Auteur/autrice : Frédéric Faravel

  • Les leçons de « Baron noir » : « Celui qui aura réussi à raconter la meilleure suite gagnera la présidentielle »

    Les leçons de « Baron noir » : « Celui qui aura réussi à raconter la meilleure suite gagnera la présidentielle »

    Chronique de communication narrative, tribune d’Elliott Aubin publiée dans Marianne le 16 septembre 2026

    Depuis sa création, Baron noir semble avoir cette fâcheuse habitude de comprendre la politique française avant qu’elle ne se produise. Alors, à l’approche de 2027, autant prendre quelques notes. Elliott Aubin, expert en communication narrative et ancien élu, dégage dix leçons de Philippe Rickwaert pour gagner une présidentielle.

    Il faudrait peut-être commencer à regarder Baron noir comme on regarde les vieux films de science-fiction : non pas pour savoir si la fiction avait raison, mais pour comprendre ce qu’elle avait vu avant nous. Quand la série d’Éric Benzekri apparaît en 2016, Emmanuel Macron n’est pas encore président, le Parti socialiste n’a pas encore explosé, Jean-Luc Mélenchon n’est pas encore devenu la première force électorale de la gauche radicale et les réseaux sociaux ne sont pas encore devenus le théâtre permanent de la politique française. Puis le réel s’est mis à ressembler à la fiction.

    La saison 2 imagine l’effondrement du vieux monde politique, la recomposition du centre et l’émergence d’une nouvelle figure présidentielle. La saison 3 plonge dans la défiance démocratique, les réseaux sociaux, les mouvements antisystème et la tentation populiste. L’institut Montaigne relevait déjà, en 2020, cette capacité de la série à refléter la recomposition politique française et à anticiper certains bouleversements.

    Les conseils de Philippe Rickwaert

    Et voilà que le tournage de la saison 4 vient de commencer. Philippe Rickwaert a finalement atteint l’Élysée. Il est désormais président. Et il devra affronter une nouvelle crise politique, les radicalités numériques et une société au bord de la rupture. La série croisera cette fois son univers avec celui de La fièvre. La diffusion est annoncée pour 2027. Autrement dit : Baron noir pourrait bien avoir une nouvelle fois le mauvais goût de tomber juste au moment où nous en aurons besoin. Alors, si Philippe Rickwaert devait conseiller les candidats à la présidentielle, voici probablement ce qu’il leur dirait.

    1. Commencez par le pays. Pas par votre candidature.

    C’est peut-être le premier enseignement de Rickwaert : avant de chercher comment gagner, il faut comprendre ce qui se passe.

    Une élection ne commence jamais dans un QG de campagne. Elle commence dans les colères, les inquiétudes, les contradictions et les espoirs d’un pays. Les Français ne se réveillent pas le matin en se demandant quel candidat ils pourraient soutenir.

    Ils se demandent s’ils peuvent encore se projeter dans l’avenir. Le candidat qui saura mettre des mots sur cette question partira avec une longueur d’avance. La politique commence rarement par une réponse. Elle commence par la bonne question.

    2. Trouvez la fracture.

    La politique aime les programmes. Les électeurs, eux, votent souvent pour résoudre une tension. Le pouvoir d’achat contre l’inflation. Le travail contre le déclassement. L’ordre contre le désordre. La protection contre l’ouverture. Le changement contre la peur du changement.

    Rickwaert chercherait moins la « mesure phare » que la fracture autour de laquelle organiser la campagne. Parce qu’une présidentielle est rarement une addition de propositions. C’est un choix. Et pour qu’il y ait choix, il faut une alternative. Il faut pouvoir dire : voilà le pays dans lequel nous sommes et voilà celui dans lequel nous pouvons entrer.

    3. Donnez un adversaire à votre histoire.

    Une histoire sans conflit est une chronique. Pas une campagne présidentielle. Rickwaert le sait mieux que personne : pour rassembler, il faut parfois désigner ce contre quoi l’on se rassemble. Le système. L’extrême droite. Les élites. L’ancien monde. La technocratie. L’immobilisme.

    Le nom importe moins que la fonction. Un adversaire permet de simplifier le monde. Et la politique est aussi l’art de rendre lisible un monde devenu trop compliqué. C’est d’ailleurs une des grandes différences entre communication politique et communication institutionnelle : la première doit créer du mouvement. Et le mouvement naît rarement du consensus.

    4. Faites de votre faiblesse une force.

    En politique, une faiblesse cachée finit toujours par devenir une affaire publique. Alors autant la raconter soi-même. C’est l’une des grandes leçons de Rickwaert : transformer ce qui pourrait être une vulnérabilité en élément de récit.

    Le passé devient une preuve d’expérience. Une défaite devient une leçon. Une erreur devient une cicatrice. Une différence devient une singularité. Le problème n’est pas d’avoir des failles. Le problème est de laisser son adversaire leur donner un sens à votre place. Les communicants parlent souvent d’« éléments de langage ». Rickwaert parlerait probablement d’« éléments de destin ». C’est beaucoup plus puissant.

    5. Devenez un personnage.

    Les campagnes présidentielles ressemblent étrangement aux romans. Il y a un personnage principal. Un monde à transformer. Des adversaires. Des alliés. Des épreuves. Et une promesse de dénouement.

    Pourtant, beaucoup de candidats continuent à se présenter comme des CV sur pattes. Ancien ministre. Ancien député. Maire de. Président de. Entrepreneur. Haut fonctionnaire. Cela renseigne sur une carrière. Pas sur une destinée.

    En 2027, il faudra moins demander « quel est votre parcours ? » que « quelle histoire raconte votre parcours ? ». Parce qu’on ne vote pas seulement pour quelqu’un qui sait faire. On vote pour quelqu’un que l’on imagine capable d’incarner la suite.

    6. Ne confondez pas popularité et désir.

    Les réseaux sociaux ont installé une étrange confusion dans la politique contemporaine. On mesure les likes, les vues, les abonnés, les commentaires. On regarde qui monte, qui baisse, qui fait le buzz. Mais une élection présidentielle ne se gagne pas parce qu’un candidat est populaire. Elle se gagne lorsqu’une partie du pays considère que son élection répond à quelque chose.

    La popularité attire l’attention. Le désir politique déclenche le vote. C’est toute la différence entre être connu et être attendu. Rickwaert ne chercherait probablement pas à être aimé de tout le monde. Il chercherait à devenir nécessaire à suffisamment de monde.

    7. Fédérez les gauches autour d’une histoire, pas autour d’un accord.

    Rickwaert aurait probablement quelques conseils à donner à la gauche française. Le premier serait de cesser de vouloir être d’accord sur tout avant d’accepter de gagner ensemble. La gauche n’a jamais été une famille parfaitement heureuse.

    Elle est faite de traditions, de cultures politiques, de désaccords et parfois d’une certaine passion pour l’autodestruction. Et alors ? Une coalition n’a pas besoin de penser la même chose. Elle a besoin de savoir pourquoi elle avance ensemble.

    La question de 2027 ne sera donc pas seulement de savoir qui peut représenter la gauche. Elle sera de savoir quel récit peut fédérer ses différentes gauches sans leur demander de renoncer à ce qu’elles sont. Additionner les appareils ne suffira pas. Il faudra additionner les imaginaires. C’est une différence essentielle. L’union des partis se négocie. L’union des électeurs se raconte.

    8. Ne faites pas des réseaux sociaux votre stratégie.

    Rickwaert aurait sans doute adoré TikTok. Mais il aurait surtout compris qu’une vidéo virale ne constitue pas une stratégie politique. Les réseaux permettent de diffuser un récit. Ils ne permettent pas d’en inventer un à la place du candidat.

    La communication de Baron noir l’avait d’ailleurs parfaitement compris. Dès la saison 2, la série multipliait les faux comptes de personnages, les vidéos pédagogiques, les citations, les détournements et les interactions avec de véritables responsables politiques. La fiction s’invitait dans les codes de la communication politique jusqu’à brouiller les frontières entre le réel et son imitation.

    Mais le réseau n’est qu’un tuyau. Une campagne peut avoir ses punchlines, ses vidéos verticales, ses millions de vues et ses armées de community managers. Si personne ne sait raconter en une phrase ce que cette campagne veut changer, tout cela ne produit qu’un immense bruit numérique. Le problème n’est pas de devenir viral. Le problème est de savoir pourquoi on mérite de l’être.

    9. Ne confondez pas l’opinion et le peuple.

    Voilà probablement l’un des pièges de 2027. Les sondages regardent l’opinion. Les réseaux regardent l’engagement. Les médias regardent les sondages. Les politiques regardent les médias. Et tout le monde finit par commenter une France qui parle beaucoup. Mais dont une partie ne parle plus du tout.

    Une campagne présidentielle ne consiste pas à occuper l’espace médiatique. Elle consiste à entrer dans des conversations auxquelles on n’est pas encore invité. À aller chercher ceux qui ne suivent pas votre compte. Ceux qui ne regardent pas vos entretiens. Ceux qui ne partagent pas vos convictions. Ceux qui ne savent même pas encore pour qui ils voteront.

    Rickwaert est un animal politique parce qu’il possède précisément ce flair-là : l’ancrage local, la connexion aux réseaux militants et syndicaux, la capacité à sentir le vent avant qu’il ne tourne. C’est aussi ce que soulignait l’institut Montaigne en analysant le personnage. Le silence d’un électeur n’est pas l’absence d’une opinion. C’est parfois une opinion que personne n’a encore réussi à raconter.

    10. Donnez aux Français envie de connaître la suite.

    C’est finalement le plus important. Une présidentielle ne se gagne pas uniquement contre quelqu’un. Elle se gagne pour quelque chose. Pas nécessairement une liste de mesures. Une direction. Une promesse collective.

    Une idée de ce que pourrait être le pays demain. Éric Benzekri expliquait lui-même que les personnages de Baron noir font du storytelling parce que la politique contemporaine cherche à retrouver une capacité d’action et de sens dans un monde où le pouvoir semble dispersé.

    C’est peut-être ce qui fait la force durable de la série. Son cynisme n’est jamais complètement désespéré. Parce que derrière les coups politiques, les calculs, les manipulations et les rapports de force, il reste une conviction : la politique est encore une bataille pour raconter le pays. Et c’est probablement la grande leçon pour 2027.

    Raconter la suite

    Il y aura des programmes. Des candidats. Des sondages. Des débats. Des petites phrases. Des vidéos. Des polémiques. Des coups politiques.

    Et beaucoup de bruit. Mais au-dessus de tout cela, il faudra une histoire. Une histoire suffisamment simple pour être comprise. Suffisamment forte pour être désirée. Suffisamment large pour rassembler. Et suffisamment vraie pour que des millions de Français acceptent d’y entrer. La présidentielle ne sera peut-être pas gagnée par celui qui aura le meilleur programme. Elle sera gagnée par celui qui aura réussi à raconter la meilleure suite. Philippe Rickwaert, lui, aurait déjà commencé à travailler.

  • « La gauche doit réhabiliter la lenteur, l’attention aux êtres et la beauté… » Emmanuel Maurel, candidat à la primaire de la gauche socialiste dans le Nouvel Obs

    « La gauche doit réhabiliter la lenteur, l’attention aux êtres et la beauté… » Emmanuel Maurel, candidat à la primaire de la gauche socialiste dans le Nouvel Obs

    Le député du Val-d’Oise, fondateur de la Gauche républicaine et socialiste, détaille auprès du Nouvel Obs son projet.
    Propos recueillis par Rémy Dodet, publié le mardi 15 septembre 2026 à 17h00

    Les candidats à la primaire sociale-démocrate avaient jusqu’à ce mardi 15 septembre pour se faire connaître. Le leader de Place publique Raphaël Glucksmann, le premier secrétaire du Parti socialiste (PS) Olivier Faure, les députés socialistes Philippe Brun et Jérôme Guedj et l’ex-candidate à la présidentielle Ségolène Royal ont annoncé leur intention d’y participer. Emmanuel Maurel n’est pas le plus connu, mais il sera bien présent sur l’affiche du scrutin, dont le 1er tour est prévu les 9-10 octobre et le 2nd les 16-17 octobre. Cette ancienne figure de l’aile gauche du PS, un temps proche du leader insoumis Jean-Luc Mélenchon, préside la petite formation Gauche républicaine et socialiste (GRS).
    Député du Val-d’Oise, il détaille au Nouvel Obs ses propositions.

    Raphaël Glucksmann, Olivier Faure, Ségolène Royal, Jérôme Guedj, Philippe Brun. Cette primaire compte déjà cinq candidats… Qu’est-ce qui justifie votre candidature ?

    Emmanuel Maurel- Je considère que je porte une voix singulière, pour la gauche, en France et en Europe. Et vous allez le voir à l’occasion de ce débat qui, j’en suis sûr, va intéresser les Français. Je pars d’une analyse rationnelle. Un pôle de radicalité à gauche s’est constitué, dont je ne partage pas tous les mots d’ordre. Sa stratégie, la polarisation maximale, peut entraîner au premier tour, mais elle comporte un risque majeur : perdre de façon spectaculaire au second. Par ailleurs, je considère que les macronistes ne peuvent pas gagner l’élection présidentielle, en raison de leur bilan économique, social et financier catastrophique. J’ai longtemps été militant du Parti socialiste et le parti que j’ai fondé avec Marie-Noëlle Lienemann s’appelle la Gauche républicaine et socialiste. Je me retrouve naturellement dans le camp républicain et socialiste. Ce camp organise une primaire. J’ai jugé pertinent d’être candidat.

    François Ruffin aurait-il dû pouvoir y participer ?

    Il y a quatre ans, dans votre journal, François Ruffin a dit lui-même qu’il était « social-démocrate ». Il a eu la dent très dure contre le Parti socialiste, c’est vrai. Il n’empêche qu’il appartient à notre famille, héritière des Lumières et du mouvement ouvrier. Ce que j’aimerais, c’est que tout le monde, y compris François Ruffin, explique en quoi cette primaire est une opportunité formidable à saisir pour faire revivre la grande famille de la gauche réformiste. Je fais le pari qu’un candidat de la gauche socialiste, crédible, authentique, qui a tiré les leçons des erreurs du passé, peut répondre aux colères et aux inquiétudes de nos concitoyens, se qualifier au deuxième tour et battre le Rassemblement national.

    Aujourd’hui, dans les sondages, Raphaël Glucksmann, candidat le plus avancé de la famille sociale-démocrate, semble encore loin du second tour. Jean-Luc Mélenchon lui en est tout proche…

    Les Français ont à la fois besoin de rupture et de rassemblement. De rupture avec la politique menée depuis dix ans, avec un certain modèle de développement qui débouche sur des impasses graves : le réchauffement climatique, le capitalisme du tout-jetable, la société du tout-marché, l’individualisme roi. Notre pays est à fleur de peau, toujours plus polarisé. Mais je sens chez les Français une aspiration à l’unité et au sursaut. Je suis agréablement surpris par le succès du film « la Bataille de Gaulle ». Les plus de 5 millions de Français qui l’ont vu, généralement, ce sont des parents avec leurs enfants, des grands-parents avec leurs petits-enfants. Ce sont des gens de droite et des gens de gauche. Evidemment, je ne vais pas faire de comparaison historique, mais j’y vois la preuve que nos compatriotes, même plein de colère et de doute, ne sont pas pour autant résignés. La France peut s’en sortir pour peu qu’elle se rassemble autour d’un projet mobilisateur et d’une grande idée qui la dépasse. La gauche doit être au rendez-vous de ce sursaut français.

    Vous avancez dans cette primaire trois grandes idées : démondialiser, démarchandiser, démocratiser… C’est un peu vaste, non ?

    Bien sûr, un candidat à la présidentielle doit répondre aux urgences de la vie quotidienne, les prix, les salaires… Mais je crois que pour emmener le peuple français, il faut lui proposer un projet de société et je veux donc présenter un autre modèle de développement. Il faut en finir avec la mondialisation libérale. On en voit les limites depuis le Covid-19. Nous sommes trop dépendants de l’extérieur, et notamment du Sud-Est asiatique. La priorité est de relocaliser la production. Pas seulement pour des raisons économiques. Mais aussi parce que la mondialisation participe de la catastrophe écologique.

    Un jean, par exemple, peut avoir fait des dizaines de milliers de kilomètres, conçu à tel endroit, teint dans un autre, marketé ailleurs, tout ça en ayant consommé des quantités d’eau astronomiques, alors qu’en France une filière textile est en train de se reconstituer, qui fabrique des jeans de qualité et qui vont durer bien plus longtemps. Les consommateurs, et plus seulement les bourgeois, se détournent de la fast-fashion et veulent faire confiance à une industrie 100% française, respectueuse des normes et des salariés.

    Vous appelez aussi à « démarchandiser » la société…
    Qu’entendez-vous par là ?

    Un candidat de gauche doit dire clairement qu’il n’accepte pas la société du tout-marché. Ça vaut pour des choses très simples : les services publics, les transports, l’eau… Mais, au-delà, c’est le lien social que nous devons soustraire aux règles du marché. Pourquoi ne déciderait-on pas que les Ehpad sortent du privé et soient pris en charge à 100% par la collectivité ? Il faut fixer des limites. Cela vaut aussi pour l’environnement et la biodiversité. Le grand botaniste Francis Hallé proposait de reconstituer une forêt primaire en Europe de l’Ouest. Je suis favorable à cette idée. On pourrait décider de laisser une plus grande partie du territoire national en libre évolution, sans intervention humaine, ou sous statut de « protection forte ».

    Démarchandiser, c’est aussi protéger nos enfants des incursions du marché dans leur vie intime. Nous travaillons gratuitement pour les Gafam [Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft] en les laissant exploiter nos données personnelles. Nos vies, dans ce qu’elles ont de plus sensible, sont d’une certaine façon privatisées pour faire des profits. Il nous faut des mesures fortes de régulation. Par exemple, un couvre-feu numérique pour les mineurs : on coupe les réseaux entre 22 heures et 6 heures. Regardez ce qui se passe avec Meta [maison-mère de Facebook et Instagram], récemment condamné : la puissance publique peut demander des comptes aux plateformes, se battre contre le caractère addictif des algorithmes des réseaux sociaux, les réguler, voire les interdire. C’est un enjeu de santé publique. De manière générale, je trouve qu’on n’analyse pas assez les mutations du capitalisme d’aujourd’hui.

    C’est-à-dire ?

    Nous vivons dans un monde hyperstressant, brutal, angoissant. La société du « scroll » et du « swipe », ça crée des catastrophes, en termes de santé mentale par exemple. Je pense qu’un authentique projet de gauche doit réhabiliter des choses aussi banales que la lenteur, l’attention aux êtres, au vivant, à la beauté… Une attention qui n’est pas compatible avec l’accélération permanente de ce turbo-capitalisme dont l’économie numérique est le meilleur représentant. Cela peut paraître utopique ou décalé, mais je crois que c’est fondamental.

    La gauche a-t-elle bien saisi ces nouveaux enjeux ? On a l’impression qu’elle est surtout en défense des acquis sociaux arrachés durant les Trente Glorieuses…

    Il faut voir la violence de l’offensive qu’on s’est pris dans la tête ! À la fin des années 1980, il y a eu un développement, anarchique, rapide, violent du capitalisme financier transnational. Nous, les socialistes, on raisonnait plutôt dans l’espace national avec des compromis sociaux. Nos repères traditionnels, les frontières, les normes, les règles, tout a été bouleversé. Il faut s’adapter à cette révolution. Mais je pense que oui, il y a encore beaucoup de choses à défendre. Et ce ne sont pas des combats archaïques. Dans cette campagne, une de mes priorités sera de défendre le monde du travail. Revenir sur les ordonnances Macron et sur la loi El Khomri, rétablir la hiérarchie des normes pour que l’accord de branche soit plus favorable que l’accord d’entreprise, réfléchir à une nouvelle organisation du travail, dans le privé mais aussi dans la fonction publique, au management d’aujourd’hui, tout ça doit faire partie du combat socialiste.

    Les finances de la France sont dans le rouge. Bercy a revu ses prévisions de croissance à la baisse, à 0,5%… Comment retrouver des marges de manœuvre ?

    C’est vrai que la situation économique et financière est mauvaise. Et pourtant, il est urgent d’investir ! Je propose un grand plan d’investissements sur l’électrification, la décarbonation, la revitalisation industrielle dans tous les territoires et l’indépendance militaire. Pour le financer, je propose que les Français y participent directement par le biais d’un grand emprunt populaire. Je pense notamment à la « grande transmission », ces 9000 milliards d’euros qui seront transmis en héritage d’ici à 2040. Je pense aussi à l’épargne des Français, soit 6 500 milliards d’euros. Je suis favorable à des idées comme celles de la « taxe Zucman » ou d’une contribution supplémentaire des méga-héritages, parce qu’il faut corriger les inégalités de patrimoines et que cela procure des recettes. Mais se contenter de ça ne suffit pas. Il faut une logique différente. Ce que je propose avec ce grand emprunt national, c’est un pacte entre générations. Si vous êtes un senior, que vous avez 70 ans et de l’épargne, vous pouvez participer au sursaut français et préparer un autre pays pour vos enfants et vos petits-enfants. C’est de la bonne dette, qui sert à investir, et c’est de la dette relocalisée, détenue par des Français pour des projets français. Les grands emprunts marchent à l’étranger. Ça peut fonctionner chez nous !

    En 2019, vous étiez élu au Parlement européen sur la liste de La France insoumise.
    Depuis la dissolution de l’Assemblée nationale en 2024, vous siégez au Palais-Bourbon avec les communistes au sein du groupe Gauche démocrate et républicain (GDR).
    Quand et pourquoi avez-vous rompu avec les insoumis ?

    J’ai fait un pari. J’ai cru que Jean-Luc Mélenchon serait le nouveau François Mitterrand, le rassembleur d’une gauche populaire et républicaine. Et je l’ai cru sincèrement, comme beaucoup d’électeurs de gauche. Et puis, sur les fondamentaux républicains, la Laïcité, l’universalisme, il s’est éloigné de ce qu’il a toujours dit dans sa vie. Le populisme de gauche était un pari intéressant d’un point de vue théorique. Mais cela a abouti à une polarisation et à une forme de maximalisme qui ne permettent pas de rassembler la majorité. Les insoumis ont aussi un travers que je trouve insupportable : si tu n’es pas d’accord avec eux, tu es d’extrême droite. À force, c’est épuisant.

    L’alliance avec LFI, rejetée par Raphaël Glucksmann, risque encore de fracturer le PS. Faut-il rompre définitivement avec ce mouvement ?

    Dire « jamais » n’a pas de sens. D’après mon expérience, tous ceux qui le font sont généralement démentis par les faits. Il y a une réalité électorale : l’électorat de gauche est très unitaire parce qu’il sait que notre combat commun, c’est contre l’extrême droite et pour une société plus juste et plus fraternelle. On l’a vu en 2024, il ne faut pas le négliger. Moi, je respecte les électeurs et les militants insoumis. En revanche, il m’arrive de m’interroger sur leur absence de réaction quand leur leader en vient à faire des jeux de mots avec des noms à consonance juive. Je trouve ça terrifiant. Cela dit, j’espère que les débats de la primaire ne vont pas tourner autour de la question LFI. Il n’y a rien de plus absurde que de dire : « On est la gauche non-mélenchoniste. »
    Les électeurs veulent savoir ce qu’on pense nous-mêmes et connaître nos propositions.

  • Allemagne : l’extrême-droite néonazie dirigera la Saxe-Anhalt

    Allemagne : l’extrême-droite néonazie dirigera la Saxe-Anhalt

    communiqué de presse de la GRS – dimanche 6 septembre 2026, 21h30

    L’extrême-droite allemande remporte l’élection au Land de Saxe-Anhalt. Depuis des années, la progression de l’AfD, une extrême droite clairement alignée sur les néo-nazis, semble irrésistible, mais en réalité rien de sérieux n’a été fait pour l’arrêter. Ce soir, elle peut revendiquer le gouvernement du Land de Saxe-Anhalt, une première depuis 1945. La participation record révèle un rejet massif des partis démocratiques par la classe ouvrière et moyenne, mais aussi par la jeunesse, qui subissent l’austérité et le déclassement.

    C’est une catastrophe politique.

    Il y a des raisons nationales à cette situation politique mais l’extrême droite progresse partout en Europe, notamment à mesure que les modèles nationaux de protection et de cohésion sociales sont peu à peu détruits. La France est aujourd’hui directement menacée pour les mêmes raisons et nous n’avons cessé d’alerter sur la catastrophe patiemment construite par les gouvernements de droite et sociaux libéraux qui se sont succédés depuis 2002. Face aux solutions régressives, racistes autoritaires, les réponses classiques néolibérales, libre-échangistes et antisociales sont totalement disqualifiées.

    La Gauche Républicaine et Socialiste est convaincue que seule l’affirmation d’une gauche socialiste qui s’assume peut créer les conditions du rassemblement nécessaire des Françaises et des Français, au monde du travail.

    Nous devons collectivement sortir du déni de réalité.

    C’est le seul chemin pour battre l’extrême droite en 2027 : offrir une vision pour reconstruire la cohésion nationale et l’égalité républicaine, fondées sur un nouveau modèle de développement. Il y a urgence.

  • Refonder notre modèle agricole – débat proposé par la GRS au CamPuS 2026 à Blois

    Refonder notre modèle agricole – débat proposé par la GRS au CamPuS 2026 à Blois

    Lors de l’université d’été du Parti Socialiste (PS) à Blois, le 28 août 2026, la Gauche Républicaine et Socialiste (GRS) a présenté une proposition de réforme agricole : le régime agricole complémentaire (RAC).

    Cette proposition – le régime agricole complémentaire (RAC) – a permis d’instaurer un débat entre David Cayla, économiste et membre de la direction nationale de la GRS, qui présentait cette réforme, et Guillaume Garot, conseiller régional des Pays de la Loire, député PS de Mayenne et ancien ministre délégué à l’agrolimentaire (2012-2014).

    Le débat était animé par Damien Vandembroucq, chercheur et membre de la direction nationale de la GRS.

  • Emmanuel Maurel candidat à la primaire de la gauche socialiste

    Emmanuel Maurel candidat à la primaire de la gauche socialiste

    Emmanuel Maurel a déclaré sa candidature à la primaire de la #gauche socialiste ce matin. Un projet fort pour une #gaucheen3d qui a une vision pour la France et les Français•es !

    Lien pour rejoindre le comité de soutien👇

  • La Gauche Républicaine et Socialiste participera à la primaire de gauche

    La Gauche Républicaine et Socialiste participera à la primaire de gauche

    communiqué de presse – mercredi 26 août 2026 – 13h20

    La Gauche Républicaine et Socialiste participera à la primaire de la gauche initiée par le Parti Socialiste et Place publique.

    L’élection présidentielle n’est pas jouée d’avance. La victoire de l’extrême droite n’est pas inéluctable. Seule une gauche authentique, crédible, ayant tiré les leçons du passé, peut aider au redressement de la France.

    En nous engageant dans cette primaire, nous avons l’ambition d’être utiles.

    Utiles à notre pays, d’abord, qui traverse un moment grave où le chaos du monde et la violence du système économique s’ajoutent à la catastrophe écologique et climatique.

    Utiles à celles et ceux que nous voulons représenter, les classes populaires et moyennes, qui ont payé un lourd tribut à dix ans de macronisme et qui s’inquiètent légitimement pour l’avenir de leurs enfants.

    Utiles à la gauche enfin, qui n’est pas condamnée à faire moins de 30 % des voix à chaque élection nationale.

    Nous nous engageons parce que nous croyons en la force de notre idéal commun, celui de la République démocratique, laïque et sociale.

    L’aspiration à l’égalité n’a pas disparu. Le besoin de fraternité est plus impérieux que jamais.

    Face à l’individualisme-roi qui isole, à la société du tout marché qui écrase, à la pulsion consumériste qui avilit, nous répondons par la promotion des services publics, l’intervention de l’État dans l’économie, la défense des droits et des salaires du monde du travail, le primat de la solidarité, et l’instauration d’une République écologique.

    Face à la montée du racisme et de l’antisémitisme, au retour des obscurantismes et des complotismes, nous opposons l’émancipation des citoyens par la laïcité, l’éducation, la science et la raison.

    Confrontés aux bouleversements géopolitiques, aux impérialismes, aux guerres commerciales et à l’échec de la mondialisation libérale, nous voulons une France indépendante qui se donne les moyens de recouvrer sa souveraineté industrielle, agricole et technologique.

    Cette primaire de la gauche doit être l’occasion d’un débat sérieux pour porter ces ambitions et dessiner, ensemble, le nouveau visage d’une France juste et rassemblée dont la voix singulière continue d’étonner l’Europe et le monde.

  • Eau, source de vie – livret thématique issu du congrès d’Aubervilliers

    Eau, source de vie – livret thématique issu du congrès d’Aubervilliers

    La rareté croissante de l’eau, exacerbée par le dérèglement climatique, impose des arbitrages urgents entre ses multiples usages — agriculture, consommation humaine, énergie, industrie ou préservation des écosystèmes —, alors que les conflits d’accès se multiplient, comme en témoigne l’effondrement du glacier du Rhône, qui menace de polariser les tensions entre la France et la Suisse, mais aussi entre les régions françaises elles-mêmes. Face à cette réalité, la Gauche Républicaine et Socialiste refuse la facilitation des mégabassines, l’abandon des zones humides ou la pollution des puits de captage, et prône une gestion publique de l’eau par des régies, afin de garantir son accès universel tout en modernisant les réseaux et en luttant contre les fuites. Par ailleurs, la prévention des pollutions, qu’elles soient industrielles, agricoles ou liées aux PFAS, exige un plan de recherche ambitieux, une surveillance sanitaire renforcée et une mobilisation des acteurs économiques, tandis que l’adaptation aux catastrophes naturelles, de plus en plus fréquentes et coûteuses, passe par des solutions naturelles comme les « villes éponges » ou une planification territoriale intégrée, combinant prévention, protection des populations et préservation des sites.

  • Refonder notre agriculture, en instaurant un régime agricole complémentaire – livret thématique issu du congrès d’Aubervilliers

    Refonder notre agriculture, en instaurant un régime agricole complémentaire – livret thématique issu du congrès d’Aubervilliers

    Le déclin de l’agriculture française, désormais structurel, se manifeste par un effondrement de sa balance commerciale, passée d’un excédent de 3,9 milliards d’euros en 2024 à 200 millions seulement en 2025, tandis que sa part dans la production européenne a chuté de 19% à 16% en une décennie. Ce recul s’explique par l’exposition croissante au libre-échange, qui soumet les agriculteurs à une concurrence déloyale, notamment face à des pays aux normes sociales et environnementales moins exigeantes, et par un modèle productiviste dépendant des importations de soja, d’énergie et d’engrais, rendant le secteur vulnérable aux crises géopolitiques et climatiques. La Politique Agricole Commune, vidée de sa substance depuis les années 1990, ne compense plus les pertes de revenus par des subventions toujours plus réduites et complexes, tandis que la mécanisation et la standardisation des cheptels accentuent les risques sanitaires et environnementaux. Face à ce constat, la Gauche Républicaine et Socialiste propose un Régime Agricole Complémentaire (RAC), inspiré des Appellations d’Origine Protégée, qui permettrait aux agriculteurs volontaires de s’organiser en filières pour négocier collectivement des prix garantis et des cahiers des charges stricts, sous la supervision de l’État, tout en réservant leur production aux marchés nationaux, afin de restaurer la souveraineté alimentaire sans perturber les économies tierces.

  • Pour une Europe du progrès social, refusons les régressions – livret thématique issu du congrès d’Aubervilliers

    Pour une Europe du progrès social, refusons les régressions – livret thématique issu du congrès d’Aubervilliers

    L’Europe, sous l’impulsion d’une alliance entre néolibéraux et conservateurs, s’enfonce dans une dérive où la Commission, dirigée par Ursula von der Leyen, impose un agenda marqué par le libre-échange, la déréglementation et une soumission croissante aux pressions trumpistes. Les accords commerciaux négociés dans l’opacité, comme ceux conclus avec le Mercosur, les États-Unis, l’Inde ou l’Australie, fragilisent les économies européennes en exposant les agriculteurs et les industries à une concurrence déloyale, tout en affaiblissant les normes sociales et environnementales. Pire, ces traités, souvent adoptés contre l’avis des parlements nationaux, accentuent la dépendance énergétique et militaire de l’Europe, réduisant les États membres à des variables d’ajustement au service des multinationales.

    Cette orientation s’accompagne d’attaques inédites contre les souverainetés nationales, à travers des projets comme l’Union des marchés de capitaux, qui vise à priver les gouvernements de toute capacité à légiférer en matière financière, ou encore le 28ᵉ régime européen, inspiré du modèle du Delaware, permettant aux entreprises de contourner les droits nationaux en matière fiscale, sociale et juridique. Ces initiatives, portées par des règlements européens s’imposant directement sans transposition nationale, illustrent une volonté de démanteler les protections collectives au profit d’une logique de dumping fiscal et social, tout en marginalisant les parlements et les citoyens.

  • Une nouvelle stratégie économique pour la France – livret-thématique issu du congrès d’Aubervilliers

    Une nouvelle stratégie économique pour la France – livret-thématique issu du congrès d’Aubervilliers

    Face au déclin industriel et à la perte de souveraineté économique, la Gauche Républicaine et Socialiste propose une refonte ambitieuse de la stratégie productive française, articulée autour d’un État stratège. La création d’un ministère de l’Industrie indépendant de Bercy vise à restaurer une politique industrielle de long terme, capable de planifier, de protéger les filières stratégiques et de soutenir les PME-PMI par des accords nationaux et décentralisés pour le « Made in France ». Ces accords, négociés avec les forces vives du pays, cibleront les secteurs clés — santé, numérique, énergie, agriculture — tout en instaurant des mécanismes de préemption pour sauvegarder les sites menacés. Par ailleurs, l’orientation de la « grande transmission » vers des objectifs productifs concrets passe par la mobilisation d’une réserve stratégique de 600 à 700 milliards d’euros, financée par une fiscalité renforcée sur les hauts patrimoines et un grand emprunt gagé sur les héritages futurs. Enfin, la reprise du contrôle sur l’énergie, par la suppression des mécanismes de concurrence artificielle et le rétablissement des tarifs réglementés, doit permettre de garantir une électricité compétitive et souveraine, affranchie des spéculations des marchés.

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