Première étape franchie à l’Assemblée nationale pour la proposition de loi sur la présomption d’utilisation des contenus culturels par l’IA

communiqué de presse d’Emmanuel Maurel, mercredi 3 juin 2026 – 13h30

Une très large majorité de députés membres de la Commission des Affaires culturelles ont adopté le 2 juin 2026 la proposition de loi du Sénat sur la présomption d’utilisation des contenus culturels par les fournisseurs de systèmes et de modèles d’intelligence artificielle, dont Emmanuel Maurel était le rapporteur.

Pour le monde de la culture et de la presse, cette victoire permet d’envisager l’approbation du Parlement et le vote définitif de ce texte avant la fin de la législature en 2027.

Pour entraîner leurs intelligences artificielles, les entreprises du secteur ont massivement « moissonné » les œuvres de l’esprit, livres, films, articles de presse, mais sans jamais payer de droits d’auteur. Or sans l’accès à ces millions de données, les IA telles que nous les connaissons aujourd’hui n’existeraient pas.

Le modèle économique de l’IA rémunère tout (les infrastructures, les ingénieurs, les composants électroniques, l’électricité…), sauf la matière première indispensable à leur développement et leur fiabilité : la création humaine ! En particulier, le secteur de la presse subit un pillage si massif que sa pérennité est compromise à court terme.

Quant aux œuvres culturelles, on voit proliférer à une vitesse fulgurante les contenus « synthétiques » (faux livres, fausses chansons) sur les catalogues des plateformes comme Amazon, Deezer etc.

Pour protéger le droit d’auteur et permettre ainsi une négociation de bonne foi entre le secteur de la Tech et le secteur de la culture, il n’y a pas d’autre solution qu’instaurer une présomption d’utilisation des contenus culturels par les IA.

La modification du Code de la Propriété Intellectuelle introduite par la proposition de loi offrira ainsi un point d’appui solide au secteur de la création, qui pèse 100 milliards d’euros et plus d’un million d’emplois en France.

C’est une étape importante pour préserver l’exception culturelle française et européenne, qui ne peut pas être la variable d’ajustement gratuite du développement de l’intelligence artificielle.

Emmanuel MAUREL
Député du Val-d’Oise
Animateur national et co-fondateur
de la Gauche Républicaine et Socialiste

La fragmentation du Royaume-Uni redessine sa carte politique et – peut-être – son avenir


Les élections du 7 mai 2026 ont marqué un tournant dans l’histoire politique britannique, révélant une crise profonde du Parti travailliste, dont la défaite s’est avérée aussi brutale qu’inédite.

En Angleterre, le Labour a subi un recul sans précédent, perdant le contrôle de 37 conseils municipaux et plus de 1 300 sièges de conseillers, souvent au profit de Reform UK, le parti d’extrême droite dirigé par Nigel Farage. Des bastions historiques comme Hartlepool, Sunderland, Gateshead ou encore Tameside, où le Labour régnait sans partage depuis des décennies, sont passés entre les mains de Reform UK, illustrant l’ampleur du rejet. À Londres, traditionnellement acquise aux travaillistes, des arrondissements emblématiques comme Hackney, Lewisham ou Waltham Forest ont basculé vers les Verts, confirmant la fragmentation d’un électorat urbain de plus en plus diversifié et volatile.

Au Pays de Galles, la défaite a été encore plus humiliante. Pour la première fois depuis la création du Senedd (le parlement gallois) en 1999, le Labour a été relégué à la troisième place, avec seulement neuf sièges, derrière Plaid Cymru (43 sièges) et Reform UK (34 sièges). La Première ministre sortante, Eluned Morgan, a même perdu son siège dans sa circonscription de Ceredigion Penfro, un symbole fort de l’effondrement d’un parti qui dominait la vie politique galloise depuis un siècle. En Écosse, le Labour a également reculé, terminant ex æquo avec Reform UK (17 sièges chacun) derrière le SNP, qui a remporté une cinquième victoire consécutive au Parlement écossais avec 58 sièges, bien qu’il n’ait pas obtenu la majorité absolue. Les Verts écossais, quant à eux, ont réalisé une percée historique en remportant leurs premiers sièges de circonscription, notamment à Édimbourg Centre et Glasgow Sud, au détriment du SNP.

Cette débâcle électorale ne peut se comprendre sans une analyse fine des dynamiques locales et nationales. En Angleterre, le Labour a été sanctionné dans les régions post-industrielles du Nord et des Midlands, où le mécontentement social et économique a été exploité par Reform UK. Dans le Sud, les Verts ont profité de l’effritement du vote travailliste pour s’imposer comme une alternative crédible, notamment sur les questions environnementales et sociales. Au Pays de Galles et en Écosse, les partis nationalistes ont su capitaliser sur un sentiment d’abandon par Westminster, tout en proposant des programmes sociaux plus ambitieux que ceux du Labour.

Une politique travailliste qui a nourri le vote protestataire et radicalisé l’électorat

Le gouvernement de Keir Starmer, au pouvoir depuis juillet 2024, a multiplié les erreurs stratégiques et les revirements idéologiques, sapant peu à peu sa crédibilité auprès de son électorat traditionnel. Dès son arrivée à Downing Street, Starmer avait promis un « changement » radical après quatorze années de règne conservateur. Pourtant, les choix opérés par son gouvernement ont souvent semblé en décalage complet avec les attentes des classes populaires et des progressistes.

La nomination de Peter Mandelson comme ambassadeur à Washington, malgré ses liens avérés avec Jeffrey Epstein, a cristallisé les critiques sur le clientélisme et l’éloignement des valeurs de gauche. Ce scandale, révélateur d’un dédain apparent pour les questions d’éthique et de transparence, a durablement terni l’image d’un Premier ministre déjà perçu comme peu charismatique et distant.

Liz Kendall, ministre du travail et des retraites, à la Chambre des communes, le 18 mars 2025. HOUSE OF COMMONS/REUTERS

Mais c’est surtout sur le terrain social que le Labour a commis ses erreurs les plus lourdes. La réforme du Personal Independence Payment (PIP), qui vise à durcir les conditions d’accès aux aides pour les personnes handicapées, a été perçue comme une trahison par les associations et une partie de la base électorale du parti. Près de 3,7 millions de Britanniques bénéficiaient de cette allocation en janvier 2026, et les nouvelles évaluations prévues risquent de priver un million de personnes de ce soutien essentiel.

Liz Kendall, ministre du Travail, a justifié ces coupes par la nécessité de « réparer un système qui ne fonctionne plus », mais les arguments avancés – comme la lutte contre les « diagnostics excessifs » de troubles mentaux – ont sonné comme un mépris envers les plus vulnérables.

La suppression de la fuel allowance, une allocation destinée à aider plus de 11 millions de retraités à payer leurs factures énergétiques, a également alimenté la colère. Dans un contexte de crise du coût de la vie, ces mesures ont été interprétées comme une soumission aux dogmes de l’austérité, alors même que le Labour avait été élu pour y mettre fin. Le refus de la chancelière de l’Échiquier, Rachel Reeves, de desserrer les règles budgétaires – notamment en matière de dette publique et de fiscalité – a encore accentué cette impression d’un parti captif des logiques libérales, incapable de proposer une alternative crédible aux politiques conservatrices.

Reform UK, dirigé par Nigel Farage, a su exploiter ce mécontentement en brandissant un discours populiste, anti-immigration et anti-élites. Le parti a ciblé les régions les plus touchées par la désindustrialisation et la précarité, où le sentiment d’abandon par Westminster est le plus fort. Il promet de mettre fin à l’immigration clandestine, de réduire les impôts et de s’opposer aux politiques environnementales jugées trop coûteuses.

Gestuelle expressive du leader du parti Reform UK, Nigel Farage, pendant qu’il s’exprimait lors d’une conférence de presse sur la politique migratoire le 20 avril 2026 dans le quartier de Westminster à Londres. (Photo by Carl Court/Getty Images)

Reform UK a séduit une partie de l’électorat ouvrier traditionnellement acquis au Labour. Les résultats des élections locales confirment cette dynamique : Reform UK est devenu la première force politique en Angleterre en nombre de sièges, devançant même les conservateurs dans plusieurs conseils municipaux. Au Pays de Galles et en Écosse, où le parti était jusqu’alors marginal, il a réalisé des percées spectaculaires, terminant deuxième dans les deux nations.

Cette progression s’explique aussi par la fragmentation du paysage politique. Les conservateurs, en net recul, n’ont pas su endiguer la montée de Reform UK, tandis que les libéraux-démocrates et les Verts ont profité de l’effritement des deux grands partis traditionnels.

Le chef du Parti vert britannique, Zack Polanski (au centre), est présenté comme un populiste social radical et écologiste. Photo : Justin Tallis/AFP

En Angleterre, les Verts ont notamment remporté des victoires symboliques à Londres, comme la mairie de Hackney, au détriment du Labour. Leur leader, Zack Polanski, a su incarner un « écopopulisme » de gauche, mêlant lutte contre les inégalités sociales et urgence climatique, une combinaison qui a séduit une partie de l’électorat urbain et jeune.

Écosse et Pays de Galles en marche vers l’autonomie, l’Irlande vers l’unification ?


Alors que l’Angleterre bascule vers un vote protestataire et xénophobe, les « nations celtiques » du Royaume-Uni ont, elles, renforcé leurs mouvements nationalistes, souvent portés par des partis de gauche. En Écosse, le SNP a remporté une cinquième victoire consécutive au Parlement écossais, avec 58 sièges, bien qu’il n’ait pas obtenu la majorité absolue. Ce succès s’inscrit dans la continuité d’une dynamique indépendantiste qui, malgré les revers (comme la démission de Nicola Sturgeon en 2023 et les turbulences internes du parti), reste solidement ancrée dans le paysage politique écossais. Les Verts écossais, alliés traditionnels du SNP, ont également réalisé une percée historique en remportant 15 sièges, dont deux circonscriptions symboliques : Édimbourg Centre, où le ministre Angus Robertson a été battu, et Glasgow Sud, ancienne circonscription de Nicola Sturgeon (première ministre SNP de 2014 à 2023).

Cette alliance entre le SNP et les Verts, bien que fragilisée par les dissensions passées, permet de maintenir une majorité pro-indépendance au Parlement écossais. John Swinney, actuel Premier ministre écossais, a d’ailleurs annoncé son intention de réclamer un nouveau référendum sur l’indépendance, bien que la question reste juridiquement bloquée par Westminster. Cependant, la perspective d’une Écosse indépendante au sein de l’UE, défendue par le SNP et les Verts, continue de mobiliser une partie importante de l’électorat.

John Swinney avait été élu sans surprise avec 64 voix sur les 129 sièges du Parlement écossais premier ministre d’Ecosse le 7 mai 2024. Photo Sipa

Au Pays de Galles, la situation est tout aussi révélatrice. Plaid Cymru, parti nationaliste et social-démocrate, a devancé le Labour pour la première fois de son histoire, avec 43 sièges contre 9 pour les travaillistes. Cette victoire historique s’explique par plusieurs facteurs : la désaffection envers le Labour, perçu comme trop aligné sur les politiques de Westminster, et la capacité de Plaid Cymru à incarner une alternative progressiste et ancrée dans les spécificités galloises. Rhun ap Iorwerth, chef du parti, a formé un gouvernement minoritaire, en cherchant une coopération avec les Verts gallois (2 sièges) et les libéraux-démocrates. Son programme, axé sur la justice sociale, la protection de la langue galloise et une meilleure répartition des richesses, a su séduire un électorat en quête de rupture avec le statu quo.

Rhun ap Iorwerth, leader de Plaid Cymru, à Londres, juillet 2024.
(Crédit : PA Images / Alamy Stock Photo)

La question de l’indépendance reste cependant en retrait dans le discours de Plaid Cymru, moins d’un tiers des Gallois y étant favorables. Pourtant, le Brexit a profondément modifié la donne. Comme l’a souligné l’historienne Delyth Jewell, « le Brexit a obligé les Gallois à choisir entre leurs identités : galloise, britannique ou européenne. Beaucoup se sentent désormais davantage gallois et pro-européens que britanniques ».

Cette reconfiguration identitaire pourrait, à terme, ouvrir la voie à des revendications plus radicales, même si Plaid Cymru privilégie pour l’instant une stratégie pragmatique, centrée sur la défense des intérêts gallois au sein du Royaume-Uni.

En Irlande du Nord, la dynamique est encore plus nette. Le Sinn Féin, parti républicain socialiste, dirige déjà le gouvernement local avec Michelle O’Neill comme Première ministre. Un sondage réalisé en mars 2026 révèle qu’une majorité d’Irlandais (59%) et d’Irlandais du Nord (63%) soutiendraient une réunification de l’île au sein de l’UE si un référendum était organisé. Ce résultat, inédit, reflète une aspiration croissante à une Irlande unie, notamment parmi les jeunes générations.

Michelle O’Neill, au palais de Stormont, siège de l’Assemblée d’Irlande du Nord situé à Belfast, le 3 février 2024 après son élection comme première ministre après 2 ans de blocage des institutions provinciales autonomes. PETER MORRISON / AP

Cette confirmation des nationalismes périphériques n’est pas sans conséquence sur l’équilibre du Royaume-Uni. Pour la première fois, les trois nations décentralisées (Écosse, Pays de Galles, Irlande du Nord) sont dirigées par des partis ou des coalitions favorables à l’indépendance ou à une plus grande autonomie. Cette situation crée une tension croissante avec Westminster, où le gouvernement Starmer, fragilisé, peine à proposer une vision fédératrice.

La guerre interne au Labour : entre continuité, rupture et recomposition

Face à l’hémorragie électorale, Keir Starmer a tenté de sauver son leadership en annonçant, dans un discours du 11 mai, un recentrage de son action autour de la relance économique, de la défense et d’un rapprochement avec l’UE. Il a notamment promis la nationalisation de British Steel, un nouvel accord avec l’UE incluant un programme de mobilité pour les jeunes, et une garantie de formation professionnelle pour tous. Pourtant, ces annonces, bien que saluées par une partie de son camp, n’ont pas suffi à apaiser les critiques internes. Une quarantaine de députés travaillistes ont appelé à sa démission, tandis que des figures majeures du parti se positionnent pour lui succéder.

Wes Streeting, ex ministre de la santé, posant pour des scènes de rue à Stepney. Photo : David Levene/The Guardian

Wes Streeting, ministre de la Santé, a été le premier à passer à l’acte en démissionnant du gouvernement le 14 mai. Dans une lettre virulente, il a critiqué l’absence de vision claire et l’autoritarisme de Starmer, estimant que « votre approche envers les voix dissidentes affaiblit notre vie politique ». Streeting, perçu comme un modéré proche de l’aile blairiste, incarne une ligne centriste, mais son positionnement a évolué ces derniers mois, notamment sur les questions sociales et internationales (comme Gaza).
Il mise sur un discours de rigueur économique et de modernisation du parti, tout en cherchant à séduire les militants de gauche.

Au passage, son mentor Tony Blair s’est lancée dans une critique tout azimut des travaillistes britanniques : reprochant au Premier ministre son manque de soutien à la guerre iranienne de Donald Trump (il n’a donc rien retenu de ses fautes), il a critiqué également ses challengers, leur reprochant de ne pas avoir de réel cadre politique global face à Keir Starmer. Pas sûr que cela aide son poulain.

Angela Rayner, ex-vice-première ministre, représente une alternative plus sociale. Fragilisée par une enquête fiscale liée à la déclaration de l’achat d’un appartement dans le Sussex (elle avait dû démissionner du gouvernement en septembre 2025), elle n’a pas encore officiellement annoncé sa candidature, mais ses partisans la présentent comme la seule capable de reconquérir l’électorat ouvrier. Rayner a d’ailleurs critiqué ouvertement les choix économiques du gouvernement, notamment la nomination de Peter Mandelson, qu’elle a qualifiée de « toxique ».

Le premier ministre britannique, Keir Starmer, applaudit la vice-première ministre et secrétaire d’Etat au logement, Angela Rayner, sur scène, lors du congrès annuel du Parti travailliste, à Liverpool (Angleterre), le 22 septembre 2024.
OLI SCARFF / AFP

Son programme, axé sur la justice sociale, la lutte contre les inégalités et une meilleure redistribution des richesses, pourrait séduire une partie de la base traditionnelle du Labour.

Andy Burnham, maire du Grand Manchester et autoproclamé « King of the North »
(Crédit photo : Insider)

Andy Burnham, maire du Grand Manchester, incarne une troisième voie. Populaire auprès des membres du parti et de l’opinion publique, il mise sur un discours de reconquête des classes populaires et de réforme institutionnelle. Son retour au Parlement, s’il parvient à remporter une élection partielle (comme celle de Makerfield, prévue en juin 2026, mais également sous la menace de Reform UK), pourrait relancer la dynamique du Labour.

Burnham défend notamment l’idée d’une représentation proportionnelle, une mesure qui, selon lui, permettrait d’éviter une domination future de Reform UK et de redonner une voix aux régions périphériques. Il a également exclut toute relance du débat sur l’UE, préférant se concentrer sur les enjeux intérieurs, comme le logement, les transports et la précarité.

Ed Miliband, secrétaire d’État à la sécurité énergétique, représente une option plus à gauche. Bien que son passage à la tête du parti de 2010 à 2015 ait été un échec électoral, il bénéficie d’une image d’intégrité et de cohérence idéologique.
Son programme, axé sur la transition écologique et la justice sociale, pourrait séduire les militants les plus à gauche, mais son manque de charisme et son passé électoral pourraient constituer des handicaps majeurs.

Ed Miliband, secrétaire d’État à la Sécurité énergétique et à la neutralité carbone, arrive à Downing Street pour assister à la réunion du cabinet, le 14 avril 2026 à Londres, en Angleterre.
(Photo : Alishia Abodunde/Getty Images)

La course à la succession de Starmer s’annonce donc complexe et incertaine. Si Streeting semble le mieux placé pour rassembler un large éventail de soutiens, Burnham et Rayner pourraient compter sur l’appui des ailes les plus à gauche du parti. Une élection anticipée pour la direction du Labour pourrait donc déboucher sur un recentrage ou, au contraire, sur un virage plus radical, selon le candidat qui l’emporterait. Plusieurs commentateurs s’accordent par ailleurs à dire que l’accession de Burnham à Downing Street pourrait déboucher sur la convocation d’élections générales anticipées, dans un contexte de poussée de l’extrême droite.

Le Royaume-Uni peut-il éviter l’implosion ?

La situation actuelle est lourde de risques pour l’unité du Royaume-Uni et pour les équilibres géopolitiques européens. Si Reform UK, allié aux conservateurs, venait à former un gouvernement après des élections générales anticipées, on voit bien l’alignement trumpiste qui motiverait sa politique internationale : le Royaume-Uni, qui ne brille cependant pas par l’indépendance géopolitique des travaillistes, ne serait plus qu’un relais européen des MAGA ; l’Ukraine comme toute organisation de sécurité européenne à inventer seraient les premières victimes.

Sur le plan des rapport avec l’Union Européenne, les conséquences d’une victoire de Reform UK seraient majeures. Le parti, farouchement eurosceptique, pourrait non seulement bloquer toute tentative de rapprochement avec l’Union Européenne, mais aussi aggraver les divisions internes (civiles ou régionales) au Royaume-Uni, affaiblissant sa position géopolitique. Keir Starmer, conscient de ce risque, a tenté de recentrer son discours sur un rapprochement avec Bruxelles, notamment en annonçant un nouvel accord incluant un programme de mobilité pour les jeunes et une coopération renforcée en matière de défense et de commerce. Pourtant, ces annonces restent fragiles, dans un contexte de fragmentation politique et de montée des nationalismes. Une résurgence du Labour sous l’impulsion de Burnham ou Rayner pourrait à l’inverse ouvrir la voie à une politique plus coopérative avec l’UE. Burnham a d’ailleurs défendu l’idée d’une union douanière ou d’un alignement sur l’Espace économique européen, sans pour autant rouvrir le débat sur l’adhésion. Une telle orientation permettrait de rassurer les marchés et les partenaires européens, tout en répondant aux aspirations d’une partie de l’électorat progressiste.

Nigel Farage, dont le parti est aujourd’hui en tête des sondages avec 27,3% des intentions de vote (les sondages sont moins flatteurs depuis 3 semaines), pourrait devenir Premier ministre avec moins de 30% des suffrages, grâce aux distorsions du système électoral majoritaire. Une telle perspective alarme les communautés minoritaires, qui craignent une recrudescence des discours xénophobes et des politiques discriminatoires.

synthèse des sondages électoraux mise à jour le 3 juin 2026 réalisée par PollCheck – https://www.pollcheck.co.uk/
Un groupe de voisins mobilisés du quartier de Moseley, à Birmingham. Photo : Andrew Fox

À Birmingham, où Reform UK a devancé le Labour en devenant la première force municipale, des militants antiracistes, comme ceux de Brummies United Against Racism, ont exprimé leur consternation face à une normalisation progressive de l’extrême droite, perçue comme une menace directe pour la sécurité des populations noires, musulmanes et issues de l’immigration.

Les craintes ne se limitent pas à l’Angleterre : en Écosse, où Reform UK a obtenu 17 sièges au Parlement, de nombreuses voix ont souligné l’urgence de tenir les élus du parti à leurs responsabilités, notamment en exigeant qu’ils condamnent sans ambiguïté les propos xénophobes ou les désinformations diffusées par leurs rangs.

Manifestation organisée par le groupe Save Our Future and Our Kids Future (SOF, « sauvons notre futur et celui de nos enfants ») pour s’opposer au logement des demandeurs d’asile, devant l’hôtel Cladhan, à Falkirk (Ecosse), le 6 décembre 2025. CAMERON SCOTT/ZUMA PRESS WIRE VIA REUTERS

Les exemples concrets de dérives ne manquent pas. À Sunderland, un conseiller municipal fraîchement élu sous l’étendard de Reform UK a été suspendu après la découverte de propos racistes en ligne, illustrant les risques d’une radicalisation des pratiques politiques locales. Ces incidents, couplés à des déclarations polémiques de figures indépendantes alliées à des formations d’extrême droite, comme celles d’Akhmed Yakoob (avocat tiktokeur, jusqu’ici proche de mouvements de gauche radicale, communautaristes remarqués pour leur dérive antisémite) à Birmingham, alimentent un climat de méfiance et de division.

Les réactions des dirigeants de Reform UK, comme Richard Tice, qui minimisent ces inquiétudes en inversant la charge de la preuve sur les communautés elles-mêmes, n’ont fait qu’aggraver le sentiment de précarité parmi les minorités. Face à cette montée des tensions, des mobilisations citoyennes se multiplient, à l’image des marches pour l’unité organisées à Glasgow ou à Birmingham. Ces initiatives, bien que symboliques, reflètent une volonté de résistance face à une normalisation du discours d’extrême droite, désormais installé dans les institutions locales et régionales. La polarisation de la société britannique, où des opinions minoritaires peuvent l’emporter avec seulement 20% des suffrages, accentue encore ce phénomène, rendant la cohabitation entre communautés toujours plus fragile, dans une société qui prônait jusqu’ici le multiculturalisme mais qui est avant tout caractérisée par la juxtaposition des communautés.

Dans tous les cas, les tensions avec l’Écosse et le Pays de Galles, dirigées par des majorités indépendantistes ou nationalistes, pourraient atteindre un point de rupture.

En Écosse, le SNP a d’ores-et-déjà prévenu qu’il réclamerait un nouveau référendum sur l’indépendance, bien que la question reste juridiquement bloquée par Westminster. Cependant, la perspective d’une Écosse indépendante au sein de l’UE, défendue par le SNP et les Verts, continue de mobiliser une partie importante de l’électorat. Au Pays de Galles, Plaid Cymru, bien que prudent sur la question de l’indépendance, pourrait à terme être poussé par ses militants à organiser une consultation, surtout si les tensions avec Westminster s’aggravent.

En Irlande, la dynamique est encore plus nette. Le Sinn Féin, déjà à la tête du gouvernement local, voit son influence grandir, tandis qu’un sondage de mars 2026 indique une nette majorité en faveur de la réunification dans les deux parties de l’Île (59 % en République et surtout 63 % dans le Nord).
Mary-Lou McDonald voit les sondages replacer son parti en tête en République d’Irlande :

Michelle O’Neill (à gauche) et Mary Lou McDonald, président du parti et cheffe de l’opposition en République d’Irlande, au Sinn Fein Ard Fheis (congrès) samedi 25 avril 2026, à Belfast.
© PA Wire/PA Images

Si le chemin est encore long pour y parvenir, une majorité de gauche, favorable à la réunification, pourrait un jour se constituer sous sa direction (et avec le soutien de la présidente Catherine Connolly), malgré la stratégie des partis de droite irlandais de tout faire pour empêcher son arrivée aux affaires.

Dès le 9 mai 2026, Sinn Féin mettait en scène sur les réseaux sociaux l’alliance des premiers ministres nationalistes.

Michelle O’Neill, First Minister (Sinn Féin) de la province britannique d’Irlande du Nord, a enfin proposé la création d’un comité de liaison entre les premiers ministres écossais, gallois et nord-irlandais, afin de coordonner leurs actions et de peser davantage dans les négociations avec Westminster.
Une telle coordination pourrait, à terme, déboucher sur une alliance des nationalismes périphériques contre le centre anglais, dominé par Reform UK ou les conservateurs.

Le Royaume-Uni est aujourd’hui plus divisé que jamais, entre une Angleterre tentée par le repli identitaire, avec un nationalisme anglais très longtemps sous-estimé, et des nations périphériques en quête d’autonomie : on ne dira jamais assez à quel point le ciment de l’identité britannique était l’Empire, permettant aux Écossais, aux Gallois et à quelques Irlandais de participer à un rêve de grandeur fondé sur la domination des peuples colonisés (après l’avoir été eux-mêmes) ; l’Empire est un lointain souvenir, quel ciment reste-t-il donc ?

Les inégalités sociales, géographiques et économiques, déjà parmi les plus fortes des pays développés, risquent encore de s’aggraver, alimentant encore davantage les tensions politiques. Dans ce contexte, les prochains mois seront décisifs. Soit le Royaume-Uni parvient à se réinventer, en proposant une vision qui permette de concilier la gauche travailliste avec ses partenaires obligés que sont désormais les écologistes et les nationalistes écossais, gallois et irlandais, soit il s’enfonce dans le chaos d’un gouvernement d’extrême droite à venir, au risque de voir ses nations constitutives s’éloigner définitivement. Dans les deux cas, les équilibres européens en sortiraient profondément bouleversés.

Frédéric Faravel

Élections en Israël : l’enjeu central de la laïcité et de l’État de droit

La Knesset va être dissoute car les partis religieux ont claqué la porte de la majorité qui soutenait le cabinet d’extrême droite dirigé par Benyamin Netanyahu. Le gouvernement propose donc le vote d’une motion de dissolution pour s’assurer que ce ne soit pas celle déposée par l’opposition qui soit symboliquement adoptée. La motion de dissolution passera donc a la quasi unanimité.

La rupture avec les partis religieux, pourtant gavés de subventions publiques par Nethanyahu, découle de leur exigence de continuer à exempter totalement les Haredim (juifs observants orthodoxes) du service militaire au motif que leurs prières seraient indispensables à la protection divine sur Tsahal… Cette clause baroque vient du fait qu’en 1947 David Ben Gourion ne voulait pas s embarrasser avec 2% d’ultra-orthodoxes (alors essentiellement ashkénazes) peu sionistes et peu politisés, alors que maintenant les ultra-orthodoxes représentent 13% de la population (+509% entre 1979 et 2023, contre +135% pour le reste des Israéliens juifs ou arabes) et de surcroît ultranationalistes (il faut y ajouter quelques 10 % d’orthodoxes « classiques »). Les projections démographiques donnent les Haredim à 2,15 millions d’individus, soit 18 % de la population, en 2038, 2,86 millions et 21,2 % de la population pour 2048. Le gros de la population et tout l’état major « historique », qui a largement été limogé par Netanyahu, refusent la perpétuation de ce compromis dépassé : c’est un très fort clivage public.

Deuxième sujet, Netanyahu a, tout comme Trump, de nombreux procès en corruption en attente qu’il tente à tout prix de bloquer, ce qui sous-tend en partie ses alliances avec l’ultra droite des suprémacistes kahanistes, version Ben Gvir et Smotrich qui prônent ouvertement l’expulsion ou l’éradication de tous les Palestiniens, et les barbus ; mais il a contre lui la Cour suprême qui ne plie pas. Il s’oppose également au Président de la République Isaac Herzog qui a refusé l’énorme pression exercée par Donald Trump pour gracier Benyamin Netanyahu : l’enjeu de l’élection à venir sera donc également la préservation de l’État de droit en Israël, les dossiers de la réforme de la Cour suprême (violent affrontement politique qui est antérieur aux massacres du 7 octobre 2023 et aux massacres qui ont suivi à Gaza) ou celui de la réforme de la peine de mort pour les prisonniers palestiniens s’ajoutant à la question des poursuites contre l’inamovible premier ministre.

Tout ça fait beaucoup et l’élection israélienne à la Knesset se jouera plus sur ces sujets que sur la Paix à laquelle personne en croit à court terme dans la séquence actuelle. Si le renversement de la coalition d’extrême droite permettrait peut-être un apaisement dans la bande de Gaza et en Cisjordanie (en vue de s’accorder avec d’autres États arabes), il est moins sûr que cela règle la confrontation avec l’Iran et au Liban.

La coalition centre et droite « laïques » menée par Yaïr Lapid (centre) et Naftali Bennet (très à droite), aidée par les officiers rebelles, ainsi que par une gauche encore divisée malgré la réunification Meretz/Ahavoda, à l’air bien partie ; il faut ajouter dans ce contexte qu’une liste unitaire arabe (allant des communistes aux islamistes) peut tout à fait atteindre une quinzaine de sièges sur 120. Bennet et Lapid se sont engagés ramener la loi qui a disparu en Cisjordanie et à en finir avec les exactions meurtrières et les provocations des colons.

Bien sûr, les massacres du 7-octobre et la guerre horrible et meurtrière pour les habitants de Gaza qui a suivi, pèseront également, mais il est utile de rappeler que Netanyahu empêche là-aussi les commissions d’enquête réclamées sur le conflit, ce qui montre bien qu’il craint ce qui pourrait en sortir et notamment la sur-protection des colons d extrême droite en Cisjordanie et la sous protection des kibboutz progressistes près de Gaza avant le 7 octobre : questions de clientèles…

À suivre…

Apprentissage : le gâchis monumental

Parmi les rares succès du macronisme, il y a eu, entre 2018 et 2024, la très forte augmentation de l’apprentissage, dont les effectifs ont été multipliés par 2,5 sur la période : 429.000 apprentis en 2017, plus d’1 million en 2024.

Il faut dire que l’Etat n’avait pas lésiné sur les moyens budgétaires, qui au total (aides à l’embauche, exonérations de cotisations sociales, prise en charge des coûts pédagogiques, etc) étaient passés de 7 milliards en 2018 à 24 milliards en 2024.

Cette politique, très coûteuse, a surtout favorisé les formations en alternance dans l’enseignement supérieur. Mais la très grande majorité des étudiants apprentis se félicitent de leur parcours. Ils ont appris sur le terrain et trouvent plus vite un emploi, et mieux payé, que les étudiants classiques.

Quant aux filières historiques de l’apprentissage, artisanat, industrie, niveaux de qualifications allant du CAP au technicien, elles avaient aussi bénéficié du coup de booster de l’Etat, avec une moyenne de 100.000 apprentis de plus par rapport à 2017. Et en parallèle, les centres de formation d’apprentis (CFA) avaient poussé comme des champignons.

Mais à partir de 2023, il a fallu trouver de l’argent pour réduire les déficits publics, et cela sans (évidemment) toucher aux privilèges fiscaux accordés aux plus riches. L’apprentissage est ainsi devenu une cible de choix pour Bercy, qui n’a eu de cesse de raboter les primes à l’embauche, les subventions aux CFA et les dotations aux Régions, opératrices territoriales de l’apprentissage.

Et ça ne s’arrête plus. Les financements s’écroulent aussi vite qu’ils étaient montés. Les marges des CFA s’effondrent, sans que les coups de rabot distinguent les bons CFA des mauvais. Le risque de faillite plane à présent sur au moins 30% des CFA. Les entreprises ne savent plus quelle « régulation budgétaire » leur tombera dessus, et les recrutements d’apprentis fléchissent : 5% de baisse en 2025, et probablement plus en 2026.

En à peine plus d’un quinquennat, une politique publique aura été totalement inversée, et cela au pire moment pour des entreprises qui peinent à trouver les compétences requises et pour des jeunes qui subissent la remontée du chômage.

Le Président de la République est-il conscient de l’immense gâchis que cette politique de gribouille est en train de provoquer ? Je suis très inquiet, et très affligé.

Comme Vice Président de la Région Île de France charge de la formation professionnelle et de l’apprentissage entre 2010 et 2015, j’avais vu (et accompagné) les investissements matériels et pédagogiques de cette voie de formation que je tiens en très haute estime.

Dix ans plus tard, comme député à la commission des Finances, co-rapporteur du budget de l’apprentissage, j’assiste à la chute orchestrée par Bercy, face à des macronistes qui avalent stoïquement la couleuvre et brûlent sans broncher ce qu’ils avaient adoré.

Il faut se mobiliser pour sauver l’apprentissage en France. Je me battrai pour que le dernier budget du dernier quinquennat Macron stabilise la situation et maintienne l’excellence de cette voie de formation.

Emmanuel Maurel, animateur national de la GRS et député du Val-d’Oise

Amendements et contributions au congrès de la GRS les 6 et 7 juin 2026

Dossiers des amendements

Contributions thématiques déposées

Bolivie : les élites face au soulèvement populaire – Vincent Arpoulet répond aux questions du Média

Face au vaste mouvement social qui secoue la Bolivie depuis quelques semaines, le président Rodrigo Paz a annoncé un remaniement ministériel. Élu sur la promesse ambivalente de promouvoir un « capitalisme populaire », il a finalement mis en place le traditionnel programme des élites boliviennes. Fédérations minières et organisations paysannes se soulèvent contre la hausse des prix de l’essence mais aussi les projets de privatisation du gouvernement.

Vincent Arpoulet, membre du collectif d’animation national de la Gauche Républicaine et Socialiste, contributeur au Vent Se Lève et doctorant au CREDA, répondait aux questions de Cyril Lemba au micro du Média.

Vous pouvez retrouver son dernier article sur la Bolivie, co-écrit avec Tristan Waag, dans les colonnes du Vent Se Lève, « Les contradictions de la gauche bolivienne, au-delà de l’affrontement Morales-Arce ».

Accession des familles à la propriété : faut-il créer un PTZ familial ?

À l’heure où la crise du logement pèse toujours davantage sur les trajectoires familiales, la question de l’accession à la propriété revient au cœur du débat public. Une proposition de loi (PPL) concernant la création d’un Prêt à taux zéro pour les familles devait être discutée à l’Assemblée nationale ce 28 mai 2026 ; faute de temps pour couvrir l’ensemble de l’ordre du jour, elle n’a finalement pas été examinée, mais le sujet resurgira forcément d’ici l’élection présidentielle, au parlement ou dans le débat public… Derrière l’ambition affichée de soutenir les familles, le dispositif soulève toutefois de nombreuses interrogations sur son ciblage, son efficacité sociale et les priorités réelles de l’action publique en matière de logement. Une analyse de Maxence Guillaud, publiée le 28 mai 2026 dans Le Temps des Ruptures.

Nous le savons bien et c’est une articulation de faits sur laquelle il convient de ne pas cesser d’alerter : l’un des freins les plus importants à la réalisation des projets familiaux est d’ordre matériel.

Dans la mesure où les ménages en France consacrent en moyenne un tiers de leurs ressources au logement, on peut placer ce poste au sommet des priorités sur lesquels agir si l’on veut contribuer à améliorer la situation démographique. En 2025, pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, le solde naturel de la France est devenu négatif. En outre, selon un sondage récent de l’Ifop, près d’un Français sur cinq déclare avoir renoncé à avoir un enfant pour des raisons liées au logement, et près des trois quarts l’identifient comme un frein majeur à leur projet familial. 21 % même des 18-34 ans déclarant même avoir renoncé à un ou plusieurs enfants en raison de difficultés d’accès à un logement correspondant à leurs besoins, selon un autre sondage d’Odaxa !

Le désir d’enfant reste pourtant stable, à plus de deux enfants par femme selon l’Institut national d’études démographiques. En clair, les Français veulent toujours autant d’enfants, mais n’en ont pas toujours les moyens.

Pour tenter de répondre à ce constat, le groupe LIOT a déposé, dans le cadre de sa niche parlementaire, une proposition de loi rapportée par Constance de Pélichy, proposant la création d’un PTZ « familial » visant à faciliter l’accès à la propriété des familles.

Pour en brosser le portrait, tel qu’amendé et adopté en commission des finances le 19 mai 2026, celui-ci serait plafonné à 100 000 euros, la quotité retenue pour le calcul de son montant ne pouvant être ni supérieure à 50 % ni inférieure à 20 % du coût total de l’opération. Il serait accessible dès la déclaration de grossesse et jusqu’aux cinq ans de l’enfant, cumulable avec le PTZ primo-accédants et l’éco-PTZ, et permettrait de financer l’acquisition ou l’agrandissement de la résidence principale dans l’ancien comme dans le neuf.

Un PTZ parmi d’autres PTZ ?

Le prêt à taux zéro n’est pas une disposition de politique publique nouvelle ; existant depuis 1995, il a connu de nombreuses réformes, a été plusieurs fois restreint puis élargi, et décliné sous diverses formes (à l’instar de l’éco-PTZ pour la rénovation énergétique). Nous n’accomplirons pas ici l’inventaire de cette politique ; le rapport parlementaire sur cette proposition de loi, et notamment sa partie consacrée à l’état du droit, s’y emploie extrêmement bien.

Tâchons cependant de rappeler son fonctionnement : le taux d’intérêt que paierait normalement l’emprunteur est pris en charge intégralement par l’État, sous la forme d’un crédit d’impôt accordé aux établissements bancaires prêteurs.

Depuis la réforme du PTZ entrée en vigueur au 1er avril 2024, près de 29 millions de foyers y sont éligibles, soit une très large portion de la population (la question de la solvabilité réelle de ces foyers étant une autre affaire, traitée plus loin dans cette analyse). L’une des réserves que l’on pourrait formuler est donc que créer un PTZ « familial » distinct risque d’ajouter une couche de complexité à un dispositif déjà touffu, au risque de brouiller la lisibilité d’ensemble du système d’aide à l’accession.

Cependant, la direction générale du Trésor a indiqué que la moitié des bénéficiaires du PTZ actuel sont des couples, dont seulement un tiers avec enfants. Ainsi, à peine 16,7 % des bénéficiaires du PTZ sont des couples avec enfants, alors que ces derniers représentent 23,4 % de la population.

De fait, les familles sont structurellement sous-représentées parmi les bénéficiaires de ce dispositif. On peut postuler que l’accession à la propriété arrive tôt dans les parcours de vie des individus, ce qui pose éminemment la question de la portabilité (c’est-à-dire la possibilité, pour un emprunteur, de transférer son prêt en cours sur un nouveau bien lors d’un déménagement, plutôt que d’avoir à le rembourser et d’en souscrire un nouveau aux conditions du moment) des dispositifs de prêt, qui n’est pas toujours assuré par les banques qui y rechignent pour des raisons que l’on devine… Il est absolument certain que ce sujet de la portabilité réelle devrait être prioritaire pour que tout dispositif de PTZ soit pleinement efficace.

Sans condition de ressources, l’État aiderait certains ménages déjà aisés à se constituer du patrimoine avec l’argent du contribuable

En l’absence de condition de ressources formelle — absence que la rapporteure a défendue en commission au nom de l’universalité de la politique familiale (bien qu’il ne s’agisse pas à proprement parler d’une politique familiale mais d’une politique du logement !) —, le PTZ familles risque de bénéficier particulièrement à des ménages qui n’en ont pas le plus besoin ; c’est-à-dire des ménages déjà propriétaires, déjà solvables aux yeux des établissements de crédit, qui pourraient chercher à agrandir un patrimoine existant à moindre coût grâce à une subvention publique déguisée en prêt.

Dans sa version initiale, la proposition de loi ne réserve pas ce nouveau PTZ aux primo-accédants. Un couple déjà propriétaire d’un appartement de deux pièces, souhaitant acheter un logement plus grand pour accueillir un deuxième enfant, pourrait donc bénéficier du dispositif tout en conservant son bien initial… lequel pourrait par exemple, en l’absence de dispositifs contraignants être mis en location saisonnière sur une plateforme de type Airbnb !

Un amendement adopté en commission module au demeurant la quotité du prêt entre 20 % et 50 % du coût total de l’opération — cela dans le but de réduire les conséquences budgétaires d’une mesure initialement jugée très coûteuse par le ministère de l’économie.

Par ailleurs, pourquoi l’État subventionnerait-il l’agrandissement patrimonial de ménages déjà propriétaires, alors que des dizaines de milliers de familles locataires attendent depuis des années un logement social plus grand ?

Quelle solvabilité pour les foyers modestes ?

La solvabilité réelle des bénéficiaires potentiels est un enjeu central que le texte ne traite pas. Un PTZ, quel qu’il soit, ne se suffit pas à lui-même mais vient seulement en complément d’un crédit principal, dont les conditions d’octroi dépendent du taux d’endettement de l’emprunteur. Or les règles prudentielles du Haut Conseil de stabilité financière (HCSF) limitent ce taux à 35 % des revenus nets.

Dans les grandes agglomérations, il est souvent difficile de trouver un logement familial à moins de 400 000, voire 500 000 euros. Pour emprunter une telle somme dans le respect de cette règle, il faut des revenus bien supérieurs au revenu médian français…

Dans ces conditions, un PTZ de 100 000 euros, aussi bienvenu soit-il, ne résout pas le problème fondamental des ménages dont les revenus ne leur permettent tout simplement pas de constituer un dossier de crédit viable aux yeux des banques, quelles que soient les aides publiques complémentaires !

La part des ménages modestes parmi les primo-accédants est passée de 27 % à 18 % entre 2020 et 2023, soit une chute de neuf points en trois ans. Ce n’est pas un PTZ supplémentaire qui inversera cette tendance, parce que le problème n’est pas tant l’absence de dispositif de solvabilisation, mais bien le décrochage entre les prix de l’immobilier et les revenus des ménages…

Selon l’INSEE, depuis les années 2000, les prix ont été multipliés par 2,6 en moyenne nationale, et par trois dans certaines agglomérations, là où les revenus progressaient beaucoup moins vite. Tandis que le logement représente désormais plus de la moitié du revenu disponible des ménages les plus précaires.

La question des locataires, angle mort de la proposition

L’angle mort le plus sérieux du texte est sans doute son silence total sur les familles locataires. La proposition de loi aborde la question du logement des familles exclusivement par le prisme de l’accession à la propriété, et ne dit rien des familles qui attendent depuis des années un logement social plus grand, ni de celles qui sont locataires dans le parc privé et dont les revenus ne leur permettront jamais de constituer un dossier de crédit, et cela que ce soit avec ou sans PTZ.

Le parc HLM est saturé dans la quasi-totalité des grandes agglomérations ; la réduction de loyer de solidarité (RLS), introduite en 2018 et dénoncée par les organismes HLM comme une ponction massive sur leurs capacités d’investissement, a contribué à ralentir la production de logements sociaux neufs.

Les ménages modestes avec un enfant en bas âge qui cherchent à obtenir un logement social plus grand se heurtent à une liste d’attente interminable… Autant dire que ces ménages ne bénéficieront pas du PTZ familial, n’ayant de toute manière et tout simplement pas accès au crédit immobilier.

Et quand bien même cette politique n’est pas incompatible avec d’autres, dans le contexte budgétaire que nous connaissons, le financement d’un PTZ « familial » se fera nécessairement au détriment d’autres arbitrages. Chaque euro consacré à solvabiliser des accédants à la propriété est un euro qui ne va pas au financement de logements sociaux supplémentaires ou au soutien aux organismes HLM.

Quelle priorité pour le logement ?

La politique du logement se doit de répondre à plusieurs besoins concernant plusieurs strates de la population, et doit comprendre notamment comme clé de voûte (parmi d’autres) la relance du logement social. Qu’un PTZ s’adressant aux familles, bien (mieux) calibré, puisse en constituer l’un des leviers n’est pas, en soi, une idée exécrable. La mesure en elle-même pourrait avoir un effet bénéfique sans creuser de manière disproportionnée les finances publiques : le coût des intérêts non perçus par les banques serait en partie compensé par la perception de la TVA sur les achats dans le neuf, par les droits de mutation à titre onéreux (DMTO) sur les transactions dans l’ancien, ainsi que par la création d’emplois dans le secteur du bâtiment — qui a lui aussi bien besoin d’être soutenu par l’action publique — et par les recettes fiscales et sociales qui en découlent.

Mais toute politique se résumant souvent à ce que l’on prélève et à ce que l’on dépense, il est juste de penser que des dispositifs ciblant le logement social restent beaucoup plus prioritaires dans la situation actuelle de crise aiguë de ce secteur — d’autant que certains de ces investissements pourraient produire des externalités positives comparables, notamment pour le secteur du bâtiment.

Malgré tout, ce texte a le mérite de poser devant la représentation nationale la question du lien entre politique du logement — et plus largement conditions matérielles d’existence — et natalité, dans un contexte où des propositions disons parfois douteuses émergent sur le sujet dans le débat public.

En ouvrant la voie à un ciblage plus fin, notamment en faveur des ménages plus modestes, en permettant une modulation selon les ressources du foyer et en mettant en place certains garde-fous drastiques sur l’usage des biens déjà détenus, et surtout en l’articulant au sein d’une politique du logement beaucoup plus ambitieuse et structurelle, cette mesure pourrait trouver son intérêt, car il est vrai que le lien entre la fécondité et la sécurité afférente à la propriété est établi, et qu’il est souhaitable que les catégories modestes puissent devenir, elles aussi, propriétaires de leurs logements.

Dans l’état, cette proposition de loi souffre de carences certaines… Espérons que la représentation nationale se saisira de ces chantiers, que ce soit durant la navette parlementaire relative à cette proposition de loi ou dans le cadre de projets plus structurants à venir.

Maxence Guillaud

Face à la honte, « L’Abandon » hymne à la liberté de conscience

Communiqué de presse de la Gauche Républicaine et Socialiste, mercredi 20 mai 2026, 21h35

L’Abandon, présenté à Cannes la semaine dernière et actuellement en salle, raconte les 10 derniers jours de Samuel Paty, avant son assassinat par un terroriste islamiste. C’est un film indispensable en ce qu’il incarne la résistance des principes républicains face à l’obscurantisme.

Une résistance qui tint jusqu’au bout malgré l’aveuglement (volontaire ?) d’une autorité qui aurait dû très tôt prendre la mesure des menaces qui pesaient sur Samuel Paty pour la seule raison qu’il faisait son métier de manière exemplaire. L’Abandon est là pour nous rappeler que notre société, que notre communauté politique ne peuvent en rien justifier une telle défaillance si elle venait à se reproduire.

Mais au-delà cette œuvre cinématographique a pour intérêt de rappeler une vérité essentielle : la Laïcité y est présentée non pas comme une contrainte, mais comme une libération : celle de pouvoir penser par soi-même, de douter, de s’affranchir des dogmes. Ce combat, c’est celui de la gauche, celle qui défend l’idée d’une école qui émancipe, d’une société solidaire, et d’une justice sociale qui va de pair avec la liberté de conscience.

Les critiques ironiques, souvent marquées par le cynisme ou une certaine complaisance envers les replis communautaires et les intégrismes religieux, oublient que Samuel Paty a payé de sa vie pour ces Principes. Son souvenir nous rappelle que la laïcité n’est pas un concept abstrait, mais un rempart concret contre la barbarie.

L’Abandon refuse l’autocensure et l’abandon de nos principes : c’est un hommage à celles et ceux qui, comme lui, choisissent le courage plutôt que le renoncement.

« Le marché français de l’autocar longue distance est en passe de se refermer autour d’un monopole privé, celui de FlixBus », tribune de Chloé Petat dans Le Monde

Des cars Macron aux cars FlixBus, la conseillère municipale déléguée GRS des Lilas (Seine-Saint-Denis), chargée notamment des transports, constate, dans une tribune publiée dans Le Monde, l’ironie d’une concurrence désormais sans concurrents, qui menace à terme la cohésion territoriale et l’accessibilité financière à la mobilité.

En 2015, la loi pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques, dite « loi Macron », libéralise les services librement organisés par autocar longue distance. Désormais, toute entreprise de transport public routier peut lancer des dessertes régulières entre deux villes distantes de plus de 100 kilomètres. Avant cette date, le marché était strictement encadré. Cette ouverture à la concurrence est alors présentée comme une solution presque miraculeuse : offrir une mobilité à bas coût, élargir les choix des voyageurs et mieux desservir les territoires, en particulier ceux qui sont mal connectés au réseau ferroviaire.

Dix ans plus tard, le marché français de l’autocar longue distance est en passe de se refermer autour d’un monopole privé, celui de FlixBus, alors même que Blablacar a annoncé, mardi 21 avril, son retrait du marché. A la suite de la libéralisation, le marché s’est d’abord structuré autour de plusieurs acteurs – cinq au total, en 2015.

Toutefois, et de manière rapide, il s’est concentré autour de deux leaders : FlixBus et Blablacar Bus, issu du rachat de Ouibus à la SNCF, en 2019. Ces deux entreprises ont progressivement géré l’immense majorité des dessertes et reposent sur un modèle asset light (« à faible intensité capitalistique ») : elles ne possèdent généralement ni autocars ni chauffeurs, et s’appuient sur des réseaux d’autocaristes partenaires auxquels elles délèguent l’exploitation.

Guerre des prix

Parallèlement, la fréquentation a fortement augmenté. Selon l’Autorité de régulation des transports (ART), 11 millions de passagers nationaux (18 millions, au total) ont emprunté un autocar longue distance en 2024. Derrière cette image d’un marché en pleine expansion se cache pourtant une réalité bien moins reluisante : un modèle économique largement déficitaire. D’abord, les coûts d’exploitation sont élevés et difficilement compressibles : salaires des conducteurs, péages autoroutiers, maintenance des véhicules (quand l’entreprise les possède), carburant dont le prix reste fortement dépendant des tensions géopolitiques…

Ensuite, la demande est extrêmement sensible au prix. La clientèle des autocars longue distance est généralement jeune et dispose de moyens limités. Dès lors, le critère tarifaire est décisif, ce qui contraint fortement les marges. Les prix sont structurellement bas : d’après l’ART, le coût moyen du transport par autocar longue distance est de l’ordre de cinq centimes d’euro par passager et par kilomètre, soit environ 5 à 6 euros pour 100 kilomètres. L’autocar figure ainsi parmi les modes de transport les moins chers du marché.
La libéralisation n’a rien arrangé, en déclenchant une guerre des prix. Pour gagner des parts de marché et espérer atteindre une taille critique, les opérateurs ont accepté d’essuyer des pertes prolongées. Cette stratégie s’est révélée intenable. L’annonce du retrait de Blablacar illustre cet échec. Elle marque une étape décisive : la France s’inscrit désormais dans une trajectoire qui s’observe déjà ailleurs en Europe, notamment en Allemagne, où FlixBus détient une part écrasante du marché.

Il est même permis de parler de situation de monopole privé, d’autant plus ironique que la libéralisation visait précisément à diversifier les acteurs et les offres. Un monopole privé non régulé peut se révéler problématique en ce qu’il échappe au contrôle démocratique, tout en exerçant un pouvoir considérable sur les prix et l’offre.

L’émergence d’un monopole privé détenu par FlixBus comporte des risques clairement identifiés, à savoir une hausse progressive des prix, une rationalisation de l’offre et une concentration sur les seules liaisons rentables. Ceux-ci s’ajoutent par ailleurs aux risques liés à l’ouverture à la concurrence ferroviaire, qui fait également peser une menace sur certaines dessertes. Si la contraction de l’offre touchait simultanément le train et l’autocar, l’impact serait majeur sur l’accessibilité financière à la mobilité et sur la cohésion territoriale. Se déplacer deviendrait progressivement un luxe, ou encore plus impossible sans voiture individuelle.

La non-régulation de la concurrence pourrait avoir des incidences désastreuses et aboutir à une concentration progressive sur le marché. En effet, l’Organisation de coopération et de développement économiques et son organe interne, l’International Transport Forum, démontre que le secteur des transports repose sur des infrastructures onéreuses, des coûts fixes et irrécouvrables élevés et des barrières à l’entrée importantes, ce qui conditionne fortement la structure des marchés et le niveau de la concurrence.

Une offre à repenser

La libéralisation d’un secteur aussi stratégique que les transports soulève des interrogations au vu des résultats observés et des risques désormais connus. Qu’il s’agisse du bus aujourd’hui ou du ferroviaire demain, ouvrir un marché sans penser sérieusement à sa régulation ne peut produire que des effets négatifs.

L’offre de mobilité en France doit être repensée afin de garantir l’accès aux transports à toutes et à tous, quel que soit le territoire de résidence. Cela suppose une réflexion d’ensemble sur l’articulation entre les modes de déplacement. Le rail demeure essentiel, tout comme l’autocar longue distance là où le train est absent ou ne permet pas de répondre à la demande.

Cette réflexion doit s’inscrire dans le cadre de la stratégie globale autour de la transition écologique. Le report modal vers les transports collectifs est une nécessité. Les transports (en premier lieu la voiture individuelle) représentent aujourd’hui près de 30 % des émissions de gaz à effet de serre. Réduire notre dépendance aux énergies fossiles et à la voiture individuelle ne sera possible qu’à une condition : offrir des solutions de remplacement réelles, accessibles et durables. Sans cela, la promesse de la mobilité pour tous restera un slogan.

Chloé Petat

Chloé Petat est conseillère municipale déléguée de la ville des Lilas (Seine-Saint-Denis, Gauche républicaine et socialiste), chargée des transports et du développement des mobilités douces, et autrice de La révolution ratée du transport ferroviaire au XXIe siècle (Le Bord de l’eau, 2024).

AMÉLIORER LE SERVICE PUBLIC DE L’AUDIOVISUEL, OUI, LE DÉMANTELER, NON !

Malgré des centaines d’audition, une couverture médiatique sans précédent et un fort intérêt des Français, les travaux de la commission d’enquête sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public n’ont pas permis d’avancer de façon rationnelle sur les grands enjeux qui lui étaient adressés. 

Les auditions furent souvent mouvementées et marquées par des attitudes plus inquisitoriales que constructives. Il ne suffit pas, pour enquêter, de poser les mêmes questions portant sur les mêmes allégations de faits mineurs et dérisoires montés en épingle, et ce quelle que soit la personne auditionnée. A bien des égards, cette commission d’enquête a illustré la quintessence de la société du spectacle, tout entière tournée vers la recherche du buzz, du clash et du trash, en lieu et place du travail sérieux, méthodique et rigoureux qu’elle aurait mérité. 

Le secteur de la création audiovisuelle, cinéma compris, emploie directement et indirectement 340.000 personnes et a généré un chiffre d’affaires de 20 milliards d’euros en 2024. Il s’agit donc d’une véritable industrie, fortement ancrée dans les territoires, qui contribue de façon décisive à notre développement économique et notre rayonnement culturel. Et dans ce paysage, France Télévisions est un acteur incontournable. 

Or le modèle audiovisuel français est fragilisé par des mutations profondes. La montée en puissance de plateformes numériques globales comme Netflix ou Amazon, accélère la concentration du marché et des modes de production, de financement et de diffusion des œuvres. Aborder la question du financement de l’audiovisuel public sous un angle étroitement comptable revient donc de facto à favoriser la concurrence internationale. 

Emmanuel MAUREL,
Député du Val-d’Oise,
Membre de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public
Co-fondateur de la Gauche Républicaine et Socialiste

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