Catégorie : Actualités

  • « Loi intégrale » toujours en sursis

    « Loi intégrale » toujours en sursis

    Le mardi 13 octobre 2026, la proposition de loi apportant une réponse intégrale au phénomène des violences sexuelles et sexistes contre les femmes et les enfants dite « loi intégrale » fera l’objet d’un vote solennel à l’Assemblée nationale.

    Malgré des échecs importants dans le débat parlementaire, la Gauche Républicaine et Socialiste soutiendra son adoption car elle apporte des avancées majeures. Mais il faut être conscient qu’à l’heure où nous écrivons rien n’est gagné : ni son adoption mardi soir, ni un parcours parlementaire complet (le texte sera transmis au Sénat, mais devra s’insérer dans l’agenda sénatorial ce qui n’est pas garanti) sans détricotage supplémentaire, et encore moins son financement. Raison de plus pour maintenir la pression : pour obtenir une véritable victoire, la coalition féministe et enfantiste et la gauche devront continuer à mobiliser pendant de longs mois, y compris pendant la campagne de l’élection présidentielle. C’est nécessaire à la fois pour faire adopter le texte et aussi pour informer et conscientiser nos concitoyens sur ce sujet.

    Des conquêtes arrachées à l’indifférence

    On ne le répétera jamais assez : rien ne prédisposait le Parlement français à examiner, à l’automne 2026, un texte aussi ambitieux que cette proposition de loi dite « intégrale » contre les violences sexistes et sexuelles faites aux femmes et aux enfants.

    Le projet naît pourtant dès 2024, d’une coalition inédite de quelque 140 associations féministes et enfantistes, de syndicats et d’expertes, qui transforment en quelques mois un socle de 140 revendications en une proposition de loi globale, inspirée de l’exemple espagnol de 2004, couvrant l’ensemble de la chaîne : prévention, repérage, enquête, justice, santé, travail, sphère numérique. Le combat n’est pas nouveau – la criminalisation du viol en 1980, la loi de 2010 sur les violences psychologiques au sein du couple ou l’immense travail de la commission indépendante sur l’inceste en attestent –, mais il faut attendre l’été 2026 et la découverte du corps de la petite Lyhanna, violée et assassinée malgré des alertes ignorées par les autorités compétentes, pour que l’émotion populaire, les rassemblements hebdomadaires devant les tribunaux et le souvenir d’affaires judiciaires ubuesques mettent le gouvernement au pied du mur.

    Les chiffres donnent d’ailleurs la mesure de l’urgence : plus de 160 000 enfants victimes de violences sexuelles chaque année, 230 000 femmes majeures se déclarant victimes, une explosion des plaintes de 282% en six ans, et, en face, 73% de classements sans suite.

    C’est bien cette « crise systémique » de la police et de la justice que le texte entend affronter, en opérer une « rupture de paradigme ».

    De réelles avancées, mais la gauche a cédé du terrain

    Convenons d’abord de ce que le texte, tel qu’il sort de la première lecture à l’Assemblée, fait avancer des combats anciens. Des juridictions spécialisées et des postes de juges dédiés seraient créés ; un socle minimal d’actes d’enquête sera imposé ; les professionnels de santé mis en cause sont suspendus et l’allaitement rejoint les motifs de discrimination’inceste devient une infraction autonome du code pénal, élargie jusqu’aux cousins germains ; les violences obstétricales et gynécologiques sont pour la première fois précisément décrites et pénalement sanctionnées ; les « dick pics » deviennent un délit spécifique, la traque numérique furtive aussi.

    Mais à quel prix ? Sur presque tous les points durs, la « coalition » transpartisane, et singulièrement ses ailes de gauche, a fini par céder du terrain. Le maintien des cours criminelles départementales, ces juridictions sans jurés populaires qui traitent 85% des viols et que les associations voulaient abolir, en est le symbole le plus cruel : seuls les viols aggravés, punis de vingt ans et plus, iront devant des cours d’assises spécialisées – un compromis qu’aucun texte fondateur ne viendra masquer et que d’aucuns n’ont pas hésité à qualifier de trahison. L’entretien annuel de repérage à l’école, mesure clé héritée de la première recommandation de la commission sur l’inceste, a été vidé de son caractère obligatoire en commission avant d’être rétabli en séance dans une version tardive et diluée, avec une généralisation repoussée à 2032. L’obligation de négocier en entreprise sur l’impact des violences intrafamiliales a sauté ; la formation spécialisée des policiers d’un niveau élevé a été ramenée à un simple « choc de formation » moins bien ambitieux mais soutenu par le gouvernement. Or, renoncer au caractère obligatoire d’un repérage universel, c’est, au fond, accepter que cela puisse continuer.

    Ambition déçue sur les parcours de soin des victimes

    C’est sans doute sur le volet santé que le décalage entre l’affichage et la réalité est le plus criant. Le texte prévoit là-aussi de véritables avancées : prise en charge à 100% des soins consécutifs aux sévices sexuels, même sans plainte ; centres départementaux de prise en charge pluridisciplinaire ; fin des conciliations ordinales traumatisantes pour les plaintes visant des médecins. Mais les parcours de soin demeurent, littéralement, au rabais. Le fameux « parcours de soins coordonné » en psychotraumatisme, entièrement pris en charge, ne concernera que les mineurs : or, neuf enfants victimes sur dix ne révèlent les faits qu’à l’âge adulte, devenus inéligibles au dispositif, quand la majorité des plaignantes est précisément adulte. Les consultations de psychologues en libéral, elles, ne seront pas mieux remboursées qu’avant, ce qui exclut de fait l’essentiel des victimes ; les députées qui l’ont crié à l’hémicycle n’ont pas été contredites, simplement ignorées. Et le contenu précis de ces parcours restera suspendu à des décrets. La cause pratique est avant tout là-aussi budgétaire : faute de réels moyens – à peine 7 millions annoncés pour le parcours renforcé – et d’un périmètre volontairement restreint, la proposition de loi proclame des principes qui ne pourront devenir effectifs. Une « loi intégrale » sans « budget intégral » ne pourra pas atteindre son but.

    Mardi 13 octobre : un vote sous conditions

    Le rendez-vous du 13 octobre est donc tout sauf une formalité.

    L’Assemblée nationale sera d’abord appelée à revoter, en seconde délibération, l’article 46, ce congé payé d’au moins dix jours destiné à permettre aux victimes salariées de porter plainte, consulter, se mettre à l’abri sans perdre leur salaire – rejeté de justesse (77 voix contre 74) grâce aux délégations de vote de l’extrême droite et aux abstentions du centre et de la droite (et une partie de la gauche était en commission sur l’examen du projet de loi de finances). Une seconde délibération a donc été obtenue car la gauche a dénoncé l’utilisation massive de délégations de vote par le Rassemblement national.

    Mais il n’y aura pas de correction d’autres graves reculs. Les députés ont voté également le vendredi 9 octobre (par un vote net 121 voix contre 77, avec un large soutien du centre au RN) la suppression de l’article 62 qui interdisait de délivrer une Obligation de quitter le territoire français (OQTF) à l’encontre d’une personne étrangère victime de violences sexuelles ayant déposé plainte : les droites ont osé évoquer une « nouvelle filière d’immigration ». Cette suppression était également soutenue par la ministre de l’Égalité femmes hommes, Aurore Bergé, invoquant un avis du Conseil d’État et des risques de détournement de la procédure, fermant la porte à une seconde délibération. Cette mesure n’est pourtant pas secondaire : comment porter plainte, quitter un conjoint violent, sortir d’un réseau de traite ou de proxénétisme, si on craint un renvoi à la frontière ? La protection contre les violences doit pourtant concerner toutes les femmes, qu’elles aient ou non des papiers : en réalité, l’argument des droites est cohérent avec leurs récriminations contre l’Aide médicale d’État. D’autres mesures auraient pu être réexaminées, mais il n’y aura finalement pas de seconde délibération : la gauche souhaitait revenir sur un amendement « Medef » adopté en séance, qui a supprimé à l’article 40 l’obligation pour les entreprises de négocier sur l’impact des violences intrafamiliales (privées) dans le monde professionnel ; la gauche souhaitait également ajuster (article 3) les modalités de formation obligatoire des forces de l’ordre face aux violences sexistes et sexuelles. Peine perdue.

    À cette heure, le rétablissement de l’article 46 n’est pas assuré, mais plus largement on peut s’interroger sur l’adoption solennelle du texte lui-même, dans un hémicycle où « l’alliance » transpartisane s’est fissurée toute la semaine et où l’extrême droite a déjà démontré qu’elle pouvait faire basculer des scrutins.

    Si le texte est adopté finalement demain, le parcours parlementaire à venir n’est pas moins incertain : le Sénat, majoritairement ancré à droite, ne s’ouvrira sur le dossier qu’en janvier 2027, et nul n’ignore le risque que le texte y soit dépecé.

    Sans crédits, la loi restera lettre morte

    Enfin, l’ombre portée sur toute cette architecture, c’est l’argent. Le chiffrage officiel oscille entre 3 et 4 milliards d’euros supplémentaires par an – dont 2,4 milliards pour l’Intérieur, 300 millions pour la Justice et jusqu’à 800 millions pour la Santé –, sans compter les 500 millions annuels du seul entretien de repérage scolaire, ou les 1 400 magistrats et 800 greffiers que l’application intégrale supposerait de recruter, là où quelque 300 seront effectivement recrutés en 2027. Face à cela, les engagements gouvernementaux relèvent de l’esquive : on promet un amendement de programmation « à l’issue de la navette », une budgétisation des mesures définitivement adoptées, un effort accru « dès 2027 » dans les lois de finances et de financement de la Sécurité sociale. Mais qui ne voit la contradiction ? On refuse de légiférer sur la pénurie, tout en s’apprêtant à voter une loi dont on sait qu’elle coûtera ce que l’on refuse de mettre sur la table, dans un contexte budgétaire où chaque euro sera compté et où le gouvernement prétend surtout baisser les budgets sociaux. Si les crédits nécessaires ne sont pas votés dans les semaines qui viennent, la loi intégrale rejoindra la longue cohorte des textes généreux restés lettre morte – les 82 recommandations de la commission sur l’inceste en ont déjà fait la démonstration.

    Les victimes et la société française dont elles font partie n’ont pas besoin de proclamations supplémentaires : ils ont besoin que la République mette enfin ses moyens au niveau de ses principes. Telle est, en définitive, l’unique question que trancheront les prochains budgets. À son niveau, au service des revendications de la coalition féministe et enfantiste, et avec le reste de la gauche, la Gauche Républicaine et Socialiste continuera de s’associer et de soutenir les mobilisations indispensables jusqu’à ce que cette concordance soit obtenue.

    Frédéric FARAVEL

  • Primaire : félicitations à Emmanuel Maurel, Raphaël Glucksmann désigné, nous respecterons nos engagements

    Primaire : félicitations à Emmanuel Maurel, Raphaël Glucksmann désigné, nous respecterons nos engagements

    Ce soir, Emmanuel Maurel recueille 7119 voix soit 5,92% des votants de la primaire de la gauche socialiste et démocratique.

    Nous remercions les militants qui se sont mobilisés à fond pour la réussite de ce moment démocratique, nous nous félicitons de la très forte participation. Emmanuel Maurel a redit encore une fois qu’il serait loyal et exigeant à l’égard de Raphaël Glucksmann qui a recueilli 66% des voix.

    Nous avons encore des messages à faire passer car la France a besoin d’une vraie rupture avec le macronisme et d’apaisement alors que les fractures sociales, économiques, territoriale et de générations s’accroissent.

    La GRS compte travailler au redressement du pays.

  • Le gouvernement doit répondre aux aspirations légitimes des lycéens et des étudiants

    Le gouvernement doit répondre aux aspirations légitimes des lycéens et des étudiants

    communiqué de presse de la Gauche Républicaine et Socialiste – vendredi 2 octobre 2026, 20h15

    Depuis le 21 septembre 2026, la mobilisation des lycéens prend de l’ampleur et se transforme aujourd’hui en un mouvement à l’échelle nationale.

    Ce mouvement, qui semble s’étendre aux universités parce que les mêmes causes produisent les mêmes effets, dit l’état de l’Education nationale dans notre pays. Après toutes les réformes calamiteuses imposées sous les quinquennats d’Emmanuel Macron, ParcourSup en tête, le dernier classement PISA démontre l’étendue de la crise, et d’abord dans la fonction première de l’école : la transmission des savoirs et le niveau général des connaissances.

    Il faut arrêter de regarder les manifestations lycéennes de haut et de les traiter avec mépris : elles ont toujours existé et la mobilisation des lycéens est aussi une étape de l’apprentissage de la citoyenneté. Contrairement à ce que disent le gouvernement et ses soutiens, les lycéens expriment très clairement des revendications pratiques. Les jeunes qui se mobilisent pour de meilleures conditions d’études, pour une meilleure orientation, contre la sélection, le font à juste titre.

    Nous n’avons pas à dire aux lycéens et aux étudiants ce qu’ils doivent faire. Le devoir de la gauche est de les comprendre et de les aider. Ce n’est pas facile d’avoir 18 ans en 2026 : cette génération a subi le confinement, elle a subi Parcoursup, elle subit déjà et subira le dérèglement climatique. Elle a toutes les raisons d’être en colère et même en révolte.

    Nous avons constaté évidemment une montée de la violence ; certains comportements sont intolérables et mettent en danger les biens et les personnes dans la collectivité. Ceux, parmi les responsables politiques, qui pourraient encourager ces comportements seraient des irresponsables. Il est évidemment difficile de faire face à des incidents où se retrouvent des centaines d’adolescents et de jeunes adultes. C’est un crève-cœur de voir des biens publics dégradés ou un prof molesté. Mais c’est un crève-cœur de voir une jeune fille brutalisée par des policiers ou un élève de 14 ans, qui se bat pour ses droits, perdre toutes ses dents suite à un tir de policier au lance-grenades. Les policiers font certes un boulot très difficile, mais disons-le fermement, nous avons un problème majeur dans la chaîne de commandement et les méthodes employées, car depuis trop longtemps le pouvoir macroniste est incapable de dialoguer : il a appliqué aux lycéennes et aux lycéens la même violence que celle qu’ont connu les « gilets jaunes » ou d’autres mouvements, il a encouragé la hiérarchie des forces de l’ordre à une réponse disproportionnée. Est-ce une réponse légitime de tirer au LBD sur des mineurs ? Et il se cache derrière une théorie du complot, finalement classique chez tous les gouvernements de droite cédant à l’autoritarisme : la manipulation par l’extrême gauche, c’est l’expression d’un mépris supplémentaire pour l’intelligence des jeunes Français·es.

    Les forces de l’ordre doivent protéger les biens et les personnes, mais elles doivent aussi et surtout protéger la liberté d’expression en République. Cet équilibre est aujourd’hui rompu. Et cette rupture nourrit l’extension du conflit.

    Nous ne dirons pas aux lycéens de rentrer chez eux, mais de s’exprimer dans le calme, de dire ce dont ils ont envie et d’engranger des gains, comme la fin de la hausse des droits d’inscription en BTS et en classes prépa ! Le gouvernement doit cesser d’aborder ce mouvement sous le seul angle sécuritaire, entrer dans un véritable dialogue, écouter les revendications et y répondre, c’est-à-dire rétablir des conditions dignes d’enseignement dans les lycées publics et redonner enfin la priorité absolue à l’Éducation nationale.

    Alors que la situation de l’Éducation nationale n’a cessé de se dégrader depuis 24 ans, le corps enseignant est héroïque de poursuivre ses missions dans de telles conditions. Le premier devoir de l’État est d’être à ses côtés de façon inconditionnelle. Nous soutenons tous les personnels de l’Éducation nationale, qui font tout leur possible pour que nos enfants réussissent. Il est temps de redonner de l’attractivité à ces métiers pour que nos enfants retrouvent un encadrement digne de leur avenir.

  • Sauver l’encadrement des loyers ne suffit pas : il faut encadrer les prix du foncier

    Sauver l’encadrement des loyers ne suffit pas : il faut encadrer les prix du foncier

    En moins de 40 ans, la part du revenu consacrée au loyer est passée de 15-20% à plus de 25%, et même plus de 30% voire 35% dans les grandes villes.

    Le logement est le premier poste de dépense des Français·es. La part des dépenses consacrées au logement est un peu plus élevée pour les locataires du parc privé (25,4%) que pour les locataires du parc social (24%). En 2023, il comptait pour environ 27% des dépenses : cela ne signifie pas que la charge aurait diminué, mais que les autres postes de dépenses ont plus fortement progressé encore dans la période. En 2025, le logement a représenté 621 milliards d’euros de dépenses pour les Français·es. Ce poste de dépense représente 28% de leur consommation, selon un rapport du Service des données et études statistiques (SDES) du gouvernement publié récemment. Selon la Fondation pour le logement, les ménages vivant sous le seuil de pauvreté consacrent, eux, près de 40% de leurs revenus à leur logement.

    Depuis 2014, le principe de l’encadrement des loyers avait été établi par la loi ALUR ; la loi ELAN de novembre 2018 puis la loi 3DS de 2022 l’ont refondu et rendu applicable sous sa forme actuelle de mise en place expérimentale : de fait, elle peine à être mise en œuvre hors des grandes agglomérations et métropoles (Lille, Hellemmes et Lomme, Lyon et Villeurbanne, Montpellier, Bordeaux, les agglos de Plaine Commune et Est Ensemble en Seine-Saint-Denis, et enfin certaines communes du Pays basque) : tout a été fait pour que cela ne se diffuse pas et, pire encore, l’expérimentation doit officiellement prendre fin le 23 novembre 2026, sauf si une intervention législative décide de la prolonger ou de la pérenniser d’ici là.

    Manœuvres en cours pour tuer l’encadrement des loyers

    Or, si le ministre de la Ville et du Logement Vincent Jeanbrun s’est dit ouvert à une prolongation de l’expérimentation de l’encadrement des loyers pour une durée d’un ou deux ans (seulement !) dans les villes concernées, il a rappelé qu’il était fermement opposé à sa généralisation à l’ensemble du territoire. Vincent Jeanbrun s’est bien gardé de mettre une ligne sur ce sujet dans le projet de loi « Relance et décentralisation du logement » qui a été examiné et voté en première lecture au sénat les 7 et 8 juillet derniers : aussi, tous les amendements pour prolonger l’expérimentation sont tombés comme « cavaliers législatifs », le passage à l’Assemblée mi-novembre n’y changera rien, car la même procédure leur sera opposée. Il sera trop tard, de toute façon, pour prendre le relais.

    Dernière chance : la proposition de loi du député socialiste Inaki Echaniz, adoptée en première lecture en décembre 2025 (?!), qui a été examinée en commission au Sénat le 8 juillet dernier et devrait être examinée en séance au Sénat le 21 octobre prochain. Mais ce texte qui prolonge l’expérimentation de l’encadrement des loyers, si jamais il est adopté (rien n’est moins sûr avec un Sénat toujours plus à droite qui prétendra s’appuyer sur la liberté des collectivités) sera fortement rogné et réduit à la portion congrue par la majorité sénatoriale… d’autre part, il devra encore repasser par une nouvelle lecture à l’Assemblée et ne sera donc jamais prêt pour prendre le relais du dispositif actuel fin novembre. Une seule décision pourrait éventuellement le permettre : que le gouvernement déclare l’urgence sur ce texte, ce qui permettrait de convoquer une commission mixte paritaire après son adoption au Sénat (et ce point n’est pas gagné, on l’a dit), pour que députés et sénateurs s’accordent en catastrophe début novembre sur la prolongation de l’encadrement limité aux territoires déjà engagés. Pour que tout soit prêt à temps, il faudrait dans la foulée la promulgation par le président de la République et la publication de décret d’application : on n’en est vraiment pas là, car le gouvernement Lecornu refuse de déclarer l’urgence sur cette proposition de loi.

    Sébastien Lecornu et Vincent Jeanbrun sont donc en train de jouer au poker menteur pour tuer l’expérimentation de l’encadrement des loyers, alors même qu’elle ne s’applique que dans quelques 70 communes de France. Ils porteront la responsabilité d’une prochaine explosion des loyers dans ces territoires sous tension.

    Sauver l’encadrement des loyers et aller plus loin

    Il est donc indispensable de mettre le sujet sur la table aujourd’hui pour faire pression, au moment où les Français·es subissent une explosion majeure du coût de la vie. Non seulement, il faut obtenir la généralisation de l’encadrement des loyers pour limiter la flambée des prix et en éviter une plus forte encore, mais, en parallèle, il faut dès aujourd’hui nous battre pour l’encadrement des prix du foncier.

    Cette mesure bloquera la spéculation sur le prix des terrains constructibles (les prix du foncier à bâtir ont augmenté de 300% en 30 ans, et représentent à présent jusqu’à 40% du coût de construction des logements). La lutte contre la rente foncière est un enjeu majeur de la cohésion sociale. Le prix du foncier est devenu un élément majeur dans la formation du prix final du logement. Il faut donc prendre des mesures pour alléger cette charge. Il ne s’agit pas, avec cette mesure indispensable, d’interdire ou d’annuler la plus-value foncière, mais d’en limiter la progression, qui est trop forte. Le but n’est donc pas d’opérer une baisse autoritaire, mais de faire en sorte que la hausse soit moindre que les prix du marché, afin d’obtenir une courbe plus raisonnable de progression des prix à moyen-long terme.

    Ce système ne serait pas appliqué à l’ensemble du territoire français, mais dans les zones les plus tendues et dans celles qui, depuis une quinzaine d’années, ont enregistré les hausses de prix les plus élevées. Dans chaque secteur géographique concerné, il s’appuierait sur les prix de référence actuels pour limiter les hausses de prix.

    Frédéric FARAVEL

  • « Il faut se défendre contre les fonds vautours » Emmanuel Maurel dans les Grandes Gueules de RMC

    « Il faut se défendre contre les fonds vautours » Emmanuel Maurel dans les Grandes Gueules de RMC

    Emmanuel Maurel, candidat à la primaire de la gauche socialiste, député du Val-d’Oise et animateur national de la GRS, était vendredi 25 septembre 2026 l’invité des Grandes Gueules RMC.
    Il a notamment présenté sa proposition de grand emprunt citoyen pour redresser la France, en finançant la réindustrialisation, la transition écologique, la recherche et la formation.
    Notre économie va mal et notre industrie est en déclin. Les Français ont beaucoup d’épargne, et notamment les seniors. Dans notre société où il y a de la colère et de la tension, ce grand emprunt sera un pacte entre les générations grâce auquel tous les Français pourront se projeter vers l’avenir.
    La désindustrialisation, c’est aussi que nous envoyons des matières premières à l’étranger, qu’on importe après qu’elles ont été transformées.
    Exemple : le lin. La France est premier producteur mondial, mais c’est en Chine qu’on envoie notre lin pour être tissé.
    On peut retrouver une industrie textile à partir du lin. Le grand emprunt citoyen que je propose pourra financer les investissements pour avoir en France les usines qui tisseront le lin.
    Fait inhabituel dans une émission connue pour déverser sur les invités de gauche tous le poncifs poujadistes possibles, Emmanuel Maurel a convaincu son auditoire de la pertinence de ses propositions (sauf les deux animateurs évidemment).

  • « La France a encore des choses à faire et à dire ! Nous pouvons étonner le monde ! » Emmanuel Maurel sur LCI

    « La France a encore des choses à faire et à dire ! Nous pouvons étonner le monde ! » Emmanuel Maurel sur LCI

    Interrogé lundi 21 septembre 2026 à 10h00 par les journalistes de LCI, Emmanuel Maurel a pu présenter ses réponses d’urgence pour soulager les Français·es et une vision à moyen terme pour une électrification massive du pays, qui doit s’accompagner d’un effort d’investissement rassemblant nos compatriotes et les générations.

    Il a rappelé que l’exercice d’une primaire ne doit pas être l’occasion de s’envoyer à la figure des punchlines, mais de proposer un vrai projet. Il convient également de rassembler la gauche autour d’un projet d’avenir si l’on veut gagner.

    Emmanuel Maurel ne confond pas certains dirigeants politiques de LFI avec leurs électeurs : le sujet n’est pas LFI ou pas, mais comment on répond aux attentes des Français·es ! Investir dans l’avenir et défendre le monde du travail !

  • « Présenter aux Français·es nos propositions, pas nos querelles », Emmanuel Maurel sur Public Sénat

    « Présenter aux Français·es nos propositions, pas nos querelles », Emmanuel Maurel sur Public Sénat

    Emmanuel Maurel, candidat à la primaire de la Gauche socialiste, était l’invité de Public Sénat ce lundi 21 septembre 2026 à 8h.

    Interrogé par Oriane Mancini de Public Sénat et Stéphane Vernay du quotidien régional Ouest-France, il a rappelé les raisons de sa candidature, sa conviction que la gauche était en capacité de battre l’extrême droite pour peu qu’elle présente des propositions qui intéressent réellement nos concitoyens. Au-delà des mesures d’urgence, Emmanuel Maurel souhaite également que ces primaires soient l’occasion pour lui de présenter un véritable projet de société à nos compatriotes, le chemin pour changer de système et redresser la France et sa place en Europe et dans le monde.

    Cela implique non de se définir par rapport aux autres, mais d’abord et avant tout d’exposer nos propositions, ce que nous défendons : les Français·es ne s’intéressent pas aux vaines querelles.

  • Les gauches allemandes doivent s’accorder sur une alternative commune à l’extrême droite

    Les gauches allemandes doivent s’accorder sur une alternative commune à l’extrême droite

    communiqué de presse de la Gauche Républicaine et Socialiste – dimanche 20 septembre 2026, 20h50

    La Remontada de Manuela Schwesig (SPD) a évité le pire mais ne parvient pas à freiner l’AFD en Mecklembourg-Poméranie occidentale. La victoire de Elif Eralp (Linke) à Berlin sur le logement et la vie chère montre la voie.

    Aujourd’hui 20 septembre 2026, deux régions votaient en Allemagne, après le choc des élections du 6 septembre en Saxe Anhalt.
    Rappelons le contexte : la coalition gouvernementale Droite (CDU-CSU) et SPD est impopulaire. Le chancelier Merz bat tous les records historiques d’impopularité. La coalition n’a plus dans les sondages que le soutien de 30% des votants.

    L’extrême droite AFD s’est établie comme premier parti d’Allemagne à 28% dans les sondages nationaux.
    En Saxe Anhalt, elle a atteint 43% le 6 septembre dernier et manqué de 3 sièges seulement la majorité absolue au parlement régional.
    Suite à ce choc, les voix tant à droite qu’à gauche se sont multipliées pour exiger un changement des directions des deux partis. Merz pourrait perdre son poste.

    Au Mecklembourg Poméranie occidentale, la présidente du Land s’appuyait sur un bilan correct de sa coalition avec les Linke et une forte popularité personnelle. Donnée pourtant à 8 points de retard au printemps dernier, elle a construit sa remontée à 36% sur son nom comme rempart à l’AFD, et une politique centrée sur les enjeux matériels : logement, vie chère, sécurité des personnes. Le candidat local de l’AFD, contrairement à Sigmund en Saxe-Anhalt, n’a jamais émergé. Son score à 38% est ainsi le témoignage de la profondeur d’une colère et d’un divorce de classes sociales entières en Allemagne d’avec la démocratie sociale.
    Cette polarisation a coûté beaucoup à la CDU, qui devrait disparaitre d’un parlement régional pour la première fois depuis 1949, aux verts, et affaibli les Linke (6,5%).

    À Berlin, la coalition CDU-SPD a été affaiblie par de nombreux scandales. Le maire sortant a dû renoncer à se représenter et le candidat SPD est mis en cause dans une affaire de financement illégal.
    L’AFD a un temps causé la surprise dans la capitale, région la plus à gauche d’Allemagne, en étant en tête des sondages.
    Mais depuis, les Linke, avec une campagne centrée sur le coût du logement, la recommunalisation de l’habitat, et la lutte contre la vie chère, est repassée en tête.
    Elif Eralp, la candidate des Linke, est comparée à Mamdani à New York. Avec 26%, elle arrive ainsi largement en tête.
    Les Verts à 15% semblent en mesure de depasser l’AFD (13,5%), récupérant une partie de l’électorat déçu par le SPD (12%).
    La CDU donne l’illusion d’avoir résisté à 20% et pourrait espérer garder la mairie en coalition avec les verts et le SPD. Ces deux partis cependant commettraient selon nous un suicide politique en refusant une coalition avec les Linke, et en reconduisant peu ou prou une coalition discréditée.

    Les résultats confirment deux réalités politiques que nous décrivons depuis des années :

    1. La personnalisation seule ne permet pas de compenser des déséquilibres structurels profonds et des crises sociales laissées sans réponses depuis une décennie.
      Manuela Schwesig a échoué. Elle a certes obtenu un vote utile affaiblissant ses potentiels alliés à gauche, mais cela ne suffit pas pour battre l’extrême droite. Le SPD est comptable des profondes crises du modèle social allemand et du divorce des classes populaires. Pour s’opposer, il faut des contenus radicalement différents.
    2. Les Linke berlinois n’ont pas joué la popularité personnelle de Elif Eralp, relativement inconnue, et réalisent pourtant un score bien supérieur aux sondages. La campagne concentrée sur le logement, la vie chère, a convaincu 26% des Berlinois. Les Linke n’ont pas mis en avant la guerre culturelle, les enjeux communautaires, mais les enjeux matériels. Elif Eralp le dit ce soir « nous allons bâtir un Berlin meilleur, que l’on peut se payer ! »
    3. C’est la recette pour battre l’extrême droite. Les enjeux sont d’abord matériels.

    La Gauche Républicaine et Socialiste a conscience de l’ampleur des transformations à mener pour rétablir la promesse de la République Sociale, seule à même de nous protéger des guerres civiles et de l’appauvrissement. Elle appelle toute la gauche, en France et en Europe à se mobiliser enfin.

    Le chancelier Merz refuse ce soir dans un discours surprise de démissionner. Le fait qu’il ressente le besoin de prononcer un tel discours en ce sens est déjà le signe que ses jours à la Chancellerie sont comptés.

    La facture de dix ans de paradigmes fallacieux, de mercantilisme socialement injuste et violent, est présentée aux deux anciens partis de masse, CDU/CSU et SPD.

    Nous restons convaincus que le choix est encore possible entre un tournant social et humaniste, ou la bascule autoritaire. Nous devons prendre les bonnes décisions pour éviter cette dernière.

  • « La gauche doit réhabiliter la lenteur, l’attention aux êtres et la beauté… » Emmanuel Maurel, candidat à la primaire de la gauche socialiste dans le Nouvel Obs

    « La gauche doit réhabiliter la lenteur, l’attention aux êtres et la beauté… » Emmanuel Maurel, candidat à la primaire de la gauche socialiste dans le Nouvel Obs

    Le député du Val-d’Oise, fondateur de la Gauche républicaine et socialiste, détaille auprès du Nouvel Obs son projet.
    Propos recueillis par Rémy Dodet, publié le mardi 15 septembre 2026 à 17h00

    Les candidats à la primaire sociale-démocrate avaient jusqu’à ce mardi 15 septembre pour se faire connaître. Le leader de Place publique Raphaël Glucksmann, le premier secrétaire du Parti socialiste (PS) Olivier Faure, les députés socialistes Philippe Brun et Jérôme Guedj et l’ex-candidate à la présidentielle Ségolène Royal ont annoncé leur intention d’y participer. Emmanuel Maurel n’est pas le plus connu, mais il sera bien présent sur l’affiche du scrutin, dont le 1er tour est prévu les 9-10 octobre et le 2nd les 16-17 octobre. Cette ancienne figure de l’aile gauche du PS, un temps proche du leader insoumis Jean-Luc Mélenchon, préside la petite formation Gauche républicaine et socialiste (GRS).
    Député du Val-d’Oise, il détaille au Nouvel Obs ses propositions.

    Raphaël Glucksmann, Olivier Faure, Ségolène Royal, Jérôme Guedj, Philippe Brun. Cette primaire compte déjà cinq candidats… Qu’est-ce qui justifie votre candidature ?

    Emmanuel Maurel- Je considère que je porte une voix singulière, pour la gauche, en France et en Europe. Et vous allez le voir à l’occasion de ce débat qui, j’en suis sûr, va intéresser les Français. Je pars d’une analyse rationnelle. Un pôle de radicalité à gauche s’est constitué, dont je ne partage pas tous les mots d’ordre. Sa stratégie, la polarisation maximale, peut entraîner au premier tour, mais elle comporte un risque majeur : perdre de façon spectaculaire au second. Par ailleurs, je considère que les macronistes ne peuvent pas gagner l’élection présidentielle, en raison de leur bilan économique, social et financier catastrophique. J’ai longtemps été militant du Parti socialiste et le parti que j’ai fondé avec Marie-Noëlle Lienemann s’appelle la Gauche républicaine et socialiste. Je me retrouve naturellement dans le camp républicain et socialiste. Ce camp organise une primaire. J’ai jugé pertinent d’être candidat.

    François Ruffin aurait-il dû pouvoir y participer ?

    Il y a quatre ans, dans votre journal, François Ruffin a dit lui-même qu’il était « social-démocrate ». Il a eu la dent très dure contre le Parti socialiste, c’est vrai. Il n’empêche qu’il appartient à notre famille, héritière des Lumières et du mouvement ouvrier. Ce que j’aimerais, c’est que tout le monde, y compris François Ruffin, explique en quoi cette primaire est une opportunité formidable à saisir pour faire revivre la grande famille de la gauche réformiste. Je fais le pari qu’un candidat de la gauche socialiste, crédible, authentique, qui a tiré les leçons des erreurs du passé, peut répondre aux colères et aux inquiétudes de nos concitoyens, se qualifier au deuxième tour et battre le Rassemblement national.

    Aujourd’hui, dans les sondages, Raphaël Glucksmann, candidat le plus avancé de la famille sociale-démocrate, semble encore loin du second tour. Jean-Luc Mélenchon lui en est tout proche…

    Les Français ont à la fois besoin de rupture et de rassemblement. De rupture avec la politique menée depuis dix ans, avec un certain modèle de développement qui débouche sur des impasses graves : le réchauffement climatique, le capitalisme du tout-jetable, la société du tout-marché, l’individualisme roi. Notre pays est à fleur de peau, toujours plus polarisé. Mais je sens chez les Français une aspiration à l’unité et au sursaut. Je suis agréablement surpris par le succès du film « la Bataille de Gaulle ». Les plus de 5 millions de Français qui l’ont vu, généralement, ce sont des parents avec leurs enfants, des grands-parents avec leurs petits-enfants. Ce sont des gens de droite et des gens de gauche. Evidemment, je ne vais pas faire de comparaison historique, mais j’y vois la preuve que nos compatriotes, même plein de colère et de doute, ne sont pas pour autant résignés. La France peut s’en sortir pour peu qu’elle se rassemble autour d’un projet mobilisateur et d’une grande idée qui la dépasse. La gauche doit être au rendez-vous de ce sursaut français.

    Vous avancez dans cette primaire trois grandes idées : démondialiser, démarchandiser, démocratiser… C’est un peu vaste, non ?

    Bien sûr, un candidat à la présidentielle doit répondre aux urgences de la vie quotidienne, les prix, les salaires… Mais je crois que pour emmener le peuple français, il faut lui proposer un projet de société et je veux donc présenter un autre modèle de développement. Il faut en finir avec la mondialisation libérale. On en voit les limites depuis le Covid-19. Nous sommes trop dépendants de l’extérieur, et notamment du Sud-Est asiatique. La priorité est de relocaliser la production. Pas seulement pour des raisons économiques. Mais aussi parce que la mondialisation participe de la catastrophe écologique.

    Un jean, par exemple, peut avoir fait des dizaines de milliers de kilomètres, conçu à tel endroit, teint dans un autre, marketé ailleurs, tout ça en ayant consommé des quantités d’eau astronomiques, alors qu’en France une filière textile est en train de se reconstituer, qui fabrique des jeans de qualité et qui vont durer bien plus longtemps. Les consommateurs, et plus seulement les bourgeois, se détournent de la fast-fashion et veulent faire confiance à une industrie 100% française, respectueuse des normes et des salariés.

    Vous appelez aussi à « démarchandiser » la société…
    Qu’entendez-vous par là ?

    Un candidat de gauche doit dire clairement qu’il n’accepte pas la société du tout-marché. Ça vaut pour des choses très simples : les services publics, les transports, l’eau… Mais, au-delà, c’est le lien social que nous devons soustraire aux règles du marché. Pourquoi ne déciderait-on pas que les Ehpad sortent du privé et soient pris en charge à 100% par la collectivité ? Il faut fixer des limites. Cela vaut aussi pour l’environnement et la biodiversité. Le grand botaniste Francis Hallé proposait de reconstituer une forêt primaire en Europe de l’Ouest. Je suis favorable à cette idée. On pourrait décider de laisser une plus grande partie du territoire national en libre évolution, sans intervention humaine, ou sous statut de « protection forte ».

    Démarchandiser, c’est aussi protéger nos enfants des incursions du marché dans leur vie intime. Nous travaillons gratuitement pour les Gafam [Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft] en les laissant exploiter nos données personnelles. Nos vies, dans ce qu’elles ont de plus sensible, sont d’une certaine façon privatisées pour faire des profits. Il nous faut des mesures fortes de régulation. Par exemple, un couvre-feu numérique pour les mineurs : on coupe les réseaux entre 22 heures et 6 heures. Regardez ce qui se passe avec Meta [maison-mère de Facebook et Instagram], récemment condamné : la puissance publique peut demander des comptes aux plateformes, se battre contre le caractère addictif des algorithmes des réseaux sociaux, les réguler, voire les interdire. C’est un enjeu de santé publique. De manière générale, je trouve qu’on n’analyse pas assez les mutations du capitalisme d’aujourd’hui.

    C’est-à-dire ?

    Nous vivons dans un monde hyperstressant, brutal, angoissant. La société du « scroll » et du « swipe », ça crée des catastrophes, en termes de santé mentale par exemple. Je pense qu’un authentique projet de gauche doit réhabiliter des choses aussi banales que la lenteur, l’attention aux êtres, au vivant, à la beauté… Une attention qui n’est pas compatible avec l’accélération permanente de ce turbo-capitalisme dont l’économie numérique est le meilleur représentant. Cela peut paraître utopique ou décalé, mais je crois que c’est fondamental.

    La gauche a-t-elle bien saisi ces nouveaux enjeux ? On a l’impression qu’elle est surtout en défense des acquis sociaux arrachés durant les Trente Glorieuses…

    Il faut voir la violence de l’offensive qu’on s’est pris dans la tête ! À la fin des années 1980, il y a eu un développement, anarchique, rapide, violent du capitalisme financier transnational. Nous, les socialistes, on raisonnait plutôt dans l’espace national avec des compromis sociaux. Nos repères traditionnels, les frontières, les normes, les règles, tout a été bouleversé. Il faut s’adapter à cette révolution. Mais je pense que oui, il y a encore beaucoup de choses à défendre. Et ce ne sont pas des combats archaïques. Dans cette campagne, une de mes priorités sera de défendre le monde du travail. Revenir sur les ordonnances Macron et sur la loi El Khomri, rétablir la hiérarchie des normes pour que l’accord de branche soit plus favorable que l’accord d’entreprise, réfléchir à une nouvelle organisation du travail, dans le privé mais aussi dans la fonction publique, au management d’aujourd’hui, tout ça doit faire partie du combat socialiste.

    Les finances de la France sont dans le rouge. Bercy a revu ses prévisions de croissance à la baisse, à 0,5%… Comment retrouver des marges de manœuvre ?

    C’est vrai que la situation économique et financière est mauvaise. Et pourtant, il est urgent d’investir ! Je propose un grand plan d’investissements sur l’électrification, la décarbonation, la revitalisation industrielle dans tous les territoires et l’indépendance militaire. Pour le financer, je propose que les Français y participent directement par le biais d’un grand emprunt populaire. Je pense notamment à la « grande transmission », ces 9000 milliards d’euros qui seront transmis en héritage d’ici à 2040. Je pense aussi à l’épargne des Français, soit 6 500 milliards d’euros. Je suis favorable à des idées comme celles de la « taxe Zucman » ou d’une contribution supplémentaire des méga-héritages, parce qu’il faut corriger les inégalités de patrimoines et que cela procure des recettes. Mais se contenter de ça ne suffit pas. Il faut une logique différente. Ce que je propose avec ce grand emprunt national, c’est un pacte entre générations. Si vous êtes un senior, que vous avez 70 ans et de l’épargne, vous pouvez participer au sursaut français et préparer un autre pays pour vos enfants et vos petits-enfants. C’est de la bonne dette, qui sert à investir, et c’est de la dette relocalisée, détenue par des Français pour des projets français. Les grands emprunts marchent à l’étranger. Ça peut fonctionner chez nous !

    En 2019, vous étiez élu au Parlement européen sur la liste de La France insoumise.
    Depuis la dissolution de l’Assemblée nationale en 2024, vous siégez au Palais-Bourbon avec les communistes au sein du groupe Gauche démocrate et républicain (GDR).
    Quand et pourquoi avez-vous rompu avec les insoumis ?

    J’ai fait un pari. J’ai cru que Jean-Luc Mélenchon serait le nouveau François Mitterrand, le rassembleur d’une gauche populaire et républicaine. Et je l’ai cru sincèrement, comme beaucoup d’électeurs de gauche. Et puis, sur les fondamentaux républicains, la Laïcité, l’universalisme, il s’est éloigné de ce qu’il a toujours dit dans sa vie. Le populisme de gauche était un pari intéressant d’un point de vue théorique. Mais cela a abouti à une polarisation et à une forme de maximalisme qui ne permettent pas de rassembler la majorité. Les insoumis ont aussi un travers que je trouve insupportable : si tu n’es pas d’accord avec eux, tu es d’extrême droite. À force, c’est épuisant.

    L’alliance avec LFI, rejetée par Raphaël Glucksmann, risque encore de fracturer le PS. Faut-il rompre définitivement avec ce mouvement ?

    Dire « jamais » n’a pas de sens. D’après mon expérience, tous ceux qui le font sont généralement démentis par les faits. Il y a une réalité électorale : l’électorat de gauche est très unitaire parce qu’il sait que notre combat commun, c’est contre l’extrême droite et pour une société plus juste et plus fraternelle. On l’a vu en 2024, il ne faut pas le négliger. Moi, je respecte les électeurs et les militants insoumis. En revanche, il m’arrive de m’interroger sur leur absence de réaction quand leur leader en vient à faire des jeux de mots avec des noms à consonance juive. Je trouve ça terrifiant. Cela dit, j’espère que les débats de la primaire ne vont pas tourner autour de la question LFI. Il n’y a rien de plus absurde que de dire : « On est la gauche non-mélenchoniste. »
    Les électeurs veulent savoir ce qu’on pense nous-mêmes et connaître nos propositions.

  • Allemagne : l’extrême-droite néonazie dirigera la Saxe-Anhalt

    Allemagne : l’extrême-droite néonazie dirigera la Saxe-Anhalt

    communiqué de presse de la GRS – dimanche 6 septembre 2026, 21h30

    L’extrême-droite allemande remporte l’élection au Land de Saxe-Anhalt. Depuis des années, la progression de l’AfD, une extrême droite clairement alignée sur les néo-nazis, semble irrésistible, mais en réalité rien de sérieux n’a été fait pour l’arrêter. Ce soir, elle peut revendiquer le gouvernement du Land de Saxe-Anhalt, une première depuis 1945. La participation record révèle un rejet massif des partis démocratiques par la classe ouvrière et moyenne, mais aussi par la jeunesse, qui subissent l’austérité et le déclassement.

    C’est une catastrophe politique.

    Il y a des raisons nationales à cette situation politique mais l’extrême droite progresse partout en Europe, notamment à mesure que les modèles nationaux de protection et de cohésion sociales sont peu à peu détruits. La France est aujourd’hui directement menacée pour les mêmes raisons et nous n’avons cessé d’alerter sur la catastrophe patiemment construite par les gouvernements de droite et sociaux libéraux qui se sont succédés depuis 2002. Face aux solutions régressives, racistes autoritaires, les réponses classiques néolibérales, libre-échangistes et antisociales sont totalement disqualifiées.

    La Gauche Républicaine et Socialiste est convaincue que seule l’affirmation d’une gauche socialiste qui s’assume peut créer les conditions du rassemblement nécessaire des Françaises et des Français, au monde du travail.

    Nous devons collectivement sortir du déni de réalité.

    C’est le seul chemin pour battre l’extrême droite en 2027 : offrir une vision pour reconstruire la cohésion nationale et l’égalité républicaine, fondées sur un nouveau modèle de développement. Il y a urgence.

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