PPL Yadan : un très mauvais service rendu à la lutte contre l’antisémitisme

La perspective de l’examen le 16 avril prochain par l’Assemblée Nationale de la proposition de loi (PPL) visant à lutter contre les « formes renouvelées de l’antisémitisme » tend le débat public, tout autant qu’il passe par-dessus la tête de la majorité de nos concitoyens.

Pour ajouter à la sérénité des débats, en pleine campagne des élections municipales, a été lancée le 18 février 2026 une pétition sur le site de l’Assemblée Nationale pour dénoncer avant même son examen le caractère liberticide de la PPL Yadan et appelant les députés à voter contre. Cette pétition, fortement relayée par la France Insoumise, a dépassé mardi 7 avril les 500 000 signatures, ce qui ouvre la perspective d’un débat dans l’hémicycle sur cette pétition, dont à nouveau sur la PPL et sur le vote des députés qui n’a pas encore eu lieu… Autant dire que le calendrier de l’Assemblée nationale va être durablement accaparé, dans un contexte où aucun débat politique serein ne semble possible, par des échanges sur le conflit et les massacres du Proche Orient, sur lesquels la France a perdu par ailleurs depuis longtemps toute capacité d’influence (comme le montre la faiblesse de ses interventions face aux bombardements massifs du Liban et de sa population par l’armée israélienne).

À défaut d’avoir une prise sur les événements, il semble donc que la réalité du débat tel qu’il s’est installé depuis un an et demi (la PPL Yadan a été déposée sur le bureau de l’Assemblée Nationale le 19 novembre 2024) sert avant tout à régler des comptes ici en France, à montrer des muscles, lancer des anathèmes. On voit agir d’un côté comme de l’autre dans le seul but de consolider des socles, le cœur de ces socles, en prévision de nouveaux affrontements. C’est clairement un processus qui ne peut conduire qu’à fracturer un peu la communauté nationale, mais les « apprentis sorciers » qui touillent leur mixture ont ici peu de scrupules, qu’ils ne mesurent pas la portée de leurs actes ou qu’un cynisme absolu les animent.

Pourquoi la PPL Yadan pose-t-elle problème ?

Je fais partie de ceux qui ont fini par considérer que la députée Caroline Yadan est devenue « l’idiote utile » des antisémites. Il ne s’agit plus seulement avec son texte de qualifier d’antisémites ceux qui discriminent, harcèlent et agressent les juifs à raison de leur appartenance à une religion, une culture sociologique, réelle ou supposée ; il ne s’agit plus seulement de mettre en cause ceux qui appellent au meurtre et à la haine ou passeraient à l’acte ; il ne s’agit plus seulement de mettre en cause ceux qui voudraient purement et simplement détruire l’État d’Israël et donc jeter à la mer et tuer les 7 millions de juifs israéliens (parce que c’est cela que cela veut dire)…

Le préambule de la PPL Yadan pose ainsi comme interprétation de sa mise en application éventuelle de mettre en cause ceux qui critiquent la politique de l’exécutif de l’État hébreu, en donnant force juridique à l’adoption (très discutée) en 2019 par l’Assemblée nationale d’une résolution destinée à reconnaître la définition opérationnelle de l’antisémitisme de l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA). Cette définition est la suivante : « L’antisémitisme est une certaine perception des Juifs qui peut se manifester par une haine à leur égard. Les manifestations rhétoriques et physiques de l’antisémitisme visent des individus juifs ou non et/ou leurs biens, des institutions communautaires et des lieux de culte. » Mais au-delà du sens strict de cette définition, les exemples qui y sont adossés visent à élargir les possibilités de contester la politique conduite par un gouvernement israélien ; ainsi « l’antisémitisme peut se manifester par des attaques à l’encontre de l’État d’Israël lorsqu’il est perçu comme une collectivité juive » ou « l’établissement de comparaisons entre la politique israélienne contemporaine et celle des Nazis ». La PPL Yadan introduirait alors une limitation disproportionnée de la liberté d’expression : ce n’est pas un petit sujet… La liberté d’expression n’est pas totale en France (et heureusement, si on peut s’épargner l’hypocrisie du free speech états-unien), elle est encadrée par la loi. Autant donc ne pas voter une loi verbeuse, qui ne renforce pas l’arsenal législatif ni la vigilance du juge dans la lutte contre l’antisémitisme, mais ajoute des biais dans l’interprétation des textes et créent des catégories juridiques (apologie « implicite » du terrorisme ou « provocation indirecte », notamment avec son article 2) impossibles à appliquer et dont le Conseil d’État a souligné la potentielle inconstitutionnalité. Une nouvelle source de contentieux dans laquelle les antisémites eux-mêmes prendront un malin plaisir à s’engouffrer.

Le discours qui accompagne la PPL Yadan représente donc une dérive grave parce qu’il introduit un amalgame de fait entre nos concitoyens qui se considèrent comme juifs (ou qui sont considérés comme juifs par les antisémites) et la politique d’un État étranger dont ils ne sauraient être comptables. Si on est antisémite parce qu’on critique le gouvernement Netanyahu, parce qu’on estime que ce gouvernement commandite des actes à portée génocidaire (au hasard), on est mis dans le même panier que ceux qui prêchent la haine des juifs, et nos concitoyens de culture juive (réelle ou supposée) sont donc mis dans le même panier – malgré eux – que le gouvernement d’extrême droite israélien actuel, dont les actions sont particulièrement ignobles depuis deux ans et demi.

L’argumentaire de la PPL Yadan reproduit en miroir le délire des pires antisémites qui se déchaînent de façon redoublée. Depuis les massacres perpétrés le 7 octobre 2023 par le Hamas et ses alliés, depuis que la campagne honteuse dirigée par le gouvernement Netanyahu a conduit à la mort délibérée de dizaines de milliers de civils dans la bande de Gaza (sans compter le redoublement d’agressions et de nettoyage ethnique en Cisjordanie), les actes antisémites (de diverses natures) ont effectivement explosé et durablement : 589 en 2021 ; 436 en 2022 ; 1676 en 2023 (+280 %, quand dans le même temps l’augmentation des actes racistes – toute catégorie confondue, celle-ci comprise – étaient de 20 % sur l’année, ce qui est déjà effrayant), dont près de 1500 pour la seule période courant du 7 octobre à la fin de l’année 2023 ; 1570 en 2024 ; 1320 en 2025. On reste à un niveau très élevé sur plusieurs années ; le lien avec le conflit israélo-palestinien et la tension qu’il suscite au sein des sociétés européennes (le phénomène n’est pas strictement français, mais la France compte la communauté juive la plus importante du monde après Israël et les États-Unis d’Amérique) sont évidents, mais les outils juridiques français pour combattre le racisme et l’antisémitisme dans le pays sont déjà importants.

Quelle que soit la pseudo-motivation des actes et agressions antisémites, on peine à comprendre en quoi l’adoption de la PPL Yadan permettrait de réduire le nombre d’actes antisémites et de les réprimer plus qu’ils ne le sont aujourd’hui. En créant dans le droit français un lien intrinsèque entre nos concitoyens juifs et les gouvernements de l’État d’Israël, elle offre au contraire un beau camouflage aux antisémites (qui existent dans tous les milieux de ce pays, selon des traditions diverses et variées) et ajoute de l’eau au moulin des complotistes et des antisémites. Le climat ainsi créé, qui s’ajouterait au contexte actuel, favoriserait à coup sûr un plus grand nombre de passages à l’acte, en compliquant le débat politique et l’éducation populaire qui sont les seuls outils efficaces à long terme pour faire reculer l’antisémitisme.

Honte à elle qui dévoie un combat nécessaire et vital qui sera désormais dénoncé par un nombre abrutis croissants qui verront à chaque accusation d’antisémitisme un sombre complot surtout quand les accusations sont étayées… Je pense que ceux qui ont cosigné cette PPL pour de mauvaises raisons et sous le coup de l’émotion, sous le coup parfois de véritables attaques antisémites à leur égard, devraient se raviser… Nous avons besoin de retrouver la sérénité : le débat et l’adoption de cette PPL ou le débat sur la pétition font tout le contraire.

Les dérives de la campagne contre une PPL stupide

La PPL Yadan, si elle était adoptée pourrait d’ailleurs avoir des conséquences juridiques acrobatiques d’un point de vue politique et international. Comme le dit l’historienne Sylvie Anne Goldberg, dans un entretien publié vendredi 10 avril 2026 par Le Monde, « Avec la “loi Yadan”, c’est le statut de la mémoire et son rapport au temps politique qui sont en jeu ». Débattre du statut d’un Kurdistan indépendant pourrait s’avérer ainsi juridiquement risqué (nulle doute que quelques associations liées aux Loups Gris viendraient ainsi polluer le débat), de même que du statut de Taïwan (voulez-vous tester les relais de l’ambassade de Chine en France ?) ou de la réunification des deux Corées ou de l’Irlande (on trouvera bien des loyalistes extrémistes d’Ulster pour cela)… ironiquement, la Palestine étant reconnue en France, certaines officines du Likud ou des héritiers de Meir Kahane (comme la LDJ), pourraient alors peut-être poursuivies en France pour leur négation du droit des Palestiniens à un État… tout cela frise l’absurde : on ne peut remplacer le débat politique par les tribunaux et exposer notre pays à être le terrain de jeu de puissances étrangères.

Pourtant, j’ai lu et relu la pétition et j’y trouve trop d’ambiguïtés pour lui accorder ma signature malgré tout le mal que je pense du fond et de l’opportunité de la PPL Yadan. Je ne peux pas non plus cautionner les visuels qui accompagnent la pétition. On mesure ici à quel point la conjugaison des réseaux sociaux, devenus la poubelle du débat public, et de la création d’images assistée par l’intelligence artificielle, détériore la réflexion et l’échange.

À en croire les publications de nombreux promoteurs de cette pétition, le débat public en France ne devrait plus se structurer qu’autour du Proche-Orient. Cette posture implique d’importer dans notre pays, en faisant des amalgames, donc entre Français un affrontement qui est déjà horrible à 4h20 de vol d’ici. Depuis plusieurs semaines, j’ai pu constater la floraison d’arguments faisant l’amalgame entre le soutien de certains de nos concitoyens à cette PPL et une complicité ou une apologie de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité pouvant conduire à un génocide.

J’ai pu lire, dans le Val-d’Oise, dans l’Essonne ou ailleurs, que certains promoteurs de cette pétition dressent des listes de citoyens français à raison de leur nom et de leur origine juive supposée pour les traiter a priori de soutien de la PPL Yadan ou de soutien du génocide (y compris quand ces deux assertions sont fausses). Voilà bien un procédé antisémite pur et non faussé. Croyez-vous qu’après l’explosion des agressions antisémites en France depuis octobre 2023, cette façon de procéder à de tels amalgames, de telles dénonciations (les listes diffusées sur les réseaux sociaux étaient publiques) puisse rassurer nos compatriotes ? Croyez-vous que si certains parmi eux ont pu être des soutiens de la PPL Yadan, ces méthodes qui sont similaires aux pires campagnes antisémites qui ont pu avoir lieu dans notre pays, contribueront à les convaincre de leur erreur d’analyse ?

Le débat public en France doit-il sombrer dans une assimilation d’un seul de nos concitoyens aux crimes d’un gouvernement du fait de son identité culturelle, religieuse, sociologique réelle ou supposée, doit-on suivre ceux qui argumentent qu’on est complice de criminels du fait de son attachement à l’existence d’un État juif ? La façon dont est conduit le débat dans notre pays sur le sujet frise l’absurdité vétéro-testamentaire : un dieu vengeur vous fera payer pour les fautes d’un cousin imaginaire et sur mille générations. À la fin, il ne pourrait en rester qu’un… Car derrière tout cela, traîne l’idée de la négation de la solution à deux États, l’idée qu’il ne faut plus qu’un seul État de la mer au Jourdain : entre Rima Hassan, protégée de l’ancien régime familial El-Hassad, et Bezalel Smotritch ou Itamar Ben Gvir, héritiers des commanditaires de l’assassinat d’Yitzhak Rabin, l’écart n’est pas celui des discours mais du camp, l’une comme les deux autres (et quelques uns avec eux tous) prônent la négation de l’humanité commune. L’autre différence, c’est que les deux ministres suprémacistes sont au pouvoir et qu’on peut espérer que la députée européenne n’y accédera jamais. Mais les uns comme les autres nous promettent pour longtemps un déferlement de boue et de sang, si on leur laisse les mains libres.

Voilà ce qui m’effraie dans la façon de conduire le débat aujourd’hui et d’aller chercher ailleurs les référentiels qui y président : c’est un ferment de guerre civile, de fracturation durable de la communauté nationale, de négation complète de ce que porte l’idéal de la République française, de cette nation politique qui se moque bien de vos origines ou de votre religion pourvu que vous souhaitiez être un(e) citoyen(ne) sincère (du principe à son exécution, la marge reste importante).

Une dernière question aux lectrices et aux lecteurs : trouvez-vous normal que les deux tiers des questions auxquelles j’ai eu à répondre sur les réseaux sociaux pendant la campagne des élections municipales, c’était pour savoir si je niais un génocide, si je le soutenais ou si j’étais pour la loi Yadan ? La place des sujets quotidiens des habitants : un tiers… Voilà je crois la démonstration que l’excès frôle souvent de près la bêtise et que ce n’est pas avec de telle méthode qu’on rassemblera une majorité de nos concitoyens pour battre les fascistes, arriver au pouvoir, transformer le pays, faire reculer le racisme et les discriminations et surtout travailler à l’égalité républicaine vraiment pour celles et ceux qui subissent toutes les défaillances de notre société.

Frédéric Faravel
(merci aux conseils de Damien Vandembroucq et Laurent Miermont)

Israël vers la fin de l’État de droit ?

Ça va me coûter des amis, mais tant pis.

Cette peine de mort votée en Israël centrée par sa définition du terrorisme sur les seuls Arabes et assortie de la suppression du droit d’appel en passant par des tribunaux militaires, et donc loin de la justice et du droit contradictoire (une pensée pour Robert Badinter…), est un concentré de la fin de tout ce qui séparait Israël par sa démocratie et son État de droit des régimes tels l’Iran ou la Syrie, etc.

Israël est rentré depuis quelques années dans un projet post-sioniste aussi étrange que ce soit de le dire.

Le projet d’un foyer d’accueil d’un foyer juif démocrate, humaniste et protecteur contre les inquisitions antisémites qui n’ont jamais cessé, tout ça est loin maintenant et n’est plus le sujet.

Une preuve pas assez dite est que pour la première fois de son histoire les départs d’Israéliens sont plus nombreux que les arrivées : le sionisme historique est donc fini, bien fini.

Ces départs sont ceux en majorité de diplômés libéraux qui, comme aux USA, n’y trouvent plus leur compte alors qu’en face les colons ultra-religieux, familles de barbus et de voilées comme d’autres, ont une démographie galopante et nettoient la Cisjordanie avec des méthodes qu’on a connues naguère en ex-Yougoslavie.

En France, mes amis de la communauté juive insultent, loin de là-bas, Delphine Horvilleur et les juifs libéraux qui n’avaient fait que relayer les cris d’horreur du président d’Israël Isaac Herzog (un type tout à fait remarquable à tout point de vue dans la tempête) face à Netanyahu, avec la même radicalité symétrique que les amis de Rima Hassan qui comme eux ne veulent que d’un État du Jourdain à la mer par éradication ethnique.

Cette symétrie, cette ressemblance croissante et frappante des éléments de langage des deux camps si loin du front ne fait pour l’heure que diviser la société française entre les communautés : les votes communautaires pour Zemmour ou Le Pen comme pour LFI ne sont pas une bonne nouvelle pour la République, sans d’ailleurs que tous ces vacarmes ne changent quoi que ce soit à ce qui se passe là-bas, sur place.

J’ai l’âge (hélas) d’avoir connu la propagande des années 1970 et 1980 où après avoir affirmé le droit à la libre critique, certains traitaient d’agent « objectif » de la CIA et des grands capitalistes tout début tous ceux qui s’essayaient à la critique de la Russie héroïque (etc. etc.) par la technique de l’insulte et de l’amalgame manichéen / paranoïaque.

On en est à nouveau bien là et ça finira pareil.

Laissons crier les oies du Capitole, gardons raison et humanisme, rappelons nous que quand un ami fonce vers le mur en klaxonnant, l’ami vrai crie, le faux-ami crie bravo.

Je crie pour eux, et je marche ici mon chemin, même si ce n’est pas en rang parallèles, en regardant bien les photos de ma famille qui a tant payé la folie des hommes.

Jean-Alain Steinfeld

Condamnation du RN : la GRS appelle à défendre l’État de droit et les institutions de la République !

communiqué de la Gauche Républicaine et Socialiste le jeudi 3 avril 2025

Tout citoyen a le droit de critiquer une décision de justice, y compris celui ou celle à qui elle s’adresse. Mais personne n’a le droit de jeter le discrédit sur l’autorité judiciaire de la façon dont l’extrême-droite et ses alliés l’ont fait, suite au verdict du tribunal judiciaire de Paris rendu dans l’affaire des assistants parlementaires du RN.

Dans les heures qui ont suivi cette décision, une surenchère verbale inadmissible a dénoncé une prétendue « tyrannie des juges » et mis en cause jusqu’à l’intégrité des magistrats qui appliquent la loi au nom du peuple français.

Des manifestations contre la Justice sont organisées ce dimanche, qui rappellent à nos compatriotes le lourd passif historique des nationalistes et des réactionnaires à l’encontre de l’État de droit, cible de leurs attaques incessantes. Le bruyant soutien des Poutine, Trump, Orban, Salvini et consorts ne laisse guère de doute sur la réalité de cette tentative de déstabilisation.

Il est loisible d’interroger le bien-fondé des lois – en l’occurrence l’exécution provisoire de la peine d’inéligibilité – et d’en proposer des évolutions. C’est la démocratie. Mais remettre en cause les principes fondamentaux de la République, ses institutions et ceux qui ont la lourde charge de les faire vivre est inacceptable.

La Gauche Républicaine et Socialiste en appelle au respect de l’État et de ses fonctionnaires, à plus forte raison lorsqu’ils sont dépositaires de l’autorité publique et indépendants du pouvoir politique.

L’extrême droite s’attaque à la justice !

Là où certains voient un drame, d’autres ne peuvent s’empêcher d’y percevoir une sordide opportunité. Il y a quelques jours, le corps d’une jeune fille de onze ans, Louise, était découvert en Essonne. On imagine toujours la profonde douleur des parents confrontés à la perte brutale d’un enfant — notre humanité nous commande de nous y associer.

En dépit du souhait de la famille d’éviter toute récupération politique, l’identité complète d’un des suspects fut presque immédiatement divulguée par certains médias. Cette fuite donna lieu à un véritable lynchage numérique, orchestré et amplifié par certaines figures de l’extrême droite, ravies de relayer cette « information ». Car voilà, un des deux suspects avait un nom qui semblait être « extra-européen ».

En parallèle, un journaliste du média Frontières entreprit de s’attarder sur le profil Twitter de la sœur de la victime, qui avait initialement relayé l’avis de disparition. Constatant qu’elle affichait parfois des positions plutôt marquées à gauche, il l’exposa publiquement dans une publication désormais supprimée. S’en est suivie une vague de harcèlement profondément abjecte, où certains l’accusaient — sans même connaître le mobile du meurtre — d’être « responsable de la mort de sa sœur ». Face à l’ignoble, la jeune femme a été contrainte de clôturer son compte.

Le soir même, le parquet annonçait finalement mettre hors de cause les premiers suspects. Ceux qui jappaient pourtant si fort se sont alors subitement tus, et même si une bonne partie d’entre eux ont supprimé leurs messages qui bafouaient allègrement la présomption d’innocence, la honte ne semble pas les étouffer pour autant.

L’avocate du premier suspect — désormais tout à fait hors de cause — a effectivement annoncé porter plainte pour violation du secret de l’enquête et de l’instruction. Mais l’origine de la fuite sera-t-elle identifiée ? Cette propension qu’ont certains médias à trouver si rapidement parmi les personnes concourant à la procédure des relais prêts à divulguer des informations confidentielles devrait nous inquiéter.

S’il est normal qu’un drame puisse susciter l’émoi et déclencher des débats de société, ceux-ci doivent avant tout rester rationnels, et toujours respecter les valeurs de la dignité humaine.

Malheureusement, tous ces gens attendront patiemment la prochaine occasion de faire déferler la haine. Pendant ce temps, ils ignoreront qu’un enfant est victime de viol ou d’inceste toutes les trois minutes en France. Ils ignoreront que dans notre pays, le comptage des infanticides reste entaché d’une part d’ombre importante, particulièrement s’agissant des décès des très jeunes enfants1. Au fond, la souffrance des victimes les intéresse-t-elle vraiment ?

Ils feront le tri dans les faits divers, bavant d’avance d’y trouver un nom n’ayant pas une consonance européenne. Puis, par un mécanisme ayant moins de rapport avec les subtilités de l’intelligence humaine qu’avec les salivations du chien de Pavlov, ils se remettront à aboyer, pensant encore avoir trouvé la source du mal là où elle n’est pas.

Il y a quelques semaines, le média Frontière avait déjà défrayé la chronique en publiant une liste d’avocats qu’il considérait comme « coupables » de la « submersion migratoire » – un véritable « palmarès des avocats de clandestins ». La méthode de dénonciation et de mise au pilori demeure inchangée, et les réactions ordurières subséquentes se sont empressées d’apparaître.

Ne leur en déplaise, le droit de la défense est universel : toutes les femmes et tous les hommes naissent et demeurent d’ailleurs libres et égaux en droits. Porter atteinte à ce principe fondamental de notre justice républicaine, tout en ciblant les avocats, constitue une attaque grave contre notre démocratie.

L’insécurité est une préoccupation majeure et légitime des Françaises et des Français. Mais tandis que nous sommes déterminés à apporter des solutions rationnelles à cette problématique, nous répéterons inlassablement que ni la propagation de la haine, ni les instrumentalisations racistes ne contribueront à résoudre la situation. Bien au contraire, exacerber des divisions déjà profondes ne ferait que l’envenimer.

Derrière les coups médiatiques se dessine une certaine conception de nos institutions, qui ne manquera pas d’être transposée en actes si la droite extrême obtient le pouvoir. Il nous appartient de la dénoncer sans relâche, et d’y opposer notre idée d’une justice ne transigeant jamais, mais restant toujours digne de la grande patrie des droits de l’Homme.

Maxence Guillaud

  1. Mediapart : https://www.mediapart.fr/journal/france/020225/un-d-infanticides-les-ressorts-d-une-violence-immuable
    Libération : https://www.liberation.fr/checknews/2018/06/15/combien-y-a-t-il-d-infanticides-par-an_1659098/ (études contestés)
    Le Monde : https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/02/06/les-infanticides-des-meurtres-a-l-ampleur-meconnue_6069003_3224.html ↩︎

Quelle stratégie pour lutter contre le narcotrafic ? entretien croisé avec Jérôme Durain et Hélène Franco – Les Jeudis de Corbera

Marie-Noëlle Lienemann invitait fin octobre 2024 pour « Les Jeudis de Corbera » Jérôme Durain, sénateur socialiste de Saône-et-Loire, et Hélène Franco, magistrate et ancienne secrétaire générale du syndicat de la magistrature, pour échanger sur la lutte contre les narcotrafics qui pourrissent le quotidien de nos concitoyens.

L’ensemble de l’entretien dure environ 1 heure et 10 minutes et nous l’avons découpé en trois parties : bonne écoute de vos podcasts.

Un état des lieux inquiétant

  • des organisations de narcotraficants qui se sont accaparées tous les vices du capitalisme ;
  • les chiffres de l’économie parallèle ;
  • des enfants esclaves…

Les failles du système de lutte contre le narcotrafic

  • l’absence d’une réelle stratégie pour lutter contre le narcotrafic ;
  • l’absence de réponse coordonnée au niveau national, européen et international ;
  • la dégradation de l’investigation policière et financière ;
  • une loi de 1970 totalement obsolète ;
  • les failles de la lutte contre le blanchiment…

Des préconisations d’urgence

  • consolider les outils juridiques ;
  • renforcer les services publics au service de la lutte contre le narcotrafic ;
  • repenser la protection de l’enfance…

Conclusion : la gauche doit réinvestir le sujet de la prévention et de la lutte contre l’insécurité.

Soutien à la grève des fonctionnaires de justice

communiqué de presse du jeudi 21 septembre 2023

La GRS soutient le mouvement de grève des #greffiers et autres fonctionnaires de justice.

Elle appelle solennellement le gouvernement à revaloriser, comme exigé par leurs organisations syndicales unanimes, les traitements de ces fonctionnaires essentiels au fonctionnement de la justice.

Etat de droit : Emmanuel Macron doit se ressaisir

Les propos confus d’Emmanuel Macron, à la mi-journée lors de son entretien télévisé depuis la Nouvelle Calédonie, sont inquiétants. S’il n’a évidemment pas à commenter une décision de justice, comme garant des institutions il ne peut par contre éluder l’expression du Directeur Général de la Police Nationale (DGPN), qui a mis de fait en cause l’égalité de tous devant la loi.

Le Président de la République aurait dû rappeler les principes fondamentaux de l’Etat de droit, que tout agent public se doit de respecter. La contestation de la procédure légale affaiblit gravement nos institutions et l’autorité de l’Etat. Les hauts fonctionnaires qui apportent de l’eau au moulin corporatiste causent en réalité plus de dégâts qu’ils n’en réparent. Cela vaut pour toutes les missions régaliennes de l’Etat : police, justice, finances publiques, etc.

Le rôle du gouvernement et du Président de la République est tout à la fois de donner aux services publics les moyens d’agir, ce que manifestement il ne fait pas, et de rappeler au DGPN et au Préfet de police de Paris les limites fixée à leur expression, ce qu’il oublie de faire.

Rappelons enfin que l’incarcération préventive d’un policier marseillais par le juge des libertés peut faire l’objet d’un appel par l’intéressé. S’il estime cette décision infondée, il a tout loisir d’user de ce moyen à sa disposition : force doit rester à l’ordre de la loi !

Seule la Justice pour tous peut réunir la Nation !

La Gauche Républicaine et Socialiste (GRS) apporte son soutien sans réserve au Maire de l’Haÿ-les-Roses, dont la famille a été victime hier d’une tentative d’assassinat par une bande de criminels dans le contexte des déprédations, pillages et incendies commis en France à la suite du meurtre de Nahel Merzouk par un policier le 27 juin dernier.

Elle appelle tous les citoyens à se rassembler et à prendre part aux mobilisations proposées pour manifester notre refus que la France s’enfonce dans une spirale de violence. La République, ses principes, ses représentants et ses services publics appartiennent à tous les Français. Elle ne saurait donc tolérer aucun acte criminel sur son territoire et demande que soient punis ceux qui bafouent la loi et qui minent par leurs actes irresponsables la cohésion de la Nation.

Les agents des services publics qui luttent aujourd’hui de toutes leurs forces pour prévenir les drames et en réparer les dégâts, et qui dans cet exercice font face à des violences inadmissibles, sont l’honneur de notre pays.

La GRS estime enfin que l’apaisement et le retour au calme, que nous appelons tous de nos vœux, ne seront durablement atteints sans une réparation en profondeur des fractures sociales et territoriales de notre pays, car il n’y a pas d’ordre possible sans Justice.

Les Jeudis de Corbera – Quelle politique républicaine de maintien de l’ordre ? – 25 mai 2023

Après plus de 3 mois d’une contestation sociale historique, la politique de maintien de l’ordre ne cesse de poser question. Alors quelle politique républicaine de maintien de l’ordre et des droits ? D’autres pays font face à des problèmes similaires comment agissent-ils, quelle politique de désescalade ? Nous abordions cette question lors de la 3ème émission des Jeudis de Corbera, le 25 mai à partir de 19h, en présence de Fabien Jobard, chercheur sur les sujets police / justice, et Jean-Baptiste Soufron, avocat au barreau de Paris. Les débats étaient animés par Hélène Franco.

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