Reconfinement en perspective : inefficacité du gouvernement dans la stratégie sanitaire.

Un nouveau confinement semble inévitable. La véritable question aujourd’hui est de savoir quand il commencera. Un reconfinement engendrerait une situation insoutenable pour nombre de nos compatriotes.

Ce que nous montre cette situation et la résignation de nos concitoyens

D’abord ce qui se passe sous nos yeux révèle l’incapacité du gouvernement à gérer la pandémie, mais critiquer la stratégie d’un gouvernement qui navigue à vue est aussi difficile qu’inutile.

Depuis le mois de mars nous nous demandons s’il y a un pilote dans l’avion. Pour quiconque envisage honnêtement le problème, il s’agit d’une débâcle pour le chef de l’État, et pour l’État lui-même, qui semble en pleine déliquescence. Si nous sommes en guerre comme nous le disait Emmanuel Macron en mars dernier, nous vivons une bien drôle de guerre, et il est légitime de se demander si le Président est un chef, et ce qu’il a pu bien pu faire de l’État. En effet le gouvernement ne contrôle rien, est dépassé par la situation, est incapable de prévoir, subit et prend des décisions à la hâte en fonction de l’évolution de la situation. Au lieu de prévoir, c’est à dire de gouverner, en apportant des solutions concrètes de long terme comme l’augmentation du nombre de lits d’hôpitaux et en ayant une véritable stratégie, la politique gouvernementale, s’il y en a une, est sans envergure, et ne consiste qu’en annonces et en réactions : confinement, reconfinement, reconfinement, couvre-feu partiel, puis total, 20 heures puis 18 heures, fermeture et réouverture etc. C’est à n’y plus rien comprendre.

Ce gouvernement est inefficace et sa pseudo politique sanitaire patine partout. Ainsi le couvre-feu, est presque impossible à faire respecter, et n’est même pas efficace. Le nombre de contaminations quotidiennes est toujours aussi mauvais et ces mesures n’améliorent pas la situation : nous n’avançons pas. Nous stagnons. Nos concitoyens sont à bout, résignés bref, c’est une déconfiture. 

Qui plus est, la situation générale est une occasion de mettre sous cloche la démocratie en empêchant le Parlement de jouer son rôle, et de restreindre toujours un peu plus les libertés publiques. Le Parlement est devenu un simple organe consultatif, alors que c’est un pilier de notre démocratie. La crise sanitaire terrible et les confinements qui en découlent ne peuvent servir d’alibi à l’affaiblissement de nos libertés publiques et à l’étouffement du Parlement. Cette situation amène une montée de mécontentements politiques et sociaux, mais à l’approche d’un nouveau confinement le gouvernement n’aura pas à gérer ces mécontentements, ce qui fait ses affaires. Jusqu’à lors nous n’avions eu droit qu’à un tas de demi-mesures, comme pour préparer doucement à un nouveau confinement. Encore une fois, ce gouvernement réagit ; il n’agit pas.

La planification est devenue un gros mot. Après avoir enterré Descartes pour la rationalité et Pasteur pour la stratégie vaccinale, voilà Colbert lui aussi enterré.

C’est tout ceci qui nous amène maintenant au bord d’un troisième confinement, qui s’avérera destructeur pour une partie de nos concitoyens. 

Ce troisième confinement sera subi, symbole d’un État incapable de gérer le pays.

Présidentielle portugaise : ne pas négliger les « signaux faibles »

Les électeurs portugais ont réélu dimanche 24 janvier 2021 Marcelo Rebelo de Sousa, candidat indépendant issu du parti social-démocrate (PSD, centre droit), président de la République avec près de 61% des voix dès le premier tour.

Sa réélection n’est pas une surprise et lui qui avait déjà emporté au 1er tour le scrutin précédent en 2016 avec 52% des suffrages était annoncé vainqueur à plus de 55% dans les sondages depuis plusieurs semaines. Le conservateur modéré a depuis longtemps une très bonne cote dans l’opinion publique portugaise et il est parvenu à cohabiter sans accroc majeur avec le Premier ministre socialiste Antonio Costa. Le président de la République portugaise, bien qu’élu au suffrage universel, n’a pas des pouvoirs aussi étendus que celui de la République française – loin de là –, mais sa fonction de représentation et la capacité de la présidence à dénouer d’éventuelles crises politiques ont régulièrement amené à ce mandat des personnalités reconnues pour leur expérience et dont les anciens conflits politiques avaient cédé la place à une image consensuelle. Aussi lorsque Marcelo Rebelo de Sousa constata que sa stratégie initiale d’opposition systématique aux principales réformes du gouvernement PS ne fonctionnait pas et que le PSD ne pourrait être un soutien solide pour sa réélection, il changea son fusil d’épaule et mis en scène son soutien au gouvernement Costa. Durant la crise sanitaire, il a dit travailler à « l’union nationale » et il a même affirmé que « toutes les erreurs dans la gestion de la crise [étaient] de son fait. »

Marcelo Rebelo de Sousa était donc d’autant plus apprécié qu’il succédait en 2016 à Hanibal Cavaco Silva (PSD) ; ce dernier avait une image clivante : il a toujours eu des relations difficiles avec les socialistes portugais (dans une démocratie parlementaire pourtant habituée aux compromis au centre entre le PS et le PSD), et il avait à la fin de son mandat tenté d’empêcher pendant plus d’un mois la formation du premier gouvernement portugais d’union de la gauche – ou plutôt d’un gouvernement socialiste soutenu sans participation par le parti communiste et le Bloc de gauche (Bloco de esquerda, BE – gauche radicale). Ainsi le PS, pour s’éviter une défaite assurée, n’avait présenté aucun candidat (il avait déjà éludé l’élection en 2016, laissant un candidat sans étiquette qui lui était pourtant favorable arriver deuxième avec 23% et le seul soutien de deux petits partis dont un maoïste). Le chef du gouvernement a même refusé de soutenir la socialiste Ana Gomes, une diplomate de carrière âgée de 66 ans, devenue une éminente militante anti-corruption et qui s’est posée en rempart contre la montée de l’extrême droite.

Il n’est donc pas ici possible de tirer des enseignements définitifs sur l’évolution de la vie politique portugaise, d’autant que la participation à ce scrutin est traditionnellement faible (49% en 2016, 46,5% en 2011, 61,5% en 2006, 49,7% en 2001…), ce qui peut paraître relativement logique au regard de l’enjeu limité de l’élection.

Il faut cependant regarder de près ces résultats ; d’abord parce que l’on perçoit très nettement l’effet de la crise sanitaire et du confinement strict qui a à nouveau cours depuis plusieurs semaines au Portugal : la participation s’est établie à 39,5% soit 9,5 points de moins qu’en 2016. La crise sanitaire a d’ailleurs été un argument de campagne pour mobiliser autour de sa personne et d’une demande de stabilité : dans son dernier discours de campagne, Marcelo Rebelo de Sousa a appelé les électeurs à voter pour lui afin d’éviter un second tour (qui aurait pu se dérouler le 14 février), et ainsi « épargner aux Portugais le prolongement de l’élection pendant trois semaines cruciales » pour freiner l’épidémie. « Il suffit d’une abstention de 70 % pour rendre un second tour quasiment inévitable », s’était-il également inquiété.

Les effets de la crise sanitaire se font aussi sentir à gauche. Bien qu’Ana Gomes n’ait pas reçu le soutien officiel de son parti et d’Antonio Costa, force est de constater que son score est extrêmement bas : même si elle est deuxième, elle recueille à peine 13% des suffrages exprimés. Durant les fêtes de fin d’année certains sondages l’ont même donné derrière le candidat d’extrême droite (nous y reviendrons). Il semble probable que l’électorat socialiste ne se soit pas mobilisé pour ce scrutin, ou même ait voté pour le président sortant. Car l’atonie socialiste ne profite pas au reste de la gauche qui soutient sans participer le gouvernement Costa : Marisa Mattias, dirigeante du BE, avec 3,95%, perd plus de 6 points par rapport à 2016 ; elle arrive même derrière le candidat du très archaïque parti communiste portugais, João Fereira, qui rassemble 4,32% (+0,38 point) des suffrages. La gauche se portait pourtant plutôt bien avant la pandémie, les élections européennes de mai 2019 – avec une participation de 31% (plus proche donc des présidentielles) – lui ayant donné des résultats plutôt positifs pour des partis associés de près ou de loin à l’exercice immédiat du pouvoir : 33,4% pour le PS (+2 points), 9,8% pour le BE (+5,3 points) compensant la chute de CDU (coalition écolo-communiste) avec 6,9% (-5,8 points). Les élections européennes annonçaient alors la consolidation de la coalition d’union de la gauche lors des législatives de l’automne 2019 (participation de 48,6%) : PS à 36,3% (+4 points), BE à 9,5% (-0,7 point) et CDU à 6,3% (-2 points).

La gauche portugaise a donc perdu des plumes dans la pandémie quelle que soit la place occupée dans la coalition gouvernementale, sans que cela signifie pour autant que le PSD et la droite conservatrice (CDS et PPM) représentent aujourd’hui une alternative gouvernementale. Il est à craindre que la vie politique portugaise recherche dans « l’éternel retour du même » la solution mécanique à un nouveau problème et que la pseudo-cohabitation Costa-Rebello ne finisse par déboucher sur une nouvelle coalition centriste PS-PSD ou PSD-PS.

Car la nouveauté alarmante du scrutin présidentiel réside dans le résultat du candidat « populiste », qu’il conviendrait pourtant de désigner par un qualificatif moins ambigu : si André Ventura et son petit parti Chega ! (traduction : « ça suffit ! ») se présentent comme une version portugaise du trumpisme prétendant défendre « les Portugais bien intentionnés » contre les « profiteurs » en tout genre d’un « système » qu’il veulent transformer de l’intérieur, Ventura recycle en réalité sur un ton volontairement provocateur des discours fantasmagoriques sur le mythe du danger représenté par la « gauche révolutionnaire », ou encore ultra catholiques et racistes, anti-Roms, anti-Gitans, anti-immigrés qu’on n’avait plus entendu réellement dans le débat politique portugais depuis la chute de la dictature salazariste. Il a, par exemple, défendu un plan de confinement sanitaire spécial pour les communautés Roms, ou proposé qu’une députée née en Guinée-Bissau, qui voulait restituer des œuvres d’art aux anciennes colonies portugaises, soit « rendue à son pays d’origine ». Or André Ventura a atteint dimanche 12% des suffrages quand Chega ! n’arrivait en coalition avec les ex « monarchistes » (en réalité les héritiers du salazarisme) et les pro-vie qu’à 1,49% des suffrages lors des européennes de mai 2019 et seul à 1,3% lors des législatives de l’automne 2019, permettant à son chef de siéger à l’Assemblée nationale pour l’utiliser comme une tribune.

Le profil attrape-tout de Chega ! et les dégâts de la crise sanitaire, additionnés à la tentation d’un retour au centrisme gouvernemental, pourraient donc offrir les conditions d’une nouvelle aventure politique et électorale à l’extrême droite portugaise renaissant de ses cendres. En tout cas, les commentateurs portugais s’accordaient tous au soir du dimanche 24 janvier 2021 sur le danger réel que représentent désormais Ventura et son parti. Un seul éditorialiste restait optimiste écrivant « contrairement à beaucoup d’autres », que Chega ne survivra pas jusqu’aux prochaines élections législatives de 2023 : « Ce parti ne sera qu’un phénomène, comme l’a été le Parti rénovateur démocratique de Ramalho Eanes [le premier président portugais élu après le retour de la démocratie en 1974]. Il disparaîtra aussi vite qu’il est apparu. Pour une raison très simple : Ventura n’aura pas la main sur les sauvages de son parti qui sont à l’affût du pouvoir. » Ventura a pourtant prévenu dimanche soir le PSD, principal parti de centre droit et d’opposition au Portugal : « Désormais, il n’y aura pas de gouvernement de droite sans la participation de Chega. »

Constitution du Collectif national « Pour un véritable service public de l’énergie ! »

Les organisations signataires de ce communiqué s’opposent au projet destructeur « Hercule » de scission du groupe EDF en 3 entités.

Le projet « Hercule », inspiré par des banques d’affaires, ne s’inscrit absolument pas dans une logique d’intérêt général mais dans une logique strictement financière. Logique initiée avec la déréglementation imposée par l’Union européenne et conduite par les gouvernements successifs : la facture des usagers a flambé, les investissements nécessaires sur l’outil productif ne sont plus assurés, la péréquation tarifaire est menacée alors que c’est un élément essentiel à notre démocratie.

Nous exigeons que soit effectué le bilan financier, humain, écologique des directives de déréglementation du secteur de l’énergie.

A l’unisson de l’ensemble des fédérations du secteur de l’énergie et des personnels du groupe EDF, ainsi que de plusieurs confédérations, nous demandons au Président de la République de renoncer au projet « Hercule ».

Puisque l’avenir énergétique du pays est intimement lié à celui d’EDF, il nous paraît indispensable que son avenir et sa mobilisation au service des enjeux énergétiques et climatiques du pays fassent l’objet d’un véritable débat social et démocratique avec l’ensemble des citoyens : que l’on soit usager, salarié du secteur ou élu, l’énergie est notre bien commun !

Toutes et tous doivent se mobiliser avec l’ensemble des organisations associatives, syndicales et politiques (aux niveaux national et local) pour la défense et le développement du service public et la promotion de ses valeurs.

Toutes et tous ont vocation à converger pour se mobiliser dans le cadre collectif créé ce jour : le Collectif national « Pour un véritable service public de l’énergie ! ».

Ce collectif a vocation à sensibiliser et mobiliser les usagers, les élus et les salariés du secteur en vue d’établir de fortes convergences.

La nécessaire transition énergétique et l’accès à tous de l’énergie, imposent de structurer les services d’efficacité et de performances énergétiques permettant de gérer collectivement nos ressources dans le seul souci de l’intérêt général et de la réponse aux besoins de nos concitoyens.

Le débat public, que nous demandons a vocation à dépasser le seul cadre du groupe EDF et à intégrer l’ensemble des filières du secteur de l’énergie, au-delà de la seule électricité, en vue de jeter les bases d’un véritable grand service public de l’énergie.

Un service public de l’énergie répondant, notamment :

  • • aux besoins de l’ensemble des usagers, en premier lieu les plus précaires, et des territoires, y compris les plus fragilisés ; le droit à l’énergie, droit fondamental et essentiel, doit devenir pleinement effectif pour toutes et tous, partout ; l’égalité de traitement des usagers, la péréquation tarifaire et la tarification réglementée doivent être pérennisées.
  • • aux défis de la précarité énergétique qui touche près de 5,5 millions de ménages (3 500 000 ménages déclarent souffrir du froid dans leur logement),
  • • aux besoins d’investissements considérables de l’indispensable transition énergétique et écologique,
  • • à la nécessité d’un développement durable : assurer notre indépendance énergétique, consolider et développer un modèle énergétique pilotable et respectueux de l’environnement, diversifier nos sources d’énergie en investissant dans la recherche et le déploiement d’énergies renouvelables, répondre aux enjeux du réchauffement climatique,
  • • aux attentes légitimes des personnels du secteur de l’énergie en matière de conditions de travail et d’exigence de qualité du service rendu aux usagers.

Pour atteindre ces objectifs, il faut renoncer aux politiques strictement financières de libéralisation et de privatisation mais, au contraire, faire le choix d’une maîtrise publique complète du secteur de l’énergie.

Convergence Services Publics – Droit à l’énergie SOS FUTUR – INDECOSA-
CGT – Fédération Nationale Mines Energie (FNME) CGT – Fédération des
syndicats SUD Energie – Union des familles laïques (UFAL) – ATTAC – CAP
A GAUCHE 19 – Parti communiste français (PCF) – Ensemble ! – Réseau
Education Populaire – SUD PTT – Ma Zone Contrôlée – Résistance Sociale
– Générations .s – Gauche démocratique & sociale (GDS) – République &
Socialisme – Emancipation collective – CV70-Comité de Vigilance pour le
Maintien des Services publics de proximité en Haute-Saône – SNUP Habitat

Comité National CGT des Travailleurs Privés d’Emploi et Précaires –
Collectif de Défense et Développement des Services Publics en Combrailles
– Convergence Nationale Rail – La France insoumise – PEPS (Pour une
écologie populaire et sociale) – Coordination des Gilets Jaunes de l’Isère –
Stop précarité – Les Économistes Atterrés – Union des syndicats CGT du
groupe Caisse des dépôts – Syndicat CGT de l’établissement public Caisse
des dépôts et consignations – Confédération Nationale du Logement (CNL)
– Syndicat CGT Banque de France – Collectif Ne nous laissons pas tondre
– Les Gilets Jaunes du 05 – CGT Fonction Publique – Syndicat National des
Certifiés et Agrégés (SNAC) e.i.L Convergence – Fédération des syndicats
e.i.L Convergence – Fondation Copernic – DAL (Droit au Logement) –
Collectif « Faisons barrage » – Collectif « Changer de cap » – Fédération
CGT Banques et Assurances (FSPBA-CGT) – AITEC – FSU – MNLE Réseau
Homme & Nature – Union syndicale Solidaires – Parti socialiste – Gauche
républicaine et socialiste (GRS) – Mouvement Républicain et Citoyen (MRC)
– Energie 2060 – CGT Enseignement Privé de Paris – RPS FIERS – Syndicat
CGT Cheminots du QNEMP (Quart Nord Est Midi-Pyrénées) – Confédération
Générale du Travail de la Réunion (CGTR) – Parti Radical de Gauche (PRG)
– Association des familles victimes du saturnisme (AFVS) – Génération
Ecologie – ENSEMBLE & SOLIDAIRES-UNRPA – GLOBAL LABOUR
INSTITUTE PARIS (GLI PARIS) – REACT

Crise sanitaire et mépris social : nous soutenons les grèves du 26 janvier et du 4 février

Plusieurs fédérations syndicales ont appelé les salariés à la grève nationale le 26 janvier et le 4 février 2021, notamment dans l’éducation nationale, la fonction publique territoriale ou dans le médico-sociale avec les sages-femmes. À ces deux mobilisations, s’ajoute celle du secteur de l’énergie le 28 janvier et les mouvements dans la santé le 21 janvier dernier.

Ces mouvements seront assez suivis même s’ils seront minimisés dans les principaux médias : les communes et les départements notamment annoncent déjà aux parents la fermeture de nombreux services d’accueil périscolaire ou de restauration scolaire pour le 26 janvier.

Le ras-le-bol, malgré les difficultés pour s’organiser et malgré une forme de « dépression sociale collective » qui s’est emparée du pays dans le contexte du demi-confinement que nous subissons, est général : l’exécutif annonce vouloir poursuivre des réformes contestées (retraites, assurance chômage, enseignement scolaire, etc.) ; il ne tient aucun compte des leçons de la crise sanitaire… à titre d’exemple dans les premiers secteurs concernés par la mobilisation :

* Le Ségur de la Santé a débouché sur une souris, aucune revalorisation sérieuse des soignants n’est réellement programmée, le budget de l’hôpital public reste sous pression et les fermetures de lits et de services se poursuivent en pleine pandémie ;

* Les enseignants ont l’impression d’être les sacrifiés de la pandémie : aucun renforcement sérieux des protocoles sanitaires dans les établissements scolaires du primaire et du secondaire, aucune réflexion sérieuse engagée sur le métier d’enseignant et sa revalorisation, aucun effort du ministère pour se donner les moyens pédagogiques et matériels permettant un enseignement de qualité en distanciel ;

* Les étudiants ont été abandonnés durant plusieurs mois, enfermés de fait dans leur résidence étudiante pour ceux qui en avaient, sans revalorisation des bourses alors même que les petits boulots qui les soutenaient économiquement (créant aussi les conditions de l’échec universitaire par ailleurs) ont disparu, isolement de tous et inégalités flagrantes face aux cours en distanciel. Le gouvernement a créé les conditions de la pauvreté et de la dépression psychologique de masse chez les étudiants ; il se réveille en catastrophe car il ne peut plus mettre la poussière sous le tapis. Mais la progressive reprise des cours en distanciel se fait au même moment où les mesures de restriction se font plus fortes pour le reste de la population, créant ainsi une situation de dissonance cognitive ;

* Les fonctionnaires et agents territoriaux qui assurent au quotidien la permanence et la continuité du service public au plus près des citoyens sont victimes de l’abandon financier et pratique des collectivités par l’Etat.

La conduite de l’Etat dans la crise sanitaire par Macron et ses gouvernements vire à la bérézina. Les Français ont été patients et indulgents jusqu’ici. Ces mouvements sociaux démontrent que les salariés peuvent et doivent se réveiller. La Gauche Républicaine et Socialiste leur apporte son soutien.

Tribune d’Emmanuel Maurel | L’accord UE-Chine sur l’investissement est une faute lourde de l’Europe

L’accord d’investissement entre la Chine et l’Union européenne, intervenu entre deux réveillons et dans le dos d’une opinion publique entièrement préoccupée par la pandémie de Covid-19, est entaché de quatre fautes lourdes.

Cette tribune a été publiée le 21 janvier 2021 dans le journal  “Les Échos”

Première faute lourde : nos « valeurs européennes » sont foulées aux pieds. Le discours de politique extérieure et commerciale de l’Europe, officiellement « fondée sur les valeurs des droits de l’homme et de l’Etat de droit », est à géométrie variable. Des précédents fâcheux l’ont déjà montré. On pense à la conclusion en 2019 d’un accord de libre-échange avec le Brésil, que l’oppression des minorités ethniques et sexuelles indiffèrent autant que l’Accord de Paris et la déforestation de l’Amazonie.

En adoptant la même attitude face à la Chine, les dirigeants européens prouvent d’une façon encore plus spectaculaire qu’à leurs yeux les droits de l’homme ne sont qu’un accessoire purement rhétorique. Ils viennent de trouver un nouveau porte-voix à leur cynisme mercantile : le gouvernement français. Son ministre du Commerce extérieur, Franck Riester, a déclaré que l’Europe n’attendra même pas que la Chine tienne ses engagements sur l’adoption de plusieurs conventions de l’Organisation internationale du travail – dont celle sur l’interdiction du travail forcé – pour ratifier l’accord !

Une agression contre l’emploi européen

Deuxième faute lourde : cet accord est une agression contre l’emploi européen. Cet « accord global pour l’investissement » prévoit des concessions pour sécuriser les entreprises européennes établies en Chine. Ainsi, celles-ci ne seront plus obligées de céder 50 % de leur capital ou de transférer leurs technologies aux Chinois.

Mais ces « avancées » reposent sur le présupposé que Pékin respectera ses engagements ! Or Pékin ne respecte pas ses engagements, y compris économiques. Chacun sait que malgré son appartenance à l’OMC, la Chine est devenue maîtresse en espionnage industriel et en contrefaçon, dont elle produit 90 % des 500 milliards du chiffre d’affaires annuel.

Si, par exception à ces infractions, nos entreprises étaient traitées dans le plein respect des engagements de la Chine, cet accord encouragera les délocalisations. Il se traduira par des dizaines de milliers de chômeurs supplémentaires en Europe. Au lieu de consolider « l’autonomie stratégique européenne » dont se gargarise la Commission, il aggravera notre dépendance à la chaîne de valeur made in China – et officialisera, au passage, l’incorporation du travail forcé à notre propre production !

Apurer la dette de la Chine avec notre argent

Troisième faute lourde : la méconnaissance des intentions réelles de la Chine. Les Européens n’ont pas compris que cet accord d’investissement est une occasion inespérée pour l’économie chinoise, lestée de créances douteuses, d’apurer ses dettes avec notre argent, notamment celui épargné pendant les confinements. Quand l’Europe devra relancer l’économie après le Covid, au besoin par la mobilisation de son épargne, elle aura la surprise de constater qu’elle aussi a été délocalisée !

Quatrième faute lourde : le timing. En 2020, le monde apprenait, stupéfait, que des centaines de milliers, voire des millions de Chinois ouïgours avaient été réduits en esclavage au seul motif qu’ils étaient musulmans. Il assistait impuissant à la mise à bas de la démocratie hong-kongaise. Il subissait la catastrophe d’une pandémie ayant échappé à tout contrôle à cause du silence de Pékin durant les premières semaines de propagation. Et en novembre dernier, évènement moins relaté, le Parti communiste chinois décidait d’accroître le contrôle de l’Etat sur l’économie, la société et les individus dans une mesure jamais vue depuis Mao.

Mais rien de tout cela n’a troublé nos dirigeants, qui ont choisi de terminer 2020 en offrant à la Chine une immense victoire stratégique. Nous ne sortirons pas indemnes d’une telle inconséquence, sauf si nous revenons collectivement à la raison et obtenons le rejet de cet accord. Son examen étant annoncé pour le premier semestre 2022, sous présidence française de l’Union, nul doute que ce sujet sera à l’affiche de la campagne présidentielle.

La droite allemande en 2021, entre social conservatisme, néolibéralisme et retour du nationalisme

Ce week-end, la CDU, le parti chrétien-démocrate allemand, auquel appartient la chancelière Angela Merkel, a tenu son congrès virtuellement.

Crise pandémique oblige, le congrès en présentiel de décembre 2020 avait été repoussé et organisé en ligne en janvier. Un bon millier de délégués ont donc voté sur les orientations stratégiques et les choix de personnes en vue de l’élection fédérale de septembre 2021.

Une personne était absente : Angela Merkel. Son parti l‘a obligée dès 2018 à annoncer son retrait après la campagne de 2021. Dès cette date, elle a abandonné la présidence du parti. Pourtant, jamais elle n’a été plus populaire que pendant cet hiver en pleine crise pandémique.

Un nouveau président a été élu : il s’agit d’Armin Laschet, avec 55% des voix des délégués, face à deux concurrents, le néolibéral Friedrich Merz, ancien PDG de Blackrock Allemagne, et le centriste Norbert Röttgen, lors un vote étonnamment ouvert pour un parti allemand. Laschet l’emporte sur Merz au second tour avec un score équivalent à celui qu’avait fait Annette Kramp-Karrenbauer en 2018 face à… Merz.

La ligne de la CDU n’est pas déterminée

Ce congrès, à 8 mois de l’élection fédérale, n’a cependant pas permis de trancher la ligne politique de la future campagne, entre continuité sociale-conservatrice, réformes néolibérales, et tournant nationaliste. La vie interne à la CDU est en effet rythmée, depuis le retour de l’extrême-droite au Bundestag avec 94 députés, par les actes de violence de celle-ci (émeutes racistes et antisémites à Chemnitz, attentat antisémite de Halle, attentat raciste de Kassel, meurtre politique de l’élu CDU pro-migrant Walter Lübcke par un commando néonazi).

Le quotidien plutôt libéral-conservateur Frankfurter Allgemeine Zeitung constatait il y a une semaine que le patrimoine des 10 Allemands les plus riches avait progressé de… 233%.

Aujourd’hui, au lendemain de la défaite du néolibéral Merz à la présidence de la CDU, le FAZ réclame à celle-ci de travailler “en équipe” – c’est-à-dire en intégrant le vaincu à un poste de pouvoir – et de “redécouvrir l’économie de marché” – les 16 années de Merkel paraissant aux néolibéraux des années de stagnation quasi soviétique.

Pourtant, le taux de pauvreté allemand a bien bondi de 12 à 17% dans la même période. Abandonnées par le SPD, les classes populaires et salariée votent désormais pour deux partis d’opposition, les Linke à gauche et l’extrême-droite nationaliste AfD à droite. Un tiers des votants AfD appartiennent aux 20% les plus riches d‘Allemagne, opposés à la politique monétaire de la Banque Centrale Européenne et à l‘Euro, qui les empêchent de vivre de leurs rentes tant que les taux d’intérêts sont négatifs.

La droite allemande se retrouve ainsi à la croisée des chemins, entre un néolibéralisme intransigeant – Merz étant plus proche de Thatcher, Cameron, Macron –, un social-conservatisme, la position de Merkel – qui n’a finalement conduit aucune réforme de structure en Allemagne et a dû même accepter contre son gré l’établissement d’un salaire minimum – et un nationalisme résurgent – une partie de la droite cherchant à composer avec le retour de l’extrême-droite dans les parlements régionaux et au Bundestag.

Merz, multimillionnaire, se présente comme “représentant de la classe moyenne“. Cela éclaire bien la nature de l’escroquerie du néolibéralisme : des millionnaires annoncent sans fard la politique de maximisation de LEUR fortune contre l’intérêt général, le pauvre étant rendu par la promesse illusoire de participer au partage du butin, alors qu’en réalité son pouvoir d’achat au mieux stagnera.

Le choix du candidat à la chancellerie n’est pas tranché non plus

Avec Laschet, la CDU recule devant la radicalité des réformes néolibérales. Merz sans doute aurait pu convaincre les classes moyennes supérieures votant AfD, ainsi que les électeurs du FDP. Mais aurait-il pu conserver l’électorat salarié chrétien-démocrate ?

Laschet, président de la région la plus peuplée d‘Allemagne, la Rhénanie du Nord-Westphalie, s’est présenté comme un candidat de la continuité. Cependant, pendant le week-end, une expression dominait le débat, en anglais “vote Laschet, get Söder” : votez Laschet, obtenez Söder.

Markus Söder, Président du Land de Bavière, est également le président du second parti de la droite allemande, la CSU chrétienne sociale. La CSU ne participait pas au congrès, mais beaucoup estiment que, Laschet devenu président de la CDU, c’est Söder qui sera en septembre le candidat à la chancellerie de la coalition de droite. Son parti a refusé de voter au Parlement européen la mise en garde à la Hongrie, invitant Orban à son congrès, et souhaite un contrôle des frontières.

Merz serait ainsi à nouveau marginalisé.

Son protecteur, le président du Bundestag Wolfgang Schäuble – l’ancien ministre des finances qui mena la campagne européenne pour briser Tsípras et écraser le peuple grec (et ainsi faire diversion de la crise bancaire qui frappait notamment la Deutsche Bank) –, n‘a jamais pu mener en Allemagne ce qu’il a fait en Europe. Merkel et le SPD l’ont ainsi freiné. Il souhaite, et avec lui les milieux conservateurs libéraux, mener la bataille que mènent le libéralisme en Europe contre les vestiges des États sociaux créés, en réponse à l’invention européenne du fascisme, dans l’après-guerre.

Le congrès de la CDU n’a donc en réalité rien tranché.

Dès sa défaite, Merz a réclamé d’entrer au gouvernement comme ministre de l’économie, à la place de Peter Altmaier, un des plus fidèles des fidèles d’Angela Merkel. La Chancelière, qui depuis la campagne électorale de 2005 que Merz a failli lui faire perdre, le tient le plus éloigné possible d’elle et a refusé. Si elle ne contrôle plus le parti, elle reste cheffe du gouvernement jusqu’en septembre 2021.

Laschet President de la CDU doit donc à la fois faire avec Merkel, Chancelière sur le départ, mais bénéficiant d’un taux de confiance dépassant les 70%, avec Merz, qui pèse plus de 40% du parti, et enfin avec Söder, qui depuis la Bavière compte bien ramasser la mise en octobre 2021 et hériter de la chancellerie.

Dysfonctionnements partidaires

Mais comment la droite allemande, dominante, peut elle être ainsi depuis trois ans dans une crise existentielle aussi profonde ?

Tout d’abord, un point politique fondamental est de nouveau illustré par les outils de démocratie interne mis en place en 2018 à la CDU et au SPD, mais les outils ne règlent pas les conflits politiques.

Traditionnellement, la présidence des partis allemands est décidée dans les négociations entre courants à l’avance, ou échoit de fait à l’occupant de la chancellerie. La question ne porte plus que sur le nombre de points séparant l’heureux élu des 100%.

Le SPD, déjà, avait cessé cette pratique. Si Schulz, l‘ancien président du Parlement européen, avait obtenu en mars 2017 un score soviétique de 100% à la présidence de son parti, il avait été forcé de démissionner suite à la débâcle de septembre 2017, son parti se maintenant de justesse au dessus des 20%.

Depuis, ce sont les militants qui ont élu un binôme à sa tête, le ministre des finances et vice-Chancelier Olaf Scholz perdant fin 2018 face à deux inconnus promettant la rupture avec la CDU de Merkel.

Depuis cependant, l’appareil social-libéral, après avoir empêché ses présidents de prendre le contrôle effectif, et utilisé tous les prétextes pour les ridiculiser dans la presse, a repris la main, et imposé la candidature de Scholz à la Chancellerie. Bien qu’empêtré dans deux scandales, celui de la banque Warburg et celui de l’entreprise de la Fintech Wirecard, Scholz rassure une base de cadres soucieux de continuer l’attelage avec la droite, et ainsi conserver un orteil dans le pouvoir, avec ce qui l’accompagne : les postes et les prébendes.

Le SPD se traîne dans les sondages suite à cette nominations, avec à peine à 15% des intentions de vote.

L’outil de la démocratie interne ne s’accompagnait pas de la volonté de traiter les enjeux politiques, et leurs conséquences personnelles, au fond. Cela n’a rien réglé, malgré la crise de la droite, et une gestion considérée comme réussie par l’opinion allemande de la pandémie, le SPD se dirige vers la marginalité politique.

Le souffle chaud de l’extrême-droite sur la nuque

La CDU a dû faire face à plusieurs crises après le scrutin de 2017.

Tout d’abord, le score avec Merkel fut plus que médiocre. La droite, dans son ensemble, passait en effet de 42% à 33%, et l’extrême-droite AfD progressait de 4,7 à 12,5%. Les libéraux du FDP, absents du Bundestag entre 2013 et 2017, y sont revenus, gagnant 3 points. La droite, CDU et CSU bavaroise, avait perdu donc tant à sa droite que sur la ligne libérale.

Dans la foulée, la constitution d’une coalition de bloc bourgeois avait échoué. Droite, Verts et libéraux n’ont pas pu s’entendre – le FDP, allié en Europe de LREM, claquant justement la porte sur l‘Europe.

Pendant six mois, la Chancelière n’a été qu’une cheffe de gouvernement de gestion des affaires courantes. Le rejet par les libéraux de la coalition bourgeoise (surnommée aussi “coalition jamaïcaine” – Noir-Vert-Jaune) a entraîné une reconduction de la grande coalition avec le SPD, mais sans enthousiasme aucun : 42% des militants du SPD ont voté contre le contrat de coalition, pendant que nombre de fédérations de la CDU trouvaient l’ampleur des concessions faites trop importantes.

Le surgissement de l’extrême-droite à 12,5% a de nombreuses causes, qu’il ne s’agit pas d’étudier ici. Gardons en tête que ce score est assez homogène à l‘Est comme à l‘Ouest au dessus de 9%, avec des pics à 25% en Saxe.

L‘AfD fait 12,5% en Bavière, ce qui a traumatisé les chrétiens-sociaux de la CSU. La Bavière est l’une des régions les plus riches d‘Allemagne, exportatrice, au chômage en-dessous de 4%. Horst Seehofer, président de la CSU et ministre-président de la Bavière, en tira comme conclusion que Merkel, en septembre 2015, avait fait une erreur politique majeure en ouvrant les frontières aux réfugiés. L‘Allemagne, qui a besoin en flux constant d’un solde positif de 200 000 migrants par an pour compenser la baisse de sa démographie naturelle, a accueilli plus d’un million de migrants.

Les syndicats patronaux allemands – qui se plaignent depuis dix ans de pénuries de main-d’œuvre très qualifiée, mais n’investissent ni dans la formation des chômeurs longue durée, ni dans les pays européens à forte dynamique démographique et haut niveau de qualification, comme la France – réclament chaque année des plans massifs d’immigration supplémentaire. Seehofer écoute bien sûr cette demande de déflation salariale par l’immigration des patrons allemands, mais constate surtout les dégâts considérables dans sa base électorale. Et l’immigré ne vote pas.

De plus, si le citoyen européen vote aux municipales, il ne vote pas aux élections nationales : pour nombre de Bavarois, l‘Union Européene est trop laxiste avec la Grèce et l‘Italie. De plus, la CSU apprécie énormément le Premier ministre hongrois, Viktor Orbán (et son parti, le Fidesz), invité d’honneur de son congrès en 2018.

Seehofer a alors négocié de quitter la présidence de la Bavière, récupérée par un jeune qui ne cesse de monter, Söder (dont on a déjà parlé plus haut), pour devenir ministre de l’intérieur de la grande coalition, et avec comme objectif d’y empêcher les politiques migratoires merkelliennes. L’été 2018 verra une crise profonde au sein de la coalition nouvellement formée, qui concernait la CDU de Merkel et la CSU de Seehofer, sur fond d’émeutes de l’extrême-droite en Saxe, à Chemnitz.

A la suite de cette crise, Seehofer a soutenu mordicus le patron des services secrets intérieurs, Hans-Georg Maaßen, membre de la CDU, qui affirmait que l’extrême-droite n’était pour rien dans les émeutes, et voyait le danger plutôt à l’extrême-gauche, notamment les antifa, et l’islamofascisme. Paradoxalement, cette crise fut fatale à … la présidente d’alors du SPD, et ancienne ministre du travail, Andrea Nahles, qui, écœurée, a depuis quittée la politique. La crise a aussi profondément abîmé Seehofer, forcé de limoger Maaßen, qui conseillait en secret l‘AfD. Mais cette crise a aussi révélée une vulnérabilité de Merkel. Car c’est bien suite à cette crise que la CDU a commencé à penser l’après Merkel.

L’assassinat d’un de ses élus régionaux en Hesse par un militant d’extrême-droite en 2018, et les attaques meurtrières de Halle en 2019 contre une synagogue, puis en Hesse en 2020 contre des cafés fréquentés par des Turcs et des Kurdes, ces deux derniers attentats faisant plus de 11 morts ayant été commis par des militants néonazis, ont confirmé que l‘Allemagne connaissait depuis 20 ans une résurgence de la “bête immonde”.

Première succession de Merkel, première crise

Merkel a alors passé la main une première fois, abandonnant la présidence de la CDU.

En décembre 2018, c’est sa dauphine officielle, Annette Kramp-Karrenbauer, surnommée AKK, qui lui succède, avant d’entrer en juillet 2019 au cabinet comme ministre de La Défense, remplaçant Ursula von der Leyen, elle-même en partance pour la Commission européenne. Déjà, c’était un vote ouvert des délégués ; déjà, son adversaire principal était un revenant dans la politique, le néolibéral Friedrich Merz.

L’année 2019 n’a pas permis à AKK (pas plus qu’à la co-présidence du SPD) de s’imposer. Mais c’est une autre crise, juste avant la crise pandémique, en février 2020, qui aura raison d’elle. Les élections régionales de Thuringe se conclurent par la victoire du président sortant, membre des Linke, le parti allié à la France Insoumise au Parlement européen, regroupant anciens communistes est-allemands et les socialistes ayant quitté le SPD sous Schröder. Cependant, il n’avait pas de coalition majoritaire (Die Linke, SPD, Verts). Alors, le FDP, le parti allié de Macron, va obtenir de la CDU et de l’extrême-droite un vote en sa faveur, le plus petit parti représenté à la région obtenant ainsi la présidence !

Le scandale, le bloc des droites reconstitué rappelant 1933 plutôt que 1989, entraîna la démission du président du FDP. Mais l’absence d’autorité d‘AKK, incapable d’empêcher la CDU régionale de mêler ses voix à l’extrême-droite, était si patente, qu’elle annonça sa démission. Depuis, comme ministre de la Défense, pour plaire à Trump, elle a annoncé une commande d’avions de combat américains F18.

Ainsi, entre 2018 et 2020, les trois partis de gouvernement ont perdu une à deux fois leur présidence.

Le moment Söder ?

Markus Söder, en héritant de la CSU bavaroise, a senti le vide. Dans la crise pandémique, il a su prendre les devants, mener des actions de test et de traçage tôt, puis des confinements plus stricts que dans le reste de l‘Allemagne. Accompagné d’une politique de soutien aux activités économiques et culturelles et d’une communication fondée sur l’expression de la solidarité et non sur la punition, son action lui vaut une forte popularité. De plus, son refus de toute compromission avec l‘AfD – il veut récupérer les électeurs, pas le parti – le rend compatible aux autres partis démocratiques. Enfin, de plus en plus de voix parlent de lui comme le candidat à la chancellerie en 2021.

Déjà deux fois, en 1980 et en 2002, c’est le parti régionaliste bavarois qui présentait le candidat à la chancellerie. Une fois avec Franz-Joseph Strauss, battu par Helmut Schmidt, une fois avec Edmund Stoiber, battu par Schröder. Les deux fois, cependant, les deux chanceliers SPD n’ont pas rempli les 4 ans de leur mandat : en 1982, les alliés libéraux de Schmidt l’ont trahi pour Helmut Kohl ; en 2005, Schröder, face aux résistances aux réformes de l’agenda 2010, décida de convoquer des élections anticipées un an plus tôt, perdant de justesse face à Angela Merkel.

Ce retour historique permet de rappeler qu’en 2005, justement, Angela Merkel tenta de gagner grâce à un agenda néolibéral, soucieux de réduction des dépenses publiques, et d‘une réforme fiscale inspirée par Merz. Très mal en point au début de la campagne, Schröder martela son message contre la réforme Merz, et réussit à finir à 8 000 voix seulement de Merkel.

Elle a depuis compris le message :

  1. écarter Merz et les faucons néolibéraux ;
  2. endosser les réformes Schröder, mais surtout, ne pas en faire d’autres ;
  3. trianguler sur les thèmes d’un SPD tellement centriste que cela en devenait trop facile.

C’est la recette Merkel pour conserver le pouvoir, réduisant le SPD, mais ouvrant son front droit.

Chemnitz 2018, Celle, Halle, la Thüringe : bien plus que la pandémie, les crises européennes ou la question climatique, c’est bien la relation à l’extrême droite qui domine l’actualité et les transformations de la droite allemande. Étrangement, depuis 2018, ce sont les militants terroristes néonazis et l‘AfD qui dictent leur actualité aux instances de la CDU, tragiquement.

Le vote de 2021, sans plateforme clarifiée, pourrait, sans la figure rassurante de Merkel, sanctionner une droite courant dans tous les sens.

Paradoxalement, on pourrait assister, par nécessité électorale, au retour de “Mutti“ – le surnom de Merkel est “La maman“, comme Mitterrand a pu être “Tonton”.

Politiquement cependant – et c’est la leçon de ce congrès –, la “weimarisation” de la vie politique de la République fédérale allemande se poursuit, et cela devrait éveiller la vigilance de tous les Européens.

Le Kirghizistan restera-t-il la seule démocratie d’Asie centrale ?

Le populiste Sadyr Japarov, propulsé au pouvoir à la faveur du soulèvement populaire
d’octobre 2020 contre le président Soroonbaï Jeenbekov, a largement remporté la présidentielle kirghize, dimanche 10 janvier. Ses opposants craignent une dérive autoritaire, dans la seule – et tumultueuse – démocratie d’Asie centrale.


Sadyr Japarov, 52 ans, l’homme fort du Kirghizistan depuis le départ du président Jeenbekov, en octobre dernier – poussé à la démission par la rue après des élections législatives présentée comme controversées – a remporté l’élection présidentielle avec près de 80 % des voix, selon les résultats préliminaires fournis par la commission électorale.


Le leader nationaliste, qui avait démissionné de son poste de président en exercice pour faire campagne, n’aura donc pas besoin d’un second tour pour conserver les rênes du pays. Son rival Adakhan Madumarov, lui aussi nationaliste, est arrivé deuxième avec 6,7 % des suffrages. Il a estimé que le résultat de l’élection était « éloigné de la réalité » et a promis de « réclamer justice par des moyens légaux ». Si les suffrages exprimés reflètent néanmoins l’indéniable popularité de Sadyr Japarov, notamment dans les milieux ruraux, la participation des Kirghiz, qui ont renversé trois présidents en 15 ans, est restée faible, souligne Eurasianet : « À 18 heures, deux heures avant la fermeture des bureaux de vote, seulement 33 % d’entre eux s’étaient déplacés. Lors de la dernière élection présidentielle, en 2017, le chiffre était proche de 55 % ». Cela n’a pas empêché Japarov de savourer sa victoire, lui qui purgeait, il y a encore trois mois, une peine de onze ans de prison pour l’enlèvement d’un gouverneur régional – une condamnation annulée par la justice après la révolte d’octobre. Sadyr Japarov promet rien de moins que de sortir « dans un futur proche » de la crise le pays et d’« améliorer nos performances économiques », disant avoir trouvé en arrivant « au pouvoir [une] puissance et l’économie du pays […] en déclin ».

La tâche qui l’attend est immense : Japarov est considéré par de nombreux analystes comme un populiste anti-establishment, ce qui le rend imprévisible aux yeux des investisseurs – c’est un comportement qui a été largement toléré pour le dirigeant de la première puissance mondiale mais qui l’est rarement chez ceux de petits pays enclavés. Ses déclarations passées appelant à la nationalisation des mines et autres ressources
naturelles sont également une source d’inquiétude pour les financiers étrangers.
Le Kirghizistan est également réputé ingouvernable, la grande pauvreté, les rivalités de clans et les divisions régionales entre le Nord et le Sud ayant régulièrement empêché les gouvernements successifs de contrôler l’ensemble du pays. De plus, la corruption a gangrené beaucoup de gouvernements, profitant des lucratives routes de la contrebande traversant le pays, en provenance de Chine.


Changer les règles démocratiques pour redresser le pays ? Pas forcément rassurant… C’est pourquoi l’élection présidentielle était également assortie d’un référendum « proposant de renforcer le rôle du président aux dépens du Parlement ». Les électeurs y ont répondu positivement à plus de 81 %, même si une telle évolution pourrait mettre en danger la pluralité politique dans la seule réelle démocratie d’Asie centrale. En réalité, Sadyr Japarov qui soutenait évidemment cette révision constitutionnelle veut créer une Constitution qui lui permettrait potentiellement de rester au pouvoir à vie. Tout pourra être désormais étroitement contrôlé et le gouvernement aurait, selon différentes sources, les armes pour mettre en prison quiconque s’opposerait à lui un peu trop ouvertement.


Une chose est sûre, l’évolution de l’ex-république soviétique de 6,5 millions d’habitants sera suivie de près par Moscou, qui possède toujours une base militaire dans le pays et reste la destination privilégiée de l’émigration kirghize. Des relations que Japarov compte cultiver : Malgré ses positions nationalistes, il a promis à maintes reprises de conserver des liens étroits avec Moscou. Il l’a même répété dimanche, juste après avoir glissé son bulletin dans l’urne : « La Russie est notre partenaire stratégique. »


Reste une interrogation : les nouveaux pouvoirs dont M. Japarov dispose désormais lui donneront sûrement les coudées franches par temps clair ou par petit crachin politique. Mais face à une crise plus profonde, il n’est pas forcément dit que les Kirghiz qui ont souvent renversé leurs présidents démocratiquement élus ne fassent de même avec le Khan supplémentaire que compte désormais l’Asie centrale.

La stratégie de relance de Renault doit être Made in France

Le groupe automobile français Renault a annoncé ce matin qu’il dévoilerait, jeudi 14 janvier 2021, sa feuille de route pour affronter la révolution du secteur automobile. Le groupe devait d’abord présenter, mardi 12 janvier, ses chiffres de vente mondiales pour 2020, une année marquée par une chute inédite des ventes de voitures liée à la crise sanitaire. En France, le groupe a ainsi vu ses ventes de voitures particulières dévisser de 24,9%, selon le comité des constructeurs français, à 412.000 exemplaires et 25% de part de marché.
La crise a frappé un groupe qui était déjà en difficulté. La firme au Losange a annoncé fin mai 2020 un plan d’économies de plus de 2 milliards d’euros sur trois ans, prévoyant quelques 15.000 suppressions de postes dans le monde, dont 4.600 en France.
L’annonce de cette nouvelle feuille de route du groupe automobile est donc un moment important pour permettre que « Renault sorte de la salle des urgences » selon l’expression d’un des représentants syndicaux de l’entreprise.
Face à la crise sanitaire et économique que nous subissons encore et qui préfigure vraisemblablement des modifications structurelles à long terme des habitudes de consommation des Français et de notre tissu industriel, il est important que les orientations prises par l’un des principaux groupes industriels français soient cohérentes avec l’intérêt national et celui des salariés français – au premier rang desquels ceux du groupe concerné. Or l’État est (encore) actionnaire à hauteur de 15% de l’ex-Régie et qu’il lui a accordé en mai dernier une aide massive, via sa garantie sur un prêt bancaire de 5 milliards d’euros (PGE). À l’époque nous avions défendu l’idée qu’une prise de participation au capital de l’entreprise serait préférable à un PGE, afin que l’entreprise n’accumule pas de dettes supplémentaires mais consolide son capital. Nous considérons d’ailleurs toujours qu’alors que notre pays doit s’engager dans une transition écologique, écologique et industrielle radicale il est souhaitable que l’État se dote des leviers nécessaires pour piloter une indispensable planification écologique. Le choix de peser dans le capital de Renault et d’Air France (la compagnie aérienne avait reçu un PGE de 7 Mds €) aurait constitué un pas utile dans cette direction.
Un comité central social et économique (CCSE), puis un conseil d’administration (CA), sont convoqués mercredi 13 janvier 2021 au soir, à la veille de la présentation de M. Luca De Meo, directeur général du groupe.
Nous considérons donc que l’État doit engager de toute urgence des discussions avec la direction de Renault avant le CCSE et prendre des mesures pour s’assurer de la construction en France de ces nouveaux modèles électriques enfin de garantir la pérennité des sites industriels du groupe Renault dans notre pays et engager ainsi une nouvelle phase de créations d’emplois.

Les Français qui le souhaitent doivent pouvoir être massivement vaccinés contre le COVID 19

Les Français qui le souhaitent doivent pouvoir être massivement vaccinés contre le COVID 19

La Gauche Républicaine et Socialiste demande qu’au-delà des discours changeant et déroutant de l’exécutif la campagne de vaccination anti-COVID prenne enfin un tournant massif pour obtenir une protection collective des Français contre la pandémie…

Les Français ont besoin de transparence pour que ceux qui doutent encore de la vaccination soient convaincus : il est indispensable que les Français et leurs représentants soient clairement informés sur le nombre de doses, le nom des laboratoires auxquels le gouvernement français a passé commande, selon quel calendrier et quelles procédures.

L’absence totale d’association du Parlement est plus néfaste que jamais au moment où le gouvernement et le chef de l’État sombrent dans la cacophonie sur la mise en œuvre de la vaccination des Français, outil pourtant essentiel dans la lutte contre cette pandémie.

Si une campagne d’information doit être rapidement engagée pour convaincre nos concitoyens hésitants, voire opposés, il est essentiel que les 40% de Français, qui souhaitent se faire vacciner, puissent effectivement le faire sans tarder. Cette montée en puissance sera aussi de nature à lever leur scepticisme.

Contre l’insurrection trumpiste. Pour la Démocratie en Amérique !

Aussi invraisemblables que puissent paraître les images provenant de l’une des plus anciennes démocraties au monde, dont la Constitution et les institutions ont démontré leur solidité malgré la guerre civile et les crises, les Etats-Unis font face à une véritable tentative de coup d’Etat orchestré par le président sortant et sorti Donald Trump.

Ce ne sont ni les mouvements anti-libéraux comme Occupy Wall street, ni les mouvements anti-racistes comme Black lives matter qui mettent en péril la République fédérale des Etats-Unis, mais bien la droite extrême et l’extrême droite qui défient aujourd’hui le résultat des urnes.

La Gauche Républicaine et Socialiste condamne la sédition en cours qui remet en cause la souveraineté des citoyens américains qui se sont exprimés avec force en élisant Joe Biden et Kamala Harris avec plus de 6 millions de voix d’avance. La France qui eut un rôle singulier dans l’émergence de la nation américaine, doit exprimer un soutien inconditionnel au Président élu et solliciter une session extraordinaire des Nations-Unies pour que la communauté internationale réagisse d’une voix forte et unie.