dire à une époque où l’audiovisuel était aux ordres de l’exécutif. 

Pour le reste, si certaines questions légitimes sont abordées (par exemple la question de l’externalisation ou l’existence problématique des animateurs-producteurs), les préconisations sont trop souvent décevantes, contestables, voire détestables. 

Mais mon principal désaccord porte évidemment sur la conclusion du rapport, qui propose de réduire d’un milliard d’euros les ressources de l’audiovisuel public

Enfin, je regrette que le rapporteur n’ait pas pris la peine de réfléchir aux conséquences, pour l’audiovisuel public, des immenses bouleversements du passage au tout-numérique, de la toute-puissance des plateformes américaines et de l’émergence de l’IA.

L’audiovisuel public occupe une place essentielle dans la vie des Français, en garantissant un accès équitable à l’information, à la culture et au divertissement sur l’ensemble du territoire. 

Il se distingue par sa mission d’intérêt général, en proposant des contenus pour tous les publics. Il joue également un rôle clé dans la promotion de la création française et européenne. À ce titre, il contribue de façon décisive à l’exception culturelle face à l’uniformisation par le marché et les algorithme.

L’avenir de l’audiovisuel public aurait mérité un autre rapport et des propositions à la hauteur de l’enjeu.

Emmanuel MAUREL
Député du Val-d’Oise
Co-fondateur de la Gauche Républicaine et Socialiste

Annonce officielle d’un ANRU III : faire levier pour reconstruire une véritable ambition sur l’égalité républicaine

À l’occasion d’un déplacement à Marseille jeudi 23 avril, le Premier ministre, Sébastien Lecornu et le ministre du logement Vincent Jeanbrun ont annoncé une nouvelle loi logement qu’il faudra regarder très en détail, mais qui, à la veille d’une échéance présidentielle ne peut prétendre porter les changements structurels qui s’imposent pour résoudre la crise du logement qui s’est aggravée sous les deux quinquennats d’Emmanuel Macron. Cette crise d’ampleur inédite se traduit par un écart croissant qui s’est creusé depuis longtemps entre le niveau de revenu des Français et le coût du logement, les prix de l’immobilier posant des questions majeures pour le pouvoir d’achat et l’avenir du pays !

Cependant, ce projet de loi devrait contenir dans son article 1er, la programmation d’un troisième « Programme national de rénovation urbaine », ce que d’aucuns appellent une ANRU III. C’est une bonne et importante nouvelle, car l’extrême droite et certains à droite voulaient mettre fin à cette politique volontariste en direction des quartiers populaires pas seulement d’habitat social, des grands ensembles, mais aussi de copropriétés et de centres urbains dégradés ! Or, il est essentiel de poursuivre cette ambition républicaine d’assurer partout sur le territoire national des conditions de vie digne aux habitants, de combattre les effets de ghettoïsations, de progresser vers la mixité sociale et le vivre ensemble. La création d’une ANRU III était demandée par de nombreux élus, acteurs de terrains, et notamment l’Union sociale de l’Habitat (mouvement HLM), tant il reste à faire. C’était aussi une des préconisations de l’avis approuvé à l’unanimité par le Conseil Économique, Social et Environnemental (CESE), que Marie-Noëlle Lienemann avait rédigé avec Maud Lelièvre et qu’elles avaient intitulé : L’habitat, le logement face aux défis sociaux, territoriaux et écologiques. Oui il reste beaucoup à faire pour atteindre les objectifs de renouvellement urbain et de réparations de ce que les lois du marché immobilier, les arbitrages sur les moyens des politiques publiques, la faiblesse des péréquations territoriales, ont abîmé.

Un ANRU III aussi souhaitable soit-il ne répondra cependant pas aux énormes besoins de mobilisation en termes de cohésion sociale et d’égalité républicaine dans les quartiers prioritaires, les moyens budgétaires consacrés aux crédits spécifiques étant repartis à la baisse et la mobilisation du droit commun et de la mise en œuvre des politiques publiques habituelles restant déficiente dans ces quartiers qui en ont pourtant plus besoin encore que les autres. La Gauche Républicaine et Socialiste a toujours plaidé pour que la politique de la ville marche réellement sur deux jambes : d’une part la rénovation du bâti, de l’Urbanisme, du cadre de vie, d’autre part la présence des services publics, le soutien à la vie associative, l’encouragement à la participation des habitants, l’éducation populaire, le commerce, l’emploi, etc. Il ne faut pas opposer ces deux exigences et encore moins justifier l’arrêt de dépenses (forcément importantes sur le logement et les constructions, les espaces publics) pour soit disant s’occuper de l’humain ou de revenir au cadre commun ! C’est un prétexte pour désengager l’action publique en général en direction des catégories populaires et modestes ! Nous soutenons donc l’annonce de cet ANRU III et militons pour une loi complémentaire sur le volet égalité républicaine dans les quartiers populaires.

Si cette annonce nous agrée, nous serons cependant particulièrement vigilants pour que, dès le vote de la loi, soit sanctuarisé un engagement financier minimal garanti : on peut prendre comme référence les crédits de l’ANRU II à savoir 12 milliards d’euros. Le premier programme de rénovation urbaine date 2004 est était prévu pour 10 ans ; un deuxième programme de rénovation est lancé en 2014, censé s’achever en 2024, mais a été prolongé. Le futur programme devrait être établé entre 2028 et 2038. Il faut bien mesurer que lorsqu’on parle de 12 milliards d’euros pour 10 ans (voire plus) soit 1,2 Md€ par an et pour 450 quartiers en France, ce n’est pas énorme et surtout cela induit des emplois, des recettes en TVA pour l’Etat et soutient la croissance économique : ce n’est pas une dépense sèche comme le prétendent les bénis oui-oui du néolibéralisme.

Or, sur ces 12 milliards d’euros, la participation de l’Etat a été jusqu’ici infime : 1,2 milliard ! Seulement 10% ! 8,1 milliards viennent de la contribution des entreprises à l’effort de construction… Or ces crédits de fait ne sont pas utilisés pour la production de nouveaux logements. Le mouvement HLM a versé de son côté 2,7 Milliards, une somme non-négligeable quand on se rappelle à quel point les gouvernements de Macron ont ponctionné largement les capacités financières des opérateurs HLM (plus d’un milliard d’euros par an depuis 2017 en moyenne !). S’ajoute à cela, les crédits de chaque organisme de logement social verse pour toute intervention sur son patrimoine !

Pour les deux premiers programmes de renouvellement urbain, les bailleurs sociaux auront porté la grande majorité des investissements avec plus de 60 milliards d’euros investis. Ils auront rénové plus de 500 000 logements et construit 250 000 logements sociaux neufs en compensation des logements obsolètes démolis. De ce point de vue, nous considérons que toute nouvelle démolition devrait désormais s’opérer avec la stricte reconstitution de l’offre non seulement en nombre, mais aussi pour le niveau des loyers (les neufs sont plus chers et souvent peu accessibles aux plus modestes) et au maximum hors du quartier pour contribuer à la diversité sociale partout.

En tout cas, pour la GRS, il faut que la part d’intervention de l’État soit au moins de 50% des subventions de l’ANRU. Car c’est une politique de solidarité nationale, d’égalité républicaine qui ne saurait être principalement financée par les organismes de logements sociaux donc leurs locataires, souvent peu fortunés !

Il est important d’engager ce nouveau programme dès à présent, car il s’agit d’une planification longue qui a besoin d’être préparée avec des consultations nombreuses et sérieuses. Le premier arbitrage concernera le nombre de sites retenus. Le Premier ministre a évoqué 150 quartiers, dont 20% dans les villes moyennes. Est-ce suffisant ? Il va falloir examiner attentivement les demandes qui vont s’exprimer et remonter. Cela parait limité. Nous suivrons de près ces arbitrages et nous serons exigeants et l’exprimerons de toutes les tribunes qui nous serons données.

Le second sujet sera de bien évaluer quelles actions doivent être financées. Le débat sur les démolitions va sans doute s’engager. Prenons garde de ne pas tomber dans des prises de positions systématiques : ni interdire toute nouvelle démolition, ni poursuivre sur le même rythme que ce qui a prévalu jusqu’à ce jour. Partout où on le peut, il faut privilégier les restructurations des immeubles, leur rénovation pour leur donner une seconde vie, comme s’ils étaient neufs et adaptés aux besoins et attentes d’aujourd’hui ! A contrario, dans certains cas, et en particulier dans le cas de l’urbanisme de dalle, les démolitions sont inéluctables surtout quand on voit les conditions insupportables en cas de canicules et l’impossibilité de végétaliser… Cela a un coût, il faut l’assumer.

Il faut désormais dans les projets de renouvellement urbains prendre en compte de nouvelles thématiques comme renforcer la qualité et la performance des logements et en les adaptant aux évolutions sociales : vieillissement de la population, baisse de la taille des ménages, adapter les quartiers aux impacts du changement climatique, et pourquoi pas en faire des quartiers des précurseurs de la transformation écologique des territoires (pics de chaleur, confort d’été, végétalisation, souveraineté énergétique). D’autres enjeux, comme la sécurité, la santé, l’intégration des quartiers dans les dynamiques territoriales et lutter contre les dynamiques de ségrégation, devront être traités et poursuivis. Ces projets doivent être réalisés pour et avec les habitants de ces quartiers. Il va de soi qu’en cas de démolition ou de nécessité de déménagements pour des travaux, la plus grande attention doit être apportée aux attentes et choix, à l’accompagnement des habitants concernés. Enfin, et cela a pu manquer dans certains projets, la qualité de la concertation avec les habitants et les acteurs locaux est la clé du succès. La participation et l’accompagnement des habitants doivent être constants de l’élaboration du projet, à la fin des derniers travaux !

Les acteurs de terrain (élus locaux – dont ceux engagés sur les dossiers de la politique de la ville -, associations, conseils citoyens, centres de ressources, etc.) ont déjà pris en charge ses sujets, ils sont disponibles pour avance si l’État décide d’être ambitieux.

Le pôle thématique Villes & Quartiers de la GRS

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