Elections en Grande-Bretagne : malheur à l’ambiguïté, triomphe du “take back control”

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Les électeurs britanniques se sont prononcé le jeudi 12 décembre, le verdict est sans appel. Loin de regretter le Brexit, ils ont voté majoritairement pour le parti qui promettait de le réaliser sans délais. Le Parti Conservateur obtient ainsi sa plus grande majorité depuis Margaret Thatcher.

Le Parti Travailliste de Jeremy Corbyn, qui avait axé sa campagne sur le sauvetage de la NHS, la sécurité sociale britannique en grand danger après des années d’austérité, s’effondre. Le Labour obtient son pire score depuis près d’un siècle. Le mur rouge, ensemble de villes populaires du nord de l’Angleterre qui va de Liverpool à Hull qui formait un bloc travailliste depuis le début du XXème siècle, s’effrite sérieusement. De fait, la quasi-totalité des pertes travaillistes se font dans ces terres qui ont largement soutenu le Brexit en 2016. Des circonscriptions symboliques, comme celle de Tony Blair ou d’autres qui votaient pour le Labour depuis la Première Guerre Mondiale, passent aux conservateurs. Les travaillistes paient de ne pas avoir su saisir l’aspiration populaire de souveraineté.

En 2017, Jeremy Corbyn avait pourtant surpris les commentateurs. Son programme innovateur et très axé sur la question sociale avait fait remonter le Labour et avait coûté aux conservateurs leur majorité. Cependant, en 2017, Jeremy Corbyn appelait à respecter le vote des Britanniques sur le Brexit. Cette fois, il proposait un nouveau référendum, cédant aux sirènes des démocratosceptiques qui jugent que quand le peuple vote mal, il faut le faire revoter, ou se passer de son avis. Jeremy Corbyn avait sorti son parti du social-libéralisme. Il n’a pas pu ou voulu le faire rentrer dans le camp de la souveraineté pourtant chère aux catégories populaires qu’il souhaite défendre. En d’autres mots, le social ne saurait se passer de la souveraineté.

Sa tolérance coupable envers les éléments communautaristes d’une part et antisémites d’autre part, du parti travailliste, a aussi contribué à éloigner Jeremy Corbyn du pouvoir. Ce n’est pas en fédérant les communautés de manière ambiguë ni en ignorant les aspirations populaires que la gauche pourra espérer revenir au pouvoir, malgré toutes les mesures sociales qu’elle pourrait promettre.

En Ecosse, les indépendantistes raflent la mise et obtiennent 48 sièges sur 59. La question d’un second référendum d’indépendance semble inéluctable. Les libéraux-démocrates, parti néolibéral totalement opposé au Brexit, perdent leur cheffe, battue par un indépendantiste. En Ecosse aussi, c’est l’aspiration à la souveraineté qui a d’abord motivé les électeurs. En Irlande du Nord, pour la première fois depuis les accords paix, les républicains, avec neuf sièges, devancent les unionistes, réduits à huit sièges, et battent même le chef du DUP.

Après l’échec de Theresa May, d’aucuns pariaient que Boris Johnson serait le plus court Premier ministre de l’histoire du Royaume-Uni. Il vient de donner une leçon politique magistrale à tous ceux qui remettent en cause les référendums. La clarté et le respect de la souveraineté ont payé. Les Britanniques ont voté pour le Brexit.

Toutefois, l’après-Brexit se prépare déjà. Les conservateurs s’apprêtent à faire subir au pays une énième cure d’austérité, avec les voix des électeurs populaires. Dans la préface du livre de Thomas Frank Pourquoi les pauvres votent à droite, Serge Halimi expliquait que la force de Nicolas Sarkozy était d’avoir fait appliquer le programme du MEDEF avec les électeurs de Georges Marchais. Le parti travailliste, en abandonnant les aspirations démocratiques des déclassés britanniques, permet à Boris Johnson de réaliser la même opération. Le respect et la promotion de la souveraineté populaire doivent redevenir des orientations cardinales pour la gauche. C’est à la marginalité qu’elle se condamne si elle ne retrouve pas le sens du peuple.

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