Face à la 5e vague, renforcer le soutien aux chômeurs et aux entreprises

Le 3 janvier 2022, Bruno Le Maire, ministre de l’économie, des finances et de la relance a annoncé qu’il prolongeait les dispositifs « coûts fixes » et le soutien à l’activité partielle pour les mois de décembre et janvier.
Ainsi les entreprises des secteurs impactés (S1/S1bis) pourront bénéficier, pour ces deux mois d’une compensation de 90% (70% pour les entreprises de plus de 50 salariés) des pertes d’exploitation. Par ailleurs Les entreprises perdant plus de 65% de leur chiffre d’affaires, ou soumises à des restrictions sanitaires (interdiction des consommations debout, interdiction des consommations dans les lieux culturels, etc.), pourront bénéficier du dispositif de l’activité partielle sans reste à charge. Au regard des incertitudes de la période et des probables évolutions erratiques de l’activité économique avec le COVID, il nous paraît nécessaire d’étendre la poursuite du dispositif jusqu’à l’été 2022 et pas seulement à décembre 2021 et janvier 2022.

La GRS considère que s’il faut soutenir les entreprises pendant la crise sanitaire, il n’est pas acceptable que pour autant, le gouvernement oublie la situation dramatique de nombreux intermittents de l’emploi. Si les entreprises sont aidées c’est qu’elles ne peuvent pas embaucher et donc les chercheurs d’emplois rencontrent des difficultés plus grandes à trouver un emploi.
C’est pourquoi la GRS demande au gouvernement de prolonger la période d’indemnisation chômage de la même durée que l’aide aux entreprises.
La GRS rappelle sa ferme opposition à la réforme de l’assurance-chômage en vigueur depuis le 1er octobre 2021 (après un premier échec en novembre 2019) et exige l’instauration d’une assurance-chômage qui garantit à la fois un revenu de remplacement approprié et un accompagnement adapté aux besoins de chacun.

La panique morale ne fait pas une politique

Encore une fois, la façon dont le Président de la République et le gouvernement gèrent les différents épisodes de la crise sanitaire ne peut que laisser perplexes ou consternés les citoyens français. Le spectacle donné depuis quelques jours par l’exécutif et sa majorité parlementaire face à la cinquième vague est tout à la fois à la hauteur de l’autosatisfaction, dont il a fait preuve entre fin juillet et décembre 2021, et de l’accumulation de ses approximations mensongères :

  • Le premier ministre Jean Castex affirmait ainsi en juillet qu’avec un schéma vaccinal complet, il n’y avait plus de risques de contamination alors même que des cas étaient connus ;
  • Le ministre de la santé Olivier Véran n’a cessé d’affirmer au début de l’automne que notre couverture vaccinale nous éviterait une cinquième vague ;
  • La députée Aurore Berger rejetait l’augmentation structurelle du nombre de lits de réanimation, sous prétexte que cela signifierait vouloir plus de gens en réanimation (?!?) ;
  • Le ministre de la santé nous avait également promis un rempart face à Omicron avant d’annoncer un tsunami…

Soyons clairs sur notre position, nous considérons plus que jamais que la vaccination est un levier essentiel dans la lutte contre le COVID19 : si elle n’empêche pas tout risque d’être contaminé ou de transmettre le virus, elle freine fortement les transmissions et surtout elle empêche les formes graves de la maladie. Les chiffres de la Drees sont sans appel : le risque d’être hospitalisé est aujourd’hui près de trois fois supérieur lorsque l’on n’est pas vacciné. Le risque d’être pris en charge en soins critiques apparaît pour sa part quatre fois supérieur.

Mais, a contrario, sachant désormais qu’un schéma vaccinal complet n’est pas une certitude absolue contre les contaminations – c’est plus le cas après la dose de rappel mais sans garantie à 100 % –, le projet de loi renforçant les outils de gestion de la crise sanitaire et les conditions de son examen par le Parlement s’apparentent de plus en plus à une panique morale, une fuite en avant irrationnelle de responsables gouvernementaux habités par la peur, surtout celle de se voir reprochés de n’avoir rien fait après avoir menti… En effet, si on pourrait considérer a posteriori que le « pass sanitaire » proposait une garantie aux personnes disposant d’un schéma vaccinal complet ou d’un test récent d’accéder à des lieux avec une protection plus importante contre le virus, l’imposition d’un « pass vaccinal » qui prétend selon l’exécutif renforcer cette protection n’offre en réalité plus celle-ci : interdire l’accès de certains lieux à des personnes ayant été testées « négatives » est une absurdité, puisqu’elles présentent a priori plus de garanties sur un temps court de ne pas être contaminantes que des personnes vaccinées, protégées contre les formes graves de la maladie mais pas forcément de transmettre le virus…

« Bougisme » sanitaire et parlementaire

L’exécutif agit donc selon une posture bougiste : « faut bien faire quelque chose » ! La peur n’évite pas le danger et l’irrationalité dans laquelle il s’enferme en conséquence l’empêche d’examiner l’efficience réelle de la mesure proposée : le pass vaccinal sera même contre-productif d’un point de vue sanitaire, car il n’incitera pas les 10% totalement rétifs à la vaccination à changer d’avis et risque à nouveau de faire chuter le nombre de tests réalisés ce qui nous amputerait d’un outil de mesure de l’évolution de l’épidémie… Le gouvernement est confronté à une situation qui lui échappe ; c’est donc uniquement un échappatoire en matière de communication politique, car pas plus que les autres gouvernements européens il n’a réussi à être efficace contre l’épidémie.

Les conditions d’examen du projet de loi en lui-même aboutissent à un spectacle détestable : à force d’avoir conduit les uns après les autres l’adoption à marche forcée de projets de loi multipliant toujours davantage les entraves aux libertés, l’exécutif a exaspéré jusqu’à ses propres troupes. Le projet de loi sur le « pass vaccinal », en plus d’être tout douteux du point de vue des libertés publiques que de la sécurité sanitaire, est examiné dans des conditions particulièrement dégradées indignes d’une démocratie parlementaire, comme avant lui celui sur l’extension du « pass sanitaire ». On en arrive à considérer que l’examen de loi sur l’état d’urgence sanitaire en mars 2020 – en plein œil du cyclone – avait fait l’objet d’un traitement bien plus respectueux que les textes qui ont suivi. Ainsi il est malhonnête de la part de l’exécutif de dénoncer les oppositions parlementaires dans l’interruption du débat dans la nuit du 3 au 4 janvier 2022, quand c’est en réalité sa propre majorité parlementaire qui a partiellement déserté l’hémicycle à force de se voir imposer un nouveau franchissement de bornes.

Dans l’ordre même de la panique morale à l’œuvre, les propos finissent par devenir totalement incohérents. Comment, dans le même temps, le gouvernement peut-il défendre à l’Assemblée Nationale la nécessité du « pass vaccinal », quand mardi 4 janvier au matin sur France Inter Gabriel Attal, porte parole du gouvernement a usé d’un énorme sophisme en expliquant que, comme on ne pouvait empêcher la vague Omicron de déferler sur le pays en raison de la forte transmissibilité de ce variant, il était inutile de prendre quelque mesure que ce soit pour la freiner ?

Il est de bon ton de prétendre être au-dessus de la mêlée à la veille d’un scrutin national majeur pour démontrer sa mobilisation constante au service des Français… et en même temps, abaisser le débat public à l’étage du caniveau. C’est exactement ce que vient de commettre le président de la République. Ainsi déclarer dans un entretien exclusif au Parisien/Aujourd’hui en France « Je ne suis pas pour emmerder les Français. Je peste toute la journée contre l’administration quand elle les bloque. Eh bien, là, les non-vaccinés, j’ai très envie de les emmerder » est indigne d’un Président de la République française. Outre la vulgarité crasse du propos, elle ajoute de la violence dans le débat politique et social au moment où nous avons besoin de sérénité, de rationalité et de solidarité. Bien sûr, on peut parfaitement comprendre l’exaspération de la majorité de nos concitoyens contre ceux qui refusent contre vents et marées la vaccination sur des bases souvent mensongères et fantaisistes. La vidéo de LCI montrant Paul Larrouturou être insulté par un panel d’agités du bocal, réunis devant l’Assemblée nationale, ne peut que renforcer ce sentiment, convenons en. Mais un président ne devrait pas dire cela : il devrait au contraire garder son calme et user d’un autre registre lexical pour espérer une diminution des comportements égoïstes : oui choisir la vaccination est tout autant un acte altruiste et solidaire qu’un réflexe de protection individuel. On se vaccine pour protéger les autres et soi-même tout à la fois ! Les propos du Président de la République sont terriblement délétères car plutôt que de convaincre de nouveaux candidats à la vaccination et à l’action solidaire, il va renforcer certains dans leurs délires où ils se pensent les derniers défenseurs de la liberté, ce qu’ils ne sont pas.

Nos propositions pour lutter vraiment contre le COVID

S’il faut « bien faire quelque chose », essayons à ce stade de prendre des mesures qui répondent aux enjeux du moment à court, moyen et long termes :

  • Il y a urgence à stopper l’hémorragie de personnels soignants, qui frappe l’hôpital depuis des semaines et n’a pas cessé alors qu’ils sont plus que les autres touchés par la conjugaison des contaminations aux vagues delta et omicron. En plus de la politique suicidaire de fermeture de lits qui continue de plus belle, malgré les enseignements de la crise sanitaire, des lits et des services supplémentaires sont aujourd’hui fermés par centaines faute de professionnels. Cela nécessite une véritable augmentation salariale des aides soignant(e)s et infirmier(e)s, bien au-delà des maigres gains du Ségur. Cela devrait également contribuer à reconquérir et à faire revenir les nombreux professionnels qui ont démissionné de l’hôpital public depuis plusieurs années.
  • Il y a urgence également à sécuriser les écoles, collèges, lycées et universités du pays. Il est invraisemblable que Jean-Michel Blanquer continue chaque jour qui passe d’engager au plus fort de la pandémie des polémiques tout azimut – lundi 3 janvier sur LCI, il a semblé avoir plus à cœur la dénonciation des mairies EELV que la résolution du problème soulevé par les journalistes… Après avoir réussi la gageure de transmettre la veille de la rentrée scolaire aux équipes pédagogiques le nouveau protocole sanitaire, plutôt que de renvoyer l’équipement en détecteurs de CO2 et en purificateurs d’air aux compétences des collectivités, le ministre de l’éducation nationale aurait dû annoncer tout à la fois la distribution massive de masques FFP2 aux enseignants et le déblocage de crédits suffisants pour équiper l’ensemble des établissements scolaires et universitaires du pays avec les appareils qui manquent aujourd’hui dans les plus brefs délais. Le « quoi qu’il en coûte » devrait également présider aux considérations de sécurité sanitaire dans l’enseignement !
  • Il faut généraliser et accélérer la mise en place obligatoire du télétravail partout où cela est possible et de manière beaucoup plus massive. Après avoir rechigné plusieurs semaines à sa mise en place, la ministre du travail tarde encore à lancer les contrôles pour contraindre les entreprises qui traînent des pieds.
  • Il faut rétablir la gratuité des tests afin de pouvoir au plus tôt opérer les isolements nécessaires et mesurer en temps réel l’évolution de la pandémie.
  • Il faut mettre en place avec les maires, les médecins, la CNAM un dispositif de recherche et d’identification des personnes vulnérables et âgées non vaccinés, afin de prendre rapidement contacts avec elles pour les informer, les inciter et rendre aisée leur accès à la vaccination si besoin à domicile.
  • Enfin, la France devrait s’engager avec détermination en faveur de la levée des brevets sur les vaccins COVID, ce qu’Emmanuel Macron et le gouvernement se refusent toujours de faire, là encore contre tout argument rationnel car il est clair que le dispositif COVAX n’est pas à la hauteur de l’enjeu. Cela doit devenir une des priorités de notre combat politique. Si nous voulons que les pays en développement cessent d’être des réservoirs infinis en variants, il convient de leur donner les moyens d’accéder massivement aux vaccins et à leur production.

Chili : « les avenues où passera l’homme libre se sont ouvertes »…

En 1973, lors du coup d’État perpétré par Augusto Pinochet, Salvador Allende affirmait que : “Les processus sociaux ne peuvent être arrêtés ni par le crime, ni par la force. L’histoire est à nous et ce sont les peuples qui la font”. Ces paroles résonnent particulièrement aujourd’hui, à l’heure où la coalition de gauche Apruebo Dignidad, composée du Parti Communiste Chilien, ainsi que du mouvement de gauche radicale Frente Amplio et conduite par Gabriel Boric remporte l’élection présidentielle chilienne face à José Antonio Kast, candidat conservateur nostalgique de la dictature militaire et soutenu par une grande partie des élites économiques soucieuses de préserver le modèle néolibéral hérité du régime de Pinochet.

En effet, le renversement d’Allende par Pinochet en 1973 ouvre la voie à l’adoption d’une Constitution rédigée avec l’appui des Chicago Boys, un groupe d’économistes formés par Milton Friedman au sein de l’École de Chicago, une école de pensée promouvant l’idée selon laquelle l’Etat doit se désengager du marché économique au profit de l’initiative individuelle.

C’est pour cette raison que le Chili est souvent présenté comme le laboratoire du néolibéralisme.

L’application de cette idéologie à la société chilienne se traduit notamment par la division du système de santé entre une partie privée, les Instituts de santé prévisionnels (Isapre), auxquels seuls 18% des chiliens ont accès, et son pendant public, le Fonds national de santé (Fonasa), qui souffre d’un manque significatif de moyens budgétaires mais qui doit prendre en charge 70% de la population chilienne.

Si Pinochet est renversé en 1990, le retour à la démocratie ne se traduit pas par une rupture radicale avec son héritage. En effet, les gouvernements de centre-gauche et de centre-droit qui se succèdent au pouvoir à partir de cette date ne remettent pas en cause la Constitution, ni le modèle économique hérités de la dictature de Pinochet. C’est la raison pour laquelle d’importantes mobilisations se tiennent au mois d’octobre 2019 en vue de dénoncer les inégalités économiques et sociales générées par la perpétuation de la dynamique de privatisation des principaux secteurs de la société chilienne.

L’élection de Gabriel Boric à la présidence du Chili représente ainsi un débouché politique à ces mobilisations. En effet, celui-ci se veut porteur d’un ensemble de revendications au coeur de ces mouvements puisqu’il s’est notamment engagé à mettre en place un système de santé universel et, plus globalement, à : “Garantir un État-providence afin que chacun ait les mêmes droits, quel que soit l’argent qu’il a dans son portefeuille”. Pour la première fois depuis la chute d’Allende, un candidat ouvertement critique du modèle économique néolibéral accède donc au pouvoir.

Le résultat de cette élection est ainsi historique dans la mesure où il bouleverse de manière significative le paysage politique chilien. En effet, les partis politiques qui se sont succédé au pouvoir depuis la chute de la dictature ont été massivement rejetés dès le premier tour du scrutin, comme en témoignent les scores obtenus par Sebastian Sichel, soutenu par la coalition de droite libérale Chile Vamos à laquelle appartient notamment le président sortant Sebastian Pinera, et Yasna Provoste, appuyée par une coalition de centre-gauche composée du Parti Socialiste ainsi que du Parti démocrate-chrétien, respectivement crédités de 12,79% et 11,60% des suffrages exprimés. C’est cet effondrement de la droite traditionnelle qui explique le fait que José Antonio Kast ait terminé en tête du premier tour. En effet, face à la perte de crédibilité de Sebastian Pinera, embourbé dans des accusations de conflits d’intérêts après que son nom ait été mentionné dans les révélations des Pandora Papers, une grande partie des élites économiques se sont détournées de la droite traditionnelle au profit de Kast, perçu comme le plus à même de défendre leurs intérêts face à l’émergence au sein du paysage politique d’une large coalition de gauche représentant le débouché institutionnel des mobilisations qui se sont tenues en 2019 en vue de rejeter le modèle économique néolibéral. De ce point de vue, il est intéressant de constater qu’à la gauche de l’échiquier politique chilien, le courant favorable à une rupture radicale avec l’organisation néolibérale de la société prend le dessus sur la frange social-démocrate incarnée par le Parti socialiste chilien qui a jusqu’alors privilégié la recherche d’un consensus avec les autres forces politiques au nom de la pacification de la société à la sortie de la dictature, au détriment de l’impulsion d’un important projet de transformation sociale.

L’émergence d’une gauche favorable à l’impulsion d’un important projet de transformation sociale a ainsi suscité une lueur d’espoir chez un certain nombre d’abstentionnistes qui ont fait le choix de reprendre le chemin des urnes. En effet, alors que le taux de participation s’élève à 44,33% de la population au premier tour du scrutin, il atteint 55,63% au second tour. Il s’agit de l’un des taux de participation les plus élevés lors d’une élection présidentielle depuis la chute du régime de Pinochet.

Or, il se trouve que cette hausse significative de la participation bénéficie principalement à Boric étant donné que, s’il termine à la deuxième place du premier tour avec 25,82% des voix, soit environ 2 points de moins que Kast dont le score s’élève à 27,91%, il remporte finalement le second tour avec plus de 10 points d’avance sur son adversaire. Cela traduit le fait que Boric a su incarner une alternative crédible aux yeux d’un certain nombre de personnes qui avaient tourné le dos aux partis politiques traditionnels. C’est ainsi la corrélation d’une hausse de la participation et du soutien apporté par les autres candidats de gauche et de centre-gauche éliminés au premier tour du scrutin qui a permis à Gabriel Boric de renverser la tendance du premier tour.

Il doit désormais relever l’immense défi d’engager un important processus de transformation sociale au sein de l’un des pays les plus inégalitaires du monde en vue de tourner définitivement la page du pinochétisme. De ce point de vue, nous pouvons souligner le fait que le résultat de cette élection représente une source de satisfaction pour les partisans du processus constituant en cours au Chili. En effet, au mois d’avril 2021, une Assemblée constituante a été élue en vue de rédiger une nouvelle Constitution. Si Kast affirmait qu’il souhaitait “clore le chapitre de la nouvelle Constitution”, Boric s’est engagé à garantir la bonne tenue de ce processus essentiel au renouvellement des modalités d’organisation de la société chilienne.

D’autre part, rompre définitivement avec l’héritage et les pratiques de la dictature suppose aussi de faire toute la lumière sur les violations des droits de l’homme perpétrées au cours du dernier mandat de Sebastian Pinera, qui s’est caractérisé par une répression massive des mobilisations sociales. De ce point de vue, l’élection de Boric représente une source d’espoir pour les familles des victimes qui attendent qu’un important travail de justice soit engagé.

Si le Chili est ainsi en passe d’écrire une nouvelle page de son histoire, il est tout de même nécessaire de préciser que le nouveau gouvernement devra tout de même faire face à un certain nombre de contraintes, en particulier le fait de devoir composer avec un Parlement fragmenté. En effet, il se trouve qu’en parallèle du premier tour du scrutin présidentiel, se tenaient également des élections parlementaires destinées à renouveler simultanément les deux chambres du Congrès chilien, à savoir la Chambre des députés et le Sénat. Or, c’est la coalition Chile Vamos qui a remporté la majorité des sièges, obtenant 53 députés et 22 sénateurs. La coalition Apruebo Dignidad ayant obtenu 37 députés et 5 sénateurs, elle devra donc négocier avec le Nouveau Pacte Social, coalition de centre-gauche disposant également de 37 députés, ainsi que de 17 élus au Sénat, afin d’adopter la majorité des réformes envisagées.

Toujours est-il que, pour paraphraser Salvador Allende, les avenues où passera l’homme libre se sont ouvertes en vue d’engager un processus de transformation sociale au Chili, mais également à l’échelle régionale. En effet, l’élection de Boric vient renforcer une dynamique régionale caractérisée par l’accession au pouvoir de mouvements de transformation sociale dans un certain nombre d’États latino-américains, à l’image des élections d’Alberto Fernandez en Argentine en 2019, de Luis Arce en Bolivie en 2020 ou encore, de Pedro Castillo au Pérou cette année. Le fait qu’un pays historiquement marqué par le néolibéralisme bascule à gauche permettra à coup sûr de renforcer le processus engagé par le président mexicain Andrés Manuel Lopez Obrador qui a réuni l’ensemble des dirigeants latino-américains au mois de septembre 2021 à l’occasion du VIe sommet de la Communauté d’États latino-américains et Caraïbes (CELAC) en vue de promouvoir une forme d’intégration régionale qui constitue un contrepoids aux intérêts défendus par les États-Unis au sein du continent sud-américain.

Rendre leur place prioritaire à l’école républicaine et à l’éducation populaire

L’école française se trouve être en-deçà de ce qu’on pourrait en attendre en termes de niveau scolaire. Si l’on se réfère aux enquêtes récentes, les Français ont un niveau inférieur à la moyenne de l’OCDE et de l’Union Européenne en lecture et en mathématiques. Pour la cinquième puissance mondiale, ce score est catastrophique. Les résultats sont encore plus alarmants lorsqu’on s’intéresse aux inégalités scolaires et la situation semble s’empirer parallèlement à la baisse du niveau général. La France est un des pays où les inégalités scolaires sont les plus élevées. Plus d’un jeune sur dix a des difficultés de lecture et parmi eux, la moitié se trouve en situation d’illettrisme. Les résultats des élèves favorisés sont supérieurs de 50 points à ceux des défavorisés, soit deux années d’école ! Il faudra donner suffisamment de moyens aux établissements afin que le nombre d’élèves par classe soit maîtrisé et permette une approche pédagogique individualisée.

La situation professionnelle des professeurs en France est également un sujet prioritaire. Elle est inacceptable pour un pays qui compte parmi les plus riches du monde. Les salaires des professeurs français sont parmi les plus faibles d’Europe de l’ouest. Avec leurs 36 329 € de départ dans le 1er degré et 27 709 dans le 2nd, les enseignants français sont loin des standards allemand, norvégien ou danois (plus de 50 000 €/an) et ils sont aussi parmi ceux qui ont le moins augmenté dans les dernières années. Une grande partie des problèmes qui touchent l’école française est fortement liée avec cette précarisation grandissante des professionnels de l’Éducation nationale, à qui l’on délègue pourtant de plus en plus de missions – intégration, cohésion nationale, sentiment d’appartenance nationale – autrefois dévolues à d’autres institutions.

Les cours d’Éducation morale et civique se multiplient – une avancée louable – mais le sens de l’intérêt général, le sens national du commun se perdent. L’éducation à la République, au commun, la garantie du « vouloir vivre ensemble » doivent être prolongés au-delà de l’école par un effort massif sur le terrain : le camp laïque, le camp de la Raison et de la République doit se mobiliser pour recréer les conditions d’un puissant mouvement d’éducation populaire présent partout dans nos villes, dans nos quartiers et nos campagnes.

La Gauche Républicaine et Socialiste propose donc notamment :

  • plus que des mesures, un plan volontariste pour la mixité – là où la proposition Balsan échoue pour de mauvaises raisons dans Baron Noir, donnons les moyens de la réussite dans la réalité  ;
  • la revalorisation du métier d’enseignant par une hausse de salaire et par un recrutement sur le modèle des fonctionnaires-stagiaires dès l’entrée dans la formation ;
  • le tissage d’un « réseau républicain » de partenariats avec d’autres services publics et des organisations d’éducation pop pour insérer tous les enfants dans la vie du pays.

Le débat sur l’immigration choisie doit être mis sur la table

Anthony Gratacos, secrétaire général de la Gauche Républicaine et Socialiste et conseiller départemental de Seine-et-Marne, était lundi 13 décembre 2021 à 21 heures sur RT France pour parler de la politique d’immigration.

Dans notre pays, certains immigrés pourtant bien intégrés et insérés économiquement n’ont pas de papiers pour de nombreuses raisons… Il n’y a pas que des personnes qui seraient entrées illégalement sur le territoire, mais aussi des personnes sans problème qui n’ont pu renouveler à temps leurs papiers car les difficultés administratives et les services des étrangers dans les préfectures sont débordés : la France « fabrique » des « sans papiers »… Pour ces personnes intégrées et qui travaillent, il faut évidemment trouver des solutions dont la régularisation de ces travailleurs.

De même, les étudiants étrangers, ressortissants de pays non européens, sont maltraités par les derniers gouvernements. C’est une grave erreur, car ils nous apportent leurs compétences et contribuent au rayonnement de notre pays à l’international.

Nous récusons le schéma mensonger qui lie insécurité et immigration : le sentiment d’insécurité des Français existe, il faut y répondre, mais la montée de l’insécurité et/ou du sentiment d’insécurité est d’abord et avant tout lié au manque d’effectifs policiers sur le terrain, en proximité avec nos concitoyens, le manque criant d’effectifs dans la Justice – qui n’arrive plus à traiter les dossiers, prononcer des peines adaptées à la réalité des faits commis, ou même les faire appliquer (!?) -, au manque d’effectifs dans les services sociaux et les services publics en général : voilà ce qu’il faut traiter d’urgence.

Par contre le débat sur l’immigration choisie est sur la table : il serait irresponsable de l’éluder. Discutons en sérieusement, de manière dépassionnée…

Nouvelle Calédonie : Troisième référendum et toujours l’incertitude

Ce dimanche 12 décembre, les néo-calédoniennes et les néo-calédoniens ont été appelés aux urnes pour le troisième référendum d’indépendance du territoire. C’est avec un résultat de 96,5% et un taux d’abstention record (plus d’un électeur sur deux) que le «non» à l’indépendance a remporté ce scrutin.

C’est donc la troisième fois que le camp dit des « loyalistes » remporte un référendum (avec 56,7 % puis 53,3 % pour les deux premiers suffrages) prévu à l’origine par les accords de Nouméa de 1998. Cependant, cette nouvelle victoire ne signifie pas pour autant que la majorité des habitantes et des habitants de l’archipel sont favorable au maintien de l’archipel « au sein de la République Française». Il suffit de considérer les appels des responsables indépendantistes pour la tenue d’un nouveau référendum alors qu’au dernier scrutin, l’écart entre le « oui » et le « non » s’était rétréci.

Les principaux partis indépendantistes avaient appelé au boycott de ce troisième référendum dont la date avait été fixée contre leur avis au 12 décembre 2021 par le ministre des Outre Mer : à leur désaccord sur le calendrier s’était ajoutée l’arrivée violente et brutale de la crise sanitaire alors que la Nouvelle Calédonie avait été jusqu’alors épargnée par le COVID 19. Les populations mélanésiennes ont été particulièrement frappées, la campagne référendaire a été réduite à portion congrue et de manière accessoire les responsables politiques Kanaks dénonçaient également l’impossibilité de respecter les rites funéraires… La tension latente fait bien peser un risque sur l’avenir de l’archipel où d’importants renforts de gendarmes mobiles ont été envoyés.

Si les « Loyalistes » vont défendre la portée de l’écrasant 96,5 %, d’une certaine manière, les indépendantistes ont eux aussi remporté leur pari : alors que les référendums de 2018 et 2020 avaient connu une participation de 81 % et de 85,7 %, le scrutin d’hier n’a fait se déplacer que 43,9 % des électeurs néo-calédoniens. Voilà de quoi mettre en doute la portée politique à moyen et long terme du résultat et plonger l’archipel dans une période d’incertitude institutionnelle puisque le statut provisoire de la Nouvelle-Calédonie doit bientôt prendre fin.

Pour rappel, en cas d’indépendance, les conséquences pour l’archipel et la République Françaises auraient été :• institutionnelles avec un droit interne qui aurait été révisé, des traités internationaux, conclut par la France, qui ne se seraient plus appliqués aux néo-calédoniens, la perte de la citoyenneté européenne et des « avantages » en liens et la mise en place d’un processus de transition avec des inquiétudes sur le sort de celles et ceux qui ne voudraient pas vivre dans un nouvel « État Calédonien ». Par ailleurs, qu’une victoire du « oui » aurait eu pour effet d’alimenter des velléités d’indépendance dans d’autres territoires ultramarins comme les Antilles, qui connaissent en ce moment une situation politique, économique, sociale et pandémique très compliquée. • économiques sachant que la République française transfère environ 1,5 milliard d’euros chaque année à ce territoire de 271 407 habitants pour financer la fonction publique ou encore des activités minières ;• géographiques avec la perte de près d’1,4 millions de km² (14 %) de surface maritime et d’un ancrage géoéconomique – sachant que s’y trouve 20 % des réserves mondiales de nickel -, géopolitique et géostratégique dans le Pacifique alors que d’autres grandes puissances tentent d’y étendre leur influence. 

Le « non » à l’indépendance a pour résultat une nécessaire amplification des transferts de compétences de l’État au pouvoir local et, normalement, le retrait de la Nouvelle-Calédonie sur la liste des territoires non-autonomes à décoloniser de l’ONU. Bien évidemment tout cela dépendra du gouvernement français.

La Gauche Républicaine et Socialiste invite le gouvernement de la République française à tout mettre en œuvre enfin d’apaiser les tensions qui pourraient émaner de ce résultat, remettre du lien entre les néo-calédoniens au sortir de ce référendum qui aura créé une fracture au sien de la collectivité, permettre au territoire de gommer ses écarts de développement avec la France Hexagonale, repenser plus largement la manière dont sont administrées nos populations des Outre Mer à des milliers de kilomètres et enfin assurer l’indivisibilité de la République. C’est également un enjeu géopolitique déterminant car les appétits chinois dans cette partie du monde sont particulièrement aiguisés.

Les prochains mois resteront cruciaux alors que des contestations se font entendre depuis dimanche.

Nous n’avons jamais eu autant besoin de la Laïcité !

Voici 116 ans jour pour jour, la loi sur la séparation des Eglises et de l’Etat était votée. Elle faisait de la République française un pays en avance sur son temps, garant des libertés et la protection de tous ses citoyens, en donnant à la Laïcité force de loi !

Pour assurer l’expression de la diversité de notre pays, permettre la coopération de tous dans une société apaisée, et véritablement assurer la liberté de pensée, nos prédécesseurs nous ont transmis la laïcité comme l’outil d’une triple libération : la libération du sujet accédant à l’indépendance intellectuelle et morale par l’exercice de la Raison ; la libération de l’État dégagé de la pression des religions et de leurs organisations ; la libération des religions échappant à la tutelle des autorités politiques qui voudraient en faire des instruments.

La laïcité sépare strictement les espaces civiques régis par la loi commune des espaces privés qui ne dépendent que de la conscience personnelle. Elle permet à chacun de vivre librement selon ses convictions et d’en changer quand on le veut. Elle permet le libre échange des idées dans un débat collectif dont découlera la loi commune.

L’attachement du Peuple français à la laïcité est réel. De multiples enquêtes l’ont montré. Pour autant, des forces de nature et d’origine diverses n’ont pas renoncé à la combattre.

La Gauche Républicaine et Socialiste ne cédera jamais un pouce de terrain face aux adversaires de la République et de la Laïcité. Nous ferons tout pour une application scrupuleuse de la loi de 1905 afin que la liberté de conscience soit notre boussole et que les discriminations soient combattues avec sévérité.

Olaf Scholz, une Chancelière comme les autres ?

La politique allemande serait un sport où les ordolibéraux gagent à la fin…

Aujourd’hui, le Bundestag élu en septembre dernier votera la confiance au gouvernement de coalition proposé par le SPD, les Verts et les Libéraux.

Ces trois partis, réunis en ce qui est appelé « coalition Feu de circulation » (Ampel Koalition) en référence aux couleurs traditionnelles des partis (Rouge, Vert, Jaune), ont négocié deux mois un contrat de gouvernement de 177 pages. Ce contrat est publié, il a également une valeur légale autant que politique. Pendant les 4 années de la législature, en cas de conflit entre partis membres, on reviendra au texte du contrat pour arbitrer. La constitution allemande ne prévoit pas de patron de l’exécutif tout puissant: les ministres sont pleinement responsables de leurs ministères, et ne peuvent recevoir du chancelier que des directives générales, et non des ordres ou des consignes.

Il est impossible au chancelier de dire en conférence de presse « on va faire cela en matière de transport et je vais demander au ministre demain de proposer un texte en ce sens en conseil des ministres » – c’est constitutionnellement dépasser ses prérogatives. Le contrat conclu après l’élection est donc bien plus sacré que tous les programmes communs français conclus avant l’élection.

Après cela, chaque parti a décidé des personnes occupant les ministères.

Le processus a lieu avant l’investiture: pas de chancelier tout puissant, de porte parole devant la chancellerie émoustillé d’être une heure durent l’homme ou la femme le plus écouté du pays, de négociations houleuses et secrètes dans les couloirs de la chancellerie, de poste perdu sur un SMS pas répondu à temps. Le pouvoir est d’essence parlementaire – et sa répartition collective nécessaire.

C’est le parlement ensuite qui décide si l’attelage lui convient.

Ces attributs de la démocratie républicaine allemande contrastent fortement avec la monarchie républicaine – en réalité une démocratie en crise septicémique, infectée de bonapartisme – à la française.

Nous avons déjà analysé ici les tendances de long terme de la politique allemande en étudiant le phénomène sous le terme de Weimarisation. Depuis, le concept est de plus en plus utilisé notamment pour décrire l’évolution parlementaire hollandaise ou dans les pays nordiques.

Nous avons aussi donné notre analyse de ce scrutin là… Nous y disions : «  Il ne faudra pas faire du “molletisme allemand”. Car il faut noter une forme de schizophrénie politique du SPD : le programme a été en grande partie porté par une partie de l’aile gauche (très anti-Schröder) qui contrôle l’appareil du parti depuis leur congrès de 2019, mais les candidats et notamment celui à la Chancellerie sont issus de l’aile la plus sociale-libérale ; dans les listes à la proportionnelle, les rares députés SPD sortants marqués à gauche ont été largement défavorisés.« 

Cependant, et ce point nous avait peut-être échappé, le résultat ayant entraîné une inflation du nombre de députés à entraîner une sur-représentation des jeunes du SPD, les Jusos (les jeunes socialistes allemands), comptant prés de 45 députés de moins de 35 ans. Leur tête de proue historique, Kevin Kühnert, est considéré comme l’architecte de la défaite de … Olaf Scholz en 2019 pour prendre la présidence du SPD.

Et c’est là peut-être l’indice que ce nouveau gouvernement doit être considéré avec une curiosité intéressée autant que par la méfiance due au passé « souverainiste léger » de la chancelière Merkel.

Le carrousel de personnes donne des clés quant aux rôles que se donnent les trois partis dans la nouvelle coalition.

Le SPD a décidé d’assumer le pôle de gauche de la coalition. Olaf Scholz a écarté TOUS les représentants de l’aile droite du parti – les Seeheimers (qui contrôlaient les rouages entre 2003 et 201) : il y a là autant un signe politique que des considérations tactiques sur lesquelles nous reviendrons quant aux risques de cette coalition.

Les Verts ont choisi des représentants réalistes, ou très en pointe sur les questions sociétales, mais rejetés leur personnalité la plus écolo-sociale.

Les libéraux ont tenu á tenir des ministères pour défendre la règle budgétaire, mais n’ont pas non plus choisi leurs personnels les plus Libéraux.

C’est que le contrat de coalition est un compromis à un haut niveau. Même l’aile la plus à gauche du SPD y trouve plus de motifs de satisfaction que de doutes. L’augmentation immédiate du smic horaire de 9,5 à 12 € mais aussi des mesures sur le maintien des retraites, la correction des lois Harz 4 en matière d’allocations chômage et minimum social, de limites à certaines formes de contrats précaires, sont des signes d’un vrai retour de la politique sociale, et de l’intégration économique des classes populaires à une prospérité dont elles n’ont rien vues sous Merkel.

Le plafonnement des loyers fera l’objet d’une loi fédérale, 400 000 logements serons construits chaque année dont 100 000 en main publique. Enfin, la coalition pense investir dans 100GW de capacités énergétiques renouvelables, 30 à 40 GW en gaz naturel et hydrogène, pour se débarrasser dés 2030 des centrales à charbon, et 2040 du gaz naturel. La fin du moteur thermique dans les voitures est prévu également à l’horizon dix ans.

Les trois partenaires ont les plus grands dénominateurs communs sur les questions sociétales : légalisation du cannabis, abaissement de l’âge du vote à 16 ans, suppression des derniers vestiges de criminalisation des LGBTQ dans la législation allemande (loi Transexuel, paragraphe 219a), réforme des législations sur l’immigration,pour l’ouvrir, et l’accès à la nationalité, pour l’étendre.

Il est ainsi paradoxal de voir en France de nombreux candidats vouloir jeter 200 ans d’histoire française pour se rallier à la conception germanique de la nationalité, alors que des allemands en rupture de germanisme nationaliste envisagent d’intégrer de plus en plus d’éléments de la philosophie républicaine française, universaliste, dans son propre code de la nationalité.

C’est que le principal point d’achoppement, ce n’est pas l’immigration, c’est l’argent. Qui et comment financer ?

Avant hier, la présidente du FMI lançait un avertissement paradoxal à l’Europe, et en réalité, au nouveau chancelier : « Ne rétablissez pas trop vite le règle d’or ! »

La crise pandémique n’est pas surmontée : les dangers d’une déflation budgétaire précipitée pourrait, comme en 2011-2013, plonger l’Europe dans une mini récession avant d’être sortie de la crise précédente. Il faut donc maintenir un haut niveau de déficit et d’endettement public, en partie rééquilibré par de l’inflation au dessus de 4%, pour surmonter la crise économique mondiale provoquée par la Covid 19.

C’est le FMI qui le dit !

Un autre danger guette aussi cette coalition: le chancelier, comme son secrétaire d’État Schmidt, sont tous les deux exposés aux conséquences de deux scandales financiers: l’affaire Warburg, du nom de cette banque de Hambourg, convaincue d’avoir participé à l’évasion fiscale et l’escroquerie d’argent public CumEx bénéficiant d’un traitement de faveur de la mairie de Hambourg à l’époque où Scholz en était le maire, et l’affaire Wirecard, du nom de cette startup de la finance cotée dans l’équivalent du Cac40 allemand qui se révéla être une gigantesque escroquerie à 1,9 milliards, un de ses PDG étant depuis en prison, et l’autre en cavale.

Justement, le chef de l’aile des Seeheimers au SPD était député de Hambourg jusqu’en 2020, et la découverte que sa section avait acceptée 45 000 euros de dons de … la banque Warburg. Sa démission surprise semble avoir eu comme objet d’éviter de mettre en danger Olaf Scholz.

D’ailleurs, les Linke, qui espéraient faire plus de 6% et entrer dans la coalition à la place du FDP, s’était bien gardée d’attaquer Scholz sur le dossier alors que son expert budgétaire, le député Fabio de Masi, siégeait à la commission d’enquête parlementaire. Celui-ci, dégoûté par son parti, ne s’est pas représenté en 2021.

Enfin, si la coalition a une confortable majorité théorique, les tendances sont très différentes – un nombre relativement réduit de députés peut mettre en danger des projets qui ne serons pas suffisamment négociés en amont.

Une première alerte a été donnée dès aujourd’hui : il a manqué 15 voix de la nouvelle majorité au vote investissant Olaf Scholz chancelier.

De la prévention au climat : un plan d’investissement isolation & ventilation pour un air plus sain et des bâtiments plus sobres

COVID19 : de la pandémie à l’endémie

Depuis son apparition au début 2020 la pandémie COVID19 a causé en France près de 120 000 morts, (l’équivalent de 10 % des décès sur la période 2020-2021) ; un nombre au moins équivalent de patients sont passés par les services de soin intensif et y ont subi des soins lourds entraînant séquelles et/ou congés maladie de longue durée, d’autres, affectés de manière moins aiguë ont à subir les effets invalidants d’un COVID « long » encore mal compris. En décembre 2020 nous subissons la 5e vague de cette pandémie. Même si la vaccination en France n’est pas aussi complète qu’en Espagne ou au Portugal (qui ont réussi à vacciner plus de 98 % des personnes de plus de 70 ans alors qu’environ 10 % de cette population reste à vacciner en France) le taux de vaccination français dans la population adulte est suffisamment élevé pour qu’avec la généralisation du rappel (3e dose), on puisse espérer voir notre système de santé tenir (une fois de plus) face à cette 5e vague.

La nécessité d’une politique de prévention

Même si la vaccination se généralise, même si des traitements curatifs devraient devenir progressivement disponibles, il est à craindre que le COVID19 ne devienne une maladie endémique, i.e. qu’elle devienne comme la grippe (10 000 morts par an en France) une affection annuelle. Dans ce contexte, il est certes indispensable de remettre à remettre à flot le système de santé et tout particulièrement l’hôpital public. Mais s’il faut se donner les moyens de soigner, il convient également de se donner les moyens de prévenir, de façon à limiter en amont la propagation de l’épidémie.

L’exemple de la sécurité routière

Avant d’aborder le cas spécifique du COVID, revenons rapidement sur un exemple de prévention réussie : la sécurité routière. Entre 1972 (le pic de mortalité) et 2019 (avant la pandémie), le nombre de morts sur la route est passé de 18034 à 3244 (une baisse de plus d’un facteur 5) alors même que le trafic a lui augmenté d’un facteur presque 3. Le nombre de tués par milliard de voiture-kilomètres parcourus est ainsi passé de 77 à 5.2. Ce succès historique tient à la mise en place progressive d’un ensemble de mesures complémentaires qui ont porté sur : l’encadrement des comportements individuels (limitations de vitesse, du taux d’alcoolémie, interdiction des stupéfiants, port de la ceinture des sécurité ; un travail normatif sur la sécurité des véhicules (résistance aux crash-test, airbag, pare-brises feuilletés) ; un travail de sécurisation des infrastructures routières (identification et sécurisation des points les plus dangereux, diminution des passages à niveau, etc.). C’est la combinaison de l’ensemble de ces mesures qui a permis de faire de la route un endroit plus sûr1.

1 chiffres extraits du site de l’observatoire national interministérielle de la sécurité routière: https://www.onisr.securite-routiere.gouv.fr

La prévention du COVID ne saurait s’appuyer sur la seule stratégie vaccinale

Aussi efficaces soient les vaccins, leur couverture ne saurait être totale, ni leur protection parfaite. On constate d’ailleurs dans le cas du variant delta l’importance de la différence entre l’efficacité (préservée) de la protection vaccinale vis-à-vis de la gravité de la maladie et l’efficacité (altérée) vis-à-vis de la transmission. Du fait de son manque d’efficacité vis-à-vis de la transmission, ces vaccins initialement conçus pour le variant alpha demeurent un outil de prévention (de protection) individuelle mais ont pour partie perdu leur statut d’outil de prévention collective : ils permettent de diminuer l’afflux de patients à l’hôpital mais pas de juguler la propagation de l’épidémie.

Responsabilisation individuelle et coercition

Jusqu’ici la politique de prévention s’est essentiellement appuyée sur l’encadrement des comportements individuels (port du masque, distanciation sociale), une stratégie vaccinale fondée sur le seul concept de l’offre (pas d’obligation vaccinale non plus que de convocations individuelles comme le pratiquent avec succès l’Espagne et le Portugal), la mise en place de restriction des libertés individuelles (confinement, couvre-feux, pass sanitaire), la facilitation/massification de l’accès au dépistage (gratuit jusqu’à octobre dernier) et une politique (assez inefficace) de traçage : solutionnisme technologique via le développement de l’application stop-covid devenue ensuite tous-anti-covid ; manque d’investissement humain pour constituer des brigades de traçage1.

1https://www.mediapart.fr/journal/france/041221/sous-effectif-precarite-regles-obsoletes-le-tracing-est-deborde-par-le-coronavirus

Transmission aérosol

La difficulté et l’échec relatif des politiques de traçage tiennent notamment à une caractéristique du COVID19. A l’instar d’autres maladies respiratoires (grippe, tuberculose), sa transmission est essentiellement aéroportée : le virus SARS-COV2 est transporté dans l’air via l’émission des micro-gouttelettes (de tailles inférieure à 50-100 microns, le diamètre d’un cheveu) que nous émettons en respirant ou en parlant. A l’inverse des postillons, celles-ci sont suffisamment petites pour rester très longtemps (plusieurs heures) en suspension dans l’air et contaminer des personnes distantes de l’émetteur, même après que celui-ci a quitté la salle. Afin de diminuer les risques de transmission, il est donc crucial d’aérer, de ventiler et de contrôler l’atmosphère intérieure des logements, lieux de travail et autres bâtiments recevant du public.

Aération-ventilation-Taux de CO2

Malgré les alertes précoces (dès l’été 2020) d’une partie de la communauté scientifique, notamment au travers de l’initiative ProjetCO21 , l’existence de méthodes de mesure de la qualité de l’air (via le taux de CO2 – également émis lorsque nous respirons) et de normes tant sur la ventilation que les taux de CO2 dans les espaces clos, la communication sur l’importance de l’aération et la ventilation est restée jusqu’ici très en retrait vis à vis des autres mesures recommandées pour la prévention.

Pas plus qu’il n’y avait de fatalité à accepter de voir la jeunesse française fauchée par les accidents automobiles, il n’y a de fatalité de voir hôpitaux et établissements scolaires devenir les principaux foyers de contamination de la pandémie au COVID du fait d’une mauvaise ventilation. Comme le souligne l’Académie des Sciences dans son avis du 11 juin 20212, la relation entre la santé des enfants ou des adultes et l’aération des lieux fermés n’est pas une question nouvelle. Qu’il s’agisse d’écoles ou d’universités, de transports en commun, d’ateliers ou d’immeubles de bureaux, ces questions ont fait l’objet d’analyses scientifiques, préconisations légales et incitations multiples. Par ailleurs, au-delà de la crise sanitaire due au COVID19, l’aération et la ventilation des lieux fermé sont des méthodes de prévention déjà connues de la plupart des maladies respiratoires (au premier rang desquelles la grippe), ainsi que de la pollution intérieure (Composés Organiques Volatils, fibres, monoxyde de carbone, moisissures, etc.) connue pour être souvent très supérieure à la pollution atmosphérique3. Enfin le taux de CO2 est également important à contrôler dans le contexte scolaire puisqu’au delà de 1000 ppm, il est connu pour altérer les performances cognitives des élèves.

Si la France est un des rares pays européens à n’avoir pas revu les règles relatives à la ventilation des logements depuis plus de 30 ans4, il reste que des règles existent, généralement fondées sur des travaux de la fin du XIXe siècle. L’arrêté du 20 novembre 1979 portant règlement sanitaire du département de Paris5 stipule ainsi dans son article 64 : « En aucun cas, dans les conditions habituelles d’occupation, la teneur de l’atmosphère en dioxyde de carbone ne doit dépasser 1 pour mille avec tolérance de 1,3 pour 1000 dans les locaux où il est interdit de fumer. » Alors même que depuis près de 2 ans les Français vivent sous un régime d’exception, il ne s’est trouvé personne au gouvernement pour faire simplement appliquer la législation existante.

1https://projetco2.fr/

2 https://www.academie-sciences.fr/pdf/rapport/2021_06_11_Avis_CO2.pdf

3Site de l’Office de la Qualité de l’Air Intérieur: https://www.oqai.fr/fr

4 Le guide technique de la ventilation – Terre vivante 2013

5 https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/LEGITEXT000006070308/2021-05-27/

Propositions

Pour compléter la politique vaccinale et l’indispensable remise à flot de l’hôpital public nous proposons de développer une politique de prévention basée sur la ventilation, la mesure des taux de CO2 dans les locaux fermé, et tout particulièrement dans l’habitat, les établissements scolaires, les hôpitaux et les entreprises.

Travail normatif – il sera entrepris en partenariat avec des partenaires institutionnels, tels que l’Office de la Qualité de l’Air Intérieur (OQAI), le Centre Scientifique et technique du Bâtiment (CSTB) pour mettre à jour la réglementation sanitaire relative à la qualité de l’air intérieur, sa mesure (en particulier le taux de CO2) et à la ventilation.

Commande publique – Un plan de mise aux normes des établissements publics sera lancé pour équiper en capteurs de CO2 et rénover leurs système de ventilation. La priorité sera donnée aux hôpitaux et aux établissements scolaires et universitaires. L’élaboration des éléments techniques associés à cette commande publique sera effectuée en partenariat avec des partenaires tels que l’ADEME en sus du CSTB et de l’OQAI. La ventilation des bâtiments ne saurait en effet être mise en œuvre sans prendre en compte la qualité de leur isolation (intérêt de la ventilation double flux, de la ventilation naturelle assistée).

Développement d’une filière technologique isolation/ventilation – L’isolation des bâtiments comme la mise en place, le contrôle et la maintenance d’un système de ventilation requièrent un savoir faire et des technologies de haut niveau. Si la commande publique peut permettre de viabiliser un réseau de TPE/PME spécialisées dans l’installation, il convient aussi de pouvoir s’assurer du respect de la qualité des travaux, de pouvoir fabriquer les matériaux et les équipements nécessaires et de développer des certifications, des mentions et/ou des diplômes spécifiques à tous les niveaux nécessaires (BEP, Bac, DUT, ingénieur).

-Plan de mise aux normes isolation/ventilation du bâti ancien – La question de l’isolation de l’habitat et du bâti ancien peut sembler dépasser le cadre de cette note motivée par la prévention COVID. Du point de vue technique, isolation et ventilation sont pourtant étroitement liées et requièrent un grand savoir-faire technique. Combiner ces deux approches et ainsi pertinent du point de vue industriel et technologique mais permet également de porter un point de vue original sur un sujet devenu consensuel, la sobriété énergétique via l’isolation. Si l’accord est général sur la nécessité d’isoler le bâti ancien, la question de sa mise en œuvre, est quant à elle beaucoup plus problématique et en fait très politique. Depuis 20 ans au moins, celle-ci repose sur des politiques d’incitations, en particulier via des crédits d’impôt. Ces politiques ont été d’une efficacité médiocre, voire ont généré des escroqueries variées. Par ailleurs la qualité des travaux effectués, et donc les gains énergétiques n’ont pas toujours été au rendez-vous. Sur ce sujet la différenciation politique doit se faire sur la méthode. Il faut sans doute assumer une stratégie de planification beaucoup plus dirigiste, accompagnée de la mise en place d’une filière technologique.

RT France – Changement de genre : faut-il l’inscrire dans la Constitution ?

Le 15 novembre dernier, le candidat de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon a annoncé qu’il souhaitait introduire la liberté de changer de genre dans la Constitution. La reconnaissance des identités de genre et du changement de genre nous paraît nécessaire mais la constitution n’est pas le vecteur adapté.
Attention il existe de réelles offensives des identitaires de tout bord, religieux ou d’extrême droite : les militants républicains et universalistes doivent se réveiller en France et en Europe pour se concentrer sur les priorités de conquêtes de nouveaux droits collectifs et la défense des libertés collectives, plutôt que de s’affronter artificiellement sur des sujets certes importants mais qui ne concernent qu’une toute petite minorité, alors même que c’est aujourd’hui le cadre républicain, social et démocratique de nos sociétés qui est mis en cause.

Anthony Gratacos, secrétaire général de la GRS et conseiller départemental de Seine-et-Marne, affrontait le mercredi 1er décembre à 21h Jean Messiha, mauvais polémiste d’extrême droite sur le plateau de RT France.