Boris Johnson premier ministre : un Brexiter à l’épreuve du feu !

Depuis le 24 juillet, le débonnaire et fantasque Boris Johnson est désormais Premier ministre du Royaume-Uni. Le député conservateur a été un ardent promoteur du « vote leave » lors de la campagne du référendum de 2016. Utilisant avec habileté la rhétorique du « take back control » (« reprenez le contrôle ») dans un pays miné par les inégalités sociales et économiques, se tenant bien souvent à la limite de la « fake news »[1], ses détracteurs l’accusent en sus d’être homophobe, raciste et sexiste. Nul hasard s’il a été nommé le candidat « marmite » du nom de cette pâte à tartiner bien anglaise que l’on ne peut qu’adorer … ou détester.

Au-delà de ses frasques Boris Johnson agit depuis 2016 en fin stratège. Après avoir été le plus bruyant des conservateurs sur le thème du « leave », il se déclare hors course pour le poste de Premier ministre à la démission de David Cameron et laisse Theresa May se briser la nuque sur des négociations impossibles avec la Commission et le Conseil Européen. Il n’hésite pas ensuite à dénoncer l’accord trouvé par May, qu’il considère comme une trahison du Brexit, joue de l’« affection » que lui porte Trump pour humilier May lorsque le Président Américain est en visite à Londres, et ne cesse de plaider pour un hard-Brexit, un Brexit sans accord. Cet éternel opposant chez les Tories consolide ses troupes, attend son heure et, avant même la démission de May, son nom est déjà sur toutes les lèvres pour lui succéder. 

Mais voilà que celui que l’on surnomme BoJo, ce pur produit de l’élite Anglaise (diplômé de grec ancien, passé par Eton et Oxford, ancien maire de Londres) fait l’épreuve du feu à peine nommé. Lors du discours suivant sa nomination au poste de Premier ministre, exclusivement dédié au Brexit, il réaffirme sa volonté d’honorer la parole donnée au peuple de respecter le choix des urnes et de sortir de l’UE au 31 octobre, avec ou sans accord. Johnson espère pouvoir rouvrir des négociations avec l’UE en jouant à fond la carte de la sortie « sèche » que Theresa May n’avait jamais fait que brandir comme un joker dans ses discussions avec les 27. Pourtant derrière cette volonté affichée de respecter la souveraineté populaire, trois dangers le guettent : 

·      Les difficultés économiques qu’un hard Brexit ne manquerait pas de provoquer au Royaume-Uni. Si les bourses Européennes ont accueilli sans émotion sa nomination (attendue), la city reste sur le qui-vive et les banques, assurances et fonds d’investissement prêts à délocaliser leurs activités. Par ailleurs le rétablissement des droits de douanes avec les 27 (suivant les règles génériques de l’OMC) impacterait la compétitivité de l’économie Britannique à l’export et renchérirait le coût de ses importations. Une dévaluation compétitive pourrait alors intervenir pour récupérer des marges à l’export. Une période de turbulences économiques s’ouvrirait pour le Royaume.

·      Les velléités indépendantistes Ecossaises qui se trouvent renforcées. Après l’échec cuisant du référendum de 2014 (près de 56% favorable au maintien dans le Royaume), Nicolas Sturgeon, Première ministre d’Ecosse voit dans le risque d’un hard Brexit l’occasion d’imposer un second référendum sur l’indépendance, sur cette terre où le « non » à la sortie de l’UE a recueilli 62% des suffrages en 2016. Boris Johnson, en visite dans les trois autres nations qui composent le Royaume-Uni, a pu mesurer en Ecosse son déficit de popularité : l’Anglais issu de l’establishment Tories a été accueilli par les sifflets et, après son entrevue avec Sturgeon, a dû s’éclipser par une porte dérobée. 

·      Le cas explosif de l’Irlande. Dès les premières discussions en 2016 le cas Irlandais est apparu comme l’épine dans la botte des négociateurs britanniques et européens. Le risque d’un rétablissement de la frontière entre l’Irlande du Nord (Ulster) et l’Irlande (Eire) est de nature à enflammer l’Irlande du nord, ravivant la menace d’un affrontement entre unionistes (majoritairement protestants) et séparatistes (majoritairement catholiques) moins de quinze ans après la dissolution officielle de l’IRA. Un conflit qu’alimenterait la mauvaise entente depuis 2017 entre les responsables politiques du DUP (le parti Unioniste démocrate, loyalistes, favorable au maintien de l’Irlande du Nord au sein du Royaume et favorable au Brexit) mis en cause dans plusieurs affaires de corruption et ceux du Sin Féin (parti républicain, « nationaliste » et de gauche, défavorable au Brexit) qui ont par conséquent fait exploser le gouvernement d’union de la province d’Irlande du Nord. Dernière donnée de cette délicate équation politique : les Tories ont besoin des députés du DUP pour conserver leur majorité à Westminster, compliquant ainsi les arbitrages en Irlande du Nord. L’ombre des « troubles » continue ainsi de planer sur ces négociations tendues.

Le respect de la souveraineté populaire exprimée dans les urnes est la condition de la démocratie, et il faut faire crédit à Boris Johnson d’avoir su le rappeler avec vigueur. Mais le Brexit fait courir un risque économique à toute l’Europe et menace l’unité même du Royaume. Gageons que les dirigeants européens et la Commission Européenne ne souffleront pas sur les braises de l’instabilité comme l’a fait Emmanuel Macron dans les mois précédents le report de la date du Brexit.

Qu’ils soient ou non membres de l’UE, nous sommes liés aux Britanniques par le poids de l’histoire, nous siégeons ensemble au Conseil de sécurité de l’ONU en vertu même de cette histoire. Un affaiblissement du Royaume-Uni ne profiterait à personne ; cessons alors de prétendre les « châtier » pour leur vote, comme le veulent les libéraux prêts à accueillir l’Ecosse pour affaiblir le Royaume. Les Britanniques ont fait le choix de quitter l’Union Européenne et l’on peut s’en désoler, mais ils ne quittent pas l’Europe !

Pour aller plus loin sur les conséquences économiques du Brexit, retrouvez le dossier réalisé par Emmanuel Maurel à ce sujet en cliquant ici


[1] Sur la Turquie par exemple, dont il prétendu durant la campagne que des négociations étaient en cours pour son entrée dans l’UE.