Ingrid Degrott a pris la parole samedi 18 avril 2026 au 8ème congrès du Parti de la Gauche Européenne à Bruxelles, au nom de la Gauche Républicaine et Socialiste
Mes chers camarades,
La gauche perd du terrain un peu partout en Europe et l’extrême droite progresse. Si l’on veut gagner et faire reculer les extrêmes, il nous faut renouer avec les combats du peuple, les combats du quotidien : l’inflation, la dignité au travail, la souveraineté alimentaire.
L’extrême droite part d’un principe simple : que la richesse est limitée à une certaine taille de gâteau et que si l’on veut s’en sortir il faut exclure les migrants – et parfois les femmes – pour avoir une plus grande part de ce gâteau.
Or ce n’est pas notre vision.

Et il est de notre responsabilité de montrer, d’expliquer qu’il existe un autre chemin.
Un chemin où l’on augmente la taille du gâteau par des politiques industrielles coordonnées qui ont pour double vertus de relocaliser des productions essentielles à notre souveraineté et de ramener l’emploi dans des bassins géographiques désertés et délaissés de l’action publique.
Un chemin où l’immigration n’est pas une variable d’ajustement au gré des besoins économiques mais un droit garanti à l’humain de pouvoir fuir une guerre ou chercher une vie meilleure. Et l’on sait que si une réelle politique publique de l’intégration est mise en place alors les externalités positives d’un tel mouvement, à l’aune du vieillissement démographique européen, n’est plus à prouver.
Un chemin où l’inflation n’est pas une fatalité qui amène inexorablement les riches à être plus riches et les pauvres plus pauvres. Aujourd’hui nous faisons face de nouveau à une inflation liée à un choc de l’offre, une inflation qui touche bien plus durement les produits de première nécessité que ceux de moyenne gamme et donc qui met gravement en difficulté les classes les plus modestes. Dans une telle situation, l’enjeu n’est pas de baisser les taxes de l’État sur les carburants, véritable opium du capitalisme actuel, mais d’indexer les salaires sur l’inflation et d’accélérer le développement des énergies renouvelables !
La gauche doit également renouer avec le peuple ouvrier en parlant conditions de travail avant de parler réduction du temps de travail. Baisser le nombre d’accidents du travail en dénonçant les conditions de travail aliénantes sur les chaînes de production et en dénonçant les managements toxiques délétères pour la santé mentale. Parce qu’un monde du travail qui va bien c’est autant de dépense de santé en moins !
Enfin la gauche doit se saisir pleinement de l’accessibilité géographique. La ruralité est trop souvent la double peine des revenus modestes : un logement moins cher en campagne certes, mais au prix d’une dépendance mortifère à la voiture – et donc au cours du pétrole – et un isolement à multiples facettes : social, économique, culturel.
A nous de plaider pour un grand plan européen de rénovation et de développement des lignes de chemin de fer pour désenclaver et décarboner toute une frange de la population européenne.
Ces combats sont peut-être terre à terre en comparaison des luttes et guerres internationales actuelles. Et je ne sous-estime pas l’importance ni notre rôle à jouer dans ces conflits internationaux mais ayons en tête que notre bataille contre l’idéologie d’extrême droite ne se gagnera pas par la Palestine ou l’Iran mais par des réponses concrètes aux quotidiens des européens en martelant l’importance de la condition des travailleurs, la répartition de la richesse et la souveraineté industrielle comme alimentaire.
Par ailleurs, un grand défi nous attend : celui de la transition écologique. Nous devons changer de paradigme. Produire toujours plus pour avoir le plus gros PIB ne fait plus sens à l’heure où la faiblesse analytique de cet indicateur est actée. Troquons le PIB pour le carré de Gini et inventons un nouveau modèle de développement dans lequel l’agriculture ne serait pas dépendante des cours mondiaux mais de la demande locale. Cela passera évidemment en première instance par un combat sans relâche contre les traités de
libre-échange malsain où l’on échange poulet aux antibiotiques contre bagnole.
Mes chers camarades, prenons le temps du recul et de l’analyse. Inventons un système économique nouveau, durable, dans lequel la souveraineté, le bien-être et les femmes auraient toute leur place. Un système qui, au lieu de mettre en concurrence les peuples au moins disant serait au contraire garant d’une dignité, d’un environnement sain et d’une prospérité répartie. La gauche européenne est et doit être avant tout une gauche émancipatrice du déterminisme social et de l’aliénation au travail, alors avec ces réponses oui nous gagnerons à nouveau la confiance des peuples !
Merci !




