3 mai 1936 – 3 mai 2022 : vers un « nouveau Front Populaire » ?

Après le grave échec du Cartel des Gauches en 1924, dont Edouard Herriot n’appliqua même pas le programme, et face à la menace fasciste de 1933 en Allemagne et 1934 en France, les gauches engagent un processus inédit de construction d’un programme commun, allant des communistes aux radicaux et avec le soutien des syndicats et de nombreuses associations et journaux.

Ce sont les socialistes avec Léon Blum qui prendront la tête du Front Populaire. C’est un 1er mai de réunion des cortèges syndicaux qui démontrera la volonté du peuple de voir l’union et la victoire, et le 3 mai 1936, c’est historique : la gauche est largement majoritaire au soir du scrutin.

Léon Blum deviendra officiellement Président du conseil et chef du gouvernement de Front Populaire un mois plus tard le 4 juin, refusant de bouleverser le processus institutionnel de l’époque, malgré un patronat paniqué qui lui demande d’accélérer l’installation du nouveau cabinet : depuis la victoire de la gauche, les ouvriers sont en grève dans toute la France avec le plus grand mouvement social jamais connu dans le pays…

C’est ce mouvement social, avec occupation des usines, affirmation de la dignité des travailleurs et prise en main des outils de production, qui donnera tout autant (si ce n’est plus) sa force au Front Populaire et permettra les immenses avancées sociales qui marquent encore notre modèle républicain.

Il y a 84 ans, les accords de Matignon et l’espoir d’une vie meilleure

Nous célébrons aujourd’hui le quatre-vingt-quatrième anniversaire des accords de Matignon, victoire éclatante du Front Populaire et de la mobilisation sociale des ouvriers en 1936.

Après la victoire des socialistes, des communistes et des radicaux aux élections législatives de mai, les ouvriers et les ouvrières avaient entamé une grève générale pour réclamer de justes améliorations de leurs conditions de vie. Le gouvernement, contrairement aux précédents, avait alors refusé d’envoyer la police briser la mobilisation. Le patronat fut alors obligé d’obtempérer et de négocier la reprise du travail.

Les conquêtes sociales furent obtenues en nombre en ce jour : augmentation des salaires, création des conventions collectives donnant naissance au dialogue social tripartite Etat-syndicats-patronat, pérennisation des libertés syndicales, et absence de sanction en conséquence des grèves massives qui venaient d’avoir lieu. Ces accords laissaient entrevoir la fin de l’impunité patronale et l’instauration de rapports sociaux favorables aux travailleuses et aux travailleurs, par le concours de l’Etat, garant de l’intérêt général.

Alors qu’aujourd’hui la part des revenus du travail ne fait que baisser, que le salariat régresse au profit d’un auto-entreprenariat précarisant et favorable au capital, que la liberté syndicale est menacée et leur rôle sans cesse dénigré par les représentants de l’économie libérale, que le gouvernement brise par la violence policière tout mouvement de contestation social avec une doctrine de maintien de l’ordre antirépublicaine autant qu’antisociale et que la protection du travail et la négociation tripartite est mise à mal gouvernements après gouvernements, les accords de Matignon doivent redevenir la ligne d’horizon la gauche. L’augmentation des salaires, l’amélioration des conditions de vie, la dignité au travail, la démocratie sociale, la coopération avec les syndicats et le respect des mobilisations et de la contestation sociale sont le creuset dans lequel il nous faut nous inscrire.

En outre, la gauche doit se rappeler ce qui a permis les accord Matignon et leur concrétisation durable après la Libération, elle doit marcher sur deux jambes, l’une politique et l’autre sociale. Les réformes et transformations profondes impulsées par un gouvernement socialiste et républicain doivent répondre à l’exigence de justice sociale et avoir été préparées avec la société pour être soutenues par un vaste mouvement populaire, garantie « gramscienne » de leur ancrage dans la durée.

La Gauche Républicaine et Socialiste rend hommage aux travailleuses et aux travailleurs qui se sont battu en 1936 pour la fin de misère et la liberté au travail, ainsi qu’au chef du gouvernement Léon Blum, au ministre du Travail Jean-Baptiste Lebas, futur martyr de la Résistance, et au secrétaire général de la CGT Léon Jouhaux, pour avoir obtenu ces accords fondateurs de la négociation sociale. Nous rappelons notre attachement à la constitution d’un Front Populaire du XXIème siècle pour remettre les conquêtes sociales au cœur de l’action politique.

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