Suppressions de postes à Sanofi : L’entreprise va bien, notre politique industrielle non

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Par le pôle entreprise de la GRS
 

Le gouvernement ne cesse de nous expliquer que l’augmentation des marges des entreprises est une priorité. Les profits d’aujourd’hui seraient les investissements de demain et les emplois d’après-demain. L’évolution de l’emploi en France chez Sanofi depuis 10 ans nous prouve une nouvelle fois le contraire.

 

 

Ainsi, la presse a annoncé ces derniers jours le départ anticipé (1 an et demi avant la fin de son mandat) de son directeur général. Le groupe a annoncé, vendredi 7 juin, le remplacement d’Olivier Brandicourt, qui occupe le poste depuis 2015, par le britannique Paul Hudson, l’actuel patron de la division pharmaceutique du suisse Novartis. La passation de pouvoirs se fera le 1er septembre.

 

Pour 2019, la suppression de 1 500 postes est déjà programmée… au motif de l’adaptation aux évolutions du secteur pharmaceutique : digitalisation des fonctions support, recentrage de la recherche et développement sur des pathologies plus porteuses (en marges financières), productions pharmaceutique et chimique jugées moins rentables… Les motifs avancés par la direction sont si larges que les salariés sont légitimes à s’attendre au pire, instruits par l’expérience. 

 

Le groupe Sanofi a saisi les opportunités offertes par le dispositif de Rupture Conventionnelle Collective depuis les ordonnances Macron-Pénicaud pour accélérer ses transferts d’activités dans des pays à bas coûts et dont les politiques sociales sont décriées par les instances internationales, comme la Roumanie, la Hongrie ou la Chine… Aujourd’hui les services paie des salariés du groupe sont gérés dans les pays de l’Est ! La stratégie du nouveau patron de la R&D du groupe est clairement de réorienter la recherche et regarnir le pipeline de produits en développement…à l’étranger. SANOFI a également décidé de mettre un terme à sa recherche en cardiologie, de réduire son investissement sur le diabète qui ne serait plus rentable à court terme (5ans). Le groupe veut en revanche se focaliser de nouveau sur l’oncologie aux États-Unis d’Amérique, après avoir réduit drastiquement l’investissement en R&D ces dernières années …en France. Quant aux suppressions de postes prévues aux affaires réglementaires et à la pharmacovigilance, elles traduisent l’externalisation croissante de ces activités à l’étranger jugées à faible valeur ajoutée, combinées à l’effet de la numérisation.

 

Or SANOFI est un fleuron français de l’industrie de la santé patiemment construit. On voit de moins en moins traduit en actes le discours officiel de la société sur le bien-être des patients au profit d’une stratégie purement financière : le groupe serait-il à ce point en difficulté qu’il lui faudrait vendre ses usines, se séparer de son savoir-faire, ne plus croire à la puissance publique et de battre pavillon étranger ?

 

Un cabinet d’expertise, Secafi, spécialisé dans l’activité des laboratoires pharmaceutiques a fait le constat suivant sur la stratégie et l’emploi du groupe. En 2018, la dette financière nette de Sanofi a triplé pour atteindre 17,6 Mds €. Malgré tout, la structure financière du groupe reste saine : si l’intégralité de la trésorerie d’exploitation (environ 7 Mds €) était utilisée pour rembourser la dette, Sanofi serait totalement désendetté en 2 ans et 6 mois. Les analystes tablent sur un retour de la croissance du taux de marge opérationnelle dès 2020. La diversité accrue des activités du groupe laisse par ailleurs présager une forte croissance des ventes de la société (acquisition de Bioverativ et Ablynx, progression en immunologie, etc.). La résistance des produits historiques,  malgré la concurrence des biosimilaires / génériques, Lantus, Plavix et Lovenox, devraient dégager environ 4,6 Mds€ de ventes en 2023.

 

Nous assistons donc à une stratégie de recentrage au profit d’une politique de désinvestissement des sites français (production, R&D, chimie). Le spectre du mal d’Alcatel, d’Alstom, de General Electric, de Ford France, est bel et bien là. Or la performance des sites industriels français permet de dégager des excédents de trésoreries ; mais cette puissance industrielle ne bénéficie pas des fruits de ses efforts, elle est confisquée par la stratégie financière à courte vue et reflète une défaillance des politiques publics d’investissement dans une industrie forte sur nos territoires. Sanofi a largement profité du crédit impôt recherche qui finance aujourd’hui une politique d’externalisation de la recherche à l’étranger ! Dans ce secteur, nous sommes passés de 6 800 personnes en 2008 Sanofi est passé à 3 800 personnes en France. Et la spirale continue ; la France voit son pôle d’expertise R&D vidé progressivement et partir sur l’étranger sans réaction du ministère du travail et des Finances.

 

En février 2012, l’entreprise affichait un profit net consolidé de 5,7 milliards d’euros et un profit net de ses activités de 8,8 milliards d’euros. Elle s’inquiétait pourtant de la fin de certains brevets, et justifiait ainsi des suppressions d’emplois. De nombreux sites français furent touché par des mouvements sociaux pour s’opposer aux licenciements dans les années qui suivirent ; les démonstrations timides de soutien de la majorité parlementaire.

 

Sept ans après, Sanofi est l’entreprise la plus rentable du CAC40 avec 8,4 milliards de bénéfices. Elle continue de limiter les investissements sur son outil industriel français, ayant des conséquences graves sur la collectivité, l’usine de Mourenx (Pau) est menacée de fermeture pour cause de non respects aux normes environnementales. La solution apportée par le groupe est un projet de délocalisation de sa production auprès d’un prestataire basé en Inde ! La conséquence en sera un risque qualité accru des principes actifs. Ces entreprises non européennes, aux standards bien inférieurs de qualité, se sont vu refuser l’accès à l’Europe de nombreux lots de produits non conformes. Couplé aux stratégies financières, elles engendrent des ruptures d’approvisionnements dans les hôpitaux et pharmacie.

 

Le gouvernement est rassuré : il est convenu que Sanofi adapte sa stratégie sans coûts excessifs pour la collectivité… sur le court terme. Sanofi s’engage ainsi dans l’accompagnement de ses collaborateurs impactés par ces licenciements avec la mise en place d’un laboratoire de reconversion professionnelle, le « carreer lab » qui prend le relais de Pôle emploi : accompagner le repositionnement des salariés dans le groupe sur la base de test psychotechniques, entretiens avec les managers. L’objet aussi est de préparer un CV au cas où le nombre de places internes est insuffisant. SANOFI se fabrique une image d’employeur relativement responsable pour masquer les effets désastreux de sa stratégie en matière industrielle et de développement des savoirs faire en France.

 

Les représentants des personnels dans les entités R&D, SAG et Chimie ont cependant multiplié les alertes en direction du gouvernement, dont les réponses ont donné lieu à de pâles copies des communications diffusées auprès des salariés par la société : « l’entreprise a initié un projet de reconversion… ». Un aveu de faiblesse et de fatalisme de la part de la puissance publique.

 

La Gauche Républicaine & Socialiste demande au gouvernement d’intervenir pour redéfinir avec les dirigeants du groupe et les salariés une stratégie de long terme qui privilégie la conversation de l’emploi, des sites de production et des savoirs faire industriels en France. La bonne santé de SANOFI le permet largement et c’est un enjeu industriel et de santé publique essentiel pour notre pays. La Santé n’est pas un produit comme un autre, elle doit passer avant la finance.

 

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