Soutien au peuple iranien

communiqué de presse du vendredi 2 janvier 2026

Depuis une semaine, le peuple iranien a repris la révolte contre le régime barbare des mollahs.

Partant de protestations contre l’inflation et le marasme économique, le mouvement s’est étendu aux principales villes. La théocratie sanguinaire a riposté comme à son habitude, abattant au moins cinq manifestants.

La Gauche Républicaine et Socialiste réaffirme son soutien sans faille au peuple iranien qui lutte pour en finir avec la dictature de la République Islamique.

Quatre ans après les émeutes provoquées par l’exécution de Mahsa Amini par la police des mœurs parce qu’elle refusait le voile obligatoire, c’est un nouveau vent de révolte que les islamistes veulent écraser dans le sang. Nous soutiendrons sans réserve celles et ceux qui, au contraire, veulent écraser l’infâme.

Après la joie de la Libération de Boualem Sansal, le constat d’échec face au régime autoritaire algérien


La libération de Boualem Sansal le 12 novembre 2025, après une année de détention en Algérie, représente un moment charnière dans les relations diplomatiques entre l’Europe et le Maghreb, tout en révélant les dysfonctionnements profonds d’un régime autoritaire qui continue de museler toute forme de dissidence.

La diplomatie allemande réussit là où le gouvernement Macron-Bayrou-Retailleau avait échoué

Cette libération, obtenue grâce à l’intervention décisive de l’Allemagne, souligne l’échec relatif de la diplomatie française à résoudre une crise qui dépasse largement le cadre individuel de l’écrivain. L’implication de Berlin, plutôt que de Paris, n’est pas fortuite : elle s’explique par les liens économiques étroits entre l’Allemagne et l’Algérie, ainsi que par la relation personnelle entre le président algérien Abdelmadjid Tebboune et les autorités allemandes, notamment après les soins médicaux reçus par Tebboune en Allemagne en 2020.

Cette médiation allemande a permis de contourner l’impasse franco-algérienne, marquée par une accumulation de contentieux et une dégradation des relations bilatérales depuis la reconnaissance par Emmanuel Macron de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental en septembre 2024. Cette annonce, perçue comme une provocation par Alger alors qu’elle ne constituait pas une innovation dans la position française, avait opportunément servi de prétexte pour faire monter la tension entre les deux pays ; elle avait été rapidement suivie par l’arrestation de Sansal deux mois plus tard, le 16 novembre 2024.

Bruno Retailleau ou l’art de saboter la diplomatie française

L’incapacité de la France à obtenir seule cette libération s’explique en grande partie par les choix politiques et diplomatiques adoptés au cours de l’année écoulée, notamment sous l’impulsion de l’ancien ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau. Ce dernier avait fait le choix, pour des raisons de politiques intérieures, d’une posture de confrontation systématique avec l’Algérie, multipliant les déclarations publiques hostiles et prônant un « rapport de force » au nom d’une « fierté française » souvent perçue comme une provocation par les autorités algériennes. Cette stratégie, loin de renforcer la position de la France, a au contraire rigidifié les positions d’Alger, qui ne manque jamais une occasion de jouer la carte de la victimisation pour faire monter les enchères. Elle a en définitive rendu toute négociation discrète ou médiation impossible.

La libération de Sansal n’a été obtenue qu’après le départ de Retailleau du gouvernement et son remplacement par Laurent Nuñez, dont l’approche plus mesurée a permis un apaisement relatif des tensions. Ce changement de ton a illustré l’importance des mots et des postures dans une relation aussi chargée d’histoire et d’affects que celle entre la France et l’Algérie, où chaque geste est instrumentalisé à travers le prisme d’un passé colonial non résolu.

Un procès politique : la justice algérienne au service de la répression

L’arrestation de Boualem Sansal, accusé d’« atteinte à l’unité nationale » après avoir évoqué dans une interview le rattachement à l’Algérie de territoires autrefois sous souveraineté marocaine, a servi de prétexte au régime pour réprimer une voix critique et dissuader toute contestation. Cette accusation, floue et largement instrumentalisée, a permis aux autorités algériennes de justifier une condamnation à cinq ans de prison, prononcée dans le cadre d’un procès expéditif et marqué par des irrégularités procédurales.

La récusation de son premier avocat, François Zimeray, sous prétexte de ses origines juives, a révélé la manière dont le régime utilise les clivages identitaires et les manipulations historiques pour discréditer ses opposants. Le régime de Tebboune et des militaires prétend ainsi s’appuyer sur la solidarité de la « Rue algérienne » avec les Palestiniens ; comme de nombreux régimes autoritaires arabes, elle réduit tous les juifs (ou celles et ceux qui sont supposés l’être) à une posture intrinsèque de complicité non seulement avec l’État d’Israël, mais surtout avec le gouvernement d’extrême droite de Benyamin Netanyahu responsable des atrocités actuelles contre les civils à Gaza (mais aussi les exactions en Cisjordanie). En agissant de la sorte, elle entretient ou éduque le peuple algérien à un antisémitisme de fait, qui peut difficilement se camoufler derrière l’antisionisme ; les conséquences de cette propagande dépasse évidemment le territoire algérien lui-même.

Ce procès, mené dans une opacité totale, a reflété la volonté du pouvoir algérien de faire taire une figure emblématique de la dissidence intellectuelle, tout en envoyant un message clair à la communauté internationale sur sa détermination à écraser toute velléité de contestation.

Les conditions de détention de Boualem Sansal, telles qu’il les a décrites après sa libération, offrent un aperçu glaçant de la brutalité du système carcéral algérien et de son utilisation comme instrument de terreur politique. Âgé de 81 ans et souffrant d’un cancer de la prostate, l’écrivain a été soumis à des traitements inhumains, marqués par l’isolement prolongé, le manque d’accès aux soins médicaux et une campagne de haine orchestrée par les médias officiels. Cette campagne, qui a présenté Sansal comme un « traître » à la solde de l’étranger, a non seulement aggravé sa situation en prison, mais a également créé un climat de lynchage médiatique, où se sont cristallisées les frustrations et les rancœurs d’une société profondément divisée.

La détention de Sansal a ainsi servi de miroir aux fractures de l’Algérie contemporaine, où le pouvoir cultive délibérément les divisions et la stratégie du bouc émissaire pour mieux régner. L’écrivain a décrit son expérience comme une « descente aux enfers », où la solitude et la violence psychologique ont été utilisées comme armes pour briser sa résistance morale. Ces méthodes, loin d’être exceptionnelles, s’inscrivent dans une stratégie plus large de répression des opposants, où la prison devient un lieu de destruction physique et mentale, destiné à dissuader toute velléité de contestation. La libération de Boualem Sansal, si elle nous réjouit, ne saurait occulter l’absence de résolution des différends structurels entre la France et l’Algérie.

La mémoire coloniale, champ de bataille diplomatique d’Alger contre la France

Ces tensions, enracinées dans une histoire coloniale non résolue, sont constamment réactivées à des fins politiques. Pour le régime algérien, la référence constante à la colonisation française sert de ciment idéologique, permettant de mobiliser la population autour d’un récit national victimisant et de justifier la répression des voix critiques au nom de la « défense de la souveraineté nationale ». Il ne s’agit en aucun cas de contester ici la violence qu’a représentée colonisation française en Algérie : les débats médiatiques en France illustrent encore largement l’incapacité d’une partie de notre société à faire face à cette mémoire, comme lorsque que Jean-Michel Apathie – qui n’est pas forcément notre référence préférée – a été vilipendé pour avoir rappelé la nature criminelle de la conquête de l’Algérie et les « enfumades » organisées par les troupes du Général Bugeaud. Pour autant, les difficultés actuelles de l’Algérie, indépendante depuis 63 ans, sont avant tout la résultante de la mise en coupe réglée du pays par des clans militaro-affairistes qui détournent les richesses immenses du pays au détriment de son peuple. Durant ces 63 années, l’Algérie et ses dirigeants successifs ont pourtant bénéficié à plein du soutien de la France, des Soviétiques et de nombreux partenaires occidentaux pour se développer. Cette instrumentalisation de l’histoire se double d’une stratégie de chantage diplomatique, où Alger utilise les contentieux mémoriels pour obtenir des concessions de la part de Paris, tout en refusant toute remise en question de ses propres pratiques autoritaires.

La France, de son côté, a toujours oscillé entre une volonté de tourner la page de la colonisation (le travail mémoriel engagé sous l’égide de Benjamin Stora) et la tentation de répondre aux provocations algériennes par des mesures symboliques, comme la reconnaissance de la marocanité du Sahara occidental. Cette dynamique rend toute réconciliation durable extrêmement difficile entre les deux Etats qui restent prisonniers d’un dialogue de sourds. Tant que les questions de mémoire prendront le pas sur les enjeux concrets de coopération économique, sécuritaire, migratoire et humains, ce sont les deux peuples qui en feront les frais.

Les « accords de 1968 » : un débat français qui arrange le régime algérien

Dans ce contexte, les débats récurrents en France sur la révision des « accords de 1968 », qui régissent les conditions de circulation et d’installation des Algériens en France, apparaissent comme une diversion politique. Ces accords, souvent présentés comme un symbole des « privilèges » accordés à l’Algérie, sont en réalité bien moins avantageux qu’il n’y paraît.

Signés dans un contexte de dégradation des relations bilatérales après l’indépendance (les accords d’indépendance de 1962 n’ont jamais vu leur traduction humaine), ils visaient initialement à encadrer strictement les flux migratoires et à éviter une rupture totale entre les deux pays. Depuis, ils ont été révisés à trois reprises, dans un sens toujours plus restrictif, réduisant progressivement les spécificités algériennes par rapport aux autres accords migratoires conclus par la France. Leur remise en cause, régulièrement agitée par une partie de la classe politique française, à droite et à l’extrême droite, relève donc davantage d’un symbolisme politique que d’une nécessité pratique.

Elle s’inscrit dans une logique de surenchère mémorielle, où la dénonciation des « avantages » accordés à l’Algérie sert à flatter une partie de l’opinion sensible aux discours identitaires, tout en alimentant les tensions avec Alger. Pour le régime algérien, ces débats sont une aubaine : ils lui permettent de se poser en défenseur des droits de ses ressortissants en France et de détourner l’attention des problèmes internes, tout en maintenant une pression constante sur la France.

L’Algérie de Tebboune : une fuite en avant autoritaire

Au-delà du cas de Boualem Sansal, la nature du régime algérien se révèle dans toute sa brutalité à travers la répression systématique des opposants et des détenus d’opinion. Sous la présidence d’Abdelmadjid Tebboune, l’Algérie a engagé une fuite en avant autoritaire, marquée par un verrouillage accru de l’espace politique, médiatique et associatif. Les promesses du Hirak, ce mouvement populaire de 2019 qui avait contraint le président Abdelaziz Bouteflika à la démission et porté l’espoir d’une transition démocratique, ont été tragiquement trahies. Le régime, plutôt que de répondre aux revendications de justice sociale et de liberté, a choisi de durcir sa répression, utilisant les tribunaux, la police et les médias d’État pour écraser toute forme de contestation. Les arrestations arbitraires se multiplient, visant aussi bien des militants politiques que des journalistes, des artistes ou de simples citoyens osant critiquer le pouvoir sur les réseaux sociaux. Les condamnations pour « apologie du terrorisme », « atteinte à l’unité nationale » ou « offense aux institutions de l’État » se comptent par centaines, souvent prononcées à l’issue de procès expéditifs, sans respect des droits de la défense. Les prisons algériennes regorgent ainsi de détenus d’opinion, dont beaucoup croupissent dans l’oubli, loin des projecteurs médiatiques. Parmi eux, des figures emblématiques comme le poète Mohamed Tadjadit, surnommé « le poète du Hirak », condamné à 5 ans de prison pour des vers jugés subversifs, ou encore des dizaines de militants anonymes, arrêtés pour avoir participé à des manifestations ou partagé des publications en ligne. Cette répression ne se limite pas à l’incarcération : elle s’étend à une censure généralisée, où les médias indépendants sont étouffés, les réseaux sociaux surveillés et les voix critiques systématiquement diabolisées.

Dans ce tableau sombre, la détention du journaliste français Christophe Gleizes, condamné dès juin 2025 à 7 ans de prison pour « apologie du terrorisme », constitue un cas emblématique de l’arbitraire judiciaire algérien et de son utilisation comme outil de pression diplomatique. Gleizes, dont les accusations portées contre lui sont largement considérées comme infondées, est devenu, à l’instar de Sansal, un otage du régime, utilisé pour négocier avec la France et envoyer un message aux autres journalistes étrangers tentés de couvrir la situation en Algérie. Sa condamnation, prononcée dans des conditions opaques et sans preuve tangible, reflète la volonté du pouvoir algérien de contrôler strictement le récit médiatique sur le pays et de dissuader toute investigation indépendante. La libération de Gleizes est devenue une priorité pour la diplomatie française, qui espère profiter du dégel relatif des relations bilatérales pour obtenir sa libération. Un espoir douché par la confirmation de sa condamnation en appel. Tant que les autorités d’Alger continueront à utiliser la justice comme une arme politique, tant que les opposants seront emprisonnés pour leurs idées et tant que les médias indépendants seront réduits au silence, le pays restera prisonnier d’un cycle de répression et d’immobilisme.

L’Algérie peut-elle encore espérer la démocratie ?

Pour Boualem Sansal, dont la libération a été accueillie avec un immense soulagement par les véritables amis de la liberté de conscience et de la liberté d’expression, cette épreuve n’a pas entamé la conviction que l’Algérie peut et doit évoluer vers la démocratie. Dans ses premières déclarations après sa sortie de prison, l’écrivain a réaffirmé son attachement à son pays et son refus de vivre dans la peau d’un « gracié », une condition qu’il juge humiliante et incompatible avec sa dignité. Sa grâce présidentielle, si elle a mis fin à sa détention, ne constitue en rien une réhabilitation : c’est une concession arrachée par la pression internationale, plutôt que comme une reconnaissance de son innocence.

Cette distinction est fondamentale : elle révèle la profondeur du fossé entre le régime algérien, qui refuse toute remise en question de ses méthodes, et les citoyens qui aspirent à la justice et à la liberté. Sansal a ainsi exprimé son désir de retourner en Algérie, non pas pour s’y soumettre, mais pour y entrer et en sortir librement, comme un acte de résistance symbolique et une manière de « se réparer » moralement. Ce projet, s’il est risqué, témoigne d’une foi inébranlable dans la possibilité d’un changement, même si les perspectives en semblent aujourd’hui extrêmement limitées.

Les obstacles à une telle évolution sont immenses. Le régime algérien, conscient de la menace que représentent les voix indépendantes, a verrouillé tous les espaces de contestation, utilisant la répression, la censure et la propagande pour maintenir son emprise sur le pays. Les espoirs nés du Hirak, qui avaient un temps laissé penser à une possible transition démocratique, se sont heurtés à la réalité d’un système politique profondément ancré dans ses pratiques autoritaires et soutenu par une élite qui n’a aucun intérêt à voir émerger un véritable État de droit.

Les divisions au sein de la société algérienne, exacerbées par des décennies de manipulation politique et de discours clivants, rendent également difficile l’émergence d’un mouvement unifié capable de porter des revendications démocratiques. Dans ce contexte, les perspectives d’un changement de régime apparaissent lointaines, d’autant que le pouvoir algérien peut compter sur le soutien, ou du moins la complaisance, de nombreux acteurs internationaux, attirés par les opportunités économiques offertes par le pays, notamment dans le secteur énergétique. Pourtant, malgré ces défis, Boualem Sansal refuse de céder au pessimisme. Nous espérons avec lui que l’histoire n’est jamais écrite d’avance, et les régimes autoritaires, aussi solides qu’ils paraissent, finissent toujours par s’effondrer sous le poids de leurs propres contradictions. Son combat, comme celui de nombreux autres opposants algériens, reste donc celui de la persévérance : continuer à écrire, à penser et à résister, même dans l’adversité, pour préparer le terrain à un avenir meilleur.

La France face à ses responsabilités

La libération de Boualem Sansal ne doit pas faire oublier la gravité de la situation en Algérie. Tant que le régime continuera à emprisonner ses opposants, à museler la presse et à instrumentaliser l’histoire à des fins politiques, le pays restera prisonnier d’un cycle de répression et d’immobilisme. La France, de son côté, doit tirer les leçons de cette crise et repenser sa relation avec l’Algérie, en évitant les pièges de la surenchère mémorielle et en privilégiant un dialogue exigeant, centré sur les enjeux concrets plutôt que sur les symboles. La libération de Christophe Gleizes est une étape incontournable et elle est loin d’être acquise, mais elle ne saurait suffire à elle seule à résoudre les différends profonds qui opposent les deux pays.

Pour l’Algérie, la véritable question reste celle de son avenir : un pays riche de sa jeunesse, de sa culture et de son histoire peut-il continuer à se contenter d’un régime autoritaire, ou parviendra-t-il enfin à embrasser la voie de la démocratie ? La réponse à cette question dépend en grande partie des Algériens eux-mêmes, mais aussi de la volonté de la communauté internationale à ne plus fermer les yeux sur les exactions d’un régime qui, malgré ses discours, reste profondément anti-démocratique et oppressif.

Frédéric Faravel

Sophie Camard : « La réforme de la loi PLM est une occasion ratée de changer radicalement le système » – entretien dans Le Monde

La maire Gauche Républicaine et Socialiste du 1ᵉʳ secteur de Marseille dénonce les effets pervers du texte étudié au Sénat à partir de mardi 3 juin sur le scrutin municipal pour Paris, Lyon, Marseille, qui introduit « un grand nombre de difficultés techniques et fonctionnelles que les parlementaires n’ont pas forcément repérées ».

Sophie Camard est maire GRS du 1ᵉʳ secteur de Marseille et également conseillère municipale chargée de la réforme de la loi électorale pour Paris, Lyon, Marseille, dite « loi PLM ». L’entretien accordé au Monde a été publié mardi 3 juin 2025 à 10 heures.

Le Sénat étudie, à partir de mardi 3 juin, la proposition de réforme de la loi PLM. Vous avez été auditionnée par sa commission des lois avec d’autres maires de secteur. Quels points avez-vous soulevés ?

D’abord, j’ai remercié les sénateurs de s’intéresser à notre ressenti d’élus de secteur car, étrangement, le député Sylvain Maillard (Renaissance, Paris), qui a rédigé la proposition de loi, n’a jamais répondu à mes sollicitations. J’ai également dit que, à mon sens, réformer ce mode électoral qui date de 1982 est une nécessité démocratique. Enfin, je leur ai parlé de tous les effets pervers que ce texte allait entraîner pour les secteurs et les arrondissements. En apparence, cette loi est simple, mais, dans son état actuel, elle introduit un grand nombre de difficultés techniques et fonctionnelles que les parlementaires n’ont pas forcément repérées. Plus globalement, ce qui est dommage, c’est que l’on a raté l’occasion de changer radicalement le système.

Vous dénoncez notamment l’un des points centraux de la réforme, qui instaure deux votes, donc deux urnes – trois à Lyon avec la métropole – pour désigner les élus de la mairie centrale et ceux des secteurs…

C’est le cœur de l’absurdité de cette loi, qui a été présentée comme une loi de simplification. Le gouvernement dit qu’avec ces deux urnes, il laisse aux électeurs la liberté d’exprimer des choix différents pour leur ville et leur secteur. Mais c’est un faux cadeau. La mairie de secteur n’est pas une collectivité de plein exercice, elle a très peu de budget et de compétences. A Marseille, où la décentralisation est la moins poussée, elle est essentielle dans le contact avec la population, mais fonctionne en réalité comme un gros service de l’exécutif central. On va faire croire aux électeurs que leurs élus de secteur, dont certains sont bénévoles, auront le pouvoir d’appliquer le programme sur lequel ils ont été choisis. Forcément, cela entraînera de la frustration pour tout le monde.

Quels points peuvent être encore améliorés par les parlementaires ?

Il faut absolument revenir à un bulletin unique, qui lie les deux votes. Contrairement à la loi PLM, le texte proposé permet de présenter des listes complètement différentes et ouvre le risque d’une coupure totale entre élus de secteur et conseillers municipaux. On peut aussi se retrouver avec un maire qui n’a pas la majorité des secteurs et qui, s’il le décide, peut s’en désintéresser à l’extrême. Il y avait de nombreux champs de réforme, comme abaisser le nombre d’élus, travailler sur la taille ou sur les compétences des mairies de secteur…

propos recueillis par Gilles Rof (Marseille, correspondant)

20 ans du « non » au TCE : une trahison et 20 ans de perdus

Après une campagne intense et une forte mobilisation populaire, le traité établissant une Constitution pour l’Europe était rejeté par référendum le 29 mai 2005. Les institutions permirent ensuite au président Nicolas Sarkozy de bafouer ce vote en faisant adopter un texte jumeau : le traité de Lisbonne. Sous-estimé à l’époque, ce déni de démocratie marque pourtant un tournant dans la vie publique française.

Mais surtout 20 ans après, les anciens acteurs de la trahison – une partie des social-démocrates, les conservateurs et les libéraux européens – commencent tout juste à percevoir les effets dévastateurs d’une construction européenne qui n’a fixé aucune limite à la libre-circulation du capital. Non seulement le Traité de Lisbonne de 2008 a trahi les référendums français et néerlandais, mais il en a même rajouté, en consacrant le principe d’une circulation du capital sans limites intérieures ni extérieures et en donnant la compétence exclusive de la politique commerciale à l’Union Européenne (cela a accouché de la catastrophe en série des traités de libre-échange) !

Jusqu’à la guerre d’Ukraine et l’élection de Trump, il était proprement inconvenant ne serait-ce que de suggérer la mise en place d’une politique industrielle européenne. Aujourd’hui, la pesante et pénible machine bruxelloise commence à prendre conscience que le libre-échange n’est pas paré de toutes les vertus. Mais pour l’instant, pratiquement rien ne bouge. Pire Ursula Von der Leyen continue de faire comme avant et de ne jurer que par la « Sainte-Trinité » néolibérale – austérité budgétaire, concurrence féroce (à l’intérieur et à l’extérieur), libre-échange généralisé –, alors même que plusieurs gouvernements européens se relèvent peu eu peu avec la gueule de bois. Pourtant le temps presse pour sauver l’industrie et la production européennes.

Les solutions existent. L’Europe a un besoin urgent d’investissements productifs adossés sur une politique budgétaire volontariste, qui pourrait s’inspirer de l’exemple américain : soutien actif à la relocalisation, mise en place de barrières écologiques et sociales à l’entrée du marché, grands projets d’infrastructures. On ajoutera : « et contrôle des flux de capitaux ».

Injonctions contradictoires

À la relance budgétaire devrait aussi correspondre une politique monétaire analogue à celle qui a amorti la crise durant les années 2010, en « monétisant » une partie des dettes publiques. On sait peu, par exemple, que 25% de la dette française est détenue par la Banque de France, pour le compte de la BCE. Ce qui réduit d’autant, en réalité, notre ratio dette/PIB. Pour donner à nos industries toutes leurs chances, les nouveaux investissements stratégiques financés par des emprunts d’États devraient bénéficier des mêmes « facilités quantitatives ».

Les annonces de la Commission sur le secteur de la défense vont dans ce sens, qui en sortent les investissements publics du calcul du déficit. C’est une bonne nouvelle. Mais pourquoi s’en tenir au seul secteur de la défense ? Pourquoi ne pas faire de même pour les investissements écologiques, technologiques et numériques ? Mais nous n’en sommes qu’aux annonces. Et pendant que le temps passe, le risque du « business as usual » avec Ursula nous guette.

Il est temps de sortir l’UE de sa matrice néolibérale et de restaurer le rôle de la puissance publique. Mais la force d’inertie idéologique des dirigeants européens et surtout des traités la retient, et la ramène à ses fondamentaux : le tout-marché et la concurrence libre et non faussée. C’est la raison pour laquelle l’UE envisage une étape supplémentaire de dérégulation massive pour « lever les freins à la croissance ».

Ainsi le rapport Draghi, qui a fait grand bruit, est axé sur deux orientations : la relance de l’investissement productif et la dérégulation. Les rapports de force entre États et la perméabilité des technocrates de la Commission aux thèses du patronat se sont conjugués pour ne pas trop en faire sur l’investissement et se concentrer sur la dérégulation. Or il s’agit là d’un risque mortel pour l’Europe : les gagnants de la dérégulation ne seront pas les Européens mais leurs concurrents internationaux, qui n’attendent que ça pour faire encore plus baisser le prix de leurs exportations.

Il serait insensé de réduire notre ambition écologique ou nos règles relatives à la bonne gouvernance des entreprises, et encore moins celles relatives à la sécurité des produits, notamment agricoles. D’autant que bon an mal an, les entreprises les respectent et maintiennent ainsi un niveau de qualité qui demeure un vrai avantage compétitif.

Reprendre la main

Plutôt que réduire nos règles au niveau de la moyenne mondiale, il faudrait au contraire les imposer à toutes les entreprises non-européennes dont les produits, notamment agricoles, inondent notre marché intérieur.

L’Union Européenne et ses États membres ont besoin d’investissements. Ils ont besoin d’action publique, ils ont besoin de réglementation et de contrôle des flux. Les citoyens sont en demande d’État et supportent de plus en plus mal leur rétraction imposée de l’extérieur, avec la complicité d’élites technocratiques néolibérales.

Seule la puissance publique peut préserver leurs libertés fondamentales, et les citoyens mesurent de plus en plus les dégâts économiques du recul de l’État. Et enfin les citoyens veulent que l’État les aide, les protège et les soutienne dans leur lutte quotidienne pour une vie digne. L’impuissantement de l’État conduit au rejet. Nos ennemis l’ont compris : l’attraction sur les classes populaires exercée par le RN en France, et a fortiori par un Trump aux États-Unis, trouve une partie de sa source dans cette promesse d’action. La débâcle macronienne laisse la gauche seule, à tout le moins en première ligne, pour résister à la progression de l’autoritarisme et du nationalisme. Pour y parvenir, elle doit convaincre les classes populaires et moyennes qu’elle est à leur service et qu’elle agira avec détermination en leur faveur, y compris en s’affranchissant de certaines règles, européennes pour la plupart, qui interdisent au politique de peser vraiment sur l’économie.

20 ans après le rejet du TCE, il est temps de remettre les choses dans l’ordre et le temps nous est compté.

Trump fait taire la « Voix de l’Amérique »

Voice of America a été la grande radio, qui a agi pour que le bloc soviétique se fissure : cette radio va être débranchée. L’administration Trump a décidé des centaines de licenciements dans ce média public ; la Russie et la Chine se félicitent évidemment de ces licenciements.

Plusieurs employés de VOA qui ne pouvaient pas entrer dans leurs locaux ce samedi se sont entretenus avec des médias, en demandant l’anonymat pour se prémunir de toutes représailles : « On a fait taire la voix de l’Amérique, du moins pour l’instant », disait un reporter chevronné à CNN. « Ce n’est pas que notre salaire qui est en jeu », disait un employé de Radio Free Asia interrogé par France 24. « Nous avons des employés et des pigistes qui craignent pour leur sécurité. Nous avons des journalistes qui travaillent dans des pays autoritaires en Asie, nous avons des journalistes aux États-Unis qui craignent l’expulsion si leurs visas ne sont pas renouvelés. » « On nous a effacés d’un coup de stylo, poursuivait cet employé, c’est tout simplement atroce ».

VoA, un combat pour les libertés parfois à géométrie variable

« Les autocrates du monde entier font des sauts de joie. Hindenburg [sic], Hitler n’avaient pas réussi à faire taire la voix de l’Amérique, Staline, Vladimir Poutine, Mao non plus, les Ayatollahs en iran n’ont pas réussi à le faire, mais Donald Trump vient de réduire au silence la voix de la liberté. Pour la première fois depuis 1942, VoA a été retirée de l’antenne », écrit un éditorialiste du Washington Post.

La chaîne Voice of America avait été souvent critiquée pour son manque d’indépendance et son tropisme pro-américain dans sa couverture des faits dans les années 1950 à 1980. Accusée d’être « négligente » face au communisme par McCarthy, elle a été détachée du Département d’État américain en 1953 par Eisenhower ; cela ne l’avait pas empêché d’être un vecteur pour préparer les opinions latino-américaines avant divers coups d’État au Guatemala et en République Dominicaine ou avant l’opération de la Baie des Cochons à Cuba. Sa petite sœur Radio Free Asia, fondée en 1951 par la CIA pour contrer la nouvelle Chine communiste, a quant à elle servi de porte-voix à la propagande américaine durant toute la guerre du Viet Nâm.

Pourtant, elle jouait également un rôle crucial dans des pays où s’exerce un contrôle drastique des médias comme l’Iran, la Chine populaire ou la Corée du Nord ; elle a joué un rôle important dans la mise au jour de l’univers concentrationnaire au Xinjiang et de l’oppression des Ouïghours. VoA y avait également dénoncé les tentatives d’ingérence du gouvernement chinois dans les élections aux États-Unis, contré les efforts du régime de pékin pour dissimuler les origines de la pandémie de Covid.

Agence de presse, radio, télévision, VoA et ses réseaux avaient progressivement gagné leurs galons d’indépendance, résistant aux pressions de l’administration Bush après le 11-Septembre.

La joie des dictateurs et des usines à fakenews

L’administration a mis en congé, donc, la quasi-totalité de ses 1300 employés et l’administration a fermé les stations sœurs de VoA, Radio Free Europe, Radio Liberty et Radio Free Asia. « La voix de l’Amérique, le soi-disant symbole de la liberté, a été jeté par son propre gouvernement comme un vieux chiffon » s’est réjoui en Chine, le Global Times, l’organe de presse international du parti communiste chinois, qui qualifie également VoA d’usine à mensonge. La Russie se réjouit également de la disparition de ce média indépendant, qu’elle avait qualifié l’an dernier d’organisation indésirable.

« Trump a annoncé la fermeture soudaine de radio liberty et de VoA. C’est une bonne décision », selon la rédactrice en chef du média d’État russe, RT, Margarita Simonian, sur le plateau de Rossia Adin. Dans la foulée, le présentateur Vladimir Solofief s’est amusé de la fermeture de tous les médias indépendants américains avec la fin de leur financement. « C’est génial », renchérit la rédactrice en chef de RT, comme le montre le magazine newsweek.

L’audience de VoA était estimée à plus de 400 millions d’auditeurs, de téléspectateurs, d’internautes, pour une diffusion en 63 langues, selon le magazine conservateur Washington Examiner.

Le monde des « faits alternatifs »

« Les propagandistes chinois ont tout à gagner à faire taire les voix de la vérité et de la liberté », a dénoncé le Washington Post. Apparemment, l’administration Trump a le même intérêt.

Entre 2015 et 2021, Donald Trump avait publié plus de 2490 messages négatifs sur le média national, selon la base de données U.S. Press Freedom Tracker. Et cela ne prend en compte que ses messages sur les réseaux sociaux, dans lesquels il a régulièrement qualifié des chaînes, des journaux de « propagateurs de fake news » et d’« ennemis du peuple ».

Depuis son retour à la Maison-Blanche, l’administration Trump a retiré leur agrément et leur bureau au Pentagone à quatre médias : le New York Times, NBC News, NPR, et Politico.

Frédéric Faravel

Redonner du pouvoir aux travailleurs. Entretien avec Étienne Colin – Les Jeudis de Corbera [PODCAST]

Dans le cadre des « Jeudis de Corbera », nous recevions Étienne Colin, Avocat au barreau de Paris en droit du travail, membre de l’Observatoire du dialogue social de la Fondation Jean-Jaurès et Enseignant à l’université Paris I Panthéon-Sorbonne  en Master 2 de Relations professionnelles.

Le thème exploré pour ce jeudi 27 février 2025 est « Redonner du pouvoir aux Travailleurs« .
Cela s’inscrit dans un contexte social difficile, car les fermeture d’entreprises, les « plans sociaux » et licenciements reprennent. D’autre part, depuis plusieurs années est engagé un débat autour du travail : les Français n’aimeraient pas le travail et en contesteraient la valeur, alors qu’en réalité ce sont les conditions de travail et de rémunération qui sont mises en cause ainsi que l’absence de respect et de reconnaissance pour ce qu’apportent les travailleurs. Il ne faut pas non plus sous-estimer les changements d’organisation et de comportement qui favorisent l’individualisation, de pénibilité, de stress…

C’est sur ces questions que Marie-Noëlle Lienemann et Carole Condat ont interrogé et débattu avec Étienne Colin en lui demandant de s’intéresser également et tout particulièrement à l’état de la démocratie sociale ; au-delà des constats, le sujet est aussi de suggérer des pistes pour redonner de la force à cette démocratie sociale et de la valeur au travail et aux travailleurs.

Bonne écoute du podcast !

Vous trouverez plus bas le podcast organisé en deux parties pour une écoute thématique.

1. Repenser la démocratie sociale

– La démocratie n’est pas que politique, elle doit aussi être sociale et irriguée intermédiaires re-légitimés (A. Supiot)

– Pourquoi a-t-elle été considérablement affaiblie ces dernières années ? Rupture avec la conférence sociale en 2014 / Rejet de la négociation interprofessionnelle et mise à distance de la branche / Primauté du « tout entreprise » / Recul du rôle de l’Etat

– Impasse dans des sociétés dont le fonctionnement s’est horizontalisé et où les réponses ne peuvent plus être uniformes et  tomber d’en haut / Nécessité de créer du dialogue à tous les niveaux, pour donner un débouché à la confrontation sociale, sans peur du nécessaire conflit

– Interroger le « fait syndical » : Particularités du syndicalisme français / Comparaisons internationales / Situation de la social-démocratie / Evolutions possible ou nécessaires

– Quelle démocratie sociale ? Rôle de l’Etat / Tripartisme / Hiérarchie des normes

2. Donner du pouvoir aux salariés dans l’entreprise

– Garantir un haut niveau de protection individuelle : Santé-sécurité / Conditions de travail / Durée du travail / Stabilité de l’emploi

– Renforcer la citoyenneté dans l’entreprise : Liberté d’expression / Libertés fondamentales (harcèlements/discriminations /égalité de traitement)

– Protéger contre les difficultés économiques : « plans de sauvegarde de l’emploi », autres licenciements économiques

– Participation des salariés via leurs représentants : Administrateurs salariés ? Nécessité mais limites

– Concilier revendication/représentation/participation  = renforcer la négociation collective de travail

– Impossible sans une intervention résolue de l’Etat = tripartisme et non paritarisme béat (ex. édifiant de Bayrou avec les retraites)

Élections Allemandes : Mathieu Pouydesseau analyse les résultats [PODCAST]

Quel est l’impact des élections législatives allemandes sur l’Europe et ses voisins ?
Dans cet épisode du podcast « 10 minutes, le podcast des Français dans le Monde », Gauthier Seys interrogeait lundi 24 février 2025 Mathieu Pouydesseau sur les répercussions potentielles des récentes élections législatives allemandes.

Alors que l’Allemagne, pilier central de l’Union européenne, traverse une période de bouleversements politiques, quelle influence cela pourrait-il avoir sur ses voisins, notamment la France ? Ce questionnement introduit une discussion captivante qui explore les dynamiques politiques actuelles en Allemagne et leurs implications plus larges.

Mettons fin à la complaisance à l’égard d’Elon Musk

La France s’est vue confiée par l’assemblée générale des Nations Unies l’organisation du « Sommet pour l’Action dans l’Intelligence Artificielle (IA) », faisant suite à l’adoption à sa 79ème session du « pacte numérique mondial », et aux sommets pionniers ayant déjà eu lieu en Grande Bretagne en 2023 et en Corée du Sud en 2024. Ce sommet aura lieu à Paris, au Grand Palais, les 10 et 11 février 2025, organisé par le palais de l’Élysée.

La feuille de route de ce sommet est à la fois ambitieuse en définissant des objectifs universels, et pusillanime quant aux moyens à mettre en place. Voici les 5 axes de travail :

  • L’IA au service de l’intérêt général,
  • Avenir du travail,
  • Innovation et culture,
  • IA de confiance,
  • Gouvernance mondiale de l’IA.

Son agenda, et la starisation choisie de personnalité controversées du capitalisme technologique libertarien, interrogent tous les démocrates sincères.

En octobre 2024 la mission de préparation annonce souhaiter « lutter contre le mésusage de l’IA », en « s’appuyant sur un consensus scientifique robuste », notamment pour « lutter contre la manipulation de l’information, notamment sur les réseaux sociaux. »

Elon Musk est pourtant annoncé comme l’une des stars de l’évènement qu’Emmanuel Macron souhaite utiliser pour redorer son blason, après ses échecs budgétaires, économiques et politiques, et ses deux défaites électorales consécutives.

Le loup est invité à cuisiner le chaperon rouge !

Nous devons, au nom de la décence et de la protection des libertés publiques, interpeller la présidence française, encore une fois.

Le nouveau ministre américain en charge de « la simplification administrative » a toujours été soigné par le président de la République Française, pensant ainsi attirer l’une des sociétés du magnat de la technologie, Tesla, dans notre pays.

Musk a choisi l’Allemagne, mais le président français Macron continue sa danse du paon.

Nous sommes persuadés que la France, par son histoire, son universalisme, les contributions essentielles de ses chercheurs et ses philosophes sur les concepts clés de l’IA, doit être le moteur en Europe des réflexions sur son déploiement, sa régulation : il s’agit d’un enjeu politique crucial, un enjeu de souveraineté, un enjeu vital pour garantir notre indépendance.

Ce que nous refusons avec force, c’est que soit à nouveau déroulé le tapis rouge pour Elon Musk et ses alliés libertariens ! Celui qui est aujourd’hui l’homme le plus riche du monde n’est pas seulement le premier allié de Donald Trump : il est devenu un acteur politique toxique, ennemi de toutes les lois limitant son pouvoir absolu, et chantre d’un libertarianisme aussi débridé qu’irrationnel, soutenant les néofascismes européens.

Après avoir déboursé 270 millions de dollars et mis son réseau x et son logiciel d’intelligence artificielle Grok au service de Donald Trump pendant la campagne électorale américaine, il a submergé l’espace médiatique de fausses informations.

Depuis le scrutin de novembre 2024, Elon Musk a insulté publiquement le Chancelier allemand et fait ouvertement campagne pour l’AfD, un parti d’extrême-droite allemand, dont les dirigeants assument leurs inspirations néo-nazies.

Il s’attaque également au gouvernement travailliste britannique, soutenant l’extrême droite anglaise, propageant fausses polémiques et accusations diffamatoires.

Il insulte le chef du gouvernement canadien démissionnaire, soutenant la campagne impérialiste de Trump visant à annexer ce pays, une partie du Danemark, et le Panama.

L’Europe a décidé, lâchement, de faire semblant de ne pas entendre les déclarations pourtant répétées du nouvel exécutif nord-américain.

Les dirigeants politiques attaqués, dont deux social-démocrates, sont seuls face à des campagnes de haine multipliés par les algorithmes trafiqués.

Le patron de Meta Marc Zuckerberg (Facebook, Youtube, Instagram, WhatsApp, etc.) a annoncé se rallier lui aussi à l’alliance idéologique populiste pour inonder les réseaux de contenus manipulant les réseaux sociaux !

Comment inviter des patrons qui déclarent être opposés aux objectifs du sommet ? Ils ne serons là que pour les saboter.

Comme pourraient-ils être encore le bienvenu en France, alors qu’ils s’attaquent à nos intérêts et aux fondements de la démocratie républicaine ?

Elon Musk n’a jamais été un partenaire loyal mais une menace permanente. Aujourd’hui, il attaque ouvertement le principe même de l’égalité devant la loi, les fondements de notre démocratie. Sa prétendue défense de la liberté d’expression est d’une indécence absolue : quelle liberté d’expression reste-t-il quand des multimilliardaires disposent des outils médiatiques les plus puissants pour saturer le débat public de mensonges ?

Musk ne veut pas de liberté d’expression, il veut la liberté de mentir, de diffamer, de propager la haine, avec ses gigantesques moyens financiers comme seules limites.

Qui, une fois pris comme cible par ces hommes riches, opposés aux principes démocratiques, peut espérer faire corriger une accusation mensongère par sa propre voix, sans la protection des lois ?

Musk met toute sa puissance pour saper la démocratie issue de la philosophie des Lumières ; il est parmi nos ennemis.

Le président américain Donald Trump sera présent également. Il n’est pas possible de l’empêcher de participer vu le mandat de l’assemblée générale des Nations Unies. Mais sommes-nous obligés de dérouler le tapis rouge à ceux qui multiplient les déclarations hostiles à nos valeurs, notre démocratie, à l’Europe ?

La Gauche Républicaine et Socialiste demande à la présidence de la République et au gouvernement de tenir enfin un discours de fermeté en direction des principaux dirigeants des multinationales du numérique : les conditions d’exercice de la liberté d’expression ne sont pas marchandables, la protection des médias et de l’information et des citoyens français ne sont pas négociables. La GRS exige que l’Union Européenne consolide l’encadrement législatif des services numériques (DSA) pour protéger les citoyens et nos démocraties de l’incitation à la haine, à la violence et au terrorisme, des manipulation, des opérations de désinformation et des contrefaçons ; la GRS exige que les plateformes numériques soient enfin mises réellement et de manière concrète en face de leurs responsabilités et de leurs obligations en Europe et qu’elles soient sanctionnées quand elles ne les respectent pas.

Nous appelons les organisations démocratiques à faire des propositions communes en ce sens. Nous proposons à l’ensemble des organisations politiques et de défense des libertés à se joindre à elle dans cette exigence et à l’exprimer sur place lors du sommet.

Frédéric Faravel et Mathieu Pouydesseau

Électricité : l’Autorité de la concurrence contre la démocratie

Dans son communiqué du 19 novembre 2024, l’Autorité de la concurrence soutient que les interventions de l’État sur les prix de l’électricité ont été discrétionnaires et ont brouillé le « signal prix » censé créer des incitations à la sobriété énergétique. Elle exige donc du gouvernement d’organiser progressivement la suppression du tarif réglementé de l’électricité. Certes, l’Autorité de la concurrence veille au respect des règles de la concurrence. C’est sa mission. Néanmoins, elle ne peut pas se substituer aux principes démocratiques. Or, le besoin de fixer politiquement les prix de l’électricité relève avant tout d’une question démocratique. Les citoyens ne veulent pas élire des responsables politiques impuissants, comme l’a montré la réélection de Trump. Supprimer le tarif réglementé entraînerait la montée des contestations politiques et de l’extrême droite et pourrait mettre en danger un fondement de la démocratie française.

Le contrôle des prix de l’électricité est aussi une mesure favorable à l’économie et à la transition énergétique. La production électrique française est presque entièrement décarbonée et il faudrait inciter les ménages à acheter des véhicules électriques et à remplacer leurs systèmes de chauffage par des systèmes électriques. Or, pour cela, nous avons besoin d’un contrôle public des prix de l’électricité, afin de garantir aux ménages que ces prix resteront bas.

Par ailleurs, contrairement à ce qu’affirme l’autorité de la concurrence, l’ouverture à la concurrence n’a pas prouvé sa capacité à augmenter les investissements productifs dans la production d’électricité. Ainsi, faute d’investissements privés, le gouvernement a décidé de construire jusqu’à six nouveaux EPR avec EDF. Pour financer cet investissement, nécessaire à la transition écologique, il doit prévoir des recettes sur plusieurs dizaines d’années, ce qui implique de contrôler le prix de vente de l’électricité.

Enfin, l’actualité ne cesse de nous rappeler les graves conséquences du choix par l’Union européenne de la concurrence dans le marché européen de l’électricité. Cela interdit la planification à long terme et engendre une faible résilience face aux chocs tels que la guerre en Ukraine. Aujourd’hui, les tarifs élevés de l’électricité sont le principal frein à la compétitivité des entreprises européennes. Les nouvelles règles du marché européen de l’électricité ne change pas l’absurdité d’empêcher notre pays de fixer sa tarification électrique et nous devons nous mobiliser pour que la France prenne comme l’Espagne et le Portugal les moyens de maîtriser le prix de l’énergie dans notre pays. Mais en attendant, au moins une décision immédiate s’impose : le maintien des tarifs régulés de l’électricité. Cela est indispensable pour des raisons démocratiques, mais également parce qu’ils sont une condition nécessaire à la planification de la transition écologique. Il faudrait même, à terme, élargir la réglementation pour y inclure les industriels et éviter qu’un prix trop élevé de l’électricité conduise de nombreuses entreprises soit à renoncer à l’électrification de leur système productif, soit à délocaliser.

Au moment où se multiplient les plans sociaux et où déferle une nouvelle vague de désindustrialisation, faire baisser le prix de l’énergie est un impératif absolu. Et vite !

Barnier à Matignon : le bras d’honneur de Macron aux Français

L’interminable série de consultations conduites par le Président de la République pour ne pas nommer un Premier ministre du Nouveau Front Populaire a pris fin aujourd’hui de la pire des manières.

En choisissant Michel Barnier, dernière roue du carrosse LR, Emmanuel Macron a balayé d’un revers de main les résultats de sa propre dissolution ; et fait un bras d’honneur aux millions d’électeurs de gauche qui ont sauvé la moitié de son groupe parlementaire à l’Assemblée.

Pire : l’Elysée a négocié en direct avec Marine Le Pen les conditions d’une neutralité bienveillante des députés RN en cas de dépôt d’une motion de censure !

Le nouveau Premier ministre, qui lors de la primaire LR avait proposé d’abolir des pans entiers de la Convention Européennes des Droits de l’Homme, ne manquera pas de détailler les termes de cet accord lors de son discours de politique générale.

Les milieux d’affaires et les marchés financiers sont les vrais gagnants de cette forfaiture démocratique. Leur effroi à l’idée d’augmenter les salaires et contribuer davantage aux charges publiques s’est instantanément dissipé. Les dividendes défiscalisés et autres subventions sans contreparties continueront d’arroser leur cours de bourse.

Macron n’a jamais été préoccupé par une quelconque « stabilité institutionnelle ». Son obsession cardinale demeure la préservation des privilèges de son noyau dur de supporters, sous l’œil vigilant de Bruxelles, rassurée par « Barnier l’européen ».

Nos concitoyens n’ont à présent sous les yeux qu’un régime crépusculaire accaparé et dénaturé par un Président méprisant et solitaire. Il reviendra aux forces de gauche de s’opposer radicalement à la poursuite de sa politique d’austérité néolibérale et autoritaire.

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