Le Kirghizistan restera-t-il la seule démocratie d’Asie centrale ?

Le populiste Sadyr Japarov, propulsé au pouvoir à la faveur du soulèvement populaire
d’octobre 2020 contre le président Soroonbaï Jeenbekov, a largement remporté la
présidentielle kirghize, dimanche 10 janvier. Ses opposants craignent une dérive autoritaire,
dans la seule – et tumultueuse – démocratie d’Asie centrale.
Sadyr Japarov, 52 ans, l’homme fort du Kirghizistan depuis le départ du président Jeenbekov, en octobre dernier – poussé à la démission par la rue après des élections législatives présentée comme controversées – a remporté l’élection présidentielle avec près de 80 % des voix, selon les résultats préliminaires fournis par la commission électorale.
Le leader nationaliste, qui avait démissionné de son poste de président en exercice pour faire campagne, n’aura donc pas besoin d’un second tour pour conserver les rênes du pays. Son rival Adakhan Madumarov, lui aussi nationaliste, est arrivé deuxième avec 6,7 % des suffrages. Il a estimé que le résultat de l’élection était « éloigné de la réalité » et a promis de « réclamer justice par des moyens légaux ». Si les suffrages exprimés reflètent néanmoins l’indéniable popularité de Sadyr Japarov, notamment dans les milieux ruraux, la participation des Kirghiz, qui ont renversé trois présidents en 15 ans, est restée faible, souligne Eurasianet : « À 18 heures, deux heures avant la fermeture des bureaux de vote, seulement 33 % d’entre eux s’étaient déplacés. Lors de la dernière élection présidentielle, en 2017, le chiffre était proche de 55 % ». Cela n’a pas empêché Japarov de savourer sa victoire, lui qui purgeait, il y a encore trois mois, une peine de onze ans de prison pour l’enlèvement d’un gouverneur régional – une condamnation annulée par la justice après
la révolte d’octobre. Sadyr Japarov promet rien de moins que de sortir « dans un futur proche » de la crise le pays et d’« améliorer nos performances économiques », disant avoir trouvé en arrivant « au pouvoir [une] puissance et l’économie du pays […] en déclin ». La tâche qui l’attend est immense : Japarov est considéré par de nombreux analystes comme un populiste anti-establishment, ce qui le rend imprévisible aux yeux des investisseurs – c’est un comportement qui a été largement toléré pour le dirigeant de la première puissance mondiale mais qui l’est rarement chez ceux de petits pays enclavés. Ses déclarations passées appelant à la nationalisation des mines et autres ressources
naturelles sont également une source d’inquiétude pour les financiers étrangers.
Le Kirghizistan est également réputé ingouvernable, la grande pauvreté, les rivalités de clans et les divisions régionales entre le Nord et le Sud ayant régulièrement empêché les gouvernements successifs de contrôler l’ensemble du pays. De plus, la corruption a gangrené beaucoup de gouvernements, profitant des lucratives routes de la contrebande traversant le pays, en provenance de Chine.
Changer les règles démocratiques pour redresser le pays ? Pas forcément rassurant…
C’est pourquoi l’élection présidentielle était également assortie d’un référendum « proposant de renforcer le rôle du président aux dépens du Parlement ». Les électeurs y ont répondu positivement à plus de 81 %, même si une telle évolution pourrait mettre en danger la pluralité politique dans la seule réelle démocratie d’Asie centrale.
En réalité, Sadyr Japarov qui soutenait évidemment cette révision constitutionnelle veut créer une Constitution qui lui permettrait potentiellement de rester au pouvoir à vie. Tout pourra être désormais étroitement contrôlé et le gouvernement aurait, selon différentes sources, les armes pour mettre en prison quiconque s’opposerait à lui un peu trop ouvertement.
Une chose est sûre, l’évolution de l’ex-république soviétique de 6,5 millions d’habitants sera suivie de près par Moscou, qui possède toujours une base militaire dans le pays et reste la destination privilégiée de l’émigration kirghize. Des relations que Japarov compte cultiver : Malgré ses positions nationalistes, il a promis à maintes reprises de conserver des liens étroits avec Moscou. Il l’a même répété dimanche, juste après avoir glissé son bulletin dans l’urne : « La Russie est notre partenaire stratégique. »
Reste une interrogation : les nouveaux pouvoirs dont M. Japarov dispose désormais lui donneront sûrement les coudées franches par temps clair ou par petit crachin politique. Mais face à une crise plus profonde, il n’est pas forcément dit que les Kirghiz qui ont souvent renversé leurs présidents démocratiquement élus ne fassent de même avec le Khan supplémentaire que compte désormais l’Asie centrale.

La stratégie de relance de Renault doit être Made in France

Le groupe automobile français Renault a annoncé ce matin qu’il dévoilerait, jeudi 14 janvier 2021, sa feuille de route pour affronter la révolution du secteur automobile. Le groupe devait d’abord présenter, mardi 12 janvier, ses chiffres de vente mondiales pour 2020, une année marquée par une chute inédite des ventes de voitures liée à la crise sanitaire. En France, le groupe a ainsi vu ses ventes de voitures particulières dévisser de 24,9%, selon le comité des constructeurs français, à 412.000 exemplaires et 25% de part de marché.
La crise a frappé un groupe qui était déjà en difficulté. La firme au Losange a annoncé fin mai 2020 un plan d’économies de plus de 2 milliards d’euros sur trois ans, prévoyant quelques 15.000 suppressions de postes dans le monde, dont 4.600 en France.
L’annonce de cette nouvelle feuille de route du groupe automobile est donc un moment important pour permettre que « Renault sorte de la salle des urgences » selon l’expression d’un des représentants syndicaux de l’entreprise.
Face à la crise sanitaire et économique que nous subissons encore et qui préfigure vraisemblablement des modifications structurelles à long terme des habitudes de consommation des Français et de notre tissu industriel, il est important que les orientations prises par l’un des principaux groupes industriels français soient cohérentes avec l’intérêt national et celui des salariés français – au premier rang desquels ceux du groupe concerné. Or l’État est (encore) actionnaire à hauteur de 15% de l’ex-Régie et qu’il lui a accordé en mai dernier une aide massive, via sa garantie sur un prêt bancaire de 5 milliards d’euros (PGE). À l’époque nous avions défendu l’idée qu’une prise de participation au capital de l’entreprise serait préférable à un PGE, afin que l’entreprise n’accumule pas de dettes supplémentaires mais consolide son capital. Nous considérons d’ailleurs toujours qu’alors que notre pays doit s’engager dans une transition écologique, écologique et industrielle radicale il est souhaitable que l’État se dote des leviers nécessaires pour piloter une indispensable planification écologique. Le choix de peser dans le capital de Renault et d’Air France (la compagnie aérienne avait reçu un PGE de 7 Mds €) aurait constitué un pas utile dans cette direction.
Un comité central social et économique (CCSE), puis un conseil d’administration (CA), sont convoqués mercredi 13 janvier 2021 au soir, à la veille de la présentation de M. Luca De Meo, directeur général du groupe.
Nous considérons donc que l’État doit engager de toute urgence des discussions avec la direction de Renault avant le CCSE et prendre des mesures pour s’assurer de la construction en France de ces nouveaux modèles électriques enfin de garantir la pérennité des sites industriels du groupe Renault dans notre pays et engager ainsi une nouvelle phase de créations d’emplois.

Les Français qui le souhaitent doivent pouvoir être massivement vaccinés contre le COVID 19

Les Français qui le souhaitent doivent pouvoir être massivement vaccinés contre le COVID 19

La Gauche Républicaine et Socialiste demande qu’au-delà des discours changeant et déroutant de l’exécutif la campagne de vaccination anti-COVID prenne enfin un tournant massif pour obtenir une protection collective des Français contre la pandémie…

Les Français ont besoin de transparence pour que ceux qui doutent encore de la vaccination soient convaincus : il est indispensable que les Français et leurs représentants soient clairement informés sur le nombre de doses, le nom des laboratoires auxquels le gouvernement français a passé commande, selon quel calendrier et quelles procédures.

L’absence totale d’association du Parlement est plus néfaste que jamais au moment où le gouvernement et le chef de l’État sombrent dans la cacophonie sur la mise en œuvre de la vaccination des Français, outil pourtant essentiel dans la lutte contre cette pandémie.

Si une campagne d’information doit être rapidement engagée pour convaincre nos concitoyens hésitants, voire opposés, il est essentiel que les 40% de Français, qui souhaitent se faire vacciner, puissent effectivement le faire sans tarder. Cette montée en puissance sera aussi de nature à lever leur scepticisme.

Les 40% de français qui veulent être vaccinés doivent pouvoir l’être !

« Ou comment une communication martelée nous fait passer a coté de l’essentiel. »

Les médias en font leurs unes, les réseaux fourmillent, les complotistes s’agitent et ce n’est pas pour rien.

Bien sûr, les questions doivent être posées et plus important les réponses doivent être données.

Pour une acceptation maximale de la vaccination collective, la transparence doit être totale :

Sur les effets secondaires, sur les modalités de fabrication, de financement, de transport et de conservation. Sur les effets attendus et la qualité de la protection.

C’est vrai, pour l’instant, certains points sont flous, mais cela ne doit pas nous empêcher de nous interroger sur l’immédiateté du problème.

Si 40 % de la population se dit prête à se faire vacciner il en reste donc 60 % à convaincre.

Mais que fait le gouvernement pour les 40 % de Français qui veulent se faire vacciner ?

La stratégie vaccinale, à moitié expliquée pour cause d’agape présidentielle ne prévoit pas pour l’instant d’y répondre.

Les laboratoires peuvent-ils fabriquer suffisamment de doses ?

À cette première question, la réponse est donnée par la société allemande BioNTech, à l’origine d’un vaccin contre le Covid-19 en collaboration avec son partenaire américain Pfizer,qui a prévu d’accélérer sa cadence de production en Europe en faisant tourner dès février une nouvelle unité de fabrication. L’objectif étant de combler un manque de vaccins sur le Vieux Continent.
Ce qui illustre pour l’instant un problème de fabrication en Europe

La logistique est elle prête ?

Sur la logistique, on peut avoir de sérieux doutes tant la campagne vaccinale, accompagnée d’un plan de communication du gouvernement, peine a réellement démarrer. Le pathétique de la déclaration d’Olivier Véran, Ministre des solidarités et de la Santé le 29 décembre sur France télévision qui assume le retard a l’allumage et qui pense que le rattrapage sera effectif d’ici la fin du mois de janvier illustre parfaitement les manques d’anticipation du ministre.

Les priorités sont-elles bien définies ?

Et sur les priorités, même si la pression médiatique fait revoir sa stratégie au gouvernement, personne ne comprend pourquoi la première ligne des soignants dans les territoires les plus touchés n’est pas prioritaire.

Alors oui, il faudra répondre à toutes les questions pour tenter de convaincre les indécis, pour que ce choix soit consenti, mais aujourd’hui, l’urgence est de permettre aux 40 % de la population qui a fait le choix du vaccin de pouvoir en bénéficier.

Quant à la stratégie, si des demi-mesures comme le couvre feu sont décrétées territorialement sans plus d’explications, alors ce Gouvernement devrait bien comprendre que la vaccination, alors qu’on manque de doses, doit se faire prioritairement sur ces territoires et que la protection des soignants doit guider l’action gouvernementale.

Crise sanitaire : Copie à reprendre totalement!

Le temps des révisions est passé, c’est l’heure du grand examen.

En matière de politique de la santé, l’année 2020 aurait dû être l’année du grand chamboulement !

Le constat est clair et étayé par le panorama des établissements de santé publié en 2019 par la DRES.

Depuis 15 ans 69 000 lits ont été supprimés dans nos établissements de santé. Ce virage ambulatoire, qui n’en finit pas, a pourtant aujourd’hui atteint les limites du tolérable.

À l’occasion de la crise pandémique comme celle que nous vivons, nous ne pouvons que constater les dégâts occasionnés par cette gestion comptable qui ne prend pas en compte l’efficience des soins devant être dispensés dans nos hôpitaux.

Manque de lits, manque de matériel, manque de personnel. Et pour les soignants en poste, toujours faire plus avec de moins en moins de moyens, de repos, de salaire, de considération.

Et la catastrophe arrive.

Une première vague en mars est contenue par l’application d’un confinement général. On peut douter ou critiquer la mesure, mais elle a permis de stabiliser la propagation du virus et a laissé le temps à l’hôpital de s’auto-organiser. Car il s’agit bien de ça, d’une auto-organisation des soignants, tellement la sidération et le manque de vision ont paralysé l’exécutif.

En terme de communication, d’un Premier Ministre à l’autre, d’un Ministre de la Santé à l’autre, d’un porte-parole du Gouvernement à l’autre, les tentatives pour reprendre la main sur l’opinion les ont conduits à dire tout et son contraire, inscrivant ainsi durablement une défiance dans l’esprit des Français.

Le discours du Président de la République, faisant sa déclaration de guerre au virus et actant un « no limit » en matière de soutien financier et de renforcement de l’hôpital, a fait long feu.

Alors depuis le mois de juin, une autre musique donne le cap du gouvernement. 

« On a beaucoup appris de cette crise »

nous disent-ils tous de plateau en plateau, tellement occupés à répéter ces éléments de langage que pas un ne tend l’oreille quand on les prévient de l’arrivée de la deuxième vague et probablement de la deuxième hécatombe.

Celui qui a si mal géré le déconfinement devient ainsi Premier ministre, l’incompétence devenant ainsi la marque de fabrique de ce second semestre 2020.

Et tel un virus, cette incompétence frappe aussi plusieurs ministres, en commençant par celui de l’éducation, qui, répétant de tribune en interview que les protocoles sanitaires sont prêt au cas où, n’est pas capable d’en montrer le moindre bout quand cela s’avère nécessaire.

Pourtant, si l’hôpital a tenu bon pendant cette première crise, cela ne s’est pas fait sans conséquences :

des déprogrammations massives, un épuisement qui s’ajoute à l’épuisement pour les soignants, et peut être le pire dans un moment de crise nationale, la déconsidération des soignants à l’occasion du SEGUR de la santé. On les a applaudis à 20 h 00 tous les soirs, offerts des médailles, et au moment où ils sortent lessivés de cette épreuve, on les brime, on en exclut la moitié et on lance les lacrymos lors des manifestations du 16 juin à Paris.

Quand le gouvernement prend enfin conscience de l’arrivée de la deuxième vague en septembre, il est trop tard.

On ne peut plus déprogrammer les interventions, car il faut bien rattraper les soins qui n’ont pu être assurés lors de la première vague, le contingent sanitaire de renfort n’existe plus tellement la fatigue et le mépris ont eu raison des forces de santé du pays et il n’existe pas plus de moyens à l’hôpital pour faire face au nouveau flux de malades. Pire, alors que la première vague était assez localisée à certaines régions, la deuxième frappe l’ensemble du territoire, rendant ainsi les transferts de malades impossible.

Pour accompagner l’hôpital, le gouvernement, ayant bien appris pendant le premier semestre, met en place un deuxième confinement avec tellement de dérogations que personne ne l’a compris

Le seul espoir reste donc le vaccin. Et celui-ci arrive en cette fin d’année. L’enjeu étant de préparer un plan vaccinal efficace et d’en gérer l’acceptabilité par les Français.

Encore une fois, la communication prend le pas sur l’action gouvernementale, et le Premier Ministre annonce un allégement au mois de décembre sauf pour ceux qui s’étaient pourtant préparés comme le monde de la culture, renvoyant ainsi la possibilité de s’évader d’une réalité morose aux offres des plates-formes de streaming.

Après un phénomène de plateau, indiquant clairement l’impossibilité de descendre en dessous des 5 000 cas par jour, une augmentation des cas et des hospitalisations devient l’horizon funeste pour certaines régions dont le Grand Est.

Dans une ultime tentative, le conseil de défense, obscur club de décideurs tellement confiné et bunkérisé qu’il n’écoute pas le terrain, envoi son soldat de la santé, olivier Véran, sur les plateaux télé pour annoncer l’éventualité d’un renforcement du couvre-feu à compter du 2 janvier de 18h00 à 6h00 sous réserve de concertation locale.

Et bien nous y sommes, la concertation a eu lieu, le constat est accablant et unanime.

Personne ne comprend cette demi-mesure dont aucune étude d’impact n’a accompagné l’annonce.

Personne ne comprend la stratégie vaccinale qui ne priorise pas les territoires les plus touchés et qui n’intègre pas les personnels soignants en ville ou à l’hôpital.

Tout le monde constate la défiance dans ce vaccin tellement le gouvernement qui n’a pourtant que le mot de pédagogie en bouche en a manqué.

Tout le monde est au courant de l’absence totale de marges de manœuvre pour faire face dans les établissements de santé.

Tout le monde redoute la déflagration que provoquera la saturation des hôpitaux dans les jours à venir.

Alors, après avoir tant appris, après avoir tant travaillé, Monsieur le Président, Monsieur le Premier ministre, Monsieur le Ministre des solidarités et de la santé, votre ligne Maginot sur la santé est tombée, votre gouvernement est complice.

Ce n’est pas le virus qui tue l’hôpital, il tue nos concitoyens.

Prenez les mesures rendues nécessaires par votre inaction.

Nous n’avons plus le choix, vous devez cesser de tergiverser et reconfiner nos territoires sinistrés.

Caroline Fiat, députée de Meurthe et Moselle, le 31 décembre 2020

100 ans de Parti Communiste Français

vers une maison commune de la Gauche Républicaine ?

Depuis vendredi, le Parti Communiste Français fête ses 100 ans . C’est en effet du 25 au 30 décembre 1920 que se tint le fameux congrès de Tours qui scinda durablement le mouvement ouvrier français en deux, avec d’un côté les partisans du socialisme démocratique et de l’autre ceux du communisme tel qu’il était alors défini par Lénine et Trotski. C’était un temps d’avant les congés payés, et les formations ouvrières et socialistes devaient profiter des fêtes religieuses chômées pour organiser leurs congrès.

De la SFIO au PC-SFIC

Cette scission profonde vient à la fois de loin et fut en même temps un coup de tonnerre ; elle représente plus une puissante réplique intellectuelle, idéologique et psychologique du déclenchement de la Première Guerre Mondiale que des débats internes et anciens qui précédèrent et accompagnèrent la vie tumultueuse de la première SFIO ou même des Révolutions russes de 1917. Il fallait solder l’échec de l’Internationale ouvrière qui n’avait pas su empêcher le conflit par une action concertée, solder la trahison bien concrète du SPD – cœur du marxisme international – et, à sa suite, d’à peu près toutes les représentations parlementaires socialistes qui avaient voté les crédits de guerre puis se s’étaient engagées dans les Unions Sacrées et autres Burgfrieden.

Les conséquences démographiques de la Grande Guerre sont également déterminantes : le parti qui sort de la guerre n’a plus les mêmes adhérents et n’a plus les mêmes responsables. Jean Jaurès a été assassiné ; Édouard Vaillant, le vieux militant blanquiste, est mort en 1915 ; Jules Guesde est malade. Les effectifs militants de la SFIO ont été comme toute la société française durement frappés par l’hécatombe des tranchées ; les adhérents de 1918 sont donc plus jeunes et regardent évidemment depuis février 1917 vers la Révolution en Russie qui vient de prendre un tournant radical en novembre avec le « putsch » bolchevique.

Ces jeunes militants sont donc plus enclins à écouter les arguments de Fernand Loriot, Boris Souvarine et Pierre Monatte, principaux animateurs du courant pro-bolcheviques. Ils veulent régénérer idéologiquement et presque spirituellement un parti qui a failli comme le reste des partis sociaux-démocrates face à la guerre. Le sentiment de culpabilité et de trahison incite également des parlementaires comme Marcel Cachin à abandonner leur « social-chauvinisme » de 1914 pour retrouver une forme de pureté politique dans la transformation du parti.

Il y avait en réalité de multiples malentendus autour des fameuses conditions d’admission du parti français à l’Internationale Communiste. Ces conditions s’élevaient à 9 lors du voyage à Moscou ; elles sont portées à 21 en août après le départ des deux délégués français1 L.-O. Frossard et M. Cachin. Ces conditions, principalement rédigées par Lénine, imposent un mode de fonctionnement autoritaire, excluant tous les réformistes et imposant un soutien sans faille envers Moscou pour la révolution prolétarienne mondiale. Bien des responsables de la majorité de la SFIO, qui se prépare à rejoindre la nouvelle internationale, considèrent que ces conditions sont de pure forme et qu’ensuite le parti poursuivra sa vie : c’était sans compter la volonté des plus bolcheviques de construire non seulement un nouveau parti, mais aussi un militant nouveau et un Homme nouveau sur les décombres de la civilisation bourgeoise, et des dirigeants de l’Internationale.

C’est le 27 décembre 1920 que Léon Blum prononça son fameux discours qui restera une référence essentielle à la définition du socialisme démocratique français dans la lignée de Jean Jaurès durant plusieurs décennies. Il oppose au centralisme démocratique et la primauté des « directions clandestines » dans le parti, que veulent imposer Lénine et le parti bolchévique, la représentation proportionnelle et la démocratie dans le parti ; il oppose à la dictature du parti, avant-garde déconnectée de la réalité du peuple, sur la société une analyse de la « dictature du prolétariat » qui la rend compatible avec la démocratie représentative en tant que « dictature » de la majorité sur la minorité pour peu que cette majorité soit cohérente avec l’expression populaire ; il oppose la transformation de la société conduite par cette avant-garde léniniste, par la violence politique si nécessaire, à une transformation de la société qui commence avant la prise du pouvoir par la conquête progressive de ce qui sera conceptualisé plus tard par Gramsci comme une hégémonie culturelle, permettant la transformation économique révolutionnaire. Selon Léon Blum, le bolchevisme s’est détaché du socialisme et du marxisme parce qu’il confond la prise du pouvoir avec la Révolution, le moyen avec la fin, qu’il oriente toute sa tactique vers cette conquête du pouvoir, sans tenir compte ni du moment, ni des circonstances, ni des conséquences, parce qu’il tend vers la conservation du pouvoir politique absolu bien qu’il se sache hors d’état d’en tirer la transformation sociale. Lui qui n’était pourtant pas un intellectuel marxiste à l’origine mène durant son discours une démonstration marxiste implacable pour démontrer à quel point le Léninisme s’en détache. Blum affirme que le bolchévisme est une doctrine entièrement nouvelle et il aura de nombreux accents prophétiques dans lesquels nombreux sont ceux qui y voient l’annonce des terribles dévoiement staliniens et de l’implacable marche vers un césarisme sanglant rendu inéluctable pour contraindre un peuple qui ne voudrait plus du parti bolchévique.

« Sur tous les terrains, au point de vue doctrinal comme au point de vue tactique, [le congrès de l’Internationale Communiste] a énoncé un ensemble de résolutions qui se complètent les unes les autres et dont l’ensemble forme une sorte d’édifice architectural, entièrement proportionné dans son plan, dont toutes les parties tiennent les unes aux autres, dont il est impossible de nier le caractère de puissance et même de majesté. Vous êtes en présence d’un tout, d’un ensemble doctrinal. »

« Je ne connais, pour ma part, en France qu’un socialisme, celui qui est défini par les statuts, et qui est un socialisme révolutionnaire. Personnellement, je ne connais pas deux espèces de socialisme, dont l’un serait révolutionnaire et dont l’autre ne le serait pas. Je ne connais qu’un socialisme, le socialisme révolutionnaire, puisque le socialisme est un mouvement d’idées et d’action qui mène à une transformation totale du régime de la propriété, et que la révolution, c’est, par définition, cette transformation même. […] Révolution, cela signifie, pour le socialisme traditionnel français : transformation d’un régime économique fondé sur la propriété privée en un régime fondé sur la propriété collective ou commune. C’est cette transformation qui est par elle-même la révolution, et c’est elle seule, indépendamment de tous les moyens quelconques qui seront appliqués pour arriver à ce résultat. […] Mais l’idée révolutionnaire comporte ceci : qu’en dépit de ce parallélisme, le passage d’un état de propriété à un autre ne sera pas par la modification insensible et par l’évolution continue, mais qu’à un moment donné, quand on en sera venu à la question essentielle, au régime même de la propriété, quels que soient les changements et les atténuations qu’on aura préalablement obtenus. Il faudra une rupture de continuité, un changement absolu, catégorique. […] Cette rupture de continuité qui est le commencement de la révolution elle-même a, comme condition nécessaire, mais non suffisante, la conquête du pouvoir politique. »

« Ouvrez votre carte du Parti. Quel est l’objet que le parti socialiste jusqu’à présent se donnait à lui-même ? C’est la transformation du régime économique. Ouvrez les statuts de l’Internationale communiste. Lisez l’article dans lequel l’Internationale définit son but. Quel est ce but ? La lutte à la main armée contre le pouvoir bourgeois. »

« Quand il y a juxtaposition d’organes publics ou clandestins, à qui appartient nécessairement l’autorité réelle ? Où réside-t-elle ? Par la force des choses, dans l’organisme clandestin. Cela est fatal, et les thèses reconnaissent cette nécessité. Paul Faure vous a lu les textes : c’est toujours l’organisme clandestin qui doit contrôler effectivement l’organisme public. Comment ces organismes se formeront-ils ? Est-ce qu’à l’issue de ce congrès, après avoir nommé votre comité directeur public, vous allez procéder à la nomination du comité clandestin ? Est-ce que vous allez mettre aux voix la désignation de cet organisme ? Votre comité directeur occulte ne pourra donc pas naître d’une délibération publique de votre congrès, il faudra qu’il ait une autre origine. Il faudra que sa constitution vous soit apportée du dehors. Ceci revient à dire que, dans le Parti qu’on veut nous faire, le pouvoir central appartiendra finalement à un comité occulte désigné – il n’y a pas d’autre hypothèse possible – sous le contrôle du comité exécutif de l’Internationale elle-même. Les actes les plus graves de la vie du Parti, ses décisions seront prises par qui ? Par des hommes que vous ne connaîtrez pas. »

« Nous pensons que tout mouvement de prise du pouvoir qui s’appuierait sur l’espèce de passion instinctive, sur la violence moutonnière des masses profondes et inorganiques, reposerait sur un fondement bien fragile et serait exposé à de bien dangereux retours. Nous ne savons pas avec qui seraient, le lendemain, les masses que vous auriez entraînées la veille. Nous pensons qu’elles manqueraient peut-être singulièrement de stoïcisme révolutionnaire. Nous pensons qu’au premier jour où les difficultés matérielles apparaîtraient, le jour où la viande ou le lait arriveraient avec un peu de retard, vous ne trouveriez peut-être pas chez elles la volonté de sacrifice continu et stoïque qu’exigent, pour triompher jusqu’au bout, les mouvements que vous envisagez. Et ceux qui auraient marché derrière vous la veille seraient peut-être, ce jour-là, les premiers à vous coller au mur. Non, ce n’est pas par la tactique des masses inorganiques entraînées derrière vos avant-gardes communistes que vous avez des chances de prendre le pouvoir. Vous avez des chances de prendre le pouvoir dans ce pays, savez-vous comment ? Par de vastes mouvements ouvriers à caractère organique, supposant une éducation et une puissance de moyens poussés aussi loin que possible. Vous ne ferez pas la révolution avec ces bandes qui courent derrière tous les chevaux. Vous la ferez avec des millions d’ouvriers organisés, sachant ce qu’ils veulent, quelles méthodes ils emploieront pour aller au but, prêts à accepter les souffrances et les sacrifices nécessaires. »

Léon Blum conclut en espérant que la rupture ne soit pas définitive : « Nous sommes convaincus, jusqu’au fond de nous-mêmes, que, pendant que vous irez courir l’aventure, il faut que quelqu’un reste garder la vieille maison. […] Dans cette heure qui, pour nous tous, est une heure d’anxiété tragique, n’ajoutons pas encore cela à notre douleur et à nos craintes. Sachons nous abstenir des mots qui blessent, qui déchirent, des actes qui lèsent, de tout ce qui serait déchirement fratricide. Je vous dis cela parce que c’est sans doute la dernière fois que je m’adresse à beaucoup d’entre vous et parce qu’il faut pourtant que cela soit dit. Les uns et les autres, même séparés, restons des socialistes ; malgré tout, restons des frères qu’aura séparés une querelle cruelle, mais une querelle de famille, et qu’un foyer commun pourra encore réunir. »

La motion Paul Mistral sur le refus de s’engager dans la voie des exclusions réclamées par Zinoviev sera logiquement repoussée le 30 décembre par 3247 voix contre 1398. Les minoritaires quittent alors le congrès avant son achèvement, laissant la salle à la majorité communiste qui fonde la Section Française de l’Internationale Communiste (SFIC, rapidement rebaptisée PC-SFIC).

Le nouveau parti connut des débuts difficiles, violemment ballotté dans les luttes de pouvoir qui suivent le retrait de Lénine du devant de la scène dès 1922 puis sa mort en janvier 1924. La « bolchevisation du parti », exigée par les jeunes du congrès de Tours contre les « vieux socialistes » comme le secrétaire général Frossard, finira par leur être fatale quand celle-ci deviendra synonyme de mise au pas du PC-SFIC par la troïka Kamenev-Zinoviev-Staline puis par Staline seul. Ainsi six ans après le congrès de Tours, des principaux acteurs qui ont obtenu l’adhésion de la SFIO à l’Internationale Communiste il ne reste plus que Cachin. Cette période n’en fut pas moins riche de combats courageux et légitimes contre l’occupation de la Ruhr en 1923 ou la Guerre du Rif en 1925, qui valurent à plusieurs des dirigeants du parti d’être emprisonnés. Mais le PC-SFIC sur les ordres du Komintern s’enfonça dans une impasse politique avec la stratégie « classe contre classe » qui assimilait socialistes et fascistes, les alliés potentiels et anciens frères aux ennemis mortels. De 1926 à 1928, Pierre Sémard tenta la stratégie de « front unique » à un moment où la bride du parti russe s’était relâchée ; mais alors que ses efforts commençaient à payer et que le PC-SFIC remontait la pente, fin 1926, Staline évinça définitivement ses anciens alliés Zinoviev, Kamenev et son rival de toujours Trotski, qui participaient encore à la direction collégiale depuis la mort de Lénine. La stratégie « classe contre classe » de rupture avec les socialistes eut donc de nouveau les faveurs d’un Komintern s’appuyant sur les Jeunesses communistes, alors dirigées par Jacques Doriot, également député de Saint-Denis, pour mettre en œuvre cette ligne ultra sectaire. Sémard n’y résista pas.

Le PCF, parti de la classe ouvrière … vraiment !

Cette stratégie perdura jusqu’en 1934 et jusqu’à la prise de conscience du danger fasciste en France, et de la menace géopolitique nazie par Staline : les intérêts géopolitiques du dictateur soviétique et la nécessité politique du parti rebaptisé PCF correspondaient enfin. Entre temps, Doriot converti à l’alliance avec la gauche avait été exclu par Maurice Thorez pour des questions de discipline (on connaît ensuite son parcours vers le fascisme et la collaboration active avec l’occupant nazi). Sans cette conversion soudaine et bienvenue, jamais la réunification de la CGT n’eut été possible, jamais le Front populaire n’eut été possible, jamais le mouvement social n’eut été victorieux dans la foulée d’élections législatives qui donnaient pour la première fois à la SFIO la première représentation parlementaire et au PCF 72 députés (contre 23 en 1932). Il est frappant de constater la modération du programme du PCF à cette occasion qui répond à la modération du programme officiel du Front populaire, alors que le programme électoral propre de la SFIO était beaucoup plus radical et sera de fait largement mis en application lors de l’été 1936 : sans cette modération du PCF et sa « main tendue aux catholiques », les résultats auraient été différents.

C’est le début de la « nationalisation » du PCF, son intégration complète dans l’échiquier républicain. Si l’on écarte la parenthèse désastreuse du pacte germano-soviétique – conséquence des errements géostratégiques de Staline et de l’incapacité psychologique et politique des partis communistes de cette époque à désobéir à Moscou –, c’est la renaissance du Parti Communiste Français comme organisation essentielle à la République française. Dès avant l’été 1941 et l’opération Barbarossa, les cadres communistes vont s’impliquer dans la Résistance d’abord par des initiatives spontanées puis dès l’été 1941 par une volonté concertée et de plus en plus efficace qui en fit un des atouts majeurs dans la Libération du pays – en tant que parti et au travers des mouvements de Résistance qui lui sont liés (Front National, Francs Tireurs et Partisans, MOI) – et dans le rapport de force nécessaire à l’indépendance de la France face aux intentions initiales des Anglo-saxons dans la reconstruction de l’Europe.

Si le programme du Conseil National de la Résistance – qui continue d’être une référence historique et pratique pour l’ensemble de la gauche – doit plus dans son élaboration à Daniel Mayer et ses camarades socialistes, sa mise en œuvre à la Libération et l’effort nécessaire pour la Reconstruction du pays ont une dette immense à l’égard du PCF. À jamais, la création de la Sécurité Sociale restera associée à l’action et à la mémoire d’Ambroise Croizat. Malgré la rupture de 1946-1947 – une nouvelle fois sur ordre de Moscou, au prétexte du rejet du Plan Marshall et de défendre l’indépendance nationale – et l’échec des grèves insurrectionnelles de 1947, le PCF et la CGT – passée dans l’orbite communiste – ont contribué comme aucun autre parti français à cette époque à « nationaliser » la classe ouvrière française, à donner une représentation politique à ses aspirations et à l’incarner humainement, pratiquement, depuis les conseils municipaux jusqu’à l’Assemblée nationale, mais aussi dans les usines. C’est le PCF que cela plaise ou non qui a apporté – bien que tous les ouvriers français ne soient pas communistes – aux ouvriers français leur pleine dignité et leur pleine place dans notre pays comme citoyens.

Malgré les ambiguïtés politiques de la direction nationale du PCF, il faut aussi souligner l’engagement parfois au prix de leur vie de nombreux militants, cadres et intellectuels communistes pour les indépendances et contre la guerre civile en Algérie. Le PCF a eu également une attitude irréprochable face à la constitution de la Cinquième République et aux dérives inévitables qu’elle allait générer surtout après sa modification en 1962 pour faire élire le président de la République au suffrage universel. Il y a évidemment les retards à reconnaître la réalité du rapport Kroutchev sur les crimes de Staline, mais la normalisation politique fit rapidement son effet.

Pour des socialistes, la conception de l’union de la gauche c’est le congrès d’Epinay de juin 1971, le choix du PS avec Mitterrand de mettre fin au préalable de la réduction des écarts idéologiques avec le PCF avant l’élaboration d’un programme commun de la gauche pour privilégier cette dernière. Ce n’est pas faux, mais ce n’est pas toute la vérité. Il y a évidemment le choix de soutenir François Mitterrand comme candidat unique de la gauche à l’élection présidentielle de 1965 ; il y a ensuite le « manifeste de Champigny » avec lequel le Comité central du PCF tirait la leçon de Mai-68 et de la Bérézina électorale qui l’a suivi en avançant vers l’union de la gauche et en ouvrant la voie à l’eurocommunisme ; c’est Guy Mollet qui refusa la reconduction de l’expérience présidentielle de 1965 en 1969 et lors des élections municipales de mars 1971 c’est le PCF qui fut souvent unitaire pour deux, soutenant parfois des maires socialistes là où ses résultats électoraux auraient pu l’inciter à prendre le leadership.

Il est faux de dire que la stratégie d’union de la gauche fut fatale au PCF : dans le bastion de gauche qu’étaient les Bouches-du-Rhône dans les années 1970, c’est lui qui en profita face à un PS Deferriste qui n’avait pas renoncé à être une nouvelle forme de SFIO. Le PS ne prend le leadership que là où les socialistes ont compris qu’un nouvelle ère s’ouvrait, qu’il fallait être inventif et dynamique. Évidemment, l’élection présidentielle de 1981 entérina définitivement la prééminence du PS sur la gauche. Mais le PCF ne fut jamais remplacé politiquement dans la population française. La crise de la sidérurgie fut le début d’un nouveau processus de rupture entre le PS et la classe ouvrière ; rupture qui, après le presque rejet du traité de Maastricht en 1992, allait coûter la qualification au second tour de l’élection présidentielle de Lionel Jospin en 2002. La gauche – au-delà de toutes les considérations sur les modifications sociologiques parmi les ouvriers – en fait toujours les frais.

Le soviétisme est mort, mais l’idéal de la République sociale vit

Entre temps, l’URSS s’était effondrée ; la guerre d’Afghanistan avait démoralisé l’empire soviétique et la chute du Mur de Berlin l’avait dépouillé de ses « satellites ». C’était le sens de l’histoire : la course à l’armement avec les États-Unis d’Amérique ont sans doute donné le coup de grâce économique à Moscou, mais la nature même du régime, dictature héritière du totalitarisme stalinien, n’était pas tenable, car c’était un dévoiement total de l’idéal socialiste et communiste né au XIXème siècle et qu’il prétendait pourtant réduire à lui seul. Ce régime était d’ailleurs à mille lieux de la réalité politique, militante, municipale et parlementaire que vivaient et défendaient les militants et les élus du PCF. Ce parti et ces militants ont sûrement pâti de leur incapacité à rompre avec l’Union soviétique lorsqu’elle n’avait pas engagé son dégel… mais d’une manière générale, c’est l’ensemble de la gauche européenne qui subit les contrecoups de l’effondrement soviétique : d’une part, parce que la faillite du modèle soviétique et bolchevique a semblé signifier pour beaucoup d’acteurs et de commentateurs intéressés la preuve de la déchéance de toute espérance socialiste, de toute vision de gauche ; d’autre part, parce que les social-démocraties occidentales et (même) les eurocommunismes – pas si éloignés que cela au bout du chemin – n’étaient que des propositions politiques de compromis – ni le capitalisme américain débridé, ni le dirigisme autoritaire soviétique. Une fois le second tombé, la faiblesse idéologique interne de ces compromis les empêcha de résister au néolibéralisme et à son « petit frère » le social-libéralisme, la « troisième voie ».

C’est peut-être là une des chances de la gauche française, qui incarne une particularité historique toujours d’actualité politique : la République et la fusion Jauressienne entre le Socialisme et la République, continuation ambitieuse de l’idéal révolutionnaire. Elle peut s’y ressourcer. L’évolution du PCF après guerre le fait très largement converger avec la tradition de la gauche républicaine. Ce parti est aujourd’hui traversé comme toute la gauche française de débats fébriles au regard de l’évolution de la société française. Mais tous les éléments de rupture qui avaient séparé communistes et socialistes français en 1920 n’ont, eux, plus aucune actualité.

Plutôt que de faire un « Congrès de Tours à l’envers », plutôt que de sommer les militants communistes de revenir à une « vieille maison » qu’ils n’ont jamais connue, le temps pourrait venir d’être constructifs et de bâtir une large et grande maison de la Gauche Républicaine, abritant toutes celles et tous ceux qui ont pas abandonné leur foi dans l’idéal révolutionnaire et dans la République sociale.

Encore une loi inutile!

Si chaque état d’urgence passe dans le droit commun, que restera-t-il des libertés publiques ?

Le chef du gouvernement a présenté hier en Conseil des Ministres un projet de loi instituant un régime pérenne de gestion des urgences sanitaires. Il a été aussitôt enregistré au bureau de l’Assemblée nationale.

Un article de ce texte liant la liberté de se déplacer et état sanitaire d’une personne fait particulièrement débat, et a été particulièrement médiatisé par l’extrême droite. Si nous n’étions pas instruits des pratiques en cours depuis le début de quinquennat et qui se sont accélérées ces derniers mois, nous ne nous précipiterions pas dans la critique a priori de ce texte. Les arguments utilisés par l’ensemble de l’extrême droite sur ce dossier fleurent d’ailleurs bon le complotisme et le trumpisme de bas niveau.

Pour sa part, avec responsabilité, la Gauche Républicaine et Socialiste appelle l’exécutif et les parlementaires à faire preuve de retenue et à ne pas accumuler des textes inutiles qui pourraient en plus s’avérer problématiques du point de vue des libertés publiques. En effet, de la même manière que nous avions critiqué les arguments qui avaient motivé la création ad hoc d’un état d’urgence sanitaire, nous ne voyons pas pourquoi il faudrait aujourd’hui intégrer dans le droit commun un certain nombre de ces mesures exceptionnelles, alors que les dispositifs juridiques sont aujourd’hui complets pour permettre à la puissance publique d’agir face à une situation de pandémie : le code de la santé publique le permettait avant même l’invention de l’état d’urgence sanitaire, et aujourd’hui la mise en place d’un tel état d’urgence sanitaire est (malheureusement) d’une facilité déconcertante.

Tant à l’extrême droite qu’à l’extrême centre, nous constatons dans la façon dont est amené ce projet de loi une manœuvre de diversion, des premiers pour masquer leur adulation du président américain sortant dont la gestion de la pandémie a été catastrophique, des seconds pour camoufler les graves défauts d’organisation et les mensonges commis face au COVID.

La Gauche Républicaine et Socialiste sera donc particulièrement vigilante, car nous avons déjà vu l’état d’urgence être intégré à l’automne 2017 dans le droit commun au prétexte d’y mettre fin ; nous avons vu les propositions de loi Avia et Sécurité globale (dont on essaie aujourd’hui de faire repasser certaines dispositions dangereuses dans le projet de loi contre les séparatismes) tenter de mettre à mal les libertés publiques. Depuis qu’Emmanuel Macron est président de la République, c’est un fait : les libertés régressent. Extrême droite nationaliste et extrême centre macroniste sont visiblement aussi dangereux l’un que l’autre pour les libertés publiques et individuelles.

Le projet de loi instituant un régime pérenne de gestion des urgences sanitaires est inutile : la meilleure solution serait donc de le retirer.

Miss Provence victime de l’Antisémitisme 2.0

La Gauche Républicaine et Socialiste est particulièrement choquée par les propos tenus à l’encontre de Miss Provence hier soir à l’occasion du concours Miss France. Un antisémitisme des plus crasses, cette plaie immonde à la face du monde, a été observé sur les réseaux sociaux. Nous condamnons fermement les propos tenus à l’encontre d’April Benayoum. En France l’antisémitisme continue de prospérer et s’exprime notamment par le biais des réseaux sociaux. Nous demandons maintenant des politiques publiques pour lutter contre ce fléau.

Gouvernement et Covid19 : Symptômes inquiétants

Une fois de plus le gouvernement montre son mépris envers le monde enseignant…Une nouvelle décision prise le mardi soir pour le jeudi matin, sans anticipation, sans considération pour le travail des profs, pour la cohérence pédagogique et les évaluations planifiées…les élèves pourront rester s’ils le veulent chez eux dès mercredi midi pour éviter tout risque pour les fêtes…on ne sait pas qui ira à l’école, qui n’ira pas…et les injonctions contradictoires continuent comme ça depuis 9 mois : le message aux familles est à nouveau en cette fin de semaine de dire finalement qu’il est plus dangereux d’aller à l’école que de rester chez soi…et qu’en est-il du coup des personnels ??…

Comment comprendre que les enfants doivent être à l’école pendant le confinement et qu’ils peuvent s’absenter pendant le déconfinement ?

Cantine, organisation pédagogique, une fois de plus les enseignants doivent improviser en 48 heures…quel mépris !…

La communication, est aussi touchée par les symptômes visibles du gouvernement. La grande messe médiatique de 18h00 est remplacée par une matinale sur Europe 1 et un entrefilet sur BFM TV le matin.

Troubles de la vue, difficultés de compréhension, dédoublement décisionnel, carence démocratique, État fébrile.

Alors que le pays est en proie à une recrudescence du virus, qu’une stratégie vaccinale doit être exposée ce jour à l’assemblée, avec l’ombre planante d’une mutation de la Covid19 qui la rendrait caduque, nous ne pouvons que constater, même si nous en étions convaincus, que ce gouvernement est malade et que le meilleur service qu’il pourrait rendre à la nation serait de s’auto-confiner, durablement, pour éviter une rechute.

Bref, désolant…

Hommage à Coralie Delaume

Nous avons appris tôt ce matin du 15 décembre 2020 le décès de Coralie Delaume, essayiste de talent, d’un cancer foudroyant.
Notre première pensée va à sa famille et à ses proches à qui nous adressons nos plus sincères condoléances et dont nous partageons la peine.
Coralie Delaume était connue de beaucoup d’entre nous avec qui elle avait créé des relations intellectuelles fortes. Son départ aujourd’hui est d’autant plus difficile et douloureux à relater que nous perdons une amie.
Elle avait fait la démonstration dans plusieurs ouvrages d’une réelle profondeur et rigueur intellectuelle, une qualité qu’on voudrait plus fréquente aujourd’hui et dans notre génération. Coralie écrivait de manière limpide et pédagogique, elle savait défendre un point de vue âpre, assumer des débats difficiles et délicats sans jamais tomber dans l’agressivité comme on le rencontre trop souvent et toujours avec un grand respect pour ses interlocuteurs.
Nous lui sommes profondément reconnaissant de nous avoir accompagnés durant toutes ses années – que nous venions de Maintenant la Gauche, du Mouvement Républicain et Citoyen ou d’ailleurs – dans notre réflexion politique. Elle a contribué avec quelques autres à remettre au cœur du débat politique la nécessité d’une critique salutaire de la dérive ordolibérale de la construction européenne. Elle a su donner à de nombreux militants de gauche les armes et les arguments pour remettre au centre des préoccupations politiques la question de la souveraineté, populaire, nationale – des concepts qui avaient été trop souvent détournés dans les décennies précédentes. Elle avait ainsi apporté sa pierre à la résurgence de la Gauche républicaine et de l’idéal de la République sociale qui avaient tant manqué à notre pays.
Nous vous encourageons toutes et tous à lire ses essais notamment Europe, les États désunis (2014), Le Couple franco-allemand n’existe pas (2018) ou encore celui co-écrit avec David Cayla, La fin de l’Union Européenne (2017). C’est en étant pris par son écriture, son sérieux mais aussi sa causticité que vous lui rendrez le meilleur hommage.
Coralie, que te dire ? Que nous continuerons le combat et la réflexion qui nous liaient, bien sûr…
mais avant tout nous conserverons la mémoire de ton sourire et de ton humanité.

Photographie de Margot Lhermitte.