Face à la honte, « L’Abandon » hymne à la liberté de conscience

Communiqué de presse de la Gauche Républicaine et Socialiste, mercredi 20 mai 2026, 21h35

L’Abandon, présenté à Cannes la semaine dernière et actuellement en salle, raconte les 10 derniers jours de Samuel Paty, avant son assassinat par un terroriste islamiste. C’est un film indispensable en ce qu’il incarne la résistance des principes républicains face à l’obscurantisme.

Une résistance qui tint jusqu’au bout malgré l’aveuglement (volontaire ?) d’une autorité qui aurait dû très tôt prendre la mesure des menaces qui pesaient sur Samuel Paty pour la seule raison qu’il faisait son métier de manière exemplaire. L’Abandon est là pour nous rappeler que notre société, que notre communauté politique ne peuvent en rien justifier une telle défaillance si elle venait à se reproduire.

Mais au-delà cette œuvre cinématographique a pour intérêt de rappeler une vérité essentielle : la Laïcité y est présentée non pas comme une contrainte, mais comme une libération : celle de pouvoir penser par soi-même, de douter, de s’affranchir des dogmes. Ce combat, c’est celui de la gauche, celle qui défend l’idée d’une école qui émancipe, d’une société solidaire, et d’une justice sociale qui va de pair avec la liberté de conscience.

Les critiques ironiques, souvent marquées par le cynisme ou une certaine complaisance envers les replis communautaires et les intégrismes religieux, oublient que Samuel Paty a payé de sa vie pour ces Principes. Son souvenir nous rappelle que la laïcité n’est pas un concept abstrait, mais un rempart concret contre la barbarie.

L’Abandon refuse l’autocensure et l’abandon de nos principes : c’est un hommage à celles et ceux qui, comme lui, choisissent le courage plutôt que le renoncement.

AMÉLIORER LE SERVICE PUBLIC DE L’AUDIOVISUEL, OUI, LE DÉMANTELER, NON !

Malgré des centaines d’audition, une couverture médiatique sans précédent et un fort intérêt des Français, les travaux de la commission d’enquête sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public n’ont pas permis d’avancer de façon rationnelle sur les grands enjeux qui lui étaient adressés. 

Les auditions furent souvent mouvementées et marquées par des attitudes plus inquisitoriales que constructives. Il ne suffit pas, pour enquêter, de poser les mêmes questions portant sur les mêmes allégations de faits mineurs et dérisoires montés en épingle, et ce quelle que soit la personne auditionnée. A bien des égards, cette commission d’enquête a illustré la quintessence de la société du spectacle, tout entière tournée vers la recherche du buzz, du clash et du trash, en lieu et place du travail sérieux, méthodique et rigoureux qu’elle aurait mérité. 

Le secteur de la création audiovisuelle, cinéma compris, emploie directement et indirectement 340.000 personnes et a généré un chiffre d’affaires de 20 milliards d’euros en 2024. Il s’agit donc d’une véritable industrie, fortement ancrée dans les territoires, qui contribue de façon décisive à notre développement économique et notre rayonnement culturel. Et dans ce paysage, France Télévisions est un acteur incontournable. 

Or le modèle audiovisuel français est fragilisé par des mutations profondes. La montée en puissance de plateformes numériques globales comme Netflix ou Amazon, accélère la concentration du marché et des modes de production, de financement et de diffusion des œuvres. Aborder la question du financement de l’audiovisuel public sous un angle étroitement comptable revient donc de facto à favoriser la concurrence internationale. 

Emmanuel MAUREL,
Député du Val-d’Oise,
Membre de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public
Co-fondateur de la Gauche Républicaine et Socialiste

Front Populaire : la conquête de la dignité des travailleurs a 90 ans

🏦🚩Le 3 mai 1936, les partis politiques de gauche, engagés dans le Rassemblement Populaire (SFIO, PCF et parti radical), remportaient largement le second tour des élections législatives. Le programme signé en janvier 1936 par ces partis représentaient un instrument politique assis sur la règle de désistement au second tour et une feuille de route pour une future majorité parlementaire.

Dès le 23 septembre 1935, la SFIO et le PCF avaient adopté une plateforme commune pour défendre le pain des travailleurs, la paix, sauvegarder les libertés et revaloriser les salaires. Finalement le 11 janvier 1936, ce ne sont pas moins de 10 organisations qui ont signé le programme du rassemblement populaire, notamment la CGT, la CGTU, la LDH, le Comité mondial contre le fascisme et la guerre, etc.

🗳 Le 28 avril puis le 3 mai 1936, la majorité de Front populaire l’emporte avec 317 sièges contre 222 sièges aux droites.
Le 4 mai 1936, Léon Blum revendiquait la tâche de constituer et diriger le gouvernement.

✊Dès le 11 mai et pendant un mois, les ouvrières et les ouvriers français vont déclencher le plus grand mouvement social jamais vu alors : on compte 12.000 grèves, dont 9.000 avec occupation d’usines, entraînant environ 2 millions de grévistes, sans violence, sans la joie, en protégeant et en entretenant l’outil de travail.

il est important pour unir la société et transformer la France que la gauche dispose d’une véritable plateforme programmatique gouvernementale commune et que sa mise en œuvre et/ou son dépassement s’appuient sur le mouvement social et une société mobilisée.

C’est ce mouvement qui donnera au gouvernement de Front Populaire, conduit par Léon Blum nommé le 4 juin (il a refusé de prendre le pouvoir plus tôt ce qui aurait contrevenu aux règles institutionnelles de l’époque, démontrant son respect de la République), la force de conduire un programme de transformation bien ambitieux que le programme prévu, ambition réclamée par les militants de la SFIO mais que le parti radical et les dirigeants du PCF avaient tenu à modérer pour rassurer : les accords Matignon signés dans la nuit du 7 au 8 juin, puis ratifiés par le parlement fin juin sont une reconnaissance majeure de la place de la classe ouvrière dans la société française : ils prévoient une revalorisation des salaires, l’exercice du droit syndical, la liberté d’opinion, l’établissement de conventions collectives, l’élection de délégués ouvriers dans les établissements de plus de dix salariés et aucune sanction pour fait de grève ; les parlementaires ajouteront à ces accords 15 jours de congés payés et la réduction de la durée hebdomadaire de travail des salariés de 48 à 40 heures.🛠

Si la rupture de la coalition du Front populaire et la trahison des dirigeants du parti radical mettront à bas entre 1938 et 1940 l’essentiel de ces acquis, ils seront au cœur du programme du Conseil National de la Résistance qui servira de base pour construire la République sociale à la Libération en 1945.

💡L’échappée belle du Front Populaire, ce printemps et cet été 1936 admirables, nous rappelle combien il est important pour unir la société et transformer la France que la gauche dispose d’une véritable plateforme programmatique gouvernementale commune et que sa mise en œuvre et/ou son dépassement s’appuient sur le mouvement social et une société mobilisée. Un enseignement à répéter plus que jamais aujourd’hui.

Congrès d’Aubervilliers – 6 et 7 juin 2026

Le congrès de la Gauche Républicaine et Socialiste se tiendra les samedi 6 et dimanche 7 juin 2026 à Aubervilliers (93) à l’Espace Jean-Renaudie – 30 rue Lopez-et-Jules-Martin (M° Fort-d’Aubervilliers, ligne 7).
Ce rendez-vous essentiel de la vie démocratique de notre parti approche. Il sera un moment décisif pour débattre, confronter nos analyses et choisir collectivement l’orientation politique qui guidera notre engagement dans la période à venir.

Nous appelons chacune et chacun d’entre vous à s’en saisir pleinement.

LE PROGRAMME DU CONGRÈS EST EN LIGNE

samedi 6 juin 2026

9h30
accueil des participant(e)s

10h00
ouverture des travaux du congrès

10h15-12h30
discussion générale autour du texte d’orientation et examen des amendements
ouvert à toutes et tous

14h00-16h00
GRS : quelle stratégie pour 2027 ?
séquence réservée aux adhérent(e)s de la Gauche Républicaine et Socialiste

16h30-18h30
Reprise des débats d’orientation sur le texte et les amendements
ouvert à toutes et tous

18h30
Intervention de l’animateur national sortant : Emmanuel Maurel, député du Val-d’Oise
ouvert à toutes et tous

19h00
Pot militant – ouvert à toutes et tous

Dimanche 7 juin 2026

9h30-10h30
Reprise des débats d’orientation
Débat autour des contributions thématiques déposées par les adhérent(e)s de la GRS

10h30-12h30 – séquence réservée aux adhérent(e)s de la GRS
Débat statutaire
Rapport d’activité et vote du quitus
Élection des instances nationales

12h30-13h00
Clôture du congrès

Dépôt des textes d’orientation :

Un seul texte d’orientation a recueilli, lundi 27 avril lors du collectif national d’animation (CAN) convoqué pour leur enregistrement, les conditions statutaires pour être soumis au vote des adhérents : La Gauche au rendez-vous du sursaut français, déposé par Emmanuel Maurel et plusieurs dizaines de membre du CAN. Vous le retrouverez ci-dessous à télécharger.

Vote sur l’orientation :

Le vote se déroulera en ligne le 21 mai prochain. L’ensemble des adhérents à jour de cotisation recevra un lien pour voter de manière anonyme.

Les réadhésions et mises à jour de cotisation sont possibles jusqu’au 20 mai à minuit (lien pour mise à jour ici). Les nouvelles adhésions ont été enregistrées au plus tard le lundi 27 avril 2026 à 18h.

Candidatures aux instances nationales :

Les camarades souhaitant s’engager dans les instances nationales devront déposer leur candidature avant le lundi 18 mai 2026 à 18h. Chaque candidat devra être à jour de cotisation et préciser le texte d’orientation auquel il se rattache. Vous pouvez déposer votre candidature grâce au formulaire mis à votre disposition en cliquant sur le bouton plus bas.

Délégués au congrès :

Le nombre de délégués sera déterminé en fonction du nombre d’adhérents dans chaque département et du poids respectif des textes. Nous transmettrons très vite cette information. Les camarades souhaitant être délégués sont invités à se signaler grâce au formulaire accessible ci-dessous, avant le lundi 18 mai 18h. Ils doivent être à jour de cotisation.

Pour rappel, les membres du collectif de direction, du CAN et du collectif d’arbitrage sont membres de droit du congrès (avec droit de vote).

Contributions et amendements :

Le congrès sera également un temps de construction collective de notre orientation : les délégués pourront y porter des contributions thématiques et proposer des amendements au texte d’orientation.

Les contributions thématiques doivent être envoyées avant le vendredi 29 mai 2026 à midi à l’adresse suivante : secretariat@g-r-s.fr

Les amendements au texte d’orientation doivent être envoyés avant le vendredi 29 mai 2026 à midi à l’adresse suivante : secretariat@g-r-s.fr ; ils devront impérativement préciser la page et le paragraphe auxquels ils se rattachent pour être considérés comme recevables : un modèle sous word est téléchargeable ici. Après le 29 mai midi, seuls les délégués au congrès pourront déposer ou modifier des amendements en séance.

Participation au congrès :

Le congrès est ouvert à l’ensemble des adhérents de la GRS. Toutes et tous pourront y participer. Toutefois, pour des raisons d’organisation, une inscription préalable sera demandée : nous vous remercions donc de bien vouloir vous inscrire grâce au formulaire accessible ci-dessous.

Nous vous informerons très prochainement de l’agenda et du déroulé précis du congrès d’Aubervilliers.

Les invités des autres partis seront pris en compte et recevront une information spécifique concernant les temps où ils pourront assister au congrès ; ils peuvent d’ores-et-déjà soumettre leur participation dans le formulaire accessible ci-dessous.

Ce congrès doit être un moment de débat et de mobilisation pour faire vivre une gauche républicaine, sociale et exigeante.

Nous comptons sur votre présence et votre participation active.

Le collectif de direction de la GRS

Union Européenne : Séjourné main dans la main avec Von der Leyen pour réduire encore la démocratie européenne

Un recul démocratique majeur se prépare en Europe avec la participation active du commissaire français Stéphane Séjourné. Mobilisons-nous pour faire échec à ce coup d’état programmé de la Commission Européenne

L’affaire pour paraître technique, elle est gravissime ! De nombreux commissaires veulent réduire considérablement les directives européennes (d’une certaine façon, l’équivalent des lois à l’échelle nationale) au profit de l’édiction de plus nombreux règlements !

La première grande différence est que la directive est un acte législatif qui doit obligatoirement passer devant le Parlement Européen et être approuvée la plupart du temps en co-décision entre le Conseil (les chefs de gouvernement) et le Parlement européen ! La commission – faut-il le rappeler non élue mais désignée -, a certes préparé le document initial, mais la décision finale est prise à l’issue d’une délibération d’organes élus et représentatifs des citoyens.

En fait, comme toute structure technocratique, elle veut se dispenser de cet arbitrage politique et décider seule au nom d’une prétendue efficacité.

Mais l’autre raison est qu’une directive doit être transposée dans le droit de chaque Etat membre (soit par une loi, soit par un décret, etc.). L’objectif étant que la loi européenne soit bien adaptée aux réalités notamment juridiques du pays. Et, dans bien des cas, cela permet aux parlementaires des Etats membres d’intervenir sur la mise en œuvre de la directive. Ce n’est pas une mince affaire, car les conditions d’application d’une loi compte beaucoup pour son efficience, pour les acteurs concernés … car parfois le diable se cache dans les détails.

C’est aussi important en soi, comme principe, car il faut tenir compte des cultures politiques et sociales des 27 différents pays et l’on ne peut/doit pas faire passer tout le monde sous la même toise juridico-administrative !

Enfin, contrairement aux directives, les règlements sont immédiatement applicables dans l’ensemble de l’Union. Personne n’a ainsi le pouvoir de les contester, de les amender, d’adapter leur application aux réalités du terrain, et pas le temps non plus de se retourner….

Dans ce contexte, les propos de Stéphane Séjourné, commissaire européen nommé par Macron, sont très révélateurs et stupéfiants : « Avant, la directive était l’option par défaut et le règlement l’exception, aujourd’hui, ce doit être l’inverse ».

« Les directives sont soit mal transposées, soit sous-transposées, soit surtransposées », a osé affirmer le commissaire français. « Elles sont rarement transposées de manière équivalente dans tous les États membres de l’UE. Pour toutes ces raisons, cela contribue à la fragmentation du marché unique. »

L’objectif est donc clair : d’une part, je ne veux voir qu’une seule tête ; d’autre part, il faut aller encore plu vite et plus loin dans la concurrence généralisée … Pas un mot sur les indispensables convergences sociales ou fiscales… Il va encore plus loin : « Dans les domaines politiques où l’UE détient toutes les cartes, il ne devrait « plus » y avoir de directives. » Un exemple : l’UE détient toutes les cartes dans les accords commerciaux avec les autres pays !

Comme pour le Mercosur ou déjà la présidente de la commission Madame Von der Leyen a pris la décision d’appliquer l’accord avant le vote du Parlement Européen et même la décision de la cour de justice !!

BREF, ILS VEULENT LES PLEINS POUVOIR POUR ACHEVER LE GRAND MARCHÉ CONCURRENTIEL DÉRÉGULÉ ET NOUS EMMENER DANS LE MUR.

Marie-Noëlle Lienemann

COMMISSION D’ENQUÊTE SUR L’AUDIOVISUEL PUBLIC : UNE OCCASION MANQUÉE

communiqué de presse d’Emmanuel Maurel, député GRS du Val-d’Oise, lundi 27 avril 2026

Je ne suis pas déçu par le rapport de Charles Alloncle puisque je n’en attendais rien. Il est à l’image des auditions nombreuses et mouvementées que nous avons vécues : orientées, toujours, obéissant à un agenda politique, celui de l’extrême droite, relayé complaisamment par les chaînes du groupe Bolloré, qui vise à dénigrer l’audiovisuel public. 

– Une méthode peu rigoureuse, qui entretient la confusion entre les faits et les opinions

– Une méthode peu rigoureuse qui ne fait aucune hiérarchie entre les petits faits montés en épingle et des grands enjeux qui sont occultés. 

– Une méthode peu rigoureuse avec trop d’approximations, de confusions volontaires et de jugements de valeur. 

Sur le fond, le rapport pose d’évidents problèmes. Sur l’impartialité et la neutralité, sa démonstration n’est guère convaincante. Ses prétendues preuves sont maigres.. 

Le plus cocasse étant que le rapporteur se réfère dès l’introduction à une période prétendument bénie, celle de l’ORTF !! C’est à dire à une époque où l’audiovisuel était aux ordres de l’exécutif. 

Pour le reste, si certaines questions légitimes sont abordées (par exemple la question de l’externalisation ou l’existence problématique des animateurs-producteurs), les préconisations sont trop souvent décevantes, contestables, voire détestables. 

Mais mon principal désaccord porte évidemment sur la conclusion du rapport, qui propose de réduire d’un milliard d’euros les ressources de l’audiovisuel public

Enfin, je regrette que le rapporteur n’ait pas pris la peine de réfléchir aux conséquences, pour l’audiovisuel public, des immenses bouleversements du passage au tout-numérique, de la toute-puissance des plateformes américaines et de l’émergence de l’IA.

L’audiovisuel public occupe une place essentielle dans la vie des Français, en garantissant un accès équitable à l’information, à la culture et au divertissement sur l’ensemble du territoire. 

Il se distingue par sa mission d’intérêt général, en proposant des contenus pour tous les publics. Il joue également un rôle clé dans la promotion de la création française et européenne. À ce titre, il contribue de façon décisive à l’exception culturelle face à l’uniformisation par le marché et les algorithme.

L’avenir de l’audiovisuel public aurait mérité un autre rapport et des propositions à la hauteur de l’enjeu.

Emmanuel MAUREL
Député du Val-d’Oise
Co-fondateur de la Gauche Républicaine et Socialiste

Annonce officielle d’un ANRU III : faire levier pour reconstruire une véritable ambition sur l’égalité républicaine

À l’occasion d’un déplacement à Marseille jeudi 23 avril, le Premier ministre, Sébastien Lecornu et le ministre du logement Vincent Jeanbrun ont annoncé une nouvelle loi logement qu’il faudra regarder très en détail, mais qui, à la veille d’une échéance présidentielle ne peut prétendre porter les changements structurels qui s’imposent pour résoudre la crise du logement qui s’est aggravée sous les deux quinquennats d’Emmanuel Macron. Cette crise d’ampleur inédite se traduit par un écart croissant qui s’est creusé depuis longtemps entre le niveau de revenu des Français et le coût du logement, les prix de l’immobilier posant des questions majeures pour le pouvoir d’achat et l’avenir du pays !

Cependant, ce projet de loi devrait contenir dans son article 1er, la programmation d’un troisième « Programme national de rénovation urbaine », ce que d’aucuns appellent une ANRU III. C’est une bonne et importante nouvelle, car l’extrême droite et certains à droite voulaient mettre fin à cette politique volontariste en direction des quartiers populaires pas seulement d’habitat social, des grands ensembles, mais aussi de copropriétés et de centres urbains dégradés ! Or, il est essentiel de poursuivre cette ambition républicaine d’assurer partout sur le territoire national des conditions de vie digne aux habitants, de combattre les effets de ghettoïsations, de progresser vers la mixité sociale et le vivre ensemble. La création d’une ANRU III était demandée par de nombreux élus, acteurs de terrains, et notamment l’Union sociale de l’Habitat (mouvement HLM), tant il reste à faire. C’était aussi une des préconisations de l’avis approuvé à l’unanimité par le Conseil Économique, Social et Environnemental (CESE), que Marie-Noëlle Lienemann avait rédigé avec Maud Lelièvre et qu’elles avaient intitulé : L’habitat, le logement face aux défis sociaux, territoriaux et écologiques. Oui il reste beaucoup à faire pour atteindre les objectifs de renouvellement urbain et de réparations de ce que les lois du marché immobilier, les arbitrages sur les moyens des politiques publiques, la faiblesse des péréquations territoriales, ont abîmé.

Un ANRU III aussi souhaitable soit-il ne répondra cependant pas aux énormes besoins de mobilisation en termes de cohésion sociale et d’égalité républicaine dans les quartiers prioritaires, les moyens budgétaires consacrés aux crédits spécifiques étant repartis à la baisse et la mobilisation du droit commun et de la mise en œuvre des politiques publiques habituelles restant déficiente dans ces quartiers qui en ont pourtant plus besoin encore que les autres. La Gauche Républicaine et Socialiste a toujours plaidé pour que la politique de la ville marche réellement sur deux jambes : d’une part la rénovation du bâti, de l’Urbanisme, du cadre de vie, d’autre part la présence des services publics, le soutien à la vie associative, l’encouragement à la participation des habitants, l’éducation populaire, le commerce, l’emploi, etc. Il ne faut pas opposer ces deux exigences et encore moins justifier l’arrêt de dépenses (forcément importantes sur le logement et les constructions, les espaces publics) pour soit disant s’occuper de l’humain ou de revenir au cadre commun ! C’est un prétexte pour désengager l’action publique en général en direction des catégories populaires et modestes ! Nous soutenons donc l’annonce de cet ANRU III et militons pour une loi complémentaire sur le volet égalité républicaine dans les quartiers populaires.

Si cette annonce nous agrée, nous serons cependant particulièrement vigilants pour que, dès le vote de la loi, soit sanctuarisé un engagement financier minimal garanti : on peut prendre comme référence les crédits de l’ANRU II à savoir 12 milliards d’euros. Le premier programme de rénovation urbaine date 2004 est était prévu pour 10 ans ; un deuxième programme de rénovation est lancé en 2014, censé s’achever en 2024, mais a été prolongé. Le futur programme devrait être établé entre 2028 et 2038. Il faut bien mesurer que lorsqu’on parle de 12 milliards d’euros pour 10 ans (voire plus) soit 1,2 Md€ par an et pour 450 quartiers en France, ce n’est pas énorme et surtout cela induit des emplois, des recettes en TVA pour l’Etat et soutient la croissance économique : ce n’est pas une dépense sèche comme le prétendent les bénis oui-oui du néolibéralisme.

Or, sur ces 12 milliards d’euros, la participation de l’Etat a été jusqu’ici infime : 1,2 milliard ! Seulement 10% ! 8,1 milliards viennent de la contribution des entreprises à l’effort de construction… Or ces crédits de fait ne sont pas utilisés pour la production de nouveaux logements. Le mouvement HLM a versé de son côté 2,7 Milliards, une somme non-négligeable quand on se rappelle à quel point les gouvernements de Macron ont ponctionné largement les capacités financières des opérateurs HLM (plus d’un milliard d’euros par an depuis 2017 en moyenne !). S’ajoute à cela, les crédits de chaque organisme de logement social verse pour toute intervention sur son patrimoine !

Pour les deux premiers programmes de renouvellement urbain, les bailleurs sociaux auront porté la grande majorité des investissements avec plus de 60 milliards d’euros investis. Ils auront rénové plus de 500 000 logements et construit 250 000 logements sociaux neufs en compensation des logements obsolètes démolis. De ce point de vue, nous considérons que toute nouvelle démolition devrait désormais s’opérer avec la stricte reconstitution de l’offre non seulement en nombre, mais aussi pour le niveau des loyers (les neufs sont plus chers et souvent peu accessibles aux plus modestes) et au maximum hors du quartier pour contribuer à la diversité sociale partout.

En tout cas, pour la GRS, il faut que la part d’intervention de l’État soit au moins de 50% des subventions de l’ANRU. Car c’est une politique de solidarité nationale, d’égalité républicaine qui ne saurait être principalement financée par les organismes de logements sociaux donc leurs locataires, souvent peu fortunés !

Il est important d’engager ce nouveau programme dès à présent, car il s’agit d’une planification longue qui a besoin d’être préparée avec des consultations nombreuses et sérieuses. Le premier arbitrage concernera le nombre de sites retenus. Le Premier ministre a évoqué 150 quartiers, dont 20% dans les villes moyennes. Est-ce suffisant ? Il va falloir examiner attentivement les demandes qui vont s’exprimer et remonter. Cela parait limité. Nous suivrons de près ces arbitrages et nous serons exigeants et l’exprimerons de toutes les tribunes qui nous serons données.

Le second sujet sera de bien évaluer quelles actions doivent être financées. Le débat sur les démolitions va sans doute s’engager. Prenons garde de ne pas tomber dans des prises de positions systématiques : ni interdire toute nouvelle démolition, ni poursuivre sur le même rythme que ce qui a prévalu jusqu’à ce jour. Partout où on le peut, il faut privilégier les restructurations des immeubles, leur rénovation pour leur donner une seconde vie, comme s’ils étaient neufs et adaptés aux besoins et attentes d’aujourd’hui ! A contrario, dans certains cas, et en particulier dans le cas de l’urbanisme de dalle, les démolitions sont inéluctables surtout quand on voit les conditions insupportables en cas de canicules et l’impossibilité de végétaliser… Cela a un coût, il faut l’assumer.

Il faut désormais dans les projets de renouvellement urbains prendre en compte de nouvelles thématiques comme renforcer la qualité et la performance des logements et en les adaptant aux évolutions sociales : vieillissement de la population, baisse de la taille des ménages, adapter les quartiers aux impacts du changement climatique, et pourquoi pas en faire des quartiers des précurseurs de la transformation écologique des territoires (pics de chaleur, confort d’été, végétalisation, souveraineté énergétique). D’autres enjeux, comme la sécurité, la santé, l’intégration des quartiers dans les dynamiques territoriales et lutter contre les dynamiques de ségrégation, devront être traités et poursuivis. Ces projets doivent être réalisés pour et avec les habitants de ces quartiers. Il va de soi qu’en cas de démolition ou de nécessité de déménagements pour des travaux, la plus grande attention doit être apportée aux attentes et choix, à l’accompagnement des habitants concernés. Enfin, et cela a pu manquer dans certains projets, la qualité de la concertation avec les habitants et les acteurs locaux est la clé du succès. La participation et l’accompagnement des habitants doivent être constants de l’élaboration du projet, à la fin des derniers travaux !

Les acteurs de terrain (élus locaux – dont ceux engagés sur les dossiers de la politique de la ville -, associations, conseils citoyens, centres de ressources, etc.) ont déjà pris en charge ses sujets, ils sont disponibles pour avance si l’État décide d’être ambitieux.

Le pôle thématique Villes & Quartiers de la GRS

Arménie : 111 ans après le début du génocide, la survie reste l’enjeu

communiqué de presse de la Gauche Républicaine et Socialiste le vendredi 24 avril 2026

La commémoration du génocide arménien, dont la perpétration par l’Empire Ottoman a débuté voici 111 ans, prend cette année une signification particulière : l’Arménie est aujourd’hui à un tournant de son histoire et de sa capacité à protéger son peuple et son territoire.

Avec le soutien de la Turquie d’Erdoğan et l’accord tacite de la Russie, l’Azerbaïdjan du dictateur Aliyev a agressé puis fait plier l’armée arménienne en 2020, avant de procéder en 2023 à un nettoyage ethnique et à l’éradication de toute trace de vie arménienne en Artsakh.

Le pseudo accord de paix imposé par Trump en août 2025, contre des concessions économiques majeures de l’Arménie aux USA, ne garantie pas sa sécurité et le Syunik au sud du pays est aujourd’hui directement menacé par les troupes azéries, sans réaction des « contractants ». En 2020 et 2023, l’Azerbaïdjan a fait « prisonniers » une vingtaine d’Arméniens, civils ou politiques, les condamnant dans des simulacres de procès à de lourdes peines. Ce sont des otages maltraités, moyens de pression pour obtenir des concessions supplémentaires. C’est un scandale.

Ursula von der Leyen préfère aujourd’hui organiser le silence des États européens pour s’assurer des hydrocarbures de l’Azerbaïdjan . Un plat de lentilles. C’est dans ce contexte que les élections législatives se dérouleront sous pression en Arménie le 7 juin prochain. La France, l’ONU, les États européens attachés à la justice, l’humanité et l’universalisme doivent hausser le ton pour garantir que ces élections ne subiront pas la tutelle néfaste des USA et de la Russie. L’Arménie a besoin d’un gouvernement démocratique et légitime.

C’est ainsi que l’Arménie aura la force pour faire respecter sa souveraineté, construire les alliances garantissant sa sécurité, la conservation de sa culture, et pour construire son avenir. Notre indifférence encouragerait ceux qui veulent détruire un peuple millénaire.

Intervention au 8e congrès du Parti de la gauche européenne

Ingrid Degrott a pris la parole samedi 18 avril 2026 au 8ème congrès du Parti de la Gauche Européenne à Bruxelles, au nom de la Gauche Républicaine et Socialiste

Mes chers camarades,

La gauche perd du terrain un peu partout en Europe et l’extrême droite progresse. Si l’on veut gagner et faire reculer les extrêmes, il nous faut renouer avec les combats du peuple, les combats du quotidien : l’inflation, la dignité au travail, la souveraineté alimentaire.

L’extrême droite part d’un principe simple : que la richesse est limitée à une certaine taille de gâteau et que si l’on veut s’en sortir il faut exclure les migrants – et parfois les femmes – pour avoir une plus grande part de ce gâteau.

Or ce n’est pas notre vision.

Et il est de notre responsabilité de montrer, d’expliquer qu’il existe un autre chemin.

Un chemin où l’on augmente la taille du gâteau par des politiques industrielles coordonnées qui ont pour double vertus de relocaliser des productions essentielles à notre souveraineté et de ramener l’emploi dans des bassins géographiques désertés et délaissés de l’action publique.

Un chemin où l’immigration n’est pas une variable d’ajustement au gré des besoins économiques mais un droit garanti à l’humain de pouvoir fuir une guerre ou chercher une vie meilleure. Et l’on sait que si une réelle politique publique de l’intégration est mise en place alors les externalités positives d’un tel mouvement, à l’aune du vieillissement démographique européen, n’est plus à prouver.

Un chemin où l’inflation n’est pas une fatalité qui amène inexorablement les riches à être plus riches et les pauvres plus pauvres. Aujourd’hui nous faisons face de nouveau à une inflation liée à un choc de l’offre, une inflation qui touche bien plus durement les produits de première nécessité que ceux de moyenne gamme et donc qui met gravement en difficulté les classes les plus modestes. Dans une telle situation, l’enjeu n’est pas de baisser les taxes de l’État sur les carburants, véritable opium du capitalisme actuel, mais d’indexer les salaires sur l’inflation et d’accélérer le développement des énergies renouvelables !

La gauche doit également renouer avec le peuple ouvrier en parlant conditions de travail avant de parler réduction du temps de travail. Baisser le nombre d’accidents du travail en dénonçant les conditions de travail aliénantes sur les chaînes de production et en dénonçant les managements toxiques délétères pour la santé mentale. Parce qu’un monde du travail qui va bien c’est autant de dépense de santé en moins !

Enfin la gauche doit se saisir pleinement de l’accessibilité géographique. La ruralité est trop souvent la double peine des revenus modestes : un logement moins cher en campagne certes, mais au prix d’une dépendance mortifère à la voiture – et donc au cours du pétrole – et un isolement à multiples facettes : social, économique, culturel.

A nous de plaider pour un grand plan européen de rénovation et de développement des lignes de chemin de fer pour désenclaver et décarboner toute une frange de la population européenne.

Ces combats sont peut-être terre à terre en comparaison des luttes et guerres internationales actuelles. Et je ne sous-estime pas l’importance ni notre rôle à jouer dans ces conflits internationaux mais ayons en tête que notre bataille contre l’idéologie d’extrême droite ne se gagnera pas par la Palestine ou l’Iran mais par des réponses concrètes aux quotidiens des européens en martelant l’importance de la condition des travailleurs, la répartition de la richesse et la souveraineté industrielle comme alimentaire.

Par ailleurs, un grand défi nous attend : celui de la transition écologique. Nous devons changer de paradigme. Produire toujours plus pour avoir le plus gros PIB ne fait plus sens à l’heure où la faiblesse analytique de cet indicateur est actée. Troquons le PIB pour le carré de Gini et inventons un nouveau modèle de développement dans lequel l’agriculture ne serait pas dépendante des cours mondiaux mais de la demande locale. Cela passera évidemment en première instance par un combat sans relâche contre les traités de

libre-échange malsain où l’on échange poulet aux antibiotiques contre bagnole.

Mes chers camarades, prenons le temps du recul et de l’analyse. Inventons un système économique nouveau, durable, dans lequel la souveraineté, le bien-être et les femmes auraient toute leur place. Un système qui, au lieu de mettre en concurrence les peuples au moins disant serait au contraire garant d’une dignité, d’un environnement sain et d’une prospérité répartie. La gauche européenne est et doit être avant tout une gauche émancipatrice du déterminisme social et de l’aliénation au travail, alors avec ces réponses oui nous gagnerons à nouveau la confiance des peuples !

Merci !

Hongrie : la défaite d’Orbán ne fera pas tout

tribune de Mathieu Pouydesseau publiée le mardi 14 avril 2026 sur le site de la Revue L’Audace

Il est de bon ton – et on peut le comprendre – de se féliciter de la chute de Viktor Orbán. Il faut pourtant nuancer, explique Mathieu Pouydesseau, fin connaisseur de cette zone. Notamment car le système Orbán a été très puissant ; que son successeur, Péter Magyar, en est issu, et que le pluralisme reste fragile. Surtout, la Hongrie, par ses rapports avec l’Allemagne, est un membre particulier de l’UE.

En Hongrie, l’opposition à Viktor Orbán a donc emporté la « super majorité » des deux tiers des sièges. Cela lui donnerait mandat pour détricoter le système mis en place par le Premier ministre en poste depuis seize ans. Mais ce sera difficile. D’autant que le nouvel homme fort, Péter Magyar, est lui-même issu du système en question.

Ce n’est d’ailleurs pas sur les merveilles qu’offre la démocratie représentative ou sur les vertus de l’inclusion que s’est jouée cette victoire. Rappelons que les partis de gauche avaient décidé de ne pas présenter de candidats. Et que Péter Magyar a repris à son compte le discours antidiversité du Fidesz, le parti national-conservateur d’Orbán.

Les classes rurales séduites

Ce résultat électoral, qui s’appuie bel et bien sur un record de participation, exprime d’abord la frustration de la population hongroise vis-à-vis des décisions du clan Orbán, qui ont fait perdre au pays l’avance économique qu’il avait sur les anciens États communistes. Le succès de Magyar repose largement sur sa critique d’une économie en échec, minée par la corruption et marquée par l’enrichissement considérable d’Orbán et des siens, au détriment du reste des habitants.

Péter Magyar est un jeune libéral issu du parti d’Orbán. S’il a, bien sûr, promis une bouffée d’air pluraliste, il a surtout prôné une rupture économique et ainsi convaincu les électeurs. Il a insisté sur l’échec de Viktor Orbán dans ce domaine (perte de pouvoir d’achat, dégâts engendrés par la vie chère…), atteignant dans les campagnes un électorat allergique au mode de vie urbain des élites de la capitale.

« Orbán a bien essayé de faire campagne contre des boucs émissaires : l’UE, l’Ukraine, Zelensky. Mais l’enjeu du vote portait sur les conditions matérielles d’existence. »

En face, Orbán a bien essayé pendant des mois de faire campagne contre des boucs émissaires : l’Union européenne, l’Ukraine, Volodymyr Zelensky… Mais même dans les zones rurales, cette propagande massive n’a pas pris. Ce n’est pas que la Hongrie profonde soit férocement pro-ukrainienne, mais plutôt que l’enjeu principal du vote portait sur les conditions matérielles d’existence.

Pourtant, lors des précédentes élections, Orbán avait su parler à cette partie-là du pays, dégainant son carnet de chèques, achetant les classes rurales à coups de subventions et de cadeaux financiers. Mais depuis, la logique népotiste à l’œuvre a considérablement réduit le nombre de bénéficiaires du régime… Le système s’est rabougri. Alors qu’en face, l’opposition hongroise, elle, s’est rassemblée derrière ce jeune libéral pour, d’abord, détruire un système, les partis de centre gauche ayant même décidé de se retirer des élections pour lui laisser le champ libre.

Plus tard, quel Magyar ?

Toute la question est de savoir si, au pouvoir, Péter Magyar restera le libéral qu’il était en campagne, s’il acceptera un plus grand équilibre social pour son pays et un pluralisme politique plus affirmé qu’il ne l’est aujourd’hui. Ou s’il construira à son tour son propre système.

Procès d’intention ? La question est pourtant légitime lorsqu’on sait qu’Orbán lui-même avait été élu la première fois en europhile convaincu et en héraut du libéralisme. Comme Recep Tayyip Erdoğan en son temps. Comme tant de libéraux qui, parvenus au pouvoir, se sont transformés en dirigeants autoritaires et en censeurs des opinions divergentes.

Il faut espérer que la société civile hongroise retienne les leçons de l’histoire. Les nationalistes français, qui ont soutenu Orbán, eux, devraient franchement réviser la leur. Ils n’ont jamais compris le rôle de la Hongrie dans l’architecture économique mise en place par l’ex-chancelière allemande Angela Merkel, notamment contre les intérêts économiques français.

Jusqu’à l’invasion de l’Ukraine par la Russie, en février 2022, la Hongrie avait trois fonctions pour l’Allemagne. D’abord, raffiner le pétrole russe nécessaire à son industrie. Ensuite, offrir à cette dernière une main-d’œuvre à faible coût. Enfin, soutenir la politique de Merkel dans les institutions européennes. Au début, d’ailleurs, la Commission dirigée par Ursula von der Leyen était dans cette continuité. D’autant que les accrocs faits à l’État de droit par Orbán étaient encore marginaux…

Au service de l’Allemagne

La Hongrie jouait donc alors un rôle d’hinterland industriel, essentiel à la puissance exportatrice allemande. Budapest a également aidé notre voisin d’outre-Rhin à démanteler de nombreuses protections dans le secteur agroalimentaire européen, affaiblissant considérablement nos agriculteurs. Par ailleurs, la Hongrie est devenue une porte d’entrée stratégique pour les produits chinois en Europe, fragilisant certaines PME françaises.

Certes, Orbán a posé problème au patronat allemand sur la question migratoire, ce dernier ayant « besoin » de 400 000 migrants adultes en âge de travailler par an. Mais le conflit sur les réfugiés de 2015 n’a pas durablement abîmé l’alliance avec l’Allemagne. Rappelons que la République fédérale allemande a soutenu financièrement la minorité germanophone en Hongrie dans un cadre culturel et institutionnel, et ses représentants ont souvent voté avec le Fidesz – ce qui a contribué indirectement à renforcer la majorité d’Orbán.

« La fascination des autoproclamés patriotes français pour Orbán, malgré ses positions contraires à nos intérêts nationaux, reste difficile à expliquer. »

L’équilibre, pour ce dernier, a été rompu avec l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Les sanctions et le ralentissement du marché chinois ont profondément affaibli le modèle économique sur lequel reposait le système Orbán. Incapable de se réinventer, celui-ci s’est enfoncé davantage dans la corruption.

Ainsi, l’effondrement du modèle hongrois accompagne celui du modèle économique allemand. Péter Magyar semble en avoir pris acte : ses premières destinations diplomatiques annoncées sont Varsovie, Vienne et Bruxelles, et non Berlin – ni Paris d’ailleurs. Il n’en demeure pas moins que la fascination des autoproclamés patriotes français pour Orbán, malgré ses positions contraires à nos intérêts nationaux, reste difficile à expliquer – tout comme l’attachement persistant d’autres responsables politiques à une relation franco-allemande hélas si souvent toxique.

Symboliquement, cette défaite d’Orbán est perçue en Europe comme un revers pour les droites populistes. Elle pourrait marquer un début de reflux, lié à leur incapacité à améliorer concrètement les conditions de vie des habitants. Mais constitue-t-elle pour autant une victoire de l’Europe libérale ? Le Parlement hongrois ne compte désormais plus aucun élu de gauche et le pluralisme politique reste fragilisé.

Tout dépend désormais de la capacité de la société hongroise, marquée par son histoire – notamment par le souvenir de l’insurrection de 1956 –, à imposer une véritable ouverture démocratique. Quant à Péter Magyar, il s’agit de savoir s’il va jouer une version hongroise du Guépard, le roman de Giuseppe Tomasi di Lampedusa selon lequel il faudrait– la phrase est archi connue mais hélas souvent vraie – que « tout change pour que rien ne change ».

Mathieu Pouydesseau

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