Depuis l’attaque criminelle du Hamas le 7 octobre 2023, l’attention internationale s’est concentrée sur Gaza, puis sur les crimes commis par le cabinet Netanyahu dans sa punition collective infligée aux habitants de la bande de Gaza. Paradoxalement, cette situation militaire et humanitaire terrifiante a laissé le champ libre au gouvernement israélien, le plus ancré à l’extrême droite depuis la création de l’État d’Israël, pour accélérer sa politique de colonisation en Cisjordanie et éradiquer toute potentialité à terme d’État palestinien viable.
Sous la direction de Benyamin Netanyahu et de son ministre des Finances et des Colonies, Bezalel Smotrich, figure de l’extrême droite suprémaciste, le gouvernement israélien a lancé en 2025 une offensive administrative et territoriale sans précédent. Avec plus de 9 600 logements mis en appel d’offres en une seule année – un record absolu –, ce gouvernement a dépassé le total des six années précédentes, selon l’ONG Peace Now. Ces projets, notamment dans la zone E1 à l’est de Jérusalem, visent à « porter un coup de grâce à l’idée d’un État palestinien », comme l’a explicitement déclaré Smotrich. La colonisation n’est plus seulement une expansion territoriale : elle devient un outil de fragmentation systématique de la Cisjordanie, rendant impossible la contiguïté géographique nécessaire à la viabilité d’un futur État palestinien.
La stratégie est claire : profiter de la guerre à Gaza pour faire avancer des projets longtemps bloqués par la pression internationale. Le projet E1, par exemple, diviserait la Cisjordanie en deux, isolant Jérusalem-Est de Ramallah et de Bethléem. En parallèle, 19 nouvelles colonies ont été autorisées fin 2025, s’ajoutant aux 49 déjà créées depuis 2022. Ces initiatives ne relèvent pas de l’improvisation, mais d’une politique délibérée : « Sur le terrain, nous bloquons l’établissement d’un État palestinien terroriste », a ainsi affirmé Smotrich. L’objectif est de rendre irréversible l’occupation, en s’appuyant sur une combinaison de violence d’État, de lois discriminatoires et de complicités internationales.
Accompagner la violence des colons : un nettoyage ethnique organisé et impuni
En 2025, les violences des colons israéliens contre les Palestiniens en Cisjordanie ont augmenté de 25%, selon les chiffres de l’armée israélienne elle-même, avec 845 crimes recensés, faisant 200 blessés et 4 morts. Ces attaques, souvent perpétrées par des milices d’extrême droite, ne sont pas des actes isolés, mais s’inscrivent dans une logique de terreur systématique. L’ONG israélienne B’Tselem parle ouvertement de « nettoyage ethnique », décrivant des raids violents, des incendies de maisons et de champs, des vols de bétail, et des assassinats filmés en plein jour. Les colons agissent en toute impunité, avec la bénédiction tacite – voire active – des autorités. Les avant-postes illégaux, d’où partent ces attaques, bénéficient de l’électricité et de l’eau fournies par l’État, tandis que les ministres d’extrême droite, comme Smotrich, distribuent des quads et des drones aux milices.
L’armée israélienne, bien que reconnaissant la gravité de la situation, reste inactive. Un officier supérieur cité par Haaretz déplore l’absence de « réactions adéquates de la police et du Shin Bet », soulignant un « fossé entre la gravité des faits et la mise en œuvre concrète de mesures ». Pire, les forces de sécurité israéliennes participent parfois à ces violences, comme en témoignent les cas documentés de Palestiniens tués ou blessés avec la complicité de soldats. Depuis 2017, sur plus de 1 500 Palestiniens tués en Cisjordanie, une seule condamnation a été prononcée. Cette impunité systémique n’est pas un dysfonctionnement, mais un pilier du projet colonial en Cisjordanie : elle permet de chasser les Palestiniens de leurs terres, de les pousser à l’exil interne ou à l’émigration, et de libérer des espaces pour de nouvelles colonies.
L’asphyxie des institutions palestiniennes : le cas emblématique de l’université de Birzeit
L’université de Birzeit, symbole de la résistance intellectuelle et politique palestinienne, est devenue par ailleurs une cible privilégiée de la répression israélienne. Le 6 janvier 2026, l’armée a mené une opération militaire en plein jour sur le campus, tirant à balles réelles sur des étudiants réunis pour un rassemblement en solidarité avec les prisonniers palestiniens. Une douzaine de personnes ont été blessées, certaines grièvement. L’intervention, justifiée par l’armée comme une réponse à des « suspects violents », s’inscrit dans une stratégie plus large : étouffer toute velléité de mobilisation nationale.
Birzeit, fermée à 15 reprises depuis sa création et victime de 26 raids depuis 2002, incarne la volonté des gouvernements israéliens de droite et d’extrême droite de démanteler les piliers de l’identité et des institutions palestiniennes. Les syndicats étudiants, historiquement actifs, sont aujourd’hui affaiblis par les arrestations et la détention administrative. Plus de 150 membres de l’université seraient actuellement emprisonnés, souvent sans chef d’accusation. La répression ne vise pas seulement les individus, mais l’idée même d’une continuité générationnelle capable de porter un projet politique national palestinien.
Cette offensive contre Birzeit s’inscrit dans une logique plus large de destruction des institutions palestiniennes. Les camps de réfugiés, les hôpitaux, les écoles et les terres agricoles sont systématiquement ciblés, afin de briser toute capacité de résistance organisée. Comme le soulignait Abaher El-Sakka, le doyen de la faculté de lettres de Birzeit, « on n’est plus dans le néocolonialisme, on est dans le colonialisme le plus classique : ils assument d’être plus répressifs, plus violents ».
En Cisjordanie et à Jérusalem-Est, un système d’apartheid institutionnalisé
Le rapport du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, publié en janvier 2026, qualifie sans détour la situation en Cisjordanie d’« apartheid ». Volker Türk, haut-commissaire, dénonce une « discrimination systématique » et une « asphyxie des droits des Palestiniens », où chaque aspect de la vie – accès à l’eau, aux écoles, aux hôpitaux, liberté de mouvement – est contrôlé et restreint par des lois discriminatoires. Les Palestiniens sont soumis à des confiscations massives de terres, à des expulsions et à une violence structurelle, tandis que les colons israéliens bénéficient d’un régime juridique et économique privilégié.
Cette ségrégation, loin d’être accidentelle, est clairement conçue pour être permanente. Elle repose sur un double système juridique : un régime pour les colons, protégé par les gouvernements israéliens, et un régime répressif pour les Palestiniens, marqué par l’arbitraire policier et judiciaire. Les assassinats, les destructions de propriétés et les humiliations quotidiennes ne sont pas des excès, mais les outils d’un projet politique : maintenir une domination israélienne absolue sur la Cisjordanie, en éliminant toute possibilité de souveraineté palestinienne.
Sauver la solution à deux États
La Gauche Républicaine et Socialiste réaffirme avec force la nécessité d’une solution à deux États, seule issue viable et juste pour mettre fin à l’occupation et garantir la paix. La reconnaissance d’un l’État palestinien viable n’est pas seulement un impératif moral, mais une condition géopolitique indispensable pour contrer l’hégémonie des extrêmes et rétablir un équilibre régional. Cette reconnaissance doit s’accompagner de sanctions ciblées contre les responsables israéliens de la colonisation, d’un embargo sur les armes utilisées pour réprimer les Palestiniens, et d’un accompagnement actif pour restaurer des institutions palestiniennes démocratiques.
En Cisjordanie, l’urgence n’est plus seulement humanitaire, mais politique. Sans une intervention internationale forte et coordonnée, le projet d’annexion rampante de Netanyahu et de l’extrême droite israélienne deviendra irréversible, enterrant définitivement l’espoir d’une paix juste et durable. Nous ne pouvons nous résigner à ce scénario : la France et l’Union européenne doivent agir enfin à la hauteur des enjeux, en faisant de la fin de l’occupation une priorité géopolitique.
Frédéric Faravel




