UGR 2021 – Atelier “40 ans après 1981, quelles leçons tirer de l’Union de la Gauche ?”

Samedi 25 septembre 2021 à 9h30, dans le cadre des universités de la Gauche Républicaine à Marseille, se tenait l’atelier “40 ans après 1981, quelles leçons tirer de l’Union de la Gauche ?”
Le 21 mai 1981, entrant en fonction, le premier Président socialiste de la cinquième République se réjouissait que la majorité politique du pays eut enfin rejointe sa majorité sociale. Quarante ans plus tard, au moment où les gauches sont plus divisées que jamais, il est plus qu’utile de se pencher sur les conditions dans lesquelles l’union des forces populaires a pu se réaliser, et – malgré de violents soubresauts et même des confrontations entre 1977 et 1981 – finir par s’imposer pour mettre en œuvre une série spectaculaire de réformes.

Les participants :

  • Jean Gatel, ancien secrétaire d’État auprès du ministre de la Défense (1983-1984) ;
  • Alain Boublil, Haut-fonctionnaire, conseiller de François Mitterrand à l’Élysée de 1981 à 1988, en charge de l’industrie, des transports et du logement ;
  • Christophe Batardy, docteur en histoire contemporaine, chercheur associé à ARENES ;
    Le débat était animé par Anthony Gratacos, conseiller départemental (77), conseiller municipal à Moussy-le-Neuf, secrétaire général de la GRS. Il a été conçu en partenariat avec l’Institut François-Mitterrand.

UGR 2021 – Atelier “Revenu universel ou État garant de l’emploi en dernier ressort ? Quelle vision du travail et des revenus ?”

Samedi 25 septembre 2021 à 15h30 se tenait l’atelier “Revenu universel ou État garant de l’emploi en dernier ressort ? Quelle vision du travail et des revenus ?” dans le cadre des Universités de la Gauche Républicaine à Marseille.
Inégalités croissantes, chômage persistant, robotisation, uberisation, émergence de l’intelligence artificielle… Restera-t-il une place pour la main de l’Homme dans l’économie de demain ? La prophétisation de la fin du travail a conduit nombre intellectuels et politiques à proposer une rupture sociale : l’instauration d’un revenu de base permettant de répondre aux besoins économiques fondamentaux de la personne humaine. Sous quelle forme implémenter ou expérimenter une telle mesure ? Quelle philosophie sous-jacente ? Le revenu universel serait-il un outil à même de changer les rapports de force entre capital et travail, de mettre fin à la grande pauvreté ? Est un instrument de libération et d’émancipation des individus ou, au, contraire un aveu d’accommodation à la société néo-libérale et de renoncement à la perspective d’un travail pour tous ?

Les participants :

  • David Cayla, économiste, membre des Économistes atterrés
  • Marina Mesure, secrétaire générale de la Délégation France insoumise au Parlement européen
  • Capucine Edou, ex tête de liste Bouches-du-Rhône de la liste Rassemblement écologique et social en PACA, Génération.s
    Le débat était animé par Damien Vandembroucq, membre du collectif d’animation national de la Gauche Républicaine et Socialiste.

UGR 2021 – Atelier “Libertés publiques et états d’urgence : comment l’exception forge la norme ?”

Samedi 25 septembre 2021 à 11h se tenait l’atelier “Libertés publiques et états d’urgence : comment l’exception forge la norme ?” des Universités de la Gauche Républicaine réunies à Marseille.
Les états d’urgence successifs, sécuritaire, sanitaire, que nous connaissons depuis plusieurs années ont ouvert des brèches dans les grands principes de protections de libertés publiques. Justifiées au motif de l’état d’exception qu’en est-il d’un hypothétique «retour à la normale » ? Parallèlement, la place centrale dans nos vies des technologies et outils numériques tend à rendre moins sensible l’encadrement de nos libertés. Quels sont les effets à long terme sur nos pratiques, notre sensibilité à ces questions et sur nos sociétés ?
Les participants :

  • Olivier Tesquet, journaliste et auteur
  • Jean-Baptiste Soufron, Avocat
  • Hélène Franco, Magistrate, Ancienne secrétaire générale du syndicat de la magistrature

débat animé par Virginie Rozière, co-présidente LRDG

Après les “bonnets rouges” et les “gilets jaunes”, place aux “vestes bleues” ?

Les tarifs réglementés de vente de gaz naturel vont de nouveau augmenter de 12,6% au 1er octobre a annoncé la Commission de régulation de l’énergie (CRE) ce lundi 27 septembre. Cela concerne environ 3 millions de “consommateurs résidentiels”, dont 2,77 millions chez Engie : le montant de la facture TTC d’un ménage chauffé au gaz et bénéficiant des tarifs réglementés est en moyenne de 1 482 €/an. Cela représente une hausse de 29% depuis le 1er janvier 2019 et de 44% depuis le 1er janvier 2020. Ces hausses sont insupportables pour nos concitoyens. Avec l’augmentation de l’électricité l’an prochain, le gouvernement annonce un chèque de 100€ pour les 6 millions de ménages modestes : c’est très loin du compte et de l’urgence de la situation ! Partout, la colère monte et à juste raison !

Cette évolution résulte de la hausse, historique, des prix du gaz sur le marché mondial qui se répercute sur les coûts d’approvisionnement du fournisseur de gaz Engie. La France paie ici son absence de politique énergétique réellement pilotable s’étant déshabillée progressivement de ses fleurons dans le domaine, à l’exception notable d’EDF pour lequel un projet de privatisation rampante, le plan Hercule, a été ajourné devant les levées de boucliers et les menaces de mobilisations. Mais le gouvernement n’a toujours pas abandonné sa logique désastreuse et fait fi des conséquences sur nos concitoyens.

Ces tarifs réglementés, remis à jour chaque mois, ont connu une série de fortes hausses récemment. Ils ont encore augmenté de 8,7% au 1er septembre, après plus de 5% en août et près de 10% en juillet. Hors taxe, la hausse est de 13,9% et, dans le détail, de 4,5% pour les utilisateurs de gaz pour la cuisson, de 9,1% pour ceux qui ont un double usage (cuisson et eau chaude), et de 14,3% pour les foyers qui se chauffent au gaz.

La Gauche Républicaine et Socialiste propose aux syndicats de l’énergie et aux partis de gauche de se réunir pour élaborer des propositions et une campagne communes sur la refonte de la politique énergétique, le soutien aux ménages français et le retour à la Nation des moyens de production d’énergie.

Allemagne : Défaite des conservateurs et Bundestag introuvable

Dimanche 26 septembre 2021 se tenaient les élections fédérales allemandes qui devaient marquer la fin du règne d’Angela Merkel comme Chancelière. Au regard de la Weimarisation (que nous avions déjà caractérisée dans nos analyses antérieures) de la vie politique allemande, elle pourrait rester quelques semaines ou mois de plus tant la constitution d’une majorité gouvernementale risque d’être complexe.

C’est d’abord un record absolu en nombre de sièges avec 735 députés, soit 31 de plus qu’en 2017, et majorité absolue nécessaire de 368, qui vient d’être battu.
Les Linke, comme la CSU, sont à moins de la limite de 5% pour entrer au Bundestag mais réussissent tous les deux à remporter plus de 3 sièges au scrutin uninominal, ce qui leur permet d’être représentés selon leur score proportionnel.
Il n’y a pas de majorité absolue pour la gauche – 363 sièges – ni pour la droite sans l‘AfD – 288 sièges.

Projection en sièges des élections au Bundestag du dimanche 26 septembre 2021

La droite avec l’extrême droite a une majorité parlementaire. L’enjeu de cette législature pour l’aile la plus conservatrice de la droite, qui a pourtant perdu avec Maassen, battu en Saxe, un de ses théoriciens, c’est de dédiaboliser l‘AfD pour permettre la constitution d’un bloc conservateur. Cela sera difficile pour l’aile la plus européenne de la CDU, qui a perdu dans un attentat politique meurtrier de l’extrême droite un de ses élus en 2019.
Car c’est aussi un retour de Weimar : la violence meurtrière politique.

Le SSW est le parti de la minorité danoise, qui, protégée par un statut spécial, retrouve le Bundestag pour la première fois en 60 ans.

Ainsi, avec lui, le Bundestag comptera 8 partis représentés, record absolu de la république fédérale, il faut remonter à … la République de Weimar pour retrouver autant de partis au Bundestag.
L’émiettement se poursuit, aucun parti ne dépasse les 30% pour la première fois également depuis … la république de Weimar. C’est ce que nous décrivons depuis plusieurs années comme la weimarisation de la vie politique allemande.

SPD 206
CDU/CSU 196 (CDU 151, CSU 45)
GRÜNE 118
FDP 92
AfD 83
LINKE 39
SSW 1

Résultats en pourcentage des suffrages exprimés le 26 septembre 2021, avec évolution depuis 2017

Notons que symboliquement, le rejet de la droite est marqué par la circonscription d’Angela Merkel, qu’elle avait remportée huit fois d’affilée directement, au scrutin uninominal.
Hier soir, c’est une candidate SPD qui a remportée ce scrutin. Merkel laisse donc derrière elle un paysage politique en ruines, un Bundestag sans majorité claire, et son parti la CDU avec le pire résultat de son histoire.

Le SPD profite d’abord des erreurs de ses concurrents

Le SPD, dans une campagne marquée par les gaffes de ses adversaires, avec un programme beaucoup plus à gauche qu’en 2017, l’emporte et retrouvé son score de 2013, mais réalise quand même le quatrième plus mauvais score de son histoire.
La chancellerie n’est pas gagnée pour autant. La reconquête cependant d’un électorat venu des Linke avec un programme très matérialiste, concentré sur les salaires, le pouvoir d’achat, la réduction du coût du logement, et de certaines régions tentées par l’extrême droite, montre une voie qu’il faudra confirmer au pouvoir. Il ne faudra pas faire du “molletisme allemand”. Car il faut noter une forme de schizophrénie politique du SPD : le programme a été en grande partie porté par une partie de l’aile gauche (très anti-Schröder) qui contrôle l’appareil du parti depuis leur congrès de 2019, mais les candidats et notamment celui à la Chancellerie sont issus de l’aile la plus sociale-libérale ; dans les listes à la proportionnelle, les rares députés SPD sortants marqués à gauche ont été largement défavorisés.

Les Verts finissent loin de ce qu’il était promis, alors que comme en 2011, ils semblaient avoir la possibilité de s’emparer du pouvoir. Leur choix en cohérence interne de la plus inconnue de leurs dirigeants comme tête de liste leur a fait perdre leur position de leader. Ils ont sous-estimés l’importance d’avoir désamorcé par la présence médiatique antérieure des polémiques destructrices de confiance, et surestimés l’importance des effets d’affichage politiquement corrects. Les Verts ont convaincu les classes bourgeoises citadines, et font le meilleur score de leur histoire, mais 10 points en dessous de leurs sondages il y a six mois.

Les Linke avaient également choisi la cohérence interne plutôt que la synthèse entre leurs deux pôles idéologiques. En éliminant la tendance marxienne, ou matérialiste, incarnée par Sahra Wagenknecht, en laissant démissionner des personnalités reconnues par les autres partis, comme Fabio de Masi, en intriguant enfin contre le projet Aufstehen, qui intéressait 36% des Allemands en 2018 et pouvait créer un mouvement populaire sur le modèle de la campagne Sanders de 2016, les Linke ont perdu les classes populaires de l‘Est sans convaincre les classes urbaines citadines. Les premières se sont reportées au SPD, les secondes sur les Verts. Les Linke perdent 4 points !

Les différentes hypothèses de coalition gouvernementale testée hier soir par les médias allemands…

Libéraux “faiseurs de roi”, extrême droite enracinée

C’est le FDP qui se retrouvait faiseur de rois hier soir. Et ils peuvent remercier les Linke comme les Verts pour cela. Il aurait suffi de 2 points de plus aux Linke pour qu’une coalition de gauche ait la majorité.
Le FDP incarne la résistance des classes bourgeoises à toute remise en cause de leur partage des richesses, du pouvoir, des gratifications symboliques, tout en surfant sur une petite musique anti-vaccin et anti-pass sanitaire, anti-Etat, et peu favorable à l’intégration européenne. Ces libéraux là ne sont pas du tout macronistes.
Le FDP rêve d’une alliance bourgeoise avec la droite et les Verts.

L’extrême droite AfD n’a pas autant profité de son rejet des politiques anti-Covid autant qu’elle l’espérait. Incapable de faire monter le sujet de l’immigration sur le devant de la scène (il n’en fut pas question dans cette campagne), de plus en plus droitisé avec d’anciens néo-nazis montant dans les cadres, l‘AfD se tasse et perds 2 points par rapport à 2017.
Cependant, et ceci est inquiétant, l’AfD dispose maintenant d’un socle constant et solide de 10% des Allemands.
Les expériences précédentes de populisme allemand avaient été de courte durée : le parti Republikaner d’extrême droite dans les années 1980 avait disparu en 10 ans, les succès électoraux du parti néonazi NPD n’avaient pas eu de confirmation au début des années 2000 et les Pirates, parti populiste entre gauche et droite, n’avaient aussi duré qu’une saison entre 2009 et 2013.
L‘AfD a donc réussi à refaire surgir une extrême droite pérenne au Bundestag, et cela, c’est un signe supplémentaire de la Weimarisation en cours : jamais, depuis 1949, la République ouest-allemande n’avait connue un tel phénomène, alors qu’il est consubstantiel à l’émiettement de la vie politique sous Weimar, avec deux autres composantes : la répétition de grande coalition gauche-droite, et les élections à répétition. En dehors de 2005, où Schröder força la dissolution du Bundestag et une élection anticipée, c’est la dernière composante qui manque pour retrouver la même dynamique parlementaire que sous Weimar.

Un long intérim en perspective ?

Pour renforcer la pertinence de ce concept de weimarisation, rappelons que sous Weimar, l’émiettement des voix fit survivre des multitudes de partis microscopiques, qui, en l’absence de barrière à 5%, obtenaient des sièges avec 1%.
Malgré la barrière des 5%, pas moins d’un votant sur 12 a choisi l’un de ces petits partis, 8,3% des suffrage ne sont pas représentés au Bundestag, ces électeurs décidant de se porter en parfaite connaissance de cause sur des partis n’ayant aucune chance d’être représenté. Cela démontre une perte de confiance dans le parlementarisme allemand beaucoup plus profonde encore que le vote AfD ou l’abstention (24% hier, comparable aux scrutins précédents à un niveau relativement élevé).
Tous ces micro-partis cependant réussissent à capter du financement public. Ils vont survivre encore 4 ans.

Angela Merkel est toujours chancelière ce matin. Tant que les futurs partis coalisés n’auront pas signé leur contrat de coalition, véritable programme de gouvernement détaillé – la synthèse nécessaire en Allemagne ne se faisant pas sur les postes, mais sur les politiques à mener –, c’est le gouvernement sortant qui expédie les affaires courantes.
Hier soir, les caricaturistes imaginaient déjà Merkel tenir le discours du nouvel an 2022 en chancelière provisoire…

Élections au Canada : la cohésion québécoise autour de la laïcité réveille la discorde entre francophones et anglophones

Ce lundi 20 septembre 2021, les Canadiens étaient appelés aux urnes pour élire les 338 députés qui les représenteront à la Chambre des Communes, deux ans à peine après la dernière élection générale.

Les raisons de la dissolution du Parlement par le premier ministre libéral Justin Trudeau étaient assez obscures. Sa relativement bonne gestion de l’épidémie du coivd-19, mise en perspective par la gestion catastrophique de la pandémie dans les provinces dont le gouvernement régional est conservateur, l’auront probablement poussé à vouloir prendre de court les partis d’opposition, conservateurs en tête, afin de retrouver la majorité absolue perdue aux élections de 2019.

Des élections fédérales pour quoi faire ?

Monsieur Trudeau avait insisté sur la nécessité d’organiser des élections en temps de Covid, afin d’illustrer la continuité démocratique en période de crise. Il aura ainsi fait mieux que le gouvernement français, dont l’incurie en matière d’organisation électorale depuis deux ans est délétère.

Il semble toutefois que la crise sanitaire inédite que nous vivons depuis ces deux dernières années n’ait pas modifié le paysage politique canadien. Ainsi, à ce stade du dépouillement déjà très avancé, les libéraux gagnent un député, passant de 157 à 158 sièges, ratant le pari de recouvrer la majorité absolue. Les conservateurs d’Erin O’Toole en perdent deux, de 121 à 119. Les indépendantistes du Bloc Québécois, menés par Yves-François Blanchet, gagnent deux députés et passent de 32 à 34 sièges. Les néo-démocrates, formation de gauche dirigée par Jagmeet Singh, gagnent un député et obtiennent 25 sièges. Enfin, les écologistes perdent un de leurs trois sièges, et la seule député indépendante ne s’étant pas représentée, il n’y a plus de député en dehors des cinq partis majeurs de la politique canadienne.

Cette quasi-identité entre l’ancien et le nouveau Parlement masque quelques évolutions au sein de la carte électorale, mais elles sont minimes. Le parti conservateur, qui s’est recentré sur les questions de société, notamment sur l’avortement et l’obligation vaccinale, a gagné quelques circonscriptions dans les provinces maritimes de la côte est ainsi qu’en Ontario, plus progressistes que l’Ouest canadien. Toutefois, ce recentrage a permis le développement, sur sa droite, du Parti Populaire du Canada, qui a réalisé des scores assez élevé dans l’Ouest canadien, très conservateur. Dans les circonscriptions urbaines de Calgary, Edmonton et Vancouver, cette division de la droite a permis aux libéraux ou aux néo-démocrates de réaliser quelques gains, compensés par la poussée conservatrice à l’est.

Les écologistes ont en revanche connu une franche défaite, alors même que le Canada a traversé une grave crise climatique cet été. Au-delà de la perte d’un siège sur trois, ils réalisent un score trois fois inférieur à celui de 2019. Leur stratégie électorale, consistant à parler moins d’environnement et plus de sujets de société, avec une approche différencialiste de l’antiracisme, a échoué. Ils perdent deux des trois circonscriptions gagnées en 2019, et n’en gagnent une dans l’Ontario qu’à la faveur de l’abandon à la dernière minute du candidat libéral, mis en cause dans un scandale de harcèlement sexuel.
Les indépendantistes québécois, eux, sortent renforcés de cette élection. Certes, ils ne parviennent pas à leur objectif de 40 sièges (jugé très ambitieux par les journalistes canadiens et par certains indépendantistes eux-mêmes), ni à arriver en tête des suffrages au Québec, ils sont, avec 32% des voix, devancés de moins d’un point par les libéraux. Ils ont cependant réussi à confirmer leur retour en force de 2019, lorsqu’ils avaient triplé leur représentation, deviennent le premier parti du Québec en nombre de députés, devançant d’un siège les libéraux, et confirment leur domination dans l’électorat francophone.
La tâche n’était pourtant pas aisée.

Une forme d’arrogance anglophone a, à nouveau, relativement profité au Bloc Québécois

Le système politique québécois repose sur un double système de partis politiques, les uns pour les élections au Parlement fédéral canadien, les autres pour les élections au Parlement provincial québécois. Au niveau provincial, les indépendantistes du Parti Québécois traversent la pire crise de leur histoire, et jamais l’indépendantisme n’a paru aussi faible depuis les années soixante. Au niveau fédéral en revanche, ils progressent et semblent en dynamique.

Le Bloc Québécois a en réalité réussi à capter une partie de l’élan politique nationaliste du Premier Ministre du Québec François Legault. Ancien indépendantiste, il a fondé un parti nationaliste non souverainiste, économiquement libéral et plus conservateur sur les questions de société que le Parti Québécois. Il a toutefois pu mener des réformes attendues depuis longtemps par le peuple québécois : extension de la loi de protection de la langue française, et instauration de la laïcité au Québec, loi prohibant notamment le port de signes religieux distinctifs pour les fonctionnaires provinciaux.

Ces deux lois reçoivent un appui massif au Québec, à proportion égale du rejet qu’il suscite dans le Canada anglophone. Le modèle de société anglo-saxon, communautariste, ne distinguant pas émancipation et extension infinie des choix individuels, et admettant le droit à la différence pour toute communauté réelle ou fantasmée à l’exception des Québécois, est entré en collision frontale avec le modèle de société voulu par ces derniers.
Se sont alors réveillés les vieux travers des Canadiens anglophones: le mépris des francophones. Ainsi, la cheffe du parti vert, Madame Annamie Paul, a jugé que les positions du chef indépendantiste Yves-François Blanchet étaient dues à un « manque d’éducation sur les questions de racisme systémique ». Comment peut-il y avoir de débat, de délibération collective, et donc de démocratie, si l’on objecte à son contradicteur un manque d’éducation comme seule racine de la pensée ? On notera par ailleurs que Madame Paul, qui a tout le long du débat prononcé Blanchet « Blanchette », ne s’est pas vue signifier son manque d’éducation sur la prononciation du français.

Cette impasse démocratique, apanage du prétendu progressisme forcené anglo-saxon, a ainsi propulsé le Bloc Québécois comme seul défenseur des intérêts francophones. Lors du même débat, l’animatrice est sortie de la neutralité pour demander pourquoi à monsieur Blanchet pourquoi soutenait des mesures « discriminatoires » comme la laïcité ou la défense du français. Ces propos ont généré un tel scandale au Québec que les appels à demi-mot de monsieur Legault à soutenir les conservateurs n’ont pas été suivis par son électorat.

La nécessité d’un parti politique distinct pour défendre les intérêts du peuple québécois au sein de la fédération canadienne est donc apparue aux électeurs francophones du Québec. Les résultats d’hier le démontrent. Ils se vivent comme une Nation distincte, maîtresse chez elle, pour reprendre la formule classique des indépendantistes. Membres à part entière du peuple québécois, les immigrants au Québec devraient y apprendre le français, langue nationale, et tous les fonctionnaires devraient se plier à la loi sur la laïcité.
La société anglo-saxonne, elle, semble avoir une approche différente. Elle ne considère les Québécois que comme une communauté parmi d’autres. Elle serait ainsi non pas constitutive de la Nation québécoise, mais majoritaire au sein de la province du Québec. De là, la volonté d’assimilation et de laïcisation est perçue comme une ingérence d’une communauté majoritaire sur des communautés minoritaires, et ainsi jugée comme oppressive. Pour les Québécois, il y a plutôt ingérence du « Rest of Canada » (ROC) dans les affaires québécoises.

Pour l’instant, monsieur Legault semble avoir convaincu les Québécois de la possibilité de se vivre en Nation distincte sans besoin de déclarer l’indépendance. Pour combien de temps ? Déjà en 2019, toute la campagne électorale avait tourné, au Québec, autour de la question de la laïcité et de la légitimité de cette loi.

En tous les cas, la proximité linguistique et dans les aspirations d’organisation de la société autour de la laïcité entre la France et le Québec doivent nous conduire à renforcer la coopération entre nos deux Nations.

Désespoir présidentiel à gauche : comment en est-on arrivé là ?

tribune publiée par Rémi Lefebvre, Professeur de science politique, université de Lille, dans AOC, le mardi 21 septembre 2021

L’heure est à la sélection des candidats et aux déclarations de candidatures à gauche. Alors que le potentiel électoral de la gauche est historiquement bas, les prétendants se multiplient dans une certaine cacophonie. Les candidats déclarés mettent en avant la nécessité du pluralisme et les vertus de la « biodiversité » politique à gauche. On entend aussi que « tout est encore possible » et que les élections se jouent en janvier. Mais personne n’est dupe : la gauche est émiettée et affaiblie. Elle s’apprête à se fracasser sur le premier tour de l’élection présidentielle et n’a aucune chance à ce stade de se qualifier pour le second. Le premier tour de la primaire écologiste est emblématique de la polarisation de la gauche. Alors que la catastrophe écologique est imminente et que la menace de l’extrême droite n’a jamais été aussi forte, la responsabilité de la gauche est historique. Dans un paysage politique fragmenté et « archipélisé », la nécessité de l’union à gauche est impérieuse. Elle semble impossible. Comment expliquer cette situation qui confine à l’absurde et au tragi-comique ?

La gauche est-elle vraiment défaite ?

La faiblesse de la gauche semble avoir atteint un niveau historique. Seuls 25% des citoyens se disent de gauche. On le lit partout : elle aurait perdu la bataille culturelle. La droitisation du débat public est certes spectaculaire. Les éditorialistes de gauche se font rares sur les plateaux de chaînes d’info continue comme sur l’antenne de France inter… L’agenda médiatico-politique est désormais matricé par des thèmes de droite. Sécurité, immigration, islam, identité nationale tournent en boucle, au rythme de l’irrésistible zemmourisation de l’espace public. Le premier confinement de la pandémie laissait augurer une sortie de crise à gauche. Fin du productivisme, démondialisation, relocalisation de la vie économique : l’imagination est à gauche. Cette effervescence utopique a pourtant été de courte durée. Les paniques identitaires ont repris de plus belle. La situation d’insécurité sociale ne semble trouver de débouchés que dans une rhétorique de l’ordre. C’est l’ensemble du champ politique qui semble tirer vers la droite jusqu’à une forme de fascisation du débat public . Les candidats Républicains (LR) défendent ainsi des positions d’un radicalisme sans précédent sur la sécurité et l’islam (majorité pénale ramenée à 15 ans, peines minimales obligatoires pour les récidivistes, un an de prison ferme » pour les agressions des forces de l’ordre, 20 000 places de prison supplémentaires, interdiction du salafisme…). Le président de la République, accusé de laxisme sur le « régalien », leur donne le change. La gauche exerce une menace électorale si faible sur Emmanuel Macron, élu dans une large mesure grâce à ses électeurs, qu’il ne cesse de donner des gages à la droite. La cause est entendue : la prochaine campagne électorale se jouera à droite.

Si la droitisation de l’agenda est évidente, celle de « l’opinion » ou de la société est plus contestable. Divers indicateurs laissent à penser que cette tendance relève d’abord d’un phénomène d’offre. Le clivage gauche/droite garde de la vigueur et ne semble attendre que sa régénération. Si le signifiant « gauche » est disqualifié et démonétisé (le quinquennat de François Hollande y a largement concouru), le signifié (les valeurs de justice sociale et égalité) suscite toujours l’attachement au-delà du fait de s’autodéfinir comme « de gauche ». La dernière enquête du CEVIPOF révèle une forte poussée de la préoccupation environnementale chez les français (deuxième priorité). La société française est traversée et travaillée depuis 2017 par des dynamiques et des mobilisations progressistes et émancipatrices. Par-delà ses ambiguïtés idéologiques, le mouvement des Gilets Jaunes a été porté par une aspiration à la justice sociale et à la démocratisation de la démocratie. Il laissera des traces profondes.

La conflictualité sociale, si elle est sporadique et éclatée, n’a pas disparu et s’est renouvelée : mobilisation contre la réforme des retraites, marches pour le climat, poussée du féminisme avec #MeToo, politisation d’une partie de la jeunesse à travers les luttes contre les discriminations… Cette effervescence de causes invite à l’optimisme. Disparates, elles n’ont pas trouvé d’unification ou de débouchés politiques mais elles sont des points d’appui potentiels pour la gauche. La gauche non partisane (associative, intellectuelle, écologiste, féministe…) bouillonne d’initiatives, de projets et de réflexions. Greenpeace, la CGT et Attac ont construit ces derniers mois des convergences politiques qui devraient interpeller les partis. Tout n’est donc pas perdu à gauche…

Si aussi peu de citoyens se disent « de gauche », c’est que le spectacle qu’elle donne à voir depuis 2017 ne favorise guère l’identification à ce camp. C’est donc du côté de l’offre politique et du jeu partisan que la crise se situe.

Il n’y a plus d’hégémon : le parti socialiste n’a pas été remplacé

Depuis 2017, la gauche s’épuise dans une bataille de leadership qui, parce qu’elle n’a pas trouvé de dénouement, est devenue une dynamique de différenciation systématique et d’autodestruction. Il faut le rappeler : la gauche était structurée par la position hégémonique jouée par le parti socialiste. Parce que c’était le parti qui avait vocation à exercer le pouvoir, il captait le vote utile et occupait un large espace politique (sur la dernière période de Gérard Filoche à Manuel Valls). Les luttes internes pour en définir la ligne étaient âpres, destructrices mais faisaient sens. Son élasticité idéologique était à la fois un handicap et une ressource. Le rapport de forces à gauche pesait aussi sur le positionnement politique du parti. François Hollande s’est gauchisé lors de son discours du Bourget parce que Jean-Luc Mélenchon remontait dans les sondages. C’est autour du PS que s’organisaient les alliances. Les primaires ouvertes en 2011 ont été une manière de conforter ou de sanctuariser cette place centrale en permettant à tous les électeurs de gauche de se prononcer sur le candidat du seul parti socialiste.

L’effondrement du PS en 2017 bouleverse la donne mais sa place centrale et structurante n’a pas été remplacée. La gauche est désarticulée. Les effets de la débâcle du PS pèsent toujours sur la structuration de la gauche et son devenir. Sa disparition aurait pu faciliter les choses… mais le PS, s’il est déclassé, a fait preuve de résilience depuis 2017. Comme tout au long de son histoire, en période de déclin, il s’est rétracté sur ses bastions locaux et municipaux. Les socialistes ont timidement fait l’inventaire critique du mandat de François Hollande et ont poursuivi leur écologisation sans engager de véritable reconstruction idéologique. Comme le montre son congrès, le parti est largement désinvesti et ne convainc guère qu’un avenir de la social-démocratie soit encore possible. Il s’enorgueillit d’être le premier parti local à gauche et revendique ce faisant d’être la « force motrice » ou le « trait d’union » à gauche. Il a pourtant gardé ses élus surtout parce qu’ils étaient sortants et non parce qu’ils étaient socialistes, dans un contexte d’abstention phénoménale. Avant les dernières élections régionales, Olivier Faure laissait entendre que le PS pourrait s’effacer derrière un candidat écologiste mais EELV a échoué aux régionales et n’apparaît pas pour son rival socialiste comme une force fiable. Depuis 2017, les élections intermédiaires ont servi de test et structuré les rapports de forces à gauche alors qu’elles offrent des indicateurs politiques trompeurs. Comment s’y fier quand l’abstention est aussi massive et quand une forme de désarticulation entre scènes politiques nationales et locales s’opère (Les candidats de la République en Marche et du Rassemblement National gardent de fortes chances pour 2022 alors que leurs mouvements n’ont aucun ancrage local) ?

Les écologistes sont pourtant convaincus que leur heure est venue, qu’il faut tourner la page de leur « habitus minoritaire » , que l’ère de la social-démocratie est dépassée et qu’ils sont porteurs et propriétaires exclusifs du nouveau récit politique. Les écologistes entendent enfin tirer les dividendes politiques de la conscience environnementale nouvelle. Ils sont le sens de l’histoire, le leadership leur revient. Mais si l’écologie est désormais une grande idée, EELV reste un petit parti qui apparaît, non sans raisons, comme sous-dimensionné pour porter une élection présidentielle (le parti qui ne compte qu’une poignée de permanents a-t-il les moyens de financer une campagne de grande ampleur ?). EELV a marqué des points aux élections européennes et municipales mais ne s’est pas imposée comme colonne vertébrale de la gauche. 120 000 sympathisants se sont inscrits à la primaire. C’est beaucoup plus que la base militante du parti mais beaucoup moins que les participants aux primaires socialistes de 2011 ou 2017. Dans un contexte de division de gauche et d’impuissance politique, les électeurs de gauche ne se sont pas massivement saisis de cette opportunité d’expression pour affirmer que leur candidat devrait être écologiste. La primaire EELV confirme que la base sociale de l’écologie est fragile. De qui sont représentatifs ces 120 000 participants ? De la base militante ? non. Des sympathisants écologistes ? pas sûr… De l’opinion de gauche dans son ensemble ? sans doute pas. La primaire donne traditionnellement une prime à la radicalité. La qualification de Sandrine Rousseau qui a mobilisé des réseaux très ciblés confirme cette tendance. Ce biais de la primaire est problématique quand la vocation du candidat désigné est de représenter l’ensemble de la gauche…

La France Insoumise n’a pas non plus réussi à s’imposer à gauche comme la force politique centrale. En 2017, Jean-Luc Mélenchon a su fédérer la gauche en canalisant le vote utile. Les électeurs ont fait l’unité derrière lui. Mais depuis le leader insoumis n’a cessé de louvoyer entre une stratégie de rassemblement à gauche classique (aux élections Européennes) pour affaiblir ses partenaires et une stratégie populiste (substituer le clivage élites/peuple au clivage gauche/droite) pour élargir son assise. Il a perdu au final sur les deux tableaux et semble, à cette heure, incapable de reproduire la dynamique de 2017. La France Insoumise s’est enlisée dans des élections intermédiaires pour lesquelles elle n’était pas équipée et qui l’ont affaibli. L’image de son leader est abimée et trop clivante à gauche alors qu’il n’a tiré aucun dividende politique du mouvement des gilets jaunes ou plus récemment des mobilisations sur le pass sanitaire qu’il a cherché à séduire en vain. Le pari mélenchoniste est la mobilisation par une posture tribunitienne des milieux populaires, au-delà des segments sociologiques racornis de la gauche,. Il a pour l’instant échoué. Jean-Luc Mélenchon reconnaît lui même qu’il ne peut gagner que par « un trou de souris ».

Comme aucune force politique ne tire son épingle du jeu, les stratégies individualistes se multiplient et les partis adoptent des réflexes de survie organisationnelle, enjambant le prochain scrutin présidentiel pour préparer d’autres échéances. Les partis de gauche jouent-ils vraiment encore la gagne ? Il est permis d’en douter. Parce que le cycle présidentiel comprend désormais les élections législatives, le scrutin présidentiel devient un moment d’existence incontournable pour tout parti. La négociation d’un contrat législatif aurait pu être un moyen de désamorcer cette logique mais elle n’aurait réglé en rien la question de la sélection du candidat.

Fabien Roussel n’est candidat qu’à la réaffirmation identitaire d’un parti (le Parti communiste) qui cherche avant tout à reproduire son appareil et à garder ce qui le maintient encore (un groupe parlementaire, des municipalités…). La campagne présidentielle du PC s’apparente surtout à une campagne de communication pour faire exister ce qu’il reste de la marque.

Arnaud Montebourg a longtemps hésité à se lancer. Sans parti, ni réseaux d’élus ni financement (« l’intendance suivra » dit-il), il tente sa chance, avec une cohérence idéologique incontestable, parce qu’aucun candidat n’a tué le match. La candidature d’Anne Hidalgo à bonne distance du PS ne soulève guère d’enthousiasme dans son propre parti. Tout se passe comme si les socialistes se raccrochaient, sans grandes illusions, à sa seule présidentiable pour survivre. Pour tenter de décoller et de mobiliser le cœur traditionnel de l’électorat de gauche, la maire de Paris se risque à des propositions clientélistes comme le doublement du salaire des enseignants.

Comment sortir de cette situation ?

Les divergences idéologiques existent bien à gauche, exacerbées par les ressentiments et les détestations accumulés. La participation à la manifestation de policiers en mai dernier a traduit des divisions profondes à gauche. Anne Hidalgo et Jean-Luc Mélenchon proposent bien des lignes politiques différentes. Mais depuis 2017 les divergences n’ont pas vraiment été explicitées et clarifiées. De ce point de vue, la gauche a manqué de méthode pour engager une confrontation idéologique à laquelle les partis se sont dérobés comme pour mieux justifier la division. Pourtant les désaccords ont eu tendance à se résorber depuis 2017. Entre écologistes, socialistes et communistes, dégager un socle commun autour d’une dizaine de propositions électorales n’apparaît pas insurmontable. La transition écologique ne fait plus guère dissensus. Sur la construction européenne, les positions sont moins tranchées que par le passé. De nouveaux clivages sont apparus avec leurs mots totems qui fâchent et clivent (« race », « genre », « décolonialisme », « cancel culture », « woke »…). L’irruption de Sandrine Rousseau semble exacerber ces clivages mais ils sont surjoués et n’ont aucune signification réelle pour une grande majorité de l’électorat. L’écoféminisme est-il vraiment de nature à fédérer la gauche ? Les électeurs de gauche, plus unitaires que leurs partis, sont les otages d’une désunion partisane entretenue par de petites sociétés militantes attachées avant tout à persévérer dans leur être, repliées sur leurs identités historiques, leurs intérêts d’appareil et une complaisante tyrannie des petites différences.

Comment sortir de cette impasse ? La gauche est-elle condamnée à n’être représentée que par un troupeau de nains ? A terme, il faudra enclencher une dynamique de recomposition partisane (sous la forme d’une fédération de partis ou d’une unification d’ampleur). Dans l’attente, on ne peut plus compter sur l’auto-discipline des appareils politiques et leur sens des responsabilités. Il n’y a plus beaucoup de solutions… Les primaires sont périlleuses et critiquées à juste titre mais il n’y a plus guère d’option pour débloquer la situation. La primaire d’EELV ne suffira pas à rassembler à gauche. Elle a conduit au deuxième tour à une alternative très polarisée. Yannick Jadot est sans doute plus proche d’Anne Hidalgo que de Sandrine Rousseau… Quand il existait un parti dominant (le Parti socialiste), une primaire limitée à une organisation faisait sens. Quand prime la fragmentation, elle ne suffit plus. Le projet de La primaire populaire est porté par un collectif d’associations et d’intellectuels issus de la société civile de gauche. C’est une primaire interpartisane (il s’agit de trancher entre des candidatures issues de plusieurs formations politiques) et non partisane (elle n’est pas organisée par un parti). La primaire populaire propose un socle programmatique commun (dont on a fait guère de publicité…) et un vote dans des formes inédites (le jugement majoritaire) pour éviter « les effets délétères » des primaires classiques. Porté par la « société civile de gauche », ce collectif interpelle les partis du dehors et cherche à les déborder en les mettant devant leur responsabilité et en leur offrant une formule clefs en main. Cette primaire large apparaît néanmoins autant indispensable qu’improbable.

Les partis à gauche ne semblent pas prêts à jouer le jeu. Les candidats les plus parrainés par la primaire populaire (Christiane Taubira, François Ruffin) ont des profils non partisans… Il est difficile de demander aux écologistes de renoncer à nouveau à une candidature après leur primaire. Jean-Luc Mélenchon ira au jusqu’au bout parce qu’il mise sur la campagne et la politisation de la société qu’elle provoque pour se refaire et se relancer.

Au final, une primaire rampante et tardive par les sondages risque de hiérarchiser les candidats et les départager par un effet de « vote utile ». Il est fort probable que certains candidats, trop bas dans les enquêtes d’opinion, renoncent (comme Yannick Jadot en 2017). Les candidats semblent ainsi déléguer aux sondages le pouvoir qu’ils n’ont pas consenti à donner directement aux électeurs à travers une primaire. Ce choix est lourd de conséquences. Les divers candidats de gauche vont donner pendant des mois encore le spectacle de leur mésentente et se disputer l’électorat de gauche au lieu de l’élargir.

Après le fiasco australien, qui croit encore à la « solidarité » avec l’OTAN et les USA ?

Joe Biden fragilise la stratégie française dans la région indopacifique. Ce fiasco mettra-t-il fin à la naïveté atlantiste des élites françaises ?

La décision de l’Australie de résilier le « contrat du siècle » portant sur l’achat de sous-marins au groupe français Naval Group, au profit de matériels américains et britanniques, est regrettable.
Il ne faut pas être crédule, l’argument avancé par les autorités australiennes, de la découverte de « nouveaux besoins », ne tient pas la route. Les sous-marins français, même si traditionnellement la France n’exporte pas de propulsion nucléaire, furent convertis en propulsion conventionnelle à la demande explicite de l’Australie. Il s’agit uniquement d’une décision politique poussée par les États-Unis.

Mais plus largement, ce choix marque un coup d’arrêt à la stratégie française dans la région indopacifique. En effet, largement mis en avant lors de la visite d’Emmanuel Macron en Australie en mai 2018, l’axe Paris-Delhi-Canberra « vrai nouvel ordre géostratégique » selon le Président vient de subir un premier affaiblissement important qui devrait logiquement se poursuivre. D’abord avec l’annonce d’un partenariat sécuritaire « AUKUS » qui exclut la France. Ensuite, la prochaine visite du Premier ministre indien, en compagnie des membres du « Quad » (Dialogue quadrilatéral pour la sécurité, composé également de l’Australie et du Japon) à Washington le 24 septembre prochain devrait également comporter son lot d’annonces.

D’aucuns auraient pu assez logiquement le prévoir, le désengagement américain au Moyen-Orient au profit du « pivot asiatique » n’est pas récent. La stratégie française, louable, a quant-à-elle souffert d’un manque de soutien politique, trop effrayé pour s’émanciper totalement d’une tutelle américaine qui dessert nos intérêts.

Il s’agit d’un nouvel exemple, parmi tant d’autres, du besoin concret d’autonomie stratégique tant pour la France que pour les Européens en matière de défense et d’industrie.

Toutefois, ce besoin de solidarité européenne restera lettre morte tant que l’Allemagne, qui a intrigué contre les intérêts français en soutenant les armateurs américains, se livrera également à une guerre économique contre la France.

Projet de loi grand Âge autonomie, un enterrement de première classe !

tribune de Caroline Fiat, députée Gauche Républicaine et Socialiste, publiée le jeudi 9 septembre 2021 dans L’Humanité

Au début, c’était une promesse. Une promesse qui avait du sens, la promesse que nous pourrions ouvrir les yeux en grand sur les difficultés et les inégalités dont souffrent trop de nos concitoyens, la promesse que la République n’oublie aucun de ses enfants, surtout quand ils sont plus fragiles.

Je me suis emparée de ce combat dès le début, me sentant légitime à le faire après avoir parcouru les tranchées et subi les assauts du manque de moyens dans les EHPAD.

Trop de souffrance pour nos résidents, trop de souffrance pour nos soignants, trop d’injustices…

Les mondes du vieillissement et du handicap sont soit invisibilisés, soit transformés en marché et dans ce cas ne s’adressent qu’à la part aisée des publics concernés.

Il était temps de rétablir la situation, c’était une urgence, un impératif !

Ce fut d’abord un rapport, avec ma collègue Monique Iborra. J’étais la parlementaire du réel, elle était la parlementaire de la trajectoire budgétaire. Mais finalement, en poussant les portes et en constatant l’état délabré de nos établissements, elle put faire la différence entre un tableau Excel et une toilette protocolaire. À partir de ce moment, nous avons pu travailler sur des constats partagés et établir des propositions communes.

Ce rapport, publié en mars 2018, dressant des constats unanimes et partagés par l’ensemble des acteurs auditionnés, proposant une feuille de route permettant de remettre la personne au centre des politiques du grand âge, a été salué par tous. Le 13 juin 2018, Emmanuel Macron annonçait une loi sur le grand âge pour 2019.

Mais mon rapport fut aussitôt enterré par un nouveau rapport. Ainsi, au lieu d’agir, le gouvernement préféra une nouvelle étude et le 17 septembre 2018, le Premier ministre chargea Dominique Libault de conduire une concertation et de faire des propositions de réforme, notamment dans la perspective d’un projet de loi. Le 1er octobre 2018, Agnès Buzyn, Ministre des Solidarités et de la Santé lançait une vaste concertation nationale « Grand âge et autonomie » qui pris fin en février 2019. Elle mobilisa 10 ateliers nationaux, 5 forums régionaux, une consultation citoyenne ayant recueilli plus de 1,7 million de votes pour 414 000 participants, 100 rencontres bilatérales et des groupes d’expression de personnes âgées, professionnels et aidants. « La concertation Grand âge et autonomie qui vient d’avoir lieu s’est traduite par des contributions très riches et convergentes de la part de tous les acteurs. Ce rapport en est la traduction la plus fidèle possible » nous expliquait alors Dominique Libault, pilote de la concertation Grand âge.

Puis en 2019, la Ministre Agnès Buzyn confia à Myriam El-Khomri un nouveau rapport sur les métiers du grand âge.

De rapports en renoncement, ce qui était une priorité du quinquennat devint ainsi peu à peu une Arlésienne douloureuse.

Début 2019, Agnès Buzyn annonçait une loi pour l’automne 2019. Fin janvier 2020, la Ministre assurait que le projet de loi serait “présenté à l’été” 2020.

Puis vint la crise Covid et le départ d’Agnès Buzyn.

Comme dans tous les secteurs de la santé, cette pandémie a également agi comme un révélateur des dysfonctionnements de notre société, ainsi les personnes fragiles, les personnes âgées, ont été les premières victimes de ce virus. Mais elles ont été également victimes du manque de personnel dans nos établissements et du refus d’action du gouvernement depuis 2017.

Et la machine infernale de la réaction permanente, de l’agitation médiatique, se substituant à une réflexion de fond et une planification méthodique, s’est mise en branle. Et on ne parla plus de la grande loi annoncée ou alors uniquement pour en annoncer le report.

Durant l’été 2020, Olivier Véran annonçait une loi pour fin 2020. Fin 2020, Emmanuel Macron promettait une loi pour début 2021. Début 2021, on nous annonçait une loi pour après la crise sanitaire…

Les horloges, pourtant sous le contrôle de l’homme solitaire de l’Elysée, ont continué à tourner.

Et le temps du bilan approchant, on commença à entendre une petite musique sur le retour de la loi.

Pour masquer un échec sur un sujet précis, il suffit de renommer le sujet et de lui donner un calendrier.

C’est ce qui a été tenté avec cette loi « Autonomie Grand Age » rebaptisée loi « Génération solidaire ».

Mais toujours dans un moment où seule la cacophonie sur la Covid prenait le pas sur tout le reste.

Alors aujourd’hui, la dernière fausse « bonne idée » de Matignon, sous les ordres de l’Elysée, est de noyer cette loi dans le prochain examen du PLFSS.

Un PLFSS qui a vu lors de sa dernière édition, la création d’une cinquième branche fantôme.

Si le titre a bien été ajouté, c’est à budget constant que cela a été fait.

Au vu des débats précédents lors des examens du Plan de financement de la sécurité sociale, nous ne pouvons que déplorer qu’un tel sujet, qui concerne l’ensemble de nos concitoyens tant pour le vieillissement, phase normale d’une vie humaine, que pour le handicap, dont personne n’est à l’abri après un accident de la vie, soit traité sous le seul angle de la rigueur budgétaire, à la va-vite et dans le seul but de cocher les cases d’un bilan que le locataire de l’Elysée a complètement raté.

Loin d’être une bonne nouvelle, ce projet, s’il était mené à son terme, nous promet un enterrement définitif sous ce mandat de la moindre réforme d’envergure sur ce sujet de société universel.