Vaccination anti-COVID et réalité sociale (suite)

Le 7ème arrondissement de Paris est l’une des zones les plus vaccinée de France (plus de 70%). Vaulx en Vélin est l’une des villes les moins vaccinées de France (moins de 30%).
L’une a un revenu médian supérieur à 40 000 euros – la moitié des habitants gagnent plus de 40 000 euros. L’autre a un revenu médian à 15 000 euros – la moitié des habitants gagne moins de 15 000 euros.
Il n’y a pas d’Ehpad dans le 7ème arrondissement de Paris. A propos de l’âge : 28% des habitants de Paris 7ème ont plus de 60 ans, contre 16% des habitants de Vaulx en Vélin : ce facteur seul n’explique pas un ratio de vaccination de plus du double pour l’arrondissement de Paris parmi les plus riches d’Île-de-France.

Lorsque les antivax accusent les bourgeois de vouloir empoisonner le peuple, leur stupidité égale celle de ce gouvernement dans la lutte pandémique.
La réalité, c’est que les inégalités sociales sont révélées à l’eau forte par la crise pandémique. Ce gouvernement ne gouvernant que pour les riches n’a jamais pensé même nécessaire des actions et des communications spécifiques aux classes populaires. Il ne veut rien lâcher dans sa lutte des classes, même pas un panier repas.

Hier, on nous a rapporté la façon dont se déroulait les distributions de la banque alimentaire de Bordeaux : Record battu pour l’été. Beaucoup de Français ne pensent pas le vaccin comme prioritaire parce que déjà, l’enjeu, c’est chaque jour gagner son pain. C’est long, c’est des heures d’attente souvent. Pourquoi risquer de perdre deux heures dans ce cas dans une affaire dont on ne tire aucun avantage ?

Les Français illectroniques – 19% des Français abandonnent une démarche administrative dès lors qu’elle inclut une action internet – les receveurs de paniers repas – qui ne fréquentent pas les restaurants – et les 33% de Français qui ne voyagent jamais, les 45% qui ne prennent jamais l’avion, ne vont pas aller sur doctolib, ou se faire vacciner pour aller au restaurant, au musée, à Arcachon ou à Majorque.

Il ne suffit pas de mettre l’offre de vaccin – la politique sanitaire illustre l’échec de l’idéologie française de la politique de l’offre et de l’homo economicus.

Dans le passé, toutes les politiques sanitaires incluaient des éléments d’incitation, la mobilisation des réseaux de proximité pour passer le message et créer la confiance, ce qui suppose un échange en confiance avec les organisations syndicales, professionnelles, les organisations confessionnelles et culturelles, les associations sportives, ce qui implique faire confiance et équiper la médecine de famille, les assistants sociaux, les réseaux intermédiaires, les enseignants locaux, les maires des villes défavorisées.

Or ce gouvernement vit dans l’illusion d’une relation directe à un peuple enjambant tout cela, et refuse de mettre les moyens dans de telles campagnes vaccinales.
Il ne lui reste plus que la matraque.

Que va-t-il faire en septembre ? Mettre des barrages autour des villes gagnant moins de 20.000 euros, à moins de 50% de vaccinés, et les confiner ?
Ce serait la confirmation de la critique que nous avons formulés dès le début du mois de juillet : la politique sanitaire actuelle, c’est la liberté de jouir pour les riches et le confinement pour les pauvres.
C’est permettre au clown bonapartiste de reprendre ses dîners pour riches ennuyés, et envoyer les CRS dans les quartiers où on ne vote plus. Aux régionales, Paris 7ème a connu une participation électorale de 41%, Vaulx en Vélin, 12,6%.

taux de vaccination et revenu médian…

“Ne faisons pas de l’écologie contre les plus modestes”

tribune de Jean-Luc Laurent, publiée le mardi 3 août 2021 par Les Echos

Le maire GRS du Kremlin-Bicêtre déplore l’instauration « précipitée » des zones à faibles émissions dans le Grand Paris. Il estime, dans une tribune aux « Echos », que cette mesure accentue les inégalités entre ceux qui peuvent s’offrir un véhicule plus écologique… et les autres.

Depuis mardi 1er juin, tous les véhicules Crit’Air 4 et 5 n’ont plus le droit de circuler en semaine dans la zone à faibles émissions (ZFE) de la Métropole du Grand Paris. Cela représente 240.000 voitures, et presque autant de Franciliens.

Dès 2022, ce sont les véhicules Crit’Air 3 qui seront interdits, avant les Crit’Air 2 en 2024. Cette décision ne tient pas compte de la situation des ménages modestes et des classes moyennes. Elle préfère une écologie punitive à une écologie populaire.

Futur métro

La ZFE est une nécessité pour opérer une transition écologique et énergétique, notamment quand on sait que le transport est l’activité qui contribue le plus aux émissions de gaz à effet de serre en France et que la pollution est un réel enjeu de santé publique.

Malheureusement, il manque à cette mesure un accompagnement des Franciliens. En imposant la zone à faibles émissions sans concerter les principaux intéressés, nous les évinçons d’une politique écologique participative, nous créons des tensions sociales qui pourraient être évitées et nous alimentons une défiance de la part des Franciliens les plus fragiles face à des décisions politiques déconnectées de la réalité.

Cet accompagnement passe avant tout par une offre de transports en commun suffisante en banlieue. Le calendrier actuel de la zone à faibles émissions ne tient pas compte des mises en service des futures lignes de métro pour desservir la banlieue. La ligne 14 prolongée en 2024 et surtout la ligne 15, métro de banlieue à banlieue tant attendu, ne sera finalisée qu’en 2030. Dans ces conditions, pourquoi continuer à opposer « fin du monde » et « fin du mois » ?

Une taxe supplémentaire

L’écologie qui se construit contre les citoyens, les Français n’en veulent pas. Une telle mesure qui ne s’accompagne pas d’une politique sociale concrète risque de fracturer encore un peu plus notre société. Elle subit déjà actuellement une crise sanitaire sans précédent dont les répercussions économiques et sociales touchent de plein fouet les couches populaires.

D’autant plus quand cela conduit à créer une taxe supplémentaire par le biais de bornes de contrôle. Alors que les professionnels du transport bénéficient d’ores et déjà de dérogations, cette taxe sera payée par les Franciliens qui se rendent quotidiennement au travail. En somme, la double peine. Souhaitons-nous réduire la ZFE à une taxe supplémentaire, alors que l’enjeu est l’amélioration de la qualité de l’air ?

A minima, il faut que les aides financières pour acquérir un véhicule peu ou pas émetteur de gaz à effet de serre soient augmentées au regard du coût engendré pour les Franciliens modestes et les classes moyennes.

Ne creusons pas davantage les inégalités par une décision précipitée. Priver les habitants d’Ile-de-France de leur moyen de transport sans leur proposer d’alternatives (transports collectifs, auto-partage, RER Vélo…) conduit à les « assigner à résidence » et les cantonner à leur quartier. Il est encore temps de changer les choses pour rendre la ZFE populaire !