Union Européenne : Séjourné main dans la main avec Von der Leyen pour réduire encore la démocratie européenne

Un recul démocratique majeur se prépare en Europe avec la participation active du commissaire français Stéphane Séjourné. Mobilisons-nous pour faire échec à ce coup d’état programmé de la Commission Européenne

L’affaire pour paraître technique, elle est gravissime ! De nombreux commissaires veulent réduire considérablement les directives européennes (d’une certaine façon, l’équivalent des lois à l’échelle nationale) au profit de l’édiction de plus nombreux règlements !

La première grande différence est que la directive est un acte législatif qui doit obligatoirement passer devant le Parlement Européen et être approuvée la plupart du temps en co-décision entre le Conseil (les chefs de gouvernement) et le Parlement européen ! La commission – faut-il le rappeler non élue mais désignée -, a certes préparé le document initial, mais la décision finale est prise à l’issue d’une délibération d’organes élus et représentatifs des citoyens.

En fait, comme toute structure technocratique, elle veut se dispenser de cet arbitrage politique et décider seule au nom d’une prétendue efficacité.

Mais l’autre raison est qu’une directive doit être transposée dans le droit de chaque Etat membre (soit par une loi, soit par un décret, etc.). L’objectif étant que la loi européenne soit bien adaptée aux réalités notamment juridiques du pays. Et, dans bien des cas, cela permet aux parlementaires des Etats membres d’intervenir sur la mise en œuvre de la directive. Ce n’est pas une mince affaire, car les conditions d’application d’une loi compte beaucoup pour son efficience, pour les acteurs concernés … car parfois le diable se cache dans les détails.

C’est aussi important en soi, comme principe, car il faut tenir compte des cultures politiques et sociales des 27 différents pays et l’on ne peut/doit pas faire passer tout le monde sous la même toise juridico-administrative !

Enfin, contrairement aux directives, les règlements sont immédiatement applicables dans l’ensemble de l’Union. Personne n’a ainsi le pouvoir de les contester, de les amender, d’adapter leur application aux réalités du terrain, et pas le temps non plus de se retourner….

Dans ce contexte, les propos de Stéphane Séjourné, commissaire européen nommé par Macron, sont très révélateurs et stupéfiants : « Avant, la directive était l’option par défaut et le règlement l’exception, aujourd’hui, ce doit être l’inverse ».

« Les directives sont soit mal transposées, soit sous-transposées, soit surtransposées », a osé affirmer le commissaire français. « Elles sont rarement transposées de manière équivalente dans tous les États membres de l’UE. Pour toutes ces raisons, cela contribue à la fragmentation du marché unique. »

L’objectif est donc clair : d’une part, je ne veux voir qu’une seule tête ; d’autre part, il faut aller encore plu vite et plus loin dans la concurrence généralisée … Pas un mot sur les indispensables convergences sociales ou fiscales… Il va encore plus loin : « Dans les domaines politiques où l’UE détient toutes les cartes, il ne devrait « plus » y avoir de directives. » Un exemple : l’UE détient toutes les cartes dans les accords commerciaux avec les autres pays !

Comme pour le Mercosur ou déjà la présidente de la commission Madame Von der Leyen a pris la décision d’appliquer l’accord avant le vote du Parlement Européen et même la décision de la cour de justice !!

BREF, ILS VEULENT LES PLEINS POUVOIR POUR ACHEVER LE GRAND MARCHÉ CONCURRENTIEL DÉRÉGULÉ ET NOUS EMMENER DANS LE MUR.

Marie-Noëlle Lienemann

Hongrie : la défaite d’Orbán ne fera pas tout

tribune de Mathieu Pouydesseau publiée le mardi 14 avril 2026 sur le site de la Revue L’Audace

Il est de bon ton – et on peut le comprendre – de se féliciter de la chute de Viktor Orbán. Il faut pourtant nuancer, explique Mathieu Pouydesseau, fin connaisseur de cette zone. Notamment car le système Orbán a été très puissant ; que son successeur, Péter Magyar, en est issu, et que le pluralisme reste fragile. Surtout, la Hongrie, par ses rapports avec l’Allemagne, est un membre particulier de l’UE.

En Hongrie, l’opposition à Viktor Orbán a donc emporté la « super majorité » des deux tiers des sièges. Cela lui donnerait mandat pour détricoter le système mis en place par le Premier ministre en poste depuis seize ans. Mais ce sera difficile. D’autant que le nouvel homme fort, Péter Magyar, est lui-même issu du système en question.

Ce n’est d’ailleurs pas sur les merveilles qu’offre la démocratie représentative ou sur les vertus de l’inclusion que s’est jouée cette victoire. Rappelons que les partis de gauche avaient décidé de ne pas présenter de candidats. Et que Péter Magyar a repris à son compte le discours antidiversité du Fidesz, le parti national-conservateur d’Orbán.

Les classes rurales séduites

Ce résultat électoral, qui s’appuie bel et bien sur un record de participation, exprime d’abord la frustration de la population hongroise vis-à-vis des décisions du clan Orbán, qui ont fait perdre au pays l’avance économique qu’il avait sur les anciens États communistes. Le succès de Magyar repose largement sur sa critique d’une économie en échec, minée par la corruption et marquée par l’enrichissement considérable d’Orbán et des siens, au détriment du reste des habitants.

Péter Magyar est un jeune libéral issu du parti d’Orbán. S’il a, bien sûr, promis une bouffée d’air pluraliste, il a surtout prôné une rupture économique et ainsi convaincu les électeurs. Il a insisté sur l’échec de Viktor Orbán dans ce domaine (perte de pouvoir d’achat, dégâts engendrés par la vie chère…), atteignant dans les campagnes un électorat allergique au mode de vie urbain des élites de la capitale.

« Orbán a bien essayé de faire campagne contre des boucs émissaires : l’UE, l’Ukraine, Zelensky. Mais l’enjeu du vote portait sur les conditions matérielles d’existence. »

En face, Orbán a bien essayé pendant des mois de faire campagne contre des boucs émissaires : l’Union européenne, l’Ukraine, Volodymyr Zelensky… Mais même dans les zones rurales, cette propagande massive n’a pas pris. Ce n’est pas que la Hongrie profonde soit férocement pro-ukrainienne, mais plutôt que l’enjeu principal du vote portait sur les conditions matérielles d’existence.

Pourtant, lors des précédentes élections, Orbán avait su parler à cette partie-là du pays, dégainant son carnet de chèques, achetant les classes rurales à coups de subventions et de cadeaux financiers. Mais depuis, la logique népotiste à l’œuvre a considérablement réduit le nombre de bénéficiaires du régime… Le système s’est rabougri. Alors qu’en face, l’opposition hongroise, elle, s’est rassemblée derrière ce jeune libéral pour, d’abord, détruire un système, les partis de centre gauche ayant même décidé de se retirer des élections pour lui laisser le champ libre.

Plus tard, quel Magyar ?

Toute la question est de savoir si, au pouvoir, Péter Magyar restera le libéral qu’il était en campagne, s’il acceptera un plus grand équilibre social pour son pays et un pluralisme politique plus affirmé qu’il ne l’est aujourd’hui. Ou s’il construira à son tour son propre système.

Procès d’intention ? La question est pourtant légitime lorsqu’on sait qu’Orbán lui-même avait été élu la première fois en europhile convaincu et en héraut du libéralisme. Comme Recep Tayyip Erdoğan en son temps. Comme tant de libéraux qui, parvenus au pouvoir, se sont transformés en dirigeants autoritaires et en censeurs des opinions divergentes.

Il faut espérer que la société civile hongroise retienne les leçons de l’histoire. Les nationalistes français, qui ont soutenu Orbán, eux, devraient franchement réviser la leur. Ils n’ont jamais compris le rôle de la Hongrie dans l’architecture économique mise en place par l’ex-chancelière allemande Angela Merkel, notamment contre les intérêts économiques français.

Jusqu’à l’invasion de l’Ukraine par la Russie, en février 2022, la Hongrie avait trois fonctions pour l’Allemagne. D’abord, raffiner le pétrole russe nécessaire à son industrie. Ensuite, offrir à cette dernière une main-d’œuvre à faible coût. Enfin, soutenir la politique de Merkel dans les institutions européennes. Au début, d’ailleurs, la Commission dirigée par Ursula von der Leyen était dans cette continuité. D’autant que les accrocs faits à l’État de droit par Orbán étaient encore marginaux…

Au service de l’Allemagne

La Hongrie jouait donc alors un rôle d’hinterland industriel, essentiel à la puissance exportatrice allemande. Budapest a également aidé notre voisin d’outre-Rhin à démanteler de nombreuses protections dans le secteur agroalimentaire européen, affaiblissant considérablement nos agriculteurs. Par ailleurs, la Hongrie est devenue une porte d’entrée stratégique pour les produits chinois en Europe, fragilisant certaines PME françaises.

Certes, Orbán a posé problème au patronat allemand sur la question migratoire, ce dernier ayant « besoin » de 400 000 migrants adultes en âge de travailler par an. Mais le conflit sur les réfugiés de 2015 n’a pas durablement abîmé l’alliance avec l’Allemagne. Rappelons que la République fédérale allemande a soutenu financièrement la minorité germanophone en Hongrie dans un cadre culturel et institutionnel, et ses représentants ont souvent voté avec le Fidesz – ce qui a contribué indirectement à renforcer la majorité d’Orbán.

« La fascination des autoproclamés patriotes français pour Orbán, malgré ses positions contraires à nos intérêts nationaux, reste difficile à expliquer. »

L’équilibre, pour ce dernier, a été rompu avec l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Les sanctions et le ralentissement du marché chinois ont profondément affaibli le modèle économique sur lequel reposait le système Orbán. Incapable de se réinventer, celui-ci s’est enfoncé davantage dans la corruption.

Ainsi, l’effondrement du modèle hongrois accompagne celui du modèle économique allemand. Péter Magyar semble en avoir pris acte : ses premières destinations diplomatiques annoncées sont Varsovie, Vienne et Bruxelles, et non Berlin – ni Paris d’ailleurs. Il n’en demeure pas moins que la fascination des autoproclamés patriotes français pour Orbán, malgré ses positions contraires à nos intérêts nationaux, reste difficile à expliquer – tout comme l’attachement persistant d’autres responsables politiques à une relation franco-allemande hélas si souvent toxique.

Symboliquement, cette défaite d’Orbán est perçue en Europe comme un revers pour les droites populistes. Elle pourrait marquer un début de reflux, lié à leur incapacité à améliorer concrètement les conditions de vie des habitants. Mais constitue-t-elle pour autant une victoire de l’Europe libérale ? Le Parlement hongrois ne compte désormais plus aucun élu de gauche et le pluralisme politique reste fragilisé.

Tout dépend désormais de la capacité de la société hongroise, marquée par son histoire – notamment par le souvenir de l’insurrection de 1956 –, à imposer une véritable ouverture démocratique. Quant à Péter Magyar, il s’agit de savoir s’il va jouer une version hongroise du Guépard, le roman de Giuseppe Tomasi di Lampedusa selon lequel il faudrait– la phrase est archi connue mais hélas souvent vraie – que « tout change pour que rien ne change ».

Mathieu Pouydesseau

Israël vers la fin de l’État de droit ?

Ça va me coûter des amis, mais tant pis.

Cette peine de mort votée en Israël centrée par sa définition du terrorisme sur les seuls Arabes et assortie de la suppression du droit d’appel en passant par des tribunaux militaires, et donc loin de la justice et du droit contradictoire (une pensée pour Robert Badinter…), est un concentré de la fin de tout ce qui séparait Israël par sa démocratie et son État de droit des régimes tels l’Iran ou la Syrie, etc.

Israël est rentré depuis quelques années dans un projet post-sioniste aussi étrange que ce soit de le dire.

Le projet d’un foyer d’accueil d’un foyer juif démocrate, humaniste et protecteur contre les inquisitions antisémites qui n’ont jamais cessé, tout ça est loin maintenant et n’est plus le sujet.

Une preuve pas assez dite est que pour la première fois de son histoire les départs d’Israéliens sont plus nombreux que les arrivées : le sionisme historique est donc fini, bien fini.

Ces départs sont ceux en majorité de diplômés libéraux qui, comme aux USA, n’y trouvent plus leur compte alors qu’en face les colons ultra-religieux, familles de barbus et de voilées comme d’autres, ont une démographie galopante et nettoient la Cisjordanie avec des méthodes qu’on a connues naguère en ex-Yougoslavie.

En France, mes amis de la communauté juive insultent, loin de là-bas, Delphine Horvilleur et les juifs libéraux qui n’avaient fait que relayer les cris d’horreur du président d’Israël Isaac Herzog (un type tout à fait remarquable à tout point de vue dans la tempête) face à Netanyahu, avec la même radicalité symétrique que les amis de Rima Hassan qui comme eux ne veulent que d’un État du Jourdain à la mer par éradication ethnique.

Cette symétrie, cette ressemblance croissante et frappante des éléments de langage des deux camps si loin du front ne fait pour l’heure que diviser la société française entre les communautés : les votes communautaires pour Zemmour ou Le Pen comme pour LFI ne sont pas une bonne nouvelle pour la République, sans d’ailleurs que tous ces vacarmes ne changent quoi que ce soit à ce qui se passe là-bas, sur place.

J’ai l’âge (hélas) d’avoir connu la propagande des années 1970 et 1980 où après avoir affirmé le droit à la libre critique, certains traitaient d’agent « objectif » de la CIA et des grands capitalistes tout début tous ceux qui s’essayaient à la critique de la Russie héroïque (etc. etc.) par la technique de l’insulte et de l’amalgame manichéen / paranoïaque.

On en est à nouveau bien là et ça finira pareil.

Laissons crier les oies du Capitole, gardons raison et humanisme, rappelons nous que quand un ami fonce vers le mur en klaxonnant, l’ami vrai crie, le faux-ami crie bravo.

Je crie pour eux, et je marche ici mon chemin, même si ce n’est pas en rang parallèles, en regardant bien les photos de ma famille qui a tant payé la folie des hommes.

Jean-Alain Steinfeld

Soutien au peuple iranien

communiqué de presse du vendredi 2 janvier 2026

Depuis une semaine, le peuple iranien a repris la révolte contre le régime barbare des mollahs.

Partant de protestations contre l’inflation et le marasme économique, le mouvement s’est étendu aux principales villes. La théocratie sanguinaire a riposté comme à son habitude, abattant au moins cinq manifestants.

La Gauche Républicaine et Socialiste réaffirme son soutien sans faille au peuple iranien qui lutte pour en finir avec la dictature de la République Islamique.

Quatre ans après les émeutes provoquées par l’exécution de Mahsa Amini par la police des mœurs parce qu’elle refusait le voile obligatoire, c’est un nouveau vent de révolte que les islamistes veulent écraser dans le sang. Nous soutiendrons sans réserve celles et ceux qui, au contraire, veulent écraser l’infâme.

Après la joie de la Libération de Boualem Sansal, le constat d’échec face au régime autoritaire algérien


La libération de Boualem Sansal le 12 novembre 2025, après une année de détention en Algérie, représente un moment charnière dans les relations diplomatiques entre l’Europe et le Maghreb, tout en révélant les dysfonctionnements profonds d’un régime autoritaire qui continue de museler toute forme de dissidence.

La diplomatie allemande réussit là où le gouvernement Macron-Bayrou-Retailleau avait échoué

Cette libération, obtenue grâce à l’intervention décisive de l’Allemagne, souligne l’échec relatif de la diplomatie française à résoudre une crise qui dépasse largement le cadre individuel de l’écrivain. L’implication de Berlin, plutôt que de Paris, n’est pas fortuite : elle s’explique par les liens économiques étroits entre l’Allemagne et l’Algérie, ainsi que par la relation personnelle entre le président algérien Abdelmadjid Tebboune et les autorités allemandes, notamment après les soins médicaux reçus par Tebboune en Allemagne en 2020.

Cette médiation allemande a permis de contourner l’impasse franco-algérienne, marquée par une accumulation de contentieux et une dégradation des relations bilatérales depuis la reconnaissance par Emmanuel Macron de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental en septembre 2024. Cette annonce, perçue comme une provocation par Alger alors qu’elle ne constituait pas une innovation dans la position française, avait opportunément servi de prétexte pour faire monter la tension entre les deux pays ; elle avait été rapidement suivie par l’arrestation de Sansal deux mois plus tard, le 16 novembre 2024.

Bruno Retailleau ou l’art de saboter la diplomatie française

L’incapacité de la France à obtenir seule cette libération s’explique en grande partie par les choix politiques et diplomatiques adoptés au cours de l’année écoulée, notamment sous l’impulsion de l’ancien ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau. Ce dernier avait fait le choix, pour des raisons de politiques intérieures, d’une posture de confrontation systématique avec l’Algérie, multipliant les déclarations publiques hostiles et prônant un « rapport de force » au nom d’une « fierté française » souvent perçue comme une provocation par les autorités algériennes. Cette stratégie, loin de renforcer la position de la France, a au contraire rigidifié les positions d’Alger, qui ne manque jamais une occasion de jouer la carte de la victimisation pour faire monter les enchères. Elle a en définitive rendu toute négociation discrète ou médiation impossible.

La libération de Sansal n’a été obtenue qu’après le départ de Retailleau du gouvernement et son remplacement par Laurent Nuñez, dont l’approche plus mesurée a permis un apaisement relatif des tensions. Ce changement de ton a illustré l’importance des mots et des postures dans une relation aussi chargée d’histoire et d’affects que celle entre la France et l’Algérie, où chaque geste est instrumentalisé à travers le prisme d’un passé colonial non résolu.

Un procès politique : la justice algérienne au service de la répression

L’arrestation de Boualem Sansal, accusé d’« atteinte à l’unité nationale » après avoir évoqué dans une interview le rattachement à l’Algérie de territoires autrefois sous souveraineté marocaine, a servi de prétexte au régime pour réprimer une voix critique et dissuader toute contestation. Cette accusation, floue et largement instrumentalisée, a permis aux autorités algériennes de justifier une condamnation à cinq ans de prison, prononcée dans le cadre d’un procès expéditif et marqué par des irrégularités procédurales.

La récusation de son premier avocat, François Zimeray, sous prétexte de ses origines juives, a révélé la manière dont le régime utilise les clivages identitaires et les manipulations historiques pour discréditer ses opposants. Le régime de Tebboune et des militaires prétend ainsi s’appuyer sur la solidarité de la « Rue algérienne » avec les Palestiniens ; comme de nombreux régimes autoritaires arabes, elle réduit tous les juifs (ou celles et ceux qui sont supposés l’être) à une posture intrinsèque de complicité non seulement avec l’État d’Israël, mais surtout avec le gouvernement d’extrême droite de Benyamin Netanyahu responsable des atrocités actuelles contre les civils à Gaza (mais aussi les exactions en Cisjordanie). En agissant de la sorte, elle entretient ou éduque le peuple algérien à un antisémitisme de fait, qui peut difficilement se camoufler derrière l’antisionisme ; les conséquences de cette propagande dépasse évidemment le territoire algérien lui-même.

Ce procès, mené dans une opacité totale, a reflété la volonté du pouvoir algérien de faire taire une figure emblématique de la dissidence intellectuelle, tout en envoyant un message clair à la communauté internationale sur sa détermination à écraser toute velléité de contestation.

Les conditions de détention de Boualem Sansal, telles qu’il les a décrites après sa libération, offrent un aperçu glaçant de la brutalité du système carcéral algérien et de son utilisation comme instrument de terreur politique. Âgé de 81 ans et souffrant d’un cancer de la prostate, l’écrivain a été soumis à des traitements inhumains, marqués par l’isolement prolongé, le manque d’accès aux soins médicaux et une campagne de haine orchestrée par les médias officiels. Cette campagne, qui a présenté Sansal comme un « traître » à la solde de l’étranger, a non seulement aggravé sa situation en prison, mais a également créé un climat de lynchage médiatique, où se sont cristallisées les frustrations et les rancœurs d’une société profondément divisée.

La détention de Sansal a ainsi servi de miroir aux fractures de l’Algérie contemporaine, où le pouvoir cultive délibérément les divisions et la stratégie du bouc émissaire pour mieux régner. L’écrivain a décrit son expérience comme une « descente aux enfers », où la solitude et la violence psychologique ont été utilisées comme armes pour briser sa résistance morale. Ces méthodes, loin d’être exceptionnelles, s’inscrivent dans une stratégie plus large de répression des opposants, où la prison devient un lieu de destruction physique et mentale, destiné à dissuader toute velléité de contestation. La libération de Boualem Sansal, si elle nous réjouit, ne saurait occulter l’absence de résolution des différends structurels entre la France et l’Algérie.

La mémoire coloniale, champ de bataille diplomatique d’Alger contre la France

Ces tensions, enracinées dans une histoire coloniale non résolue, sont constamment réactivées à des fins politiques. Pour le régime algérien, la référence constante à la colonisation française sert de ciment idéologique, permettant de mobiliser la population autour d’un récit national victimisant et de justifier la répression des voix critiques au nom de la « défense de la souveraineté nationale ». Il ne s’agit en aucun cas de contester ici la violence qu’a représentée colonisation française en Algérie : les débats médiatiques en France illustrent encore largement l’incapacité d’une partie de notre société à faire face à cette mémoire, comme lorsque que Jean-Michel Apathie – qui n’est pas forcément notre référence préférée – a été vilipendé pour avoir rappelé la nature criminelle de la conquête de l’Algérie et les « enfumades » organisées par les troupes du Général Bugeaud. Pour autant, les difficultés actuelles de l’Algérie, indépendante depuis 63 ans, sont avant tout la résultante de la mise en coupe réglée du pays par des clans militaro-affairistes qui détournent les richesses immenses du pays au détriment de son peuple. Durant ces 63 années, l’Algérie et ses dirigeants successifs ont pourtant bénéficié à plein du soutien de la France, des Soviétiques et de nombreux partenaires occidentaux pour se développer. Cette instrumentalisation de l’histoire se double d’une stratégie de chantage diplomatique, où Alger utilise les contentieux mémoriels pour obtenir des concessions de la part de Paris, tout en refusant toute remise en question de ses propres pratiques autoritaires.

La France, de son côté, a toujours oscillé entre une volonté de tourner la page de la colonisation (le travail mémoriel engagé sous l’égide de Benjamin Stora) et la tentation de répondre aux provocations algériennes par des mesures symboliques, comme la reconnaissance de la marocanité du Sahara occidental. Cette dynamique rend toute réconciliation durable extrêmement difficile entre les deux Etats qui restent prisonniers d’un dialogue de sourds. Tant que les questions de mémoire prendront le pas sur les enjeux concrets de coopération économique, sécuritaire, migratoire et humains, ce sont les deux peuples qui en feront les frais.

Les « accords de 1968 » : un débat français qui arrange le régime algérien

Dans ce contexte, les débats récurrents en France sur la révision des « accords de 1968 », qui régissent les conditions de circulation et d’installation des Algériens en France, apparaissent comme une diversion politique. Ces accords, souvent présentés comme un symbole des « privilèges » accordés à l’Algérie, sont en réalité bien moins avantageux qu’il n’y paraît.

Signés dans un contexte de dégradation des relations bilatérales après l’indépendance (les accords d’indépendance de 1962 n’ont jamais vu leur traduction humaine), ils visaient initialement à encadrer strictement les flux migratoires et à éviter une rupture totale entre les deux pays. Depuis, ils ont été révisés à trois reprises, dans un sens toujours plus restrictif, réduisant progressivement les spécificités algériennes par rapport aux autres accords migratoires conclus par la France. Leur remise en cause, régulièrement agitée par une partie de la classe politique française, à droite et à l’extrême droite, relève donc davantage d’un symbolisme politique que d’une nécessité pratique.

Elle s’inscrit dans une logique de surenchère mémorielle, où la dénonciation des « avantages » accordés à l’Algérie sert à flatter une partie de l’opinion sensible aux discours identitaires, tout en alimentant les tensions avec Alger. Pour le régime algérien, ces débats sont une aubaine : ils lui permettent de se poser en défenseur des droits de ses ressortissants en France et de détourner l’attention des problèmes internes, tout en maintenant une pression constante sur la France.

L’Algérie de Tebboune : une fuite en avant autoritaire

Au-delà du cas de Boualem Sansal, la nature du régime algérien se révèle dans toute sa brutalité à travers la répression systématique des opposants et des détenus d’opinion. Sous la présidence d’Abdelmadjid Tebboune, l’Algérie a engagé une fuite en avant autoritaire, marquée par un verrouillage accru de l’espace politique, médiatique et associatif. Les promesses du Hirak, ce mouvement populaire de 2019 qui avait contraint le président Abdelaziz Bouteflika à la démission et porté l’espoir d’une transition démocratique, ont été tragiquement trahies. Le régime, plutôt que de répondre aux revendications de justice sociale et de liberté, a choisi de durcir sa répression, utilisant les tribunaux, la police et les médias d’État pour écraser toute forme de contestation. Les arrestations arbitraires se multiplient, visant aussi bien des militants politiques que des journalistes, des artistes ou de simples citoyens osant critiquer le pouvoir sur les réseaux sociaux. Les condamnations pour « apologie du terrorisme », « atteinte à l’unité nationale » ou « offense aux institutions de l’État » se comptent par centaines, souvent prononcées à l’issue de procès expéditifs, sans respect des droits de la défense. Les prisons algériennes regorgent ainsi de détenus d’opinion, dont beaucoup croupissent dans l’oubli, loin des projecteurs médiatiques. Parmi eux, des figures emblématiques comme le poète Mohamed Tadjadit, surnommé « le poète du Hirak », condamné à 5 ans de prison pour des vers jugés subversifs, ou encore des dizaines de militants anonymes, arrêtés pour avoir participé à des manifestations ou partagé des publications en ligne. Cette répression ne se limite pas à l’incarcération : elle s’étend à une censure généralisée, où les médias indépendants sont étouffés, les réseaux sociaux surveillés et les voix critiques systématiquement diabolisées.

Dans ce tableau sombre, la détention du journaliste français Christophe Gleizes, condamné dès juin 2025 à 7 ans de prison pour « apologie du terrorisme », constitue un cas emblématique de l’arbitraire judiciaire algérien et de son utilisation comme outil de pression diplomatique. Gleizes, dont les accusations portées contre lui sont largement considérées comme infondées, est devenu, à l’instar de Sansal, un otage du régime, utilisé pour négocier avec la France et envoyer un message aux autres journalistes étrangers tentés de couvrir la situation en Algérie. Sa condamnation, prononcée dans des conditions opaques et sans preuve tangible, reflète la volonté du pouvoir algérien de contrôler strictement le récit médiatique sur le pays et de dissuader toute investigation indépendante. La libération de Gleizes est devenue une priorité pour la diplomatie française, qui espère profiter du dégel relatif des relations bilatérales pour obtenir sa libération. Un espoir douché par la confirmation de sa condamnation en appel. Tant que les autorités d’Alger continueront à utiliser la justice comme une arme politique, tant que les opposants seront emprisonnés pour leurs idées et tant que les médias indépendants seront réduits au silence, le pays restera prisonnier d’un cycle de répression et d’immobilisme.

L’Algérie peut-elle encore espérer la démocratie ?

Pour Boualem Sansal, dont la libération a été accueillie avec un immense soulagement par les véritables amis de la liberté de conscience et de la liberté d’expression, cette épreuve n’a pas entamé la conviction que l’Algérie peut et doit évoluer vers la démocratie. Dans ses premières déclarations après sa sortie de prison, l’écrivain a réaffirmé son attachement à son pays et son refus de vivre dans la peau d’un « gracié », une condition qu’il juge humiliante et incompatible avec sa dignité. Sa grâce présidentielle, si elle a mis fin à sa détention, ne constitue en rien une réhabilitation : c’est une concession arrachée par la pression internationale, plutôt que comme une reconnaissance de son innocence.

Cette distinction est fondamentale : elle révèle la profondeur du fossé entre le régime algérien, qui refuse toute remise en question de ses méthodes, et les citoyens qui aspirent à la justice et à la liberté. Sansal a ainsi exprimé son désir de retourner en Algérie, non pas pour s’y soumettre, mais pour y entrer et en sortir librement, comme un acte de résistance symbolique et une manière de « se réparer » moralement. Ce projet, s’il est risqué, témoigne d’une foi inébranlable dans la possibilité d’un changement, même si les perspectives en semblent aujourd’hui extrêmement limitées.

Les obstacles à une telle évolution sont immenses. Le régime algérien, conscient de la menace que représentent les voix indépendantes, a verrouillé tous les espaces de contestation, utilisant la répression, la censure et la propagande pour maintenir son emprise sur le pays. Les espoirs nés du Hirak, qui avaient un temps laissé penser à une possible transition démocratique, se sont heurtés à la réalité d’un système politique profondément ancré dans ses pratiques autoritaires et soutenu par une élite qui n’a aucun intérêt à voir émerger un véritable État de droit.

Les divisions au sein de la société algérienne, exacerbées par des décennies de manipulation politique et de discours clivants, rendent également difficile l’émergence d’un mouvement unifié capable de porter des revendications démocratiques. Dans ce contexte, les perspectives d’un changement de régime apparaissent lointaines, d’autant que le pouvoir algérien peut compter sur le soutien, ou du moins la complaisance, de nombreux acteurs internationaux, attirés par les opportunités économiques offertes par le pays, notamment dans le secteur énergétique. Pourtant, malgré ces défis, Boualem Sansal refuse de céder au pessimisme. Nous espérons avec lui que l’histoire n’est jamais écrite d’avance, et les régimes autoritaires, aussi solides qu’ils paraissent, finissent toujours par s’effondrer sous le poids de leurs propres contradictions. Son combat, comme celui de nombreux autres opposants algériens, reste donc celui de la persévérance : continuer à écrire, à penser et à résister, même dans l’adversité, pour préparer le terrain à un avenir meilleur.

La France face à ses responsabilités

La libération de Boualem Sansal ne doit pas faire oublier la gravité de la situation en Algérie. Tant que le régime continuera à emprisonner ses opposants, à museler la presse et à instrumentaliser l’histoire à des fins politiques, le pays restera prisonnier d’un cycle de répression et d’immobilisme. La France, de son côté, doit tirer les leçons de cette crise et repenser sa relation avec l’Algérie, en évitant les pièges de la surenchère mémorielle et en privilégiant un dialogue exigeant, centré sur les enjeux concrets plutôt que sur les symboles. La libération de Christophe Gleizes est une étape incontournable et elle est loin d’être acquise, mais elle ne saurait suffire à elle seule à résoudre les différends profonds qui opposent les deux pays.

Pour l’Algérie, la véritable question reste celle de son avenir : un pays riche de sa jeunesse, de sa culture et de son histoire peut-il continuer à se contenter d’un régime autoritaire, ou parviendra-t-il enfin à embrasser la voie de la démocratie ? La réponse à cette question dépend en grande partie des Algériens eux-mêmes, mais aussi de la volonté de la communauté internationale à ne plus fermer les yeux sur les exactions d’un régime qui, malgré ses discours, reste profondément anti-démocratique et oppressif.

Frédéric Faravel

Sophie Camard : « La réforme de la loi PLM est une occasion ratée de changer radicalement le système » – entretien dans Le Monde

La maire Gauche Républicaine et Socialiste du 1ᵉʳ secteur de Marseille dénonce les effets pervers du texte étudié au Sénat à partir de mardi 3 juin sur le scrutin municipal pour Paris, Lyon, Marseille, qui introduit « un grand nombre de difficultés techniques et fonctionnelles que les parlementaires n’ont pas forcément repérées ».

Sophie Camard est maire GRS du 1ᵉʳ secteur de Marseille et également conseillère municipale chargée de la réforme de la loi électorale pour Paris, Lyon, Marseille, dite « loi PLM ». L’entretien accordé au Monde a été publié mardi 3 juin 2025 à 10 heures.

Le Sénat étudie, à partir de mardi 3 juin, la proposition de réforme de la loi PLM. Vous avez été auditionnée par sa commission des lois avec d’autres maires de secteur. Quels points avez-vous soulevés ?

D’abord, j’ai remercié les sénateurs de s’intéresser à notre ressenti d’élus de secteur car, étrangement, le député Sylvain Maillard (Renaissance, Paris), qui a rédigé la proposition de loi, n’a jamais répondu à mes sollicitations. J’ai également dit que, à mon sens, réformer ce mode électoral qui date de 1982 est une nécessité démocratique. Enfin, je leur ai parlé de tous les effets pervers que ce texte allait entraîner pour les secteurs et les arrondissements. En apparence, cette loi est simple, mais, dans son état actuel, elle introduit un grand nombre de difficultés techniques et fonctionnelles que les parlementaires n’ont pas forcément repérées. Plus globalement, ce qui est dommage, c’est que l’on a raté l’occasion de changer radicalement le système.

Vous dénoncez notamment l’un des points centraux de la réforme, qui instaure deux votes, donc deux urnes – trois à Lyon avec la métropole – pour désigner les élus de la mairie centrale et ceux des secteurs…

C’est le cœur de l’absurdité de cette loi, qui a été présentée comme une loi de simplification. Le gouvernement dit qu’avec ces deux urnes, il laisse aux électeurs la liberté d’exprimer des choix différents pour leur ville et leur secteur. Mais c’est un faux cadeau. La mairie de secteur n’est pas une collectivité de plein exercice, elle a très peu de budget et de compétences. A Marseille, où la décentralisation est la moins poussée, elle est essentielle dans le contact avec la population, mais fonctionne en réalité comme un gros service de l’exécutif central. On va faire croire aux électeurs que leurs élus de secteur, dont certains sont bénévoles, auront le pouvoir d’appliquer le programme sur lequel ils ont été choisis. Forcément, cela entraînera de la frustration pour tout le monde.

Quels points peuvent être encore améliorés par les parlementaires ?

Il faut absolument revenir à un bulletin unique, qui lie les deux votes. Contrairement à la loi PLM, le texte proposé permet de présenter des listes complètement différentes et ouvre le risque d’une coupure totale entre élus de secteur et conseillers municipaux. On peut aussi se retrouver avec un maire qui n’a pas la majorité des secteurs et qui, s’il le décide, peut s’en désintéresser à l’extrême. Il y avait de nombreux champs de réforme, comme abaisser le nombre d’élus, travailler sur la taille ou sur les compétences des mairies de secteur…

propos recueillis par Gilles Rof (Marseille, correspondant)

20 ans du « non » au TCE : une trahison et 20 ans de perdus

Après une campagne intense et une forte mobilisation populaire, le traité établissant une Constitution pour l’Europe était rejeté par référendum le 29 mai 2005. Les institutions permirent ensuite au président Nicolas Sarkozy de bafouer ce vote en faisant adopter un texte jumeau : le traité de Lisbonne. Sous-estimé à l’époque, ce déni de démocratie marque pourtant un tournant dans la vie publique française.

Mais surtout 20 ans après, les anciens acteurs de la trahison – une partie des social-démocrates, les conservateurs et les libéraux européens – commencent tout juste à percevoir les effets dévastateurs d’une construction européenne qui n’a fixé aucune limite à la libre-circulation du capital. Non seulement le Traité de Lisbonne de 2008 a trahi les référendums français et néerlandais, mais il en a même rajouté, en consacrant le principe d’une circulation du capital sans limites intérieures ni extérieures et en donnant la compétence exclusive de la politique commerciale à l’Union Européenne (cela a accouché de la catastrophe en série des traités de libre-échange) !

Jusqu’à la guerre d’Ukraine et l’élection de Trump, il était proprement inconvenant ne serait-ce que de suggérer la mise en place d’une politique industrielle européenne. Aujourd’hui, la pesante et pénible machine bruxelloise commence à prendre conscience que le libre-échange n’est pas paré de toutes les vertus. Mais pour l’instant, pratiquement rien ne bouge. Pire Ursula Von der Leyen continue de faire comme avant et de ne jurer que par la « Sainte-Trinité » néolibérale – austérité budgétaire, concurrence féroce (à l’intérieur et à l’extérieur), libre-échange généralisé –, alors même que plusieurs gouvernements européens se relèvent peu eu peu avec la gueule de bois. Pourtant le temps presse pour sauver l’industrie et la production européennes.

Les solutions existent. L’Europe a un besoin urgent d’investissements productifs adossés sur une politique budgétaire volontariste, qui pourrait s’inspirer de l’exemple américain : soutien actif à la relocalisation, mise en place de barrières écologiques et sociales à l’entrée du marché, grands projets d’infrastructures. On ajoutera : « et contrôle des flux de capitaux ».

Injonctions contradictoires

À la relance budgétaire devrait aussi correspondre une politique monétaire analogue à celle qui a amorti la crise durant les années 2010, en « monétisant » une partie des dettes publiques. On sait peu, par exemple, que 25% de la dette française est détenue par la Banque de France, pour le compte de la BCE. Ce qui réduit d’autant, en réalité, notre ratio dette/PIB. Pour donner à nos industries toutes leurs chances, les nouveaux investissements stratégiques financés par des emprunts d’États devraient bénéficier des mêmes « facilités quantitatives ».

Les annonces de la Commission sur le secteur de la défense vont dans ce sens, qui en sortent les investissements publics du calcul du déficit. C’est une bonne nouvelle. Mais pourquoi s’en tenir au seul secteur de la défense ? Pourquoi ne pas faire de même pour les investissements écologiques, technologiques et numériques ? Mais nous n’en sommes qu’aux annonces. Et pendant que le temps passe, le risque du « business as usual » avec Ursula nous guette.

Il est temps de sortir l’UE de sa matrice néolibérale et de restaurer le rôle de la puissance publique. Mais la force d’inertie idéologique des dirigeants européens et surtout des traités la retient, et la ramène à ses fondamentaux : le tout-marché et la concurrence libre et non faussée. C’est la raison pour laquelle l’UE envisage une étape supplémentaire de dérégulation massive pour « lever les freins à la croissance ».

Ainsi le rapport Draghi, qui a fait grand bruit, est axé sur deux orientations : la relance de l’investissement productif et la dérégulation. Les rapports de force entre États et la perméabilité des technocrates de la Commission aux thèses du patronat se sont conjugués pour ne pas trop en faire sur l’investissement et se concentrer sur la dérégulation. Or il s’agit là d’un risque mortel pour l’Europe : les gagnants de la dérégulation ne seront pas les Européens mais leurs concurrents internationaux, qui n’attendent que ça pour faire encore plus baisser le prix de leurs exportations.

Il serait insensé de réduire notre ambition écologique ou nos règles relatives à la bonne gouvernance des entreprises, et encore moins celles relatives à la sécurité des produits, notamment agricoles. D’autant que bon an mal an, les entreprises les respectent et maintiennent ainsi un niveau de qualité qui demeure un vrai avantage compétitif.

Reprendre la main

Plutôt que réduire nos règles au niveau de la moyenne mondiale, il faudrait au contraire les imposer à toutes les entreprises non-européennes dont les produits, notamment agricoles, inondent notre marché intérieur.

L’Union Européenne et ses États membres ont besoin d’investissements. Ils ont besoin d’action publique, ils ont besoin de réglementation et de contrôle des flux. Les citoyens sont en demande d’État et supportent de plus en plus mal leur rétraction imposée de l’extérieur, avec la complicité d’élites technocratiques néolibérales.

Seule la puissance publique peut préserver leurs libertés fondamentales, et les citoyens mesurent de plus en plus les dégâts économiques du recul de l’État. Et enfin les citoyens veulent que l’État les aide, les protège et les soutienne dans leur lutte quotidienne pour une vie digne. L’impuissantement de l’État conduit au rejet. Nos ennemis l’ont compris : l’attraction sur les classes populaires exercée par le RN en France, et a fortiori par un Trump aux États-Unis, trouve une partie de sa source dans cette promesse d’action. La débâcle macronienne laisse la gauche seule, à tout le moins en première ligne, pour résister à la progression de l’autoritarisme et du nationalisme. Pour y parvenir, elle doit convaincre les classes populaires et moyennes qu’elle est à leur service et qu’elle agira avec détermination en leur faveur, y compris en s’affranchissant de certaines règles, européennes pour la plupart, qui interdisent au politique de peser vraiment sur l’économie.

20 ans après le rejet du TCE, il est temps de remettre les choses dans l’ordre et le temps nous est compté.

Trump fait taire la « Voix de l’Amérique »

Voice of America a été la grande radio, qui a agi pour que le bloc soviétique se fissure : cette radio va être débranchée. L’administration Trump a décidé des centaines de licenciements dans ce média public ; la Russie et la Chine se félicitent évidemment de ces licenciements.

Plusieurs employés de VOA qui ne pouvaient pas entrer dans leurs locaux ce samedi se sont entretenus avec des médias, en demandant l’anonymat pour se prémunir de toutes représailles : « On a fait taire la voix de l’Amérique, du moins pour l’instant », disait un reporter chevronné à CNN. « Ce n’est pas que notre salaire qui est en jeu », disait un employé de Radio Free Asia interrogé par France 24. « Nous avons des employés et des pigistes qui craignent pour leur sécurité. Nous avons des journalistes qui travaillent dans des pays autoritaires en Asie, nous avons des journalistes aux États-Unis qui craignent l’expulsion si leurs visas ne sont pas renouvelés. » « On nous a effacés d’un coup de stylo, poursuivait cet employé, c’est tout simplement atroce ».

VoA, un combat pour les libertés parfois à géométrie variable

« Les autocrates du monde entier font des sauts de joie. Hindenburg [sic], Hitler n’avaient pas réussi à faire taire la voix de l’Amérique, Staline, Vladimir Poutine, Mao non plus, les Ayatollahs en iran n’ont pas réussi à le faire, mais Donald Trump vient de réduire au silence la voix de la liberté. Pour la première fois depuis 1942, VoA a été retirée de l’antenne », écrit un éditorialiste du Washington Post.

La chaîne Voice of America avait été souvent critiquée pour son manque d’indépendance et son tropisme pro-américain dans sa couverture des faits dans les années 1950 à 1980. Accusée d’être « négligente » face au communisme par McCarthy, elle a été détachée du Département d’État américain en 1953 par Eisenhower ; cela ne l’avait pas empêché d’être un vecteur pour préparer les opinions latino-américaines avant divers coups d’État au Guatemala et en République Dominicaine ou avant l’opération de la Baie des Cochons à Cuba. Sa petite sœur Radio Free Asia, fondée en 1951 par la CIA pour contrer la nouvelle Chine communiste, a quant à elle servi de porte-voix à la propagande américaine durant toute la guerre du Viet Nâm.

Pourtant, elle jouait également un rôle crucial dans des pays où s’exerce un contrôle drastique des médias comme l’Iran, la Chine populaire ou la Corée du Nord ; elle a joué un rôle important dans la mise au jour de l’univers concentrationnaire au Xinjiang et de l’oppression des Ouïghours. VoA y avait également dénoncé les tentatives d’ingérence du gouvernement chinois dans les élections aux États-Unis, contré les efforts du régime de pékin pour dissimuler les origines de la pandémie de Covid.

Agence de presse, radio, télévision, VoA et ses réseaux avaient progressivement gagné leurs galons d’indépendance, résistant aux pressions de l’administration Bush après le 11-Septembre.

La joie des dictateurs et des usines à fakenews

L’administration a mis en congé, donc, la quasi-totalité de ses 1300 employés et l’administration a fermé les stations sœurs de VoA, Radio Free Europe, Radio Liberty et Radio Free Asia. « La voix de l’Amérique, le soi-disant symbole de la liberté, a été jeté par son propre gouvernement comme un vieux chiffon » s’est réjoui en Chine, le Global Times, l’organe de presse international du parti communiste chinois, qui qualifie également VoA d’usine à mensonge. La Russie se réjouit également de la disparition de ce média indépendant, qu’elle avait qualifié l’an dernier d’organisation indésirable.

« Trump a annoncé la fermeture soudaine de radio liberty et de VoA. C’est une bonne décision », selon la rédactrice en chef du média d’État russe, RT, Margarita Simonian, sur le plateau de Rossia Adin. Dans la foulée, le présentateur Vladimir Solofief s’est amusé de la fermeture de tous les médias indépendants américains avec la fin de leur financement. « C’est génial », renchérit la rédactrice en chef de RT, comme le montre le magazine newsweek.

L’audience de VoA était estimée à plus de 400 millions d’auditeurs, de téléspectateurs, d’internautes, pour une diffusion en 63 langues, selon le magazine conservateur Washington Examiner.

Le monde des « faits alternatifs »

« Les propagandistes chinois ont tout à gagner à faire taire les voix de la vérité et de la liberté », a dénoncé le Washington Post. Apparemment, l’administration Trump a le même intérêt.

Entre 2015 et 2021, Donald Trump avait publié plus de 2490 messages négatifs sur le média national, selon la base de données U.S. Press Freedom Tracker. Et cela ne prend en compte que ses messages sur les réseaux sociaux, dans lesquels il a régulièrement qualifié des chaînes, des journaux de « propagateurs de fake news » et d’« ennemis du peuple ».

Depuis son retour à la Maison-Blanche, l’administration Trump a retiré leur agrément et leur bureau au Pentagone à quatre médias : le New York Times, NBC News, NPR, et Politico.

Frédéric Faravel

Redonner du pouvoir aux travailleurs. Entretien avec Étienne Colin – Les Jeudis de Corbera [PODCAST]

Dans le cadre des « Jeudis de Corbera », nous recevions Étienne Colin, Avocat au barreau de Paris en droit du travail, membre de l’Observatoire du dialogue social de la Fondation Jean-Jaurès et Enseignant à l’université Paris I Panthéon-Sorbonne  en Master 2 de Relations professionnelles.

Le thème exploré pour ce jeudi 27 février 2025 est « Redonner du pouvoir aux Travailleurs« .
Cela s’inscrit dans un contexte social difficile, car les fermeture d’entreprises, les « plans sociaux » et licenciements reprennent. D’autre part, depuis plusieurs années est engagé un débat autour du travail : les Français n’aimeraient pas le travail et en contesteraient la valeur, alors qu’en réalité ce sont les conditions de travail et de rémunération qui sont mises en cause ainsi que l’absence de respect et de reconnaissance pour ce qu’apportent les travailleurs. Il ne faut pas non plus sous-estimer les changements d’organisation et de comportement qui favorisent l’individualisation, de pénibilité, de stress…

C’est sur ces questions que Marie-Noëlle Lienemann et Carole Condat ont interrogé et débattu avec Étienne Colin en lui demandant de s’intéresser également et tout particulièrement à l’état de la démocratie sociale ; au-delà des constats, le sujet est aussi de suggérer des pistes pour redonner de la force à cette démocratie sociale et de la valeur au travail et aux travailleurs.

Bonne écoute du podcast !

Vous trouverez plus bas le podcast organisé en deux parties pour une écoute thématique.

1. Repenser la démocratie sociale

– La démocratie n’est pas que politique, elle doit aussi être sociale et irriguée intermédiaires re-légitimés (A. Supiot)

– Pourquoi a-t-elle été considérablement affaiblie ces dernières années ? Rupture avec la conférence sociale en 2014 / Rejet de la négociation interprofessionnelle et mise à distance de la branche / Primauté du « tout entreprise » / Recul du rôle de l’Etat

– Impasse dans des sociétés dont le fonctionnement s’est horizontalisé et où les réponses ne peuvent plus être uniformes et  tomber d’en haut / Nécessité de créer du dialogue à tous les niveaux, pour donner un débouché à la confrontation sociale, sans peur du nécessaire conflit

– Interroger le « fait syndical » : Particularités du syndicalisme français / Comparaisons internationales / Situation de la social-démocratie / Evolutions possible ou nécessaires

– Quelle démocratie sociale ? Rôle de l’Etat / Tripartisme / Hiérarchie des normes

2. Donner du pouvoir aux salariés dans l’entreprise

– Garantir un haut niveau de protection individuelle : Santé-sécurité / Conditions de travail / Durée du travail / Stabilité de l’emploi

– Renforcer la citoyenneté dans l’entreprise : Liberté d’expression / Libertés fondamentales (harcèlements/discriminations /égalité de traitement)

– Protéger contre les difficultés économiques : « plans de sauvegarde de l’emploi », autres licenciements économiques

– Participation des salariés via leurs représentants : Administrateurs salariés ? Nécessité mais limites

– Concilier revendication/représentation/participation  = renforcer la négociation collective de travail

– Impossible sans une intervention résolue de l’Etat = tripartisme et non paritarisme béat (ex. édifiant de Bayrou avec les retraites)

Élections Allemandes : Mathieu Pouydesseau analyse les résultats [PODCAST]

Quel est l’impact des élections législatives allemandes sur l’Europe et ses voisins ?
Dans cet épisode du podcast « 10 minutes, le podcast des Français dans le Monde », Gauthier Seys interrogeait lundi 24 février 2025 Mathieu Pouydesseau sur les répercussions potentielles des récentes élections législatives allemandes.

Alors que l’Allemagne, pilier central de l’Union européenne, traverse une période de bouleversements politiques, quelle influence cela pourrait-il avoir sur ses voisins, notamment la France ? Ce questionnement introduit une discussion captivante qui explore les dynamiques politiques actuelles en Allemagne et leurs implications plus larges.

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