Étiquette : gauche

  • « Il faut se défendre contre les fonds vautours » Emmanuel Maurel dans les Grandes Gueules de RMC

    « Il faut se défendre contre les fonds vautours » Emmanuel Maurel dans les Grandes Gueules de RMC

    Emmanuel Maurel, candidat à la primaire de la gauche socialiste, député du Val-d’Oise et animateur national de la GRS, était vendredi 25 septembre 2026 l’invité des Grandes Gueules RMC.
    Il a notamment présenté sa proposition de grand emprunt citoyen pour redresser la France, en finançant la réindustrialisation, la transition écologique, la recherche et la formation.
    Notre économie va mal et notre industrie est en déclin. Les Français ont beaucoup d’épargne, et notamment les seniors. Dans notre société où il y a de la colère et de la tension, ce grand emprunt sera un pacte entre les générations grâce auquel tous les Français pourront se projeter vers l’avenir.
    La désindustrialisation, c’est aussi que nous envoyons des matières premières à l’étranger, qu’on importe après qu’elles ont été transformées.
    Exemple : le lin. La France est premier producteur mondial, mais c’est en Chine qu’on envoie notre lin pour être tissé.
    On peut retrouver une industrie textile à partir du lin. Le grand emprunt citoyen que je propose pourra financer les investissements pour avoir en France les usines qui tisseront le lin.
    Fait inhabituel dans une émission connue pour déverser sur les invités de gauche tous le poncifs poujadistes possibles, Emmanuel Maurel a convaincu son auditoire de la pertinence de ses propositions (sauf les deux animateurs évidemment).

  • « La France a encore des choses à faire et à dire ! Nous pouvons étonner le monde ! » Emmanuel Maurel sur LCI

    « La France a encore des choses à faire et à dire ! Nous pouvons étonner le monde ! » Emmanuel Maurel sur LCI

    Interrogé lundi 21 septembre 2026 à 10h00 par les journalistes de LCI, Emmanuel Maurel a pu présenter ses réponses d’urgence pour soulager les Français·es et une vision à moyen terme pour une électrification massive du pays, qui doit s’accompagner d’un effort d’investissement rassemblant nos compatriotes et les générations.

    Il a rappelé que l’exercice d’une primaire ne doit pas être l’occasion de s’envoyer à la figure des punchlines, mais de proposer un vrai projet. Il convient également de rassembler la gauche autour d’un projet d’avenir si l’on veut gagner.

    Emmanuel Maurel ne confond pas certains dirigeants politiques de LFI avec leurs électeurs : le sujet n’est pas LFI ou pas, mais comment on répond aux attentes des Français·es ! Investir dans l’avenir et défendre le monde du travail !

  • « Présenter aux Français·es nos propositions, pas nos querelles », Emmanuel Maurel sur Public Sénat

    « Présenter aux Français·es nos propositions, pas nos querelles », Emmanuel Maurel sur Public Sénat

    Emmanuel Maurel, candidat à la primaire de la Gauche socialiste, était l’invité de Public Sénat ce lundi 21 septembre 2026 à 8h.

    Interrogé par Oriane Mancini de Public Sénat et Stéphane Vernay du quotidien régional Ouest-France, il a rappelé les raisons de sa candidature, sa conviction que la gauche était en capacité de battre l’extrême droite pour peu qu’elle présente des propositions qui intéressent réellement nos concitoyens. Au-delà des mesures d’urgence, Emmanuel Maurel souhaite également que ces primaires soient l’occasion pour lui de présenter un véritable projet de société à nos compatriotes, le chemin pour changer de système et redresser la France et sa place en Europe et dans le monde.

    Cela implique non de se définir par rapport aux autres, mais d’abord et avant tout d’exposer nos propositions, ce que nous défendons : les Français·es ne s’intéressent pas aux vaines querelles.

  • Les gauches allemandes doivent s’accorder sur une alternative commune à l’extrême droite

    Les gauches allemandes doivent s’accorder sur une alternative commune à l’extrême droite

    communiqué de presse de la Gauche Républicaine et Socialiste – dimanche 20 septembre 2026, 20h50

    La Remontada de Manuela Schwesig (SPD) a évité le pire mais ne parvient pas à freiner l’AFD en Mecklembourg-Poméranie occidentale. La victoire de Elif Eralp (Linke) à Berlin sur le logement et la vie chère montre la voie.

    Aujourd’hui 20 septembre 2026, deux régions votaient en Allemagne, après le choc des élections du 6 septembre en Saxe Anhalt.
    Rappelons le contexte : la coalition gouvernementale Droite (CDU-CSU) et SPD est impopulaire. Le chancelier Merz bat tous les records historiques d’impopularité. La coalition n’a plus dans les sondages que le soutien de 30% des votants.

    L’extrême droite AFD s’est établie comme premier parti d’Allemagne à 28% dans les sondages nationaux.
    En Saxe Anhalt, elle a atteint 43% le 6 septembre dernier et manqué de 3 sièges seulement la majorité absolue au parlement régional.
    Suite à ce choc, les voix tant à droite qu’à gauche se sont multipliées pour exiger un changement des directions des deux partis. Merz pourrait perdre son poste.

    Au Mecklembourg Poméranie occidentale, la présidente du Land s’appuyait sur un bilan correct de sa coalition avec les Linke et une forte popularité personnelle. Donnée pourtant à 8 points de retard au printemps dernier, elle a construit sa remontée à 36% sur son nom comme rempart à l’AFD, et une politique centrée sur les enjeux matériels : logement, vie chère, sécurité des personnes. Le candidat local de l’AFD, contrairement à Sigmund en Saxe-Anhalt, n’a jamais émergé. Son score à 38% est ainsi le témoignage de la profondeur d’une colère et d’un divorce de classes sociales entières en Allemagne d’avec la démocratie sociale.
    Cette polarisation a coûté beaucoup à la CDU, qui devrait disparaitre d’un parlement régional pour la première fois depuis 1949, aux verts, et affaibli les Linke (6,5%).

    À Berlin, la coalition CDU-SPD a été affaiblie par de nombreux scandales. Le maire sortant a dû renoncer à se représenter et le candidat SPD est mis en cause dans une affaire de financement illégal.
    L’AFD a un temps causé la surprise dans la capitale, région la plus à gauche d’Allemagne, en étant en tête des sondages.
    Mais depuis, les Linke, avec une campagne centrée sur le coût du logement, la recommunalisation de l’habitat, et la lutte contre la vie chère, est repassée en tête.
    Elif Eralp, la candidate des Linke, est comparée à Mamdani à New York. Avec 26%, elle arrive ainsi largement en tête.
    Les Verts à 15% semblent en mesure de depasser l’AFD (13,5%), récupérant une partie de l’électorat déçu par le SPD (12%).
    La CDU donne l’illusion d’avoir résisté à 20% et pourrait espérer garder la mairie en coalition avec les verts et le SPD. Ces deux partis cependant commettraient selon nous un suicide politique en refusant une coalition avec les Linke, et en reconduisant peu ou prou une coalition discréditée.

    Les résultats confirment deux réalités politiques que nous décrivons depuis des années :

    1. La personnalisation seule ne permet pas de compenser des déséquilibres structurels profonds et des crises sociales laissées sans réponses depuis une décennie.
      Manuela Schwesig a échoué. Elle a certes obtenu un vote utile affaiblissant ses potentiels alliés à gauche, mais cela ne suffit pas pour battre l’extrême droite. Le SPD est comptable des profondes crises du modèle social allemand et du divorce des classes populaires. Pour s’opposer, il faut des contenus radicalement différents.
    2. Les Linke berlinois n’ont pas joué la popularité personnelle de Elif Eralp, relativement inconnue, et réalisent pourtant un score bien supérieur aux sondages. La campagne concentrée sur le logement, la vie chère, a convaincu 26% des Berlinois. Les Linke n’ont pas mis en avant la guerre culturelle, les enjeux communautaires, mais les enjeux matériels. Elif Eralp le dit ce soir « nous allons bâtir un Berlin meilleur, que l’on peut se payer ! »
    3. C’est la recette pour battre l’extrême droite. Les enjeux sont d’abord matériels.

    La Gauche Républicaine et Socialiste a conscience de l’ampleur des transformations à mener pour rétablir la promesse de la République Sociale, seule à même de nous protéger des guerres civiles et de l’appauvrissement. Elle appelle toute la gauche, en France et en Europe à se mobiliser enfin.

    Le chancelier Merz refuse ce soir dans un discours surprise de démissionner. Le fait qu’il ressente le besoin de prononcer un tel discours en ce sens est déjà le signe que ses jours à la Chancellerie sont comptés.

    La facture de dix ans de paradigmes fallacieux, de mercantilisme socialement injuste et violent, est présentée aux deux anciens partis de masse, CDU/CSU et SPD.

    Nous restons convaincus que le choix est encore possible entre un tournant social et humaniste, ou la bascule autoritaire. Nous devons prendre les bonnes décisions pour éviter cette dernière.

  • Passionnément républicain, résolument socialiste

    Passionnément républicain, résolument socialiste

    La primaire de la gauche socialiste est lancée.

    Emmanuel Maurel est candidat pour porter une voix singulière, à gauche, sur la France et en Europe, pour proposer une vision politique aux Français·es : une gauche en 3D – Démondialisation, Démarchandisation, Démocratisation. Passionnément républicain, résolument socialiste, nous sommes convaincus qu’avec lui une gauche authentique, crédible, et qui tire les leçons des erreurs du passé, peut convaincre une majorité de Français·es et battre la droite et l’extrême droite.

    Nous croyons en la force de notre idéal commun : celui de la République laïque, démocratique et sociale. L’aspiration à l’égalité n’a pas disparu. Le besoin de fraternité est plus impérieux que jamais. Face à l’individualisme-roi qui isole, à la société du tout-marché qui écrase, à la pulsion consumériste qui avilit, nous répondons par le primat de la solidarité, l’autorité de l’Etat et l’instauration d’une République écologique. Face à la montée du racisme et de l’antisémitisme, des obscurantismes et des complotismes, nous opposons l’émancipation des citoyens par la laïcité, l’éducation, la science et la raison.

    Nous nous battons pour enrayer le déclin de la France et financer les investissements qui permettront d’ouvrir un nouveau cycle de prospérité en réindustrialisant le pays. Nous nous battons pour défendre le monde du travail, car les salariés de ce pays, les ouvriers, les employés, les fonctionnaires ont été brutalisés pendant dix ans et c’est en s’appuyant sur eux que nous redresserons le pays.

    Nous avons besoin de votre soutien et de votre énergie.

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  • Les leçons de « Baron noir » : « Celui qui aura réussi à raconter la meilleure suite gagnera la présidentielle »

    Les leçons de « Baron noir » : « Celui qui aura réussi à raconter la meilleure suite gagnera la présidentielle »

    Chronique de communication narrative, tribune d’Elliott Aubin publiée dans Marianne le 16 septembre 2026

    Depuis sa création, Baron noir semble avoir cette fâcheuse habitude de comprendre la politique française avant qu’elle ne se produise. Alors, à l’approche de 2027, autant prendre quelques notes. Elliott Aubin, expert en communication narrative et ancien élu, dégage dix leçons de Philippe Rickwaert pour gagner une présidentielle.

    Il faudrait peut-être commencer à regarder Baron noir comme on regarde les vieux films de science-fiction : non pas pour savoir si la fiction avait raison, mais pour comprendre ce qu’elle avait vu avant nous. Quand la série d’Éric Benzekri apparaît en 2016, Emmanuel Macron n’est pas encore président, le Parti socialiste n’a pas encore explosé, Jean-Luc Mélenchon n’est pas encore devenu la première force électorale de la gauche radicale et les réseaux sociaux ne sont pas encore devenus le théâtre permanent de la politique française. Puis le réel s’est mis à ressembler à la fiction.

    La saison 2 imagine l’effondrement du vieux monde politique, la recomposition du centre et l’émergence d’une nouvelle figure présidentielle. La saison 3 plonge dans la défiance démocratique, les réseaux sociaux, les mouvements antisystème et la tentation populiste. L’institut Montaigne relevait déjà, en 2020, cette capacité de la série à refléter la recomposition politique française et à anticiper certains bouleversements.

    Les conseils de Philippe Rickwaert

    Et voilà que le tournage de la saison 4 vient de commencer. Philippe Rickwaert a finalement atteint l’Élysée. Il est désormais président. Et il devra affronter une nouvelle crise politique, les radicalités numériques et une société au bord de la rupture. La série croisera cette fois son univers avec celui de La fièvre. La diffusion est annoncée pour 2027. Autrement dit : Baron noir pourrait bien avoir une nouvelle fois le mauvais goût de tomber juste au moment où nous en aurons besoin. Alors, si Philippe Rickwaert devait conseiller les candidats à la présidentielle, voici probablement ce qu’il leur dirait.

    1. Commencez par le pays. Pas par votre candidature.

    C’est peut-être le premier enseignement de Rickwaert : avant de chercher comment gagner, il faut comprendre ce qui se passe.

    Une élection ne commence jamais dans un QG de campagne. Elle commence dans les colères, les inquiétudes, les contradictions et les espoirs d’un pays. Les Français ne se réveillent pas le matin en se demandant quel candidat ils pourraient soutenir.

    Ils se demandent s’ils peuvent encore se projeter dans l’avenir. Le candidat qui saura mettre des mots sur cette question partira avec une longueur d’avance. La politique commence rarement par une réponse. Elle commence par la bonne question.

    2. Trouvez la fracture.

    La politique aime les programmes. Les électeurs, eux, votent souvent pour résoudre une tension. Le pouvoir d’achat contre l’inflation. Le travail contre le déclassement. L’ordre contre le désordre. La protection contre l’ouverture. Le changement contre la peur du changement.

    Rickwaert chercherait moins la « mesure phare » que la fracture autour de laquelle organiser la campagne. Parce qu’une présidentielle est rarement une addition de propositions. C’est un choix. Et pour qu’il y ait choix, il faut une alternative. Il faut pouvoir dire : voilà le pays dans lequel nous sommes et voilà celui dans lequel nous pouvons entrer.

    3. Donnez un adversaire à votre histoire.

    Une histoire sans conflit est une chronique. Pas une campagne présidentielle. Rickwaert le sait mieux que personne : pour rassembler, il faut parfois désigner ce contre quoi l’on se rassemble. Le système. L’extrême droite. Les élites. L’ancien monde. La technocratie. L’immobilisme.

    Le nom importe moins que la fonction. Un adversaire permet de simplifier le monde. Et la politique est aussi l’art de rendre lisible un monde devenu trop compliqué. C’est d’ailleurs une des grandes différences entre communication politique et communication institutionnelle : la première doit créer du mouvement. Et le mouvement naît rarement du consensus.

    4. Faites de votre faiblesse une force.

    En politique, une faiblesse cachée finit toujours par devenir une affaire publique. Alors autant la raconter soi-même. C’est l’une des grandes leçons de Rickwaert : transformer ce qui pourrait être une vulnérabilité en élément de récit.

    Le passé devient une preuve d’expérience. Une défaite devient une leçon. Une erreur devient une cicatrice. Une différence devient une singularité. Le problème n’est pas d’avoir des failles. Le problème est de laisser son adversaire leur donner un sens à votre place. Les communicants parlent souvent d’« éléments de langage ». Rickwaert parlerait probablement d’« éléments de destin ». C’est beaucoup plus puissant.

    5. Devenez un personnage.

    Les campagnes présidentielles ressemblent étrangement aux romans. Il y a un personnage principal. Un monde à transformer. Des adversaires. Des alliés. Des épreuves. Et une promesse de dénouement.

    Pourtant, beaucoup de candidats continuent à se présenter comme des CV sur pattes. Ancien ministre. Ancien député. Maire de. Président de. Entrepreneur. Haut fonctionnaire. Cela renseigne sur une carrière. Pas sur une destinée.

    En 2027, il faudra moins demander « quel est votre parcours ? » que « quelle histoire raconte votre parcours ? ». Parce qu’on ne vote pas seulement pour quelqu’un qui sait faire. On vote pour quelqu’un que l’on imagine capable d’incarner la suite.

    6. Ne confondez pas popularité et désir.

    Les réseaux sociaux ont installé une étrange confusion dans la politique contemporaine. On mesure les likes, les vues, les abonnés, les commentaires. On regarde qui monte, qui baisse, qui fait le buzz. Mais une élection présidentielle ne se gagne pas parce qu’un candidat est populaire. Elle se gagne lorsqu’une partie du pays considère que son élection répond à quelque chose.

    La popularité attire l’attention. Le désir politique déclenche le vote. C’est toute la différence entre être connu et être attendu. Rickwaert ne chercherait probablement pas à être aimé de tout le monde. Il chercherait à devenir nécessaire à suffisamment de monde.

    7. Fédérez les gauches autour d’une histoire, pas autour d’un accord.

    Rickwaert aurait probablement quelques conseils à donner à la gauche française. Le premier serait de cesser de vouloir être d’accord sur tout avant d’accepter de gagner ensemble. La gauche n’a jamais été une famille parfaitement heureuse.

    Elle est faite de traditions, de cultures politiques, de désaccords et parfois d’une certaine passion pour l’autodestruction. Et alors ? Une coalition n’a pas besoin de penser la même chose. Elle a besoin de savoir pourquoi elle avance ensemble.

    La question de 2027 ne sera donc pas seulement de savoir qui peut représenter la gauche. Elle sera de savoir quel récit peut fédérer ses différentes gauches sans leur demander de renoncer à ce qu’elles sont. Additionner les appareils ne suffira pas. Il faudra additionner les imaginaires. C’est une différence essentielle. L’union des partis se négocie. L’union des électeurs se raconte.

    8. Ne faites pas des réseaux sociaux votre stratégie.

    Rickwaert aurait sans doute adoré TikTok. Mais il aurait surtout compris qu’une vidéo virale ne constitue pas une stratégie politique. Les réseaux permettent de diffuser un récit. Ils ne permettent pas d’en inventer un à la place du candidat.

    La communication de Baron noir l’avait d’ailleurs parfaitement compris. Dès la saison 2, la série multipliait les faux comptes de personnages, les vidéos pédagogiques, les citations, les détournements et les interactions avec de véritables responsables politiques. La fiction s’invitait dans les codes de la communication politique jusqu’à brouiller les frontières entre le réel et son imitation.

    Mais le réseau n’est qu’un tuyau. Une campagne peut avoir ses punchlines, ses vidéos verticales, ses millions de vues et ses armées de community managers. Si personne ne sait raconter en une phrase ce que cette campagne veut changer, tout cela ne produit qu’un immense bruit numérique. Le problème n’est pas de devenir viral. Le problème est de savoir pourquoi on mérite de l’être.

    9. Ne confondez pas l’opinion et le peuple.

    Voilà probablement l’un des pièges de 2027. Les sondages regardent l’opinion. Les réseaux regardent l’engagement. Les médias regardent les sondages. Les politiques regardent les médias. Et tout le monde finit par commenter une France qui parle beaucoup. Mais dont une partie ne parle plus du tout.

    Une campagne présidentielle ne consiste pas à occuper l’espace médiatique. Elle consiste à entrer dans des conversations auxquelles on n’est pas encore invité. À aller chercher ceux qui ne suivent pas votre compte. Ceux qui ne regardent pas vos entretiens. Ceux qui ne partagent pas vos convictions. Ceux qui ne savent même pas encore pour qui ils voteront.

    Rickwaert est un animal politique parce qu’il possède précisément ce flair-là : l’ancrage local, la connexion aux réseaux militants et syndicaux, la capacité à sentir le vent avant qu’il ne tourne. C’est aussi ce que soulignait l’institut Montaigne en analysant le personnage. Le silence d’un électeur n’est pas l’absence d’une opinion. C’est parfois une opinion que personne n’a encore réussi à raconter.

    10. Donnez aux Français envie de connaître la suite.

    C’est finalement le plus important. Une présidentielle ne se gagne pas uniquement contre quelqu’un. Elle se gagne pour quelque chose. Pas nécessairement une liste de mesures. Une direction. Une promesse collective.

    Une idée de ce que pourrait être le pays demain. Éric Benzekri expliquait lui-même que les personnages de Baron noir font du storytelling parce que la politique contemporaine cherche à retrouver une capacité d’action et de sens dans un monde où le pouvoir semble dispersé.

    C’est peut-être ce qui fait la force durable de la série. Son cynisme n’est jamais complètement désespéré. Parce que derrière les coups politiques, les calculs, les manipulations et les rapports de force, il reste une conviction : la politique est encore une bataille pour raconter le pays. Et c’est probablement la grande leçon pour 2027.

    Raconter la suite

    Il y aura des programmes. Des candidats. Des sondages. Des débats. Des petites phrases. Des vidéos. Des polémiques. Des coups politiques.

    Et beaucoup de bruit. Mais au-dessus de tout cela, il faudra une histoire. Une histoire suffisamment simple pour être comprise. Suffisamment forte pour être désirée. Suffisamment large pour rassembler. Et suffisamment vraie pour que des millions de Français acceptent d’y entrer. La présidentielle ne sera peut-être pas gagnée par celui qui aura le meilleur programme. Elle sera gagnée par celui qui aura réussi à raconter la meilleure suite. Philippe Rickwaert, lui, aurait déjà commencé à travailler.

  • « La gauche doit réhabiliter la lenteur, l’attention aux êtres et la beauté… » Emmanuel Maurel, candidat à la primaire de la gauche socialiste dans le Nouvel Obs

    « La gauche doit réhabiliter la lenteur, l’attention aux êtres et la beauté… » Emmanuel Maurel, candidat à la primaire de la gauche socialiste dans le Nouvel Obs

    Le député du Val-d’Oise, fondateur de la Gauche républicaine et socialiste, détaille auprès du Nouvel Obs son projet.
    Propos recueillis par Rémy Dodet, publié le mardi 15 septembre 2026 à 17h00

    Les candidats à la primaire sociale-démocrate avaient jusqu’à ce mardi 15 septembre pour se faire connaître. Le leader de Place publique Raphaël Glucksmann, le premier secrétaire du Parti socialiste (PS) Olivier Faure, les députés socialistes Philippe Brun et Jérôme Guedj et l’ex-candidate à la présidentielle Ségolène Royal ont annoncé leur intention d’y participer. Emmanuel Maurel n’est pas le plus connu, mais il sera bien présent sur l’affiche du scrutin, dont le 1er tour est prévu les 9-10 octobre et le 2nd les 16-17 octobre. Cette ancienne figure de l’aile gauche du PS, un temps proche du leader insoumis Jean-Luc Mélenchon, préside la petite formation Gauche républicaine et socialiste (GRS).
    Député du Val-d’Oise, il détaille au Nouvel Obs ses propositions.

    Raphaël Glucksmann, Olivier Faure, Ségolène Royal, Jérôme Guedj, Philippe Brun. Cette primaire compte déjà cinq candidats… Qu’est-ce qui justifie votre candidature ?

    Emmanuel Maurel- Je considère que je porte une voix singulière, pour la gauche, en France et en Europe. Et vous allez le voir à l’occasion de ce débat qui, j’en suis sûr, va intéresser les Français. Je pars d’une analyse rationnelle. Un pôle de radicalité à gauche s’est constitué, dont je ne partage pas tous les mots d’ordre. Sa stratégie, la polarisation maximale, peut entraîner au premier tour, mais elle comporte un risque majeur : perdre de façon spectaculaire au second. Par ailleurs, je considère que les macronistes ne peuvent pas gagner l’élection présidentielle, en raison de leur bilan économique, social et financier catastrophique. J’ai longtemps été militant du Parti socialiste et le parti que j’ai fondé avec Marie-Noëlle Lienemann s’appelle la Gauche républicaine et socialiste. Je me retrouve naturellement dans le camp républicain et socialiste. Ce camp organise une primaire. J’ai jugé pertinent d’être candidat.

    François Ruffin aurait-il dû pouvoir y participer ?

    Il y a quatre ans, dans votre journal, François Ruffin a dit lui-même qu’il était « social-démocrate ». Il a eu la dent très dure contre le Parti socialiste, c’est vrai. Il n’empêche qu’il appartient à notre famille, héritière des Lumières et du mouvement ouvrier. Ce que j’aimerais, c’est que tout le monde, y compris François Ruffin, explique en quoi cette primaire est une opportunité formidable à saisir pour faire revivre la grande famille de la gauche réformiste. Je fais le pari qu’un candidat de la gauche socialiste, crédible, authentique, qui a tiré les leçons des erreurs du passé, peut répondre aux colères et aux inquiétudes de nos concitoyens, se qualifier au deuxième tour et battre le Rassemblement national.

    Aujourd’hui, dans les sondages, Raphaël Glucksmann, candidat le plus avancé de la famille sociale-démocrate, semble encore loin du second tour. Jean-Luc Mélenchon lui en est tout proche…

    Les Français ont à la fois besoin de rupture et de rassemblement. De rupture avec la politique menée depuis dix ans, avec un certain modèle de développement qui débouche sur des impasses graves : le réchauffement climatique, le capitalisme du tout-jetable, la société du tout-marché, l’individualisme roi. Notre pays est à fleur de peau, toujours plus polarisé. Mais je sens chez les Français une aspiration à l’unité et au sursaut. Je suis agréablement surpris par le succès du film « la Bataille de Gaulle ». Les plus de 5 millions de Français qui l’ont vu, généralement, ce sont des parents avec leurs enfants, des grands-parents avec leurs petits-enfants. Ce sont des gens de droite et des gens de gauche. Evidemment, je ne vais pas faire de comparaison historique, mais j’y vois la preuve que nos compatriotes, même plein de colère et de doute, ne sont pas pour autant résignés. La France peut s’en sortir pour peu qu’elle se rassemble autour d’un projet mobilisateur et d’une grande idée qui la dépasse. La gauche doit être au rendez-vous de ce sursaut français.

    Vous avancez dans cette primaire trois grandes idées : démondialiser, démarchandiser, démocratiser… C’est un peu vaste, non ?

    Bien sûr, un candidat à la présidentielle doit répondre aux urgences de la vie quotidienne, les prix, les salaires… Mais je crois que pour emmener le peuple français, il faut lui proposer un projet de société et je veux donc présenter un autre modèle de développement. Il faut en finir avec la mondialisation libérale. On en voit les limites depuis le Covid-19. Nous sommes trop dépendants de l’extérieur, et notamment du Sud-Est asiatique. La priorité est de relocaliser la production. Pas seulement pour des raisons économiques. Mais aussi parce que la mondialisation participe de la catastrophe écologique.

    Un jean, par exemple, peut avoir fait des dizaines de milliers de kilomètres, conçu à tel endroit, teint dans un autre, marketé ailleurs, tout ça en ayant consommé des quantités d’eau astronomiques, alors qu’en France une filière textile est en train de se reconstituer, qui fabrique des jeans de qualité et qui vont durer bien plus longtemps. Les consommateurs, et plus seulement les bourgeois, se détournent de la fast-fashion et veulent faire confiance à une industrie 100% française, respectueuse des normes et des salariés.

    Vous appelez aussi à « démarchandiser » la société…
    Qu’entendez-vous par là ?

    Un candidat de gauche doit dire clairement qu’il n’accepte pas la société du tout-marché. Ça vaut pour des choses très simples : les services publics, les transports, l’eau… Mais, au-delà, c’est le lien social que nous devons soustraire aux règles du marché. Pourquoi ne déciderait-on pas que les Ehpad sortent du privé et soient pris en charge à 100% par la collectivité ? Il faut fixer des limites. Cela vaut aussi pour l’environnement et la biodiversité. Le grand botaniste Francis Hallé proposait de reconstituer une forêt primaire en Europe de l’Ouest. Je suis favorable à cette idée. On pourrait décider de laisser une plus grande partie du territoire national en libre évolution, sans intervention humaine, ou sous statut de « protection forte ».

    Démarchandiser, c’est aussi protéger nos enfants des incursions du marché dans leur vie intime. Nous travaillons gratuitement pour les Gafam [Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft] en les laissant exploiter nos données personnelles. Nos vies, dans ce qu’elles ont de plus sensible, sont d’une certaine façon privatisées pour faire des profits. Il nous faut des mesures fortes de régulation. Par exemple, un couvre-feu numérique pour les mineurs : on coupe les réseaux entre 22 heures et 6 heures. Regardez ce qui se passe avec Meta [maison-mère de Facebook et Instagram], récemment condamné : la puissance publique peut demander des comptes aux plateformes, se battre contre le caractère addictif des algorithmes des réseaux sociaux, les réguler, voire les interdire. C’est un enjeu de santé publique. De manière générale, je trouve qu’on n’analyse pas assez les mutations du capitalisme d’aujourd’hui.

    C’est-à-dire ?

    Nous vivons dans un monde hyperstressant, brutal, angoissant. La société du « scroll » et du « swipe », ça crée des catastrophes, en termes de santé mentale par exemple. Je pense qu’un authentique projet de gauche doit réhabiliter des choses aussi banales que la lenteur, l’attention aux êtres, au vivant, à la beauté… Une attention qui n’est pas compatible avec l’accélération permanente de ce turbo-capitalisme dont l’économie numérique est le meilleur représentant. Cela peut paraître utopique ou décalé, mais je crois que c’est fondamental.

    La gauche a-t-elle bien saisi ces nouveaux enjeux ? On a l’impression qu’elle est surtout en défense des acquis sociaux arrachés durant les Trente Glorieuses…

    Il faut voir la violence de l’offensive qu’on s’est pris dans la tête ! À la fin des années 1980, il y a eu un développement, anarchique, rapide, violent du capitalisme financier transnational. Nous, les socialistes, on raisonnait plutôt dans l’espace national avec des compromis sociaux. Nos repères traditionnels, les frontières, les normes, les règles, tout a été bouleversé. Il faut s’adapter à cette révolution. Mais je pense que oui, il y a encore beaucoup de choses à défendre. Et ce ne sont pas des combats archaïques. Dans cette campagne, une de mes priorités sera de défendre le monde du travail. Revenir sur les ordonnances Macron et sur la loi El Khomri, rétablir la hiérarchie des normes pour que l’accord de branche soit plus favorable que l’accord d’entreprise, réfléchir à une nouvelle organisation du travail, dans le privé mais aussi dans la fonction publique, au management d’aujourd’hui, tout ça doit faire partie du combat socialiste.

    Les finances de la France sont dans le rouge. Bercy a revu ses prévisions de croissance à la baisse, à 0,5%… Comment retrouver des marges de manœuvre ?

    C’est vrai que la situation économique et financière est mauvaise. Et pourtant, il est urgent d’investir ! Je propose un grand plan d’investissements sur l’électrification, la décarbonation, la revitalisation industrielle dans tous les territoires et l’indépendance militaire. Pour le financer, je propose que les Français y participent directement par le biais d’un grand emprunt populaire. Je pense notamment à la « grande transmission », ces 9000 milliards d’euros qui seront transmis en héritage d’ici à 2040. Je pense aussi à l’épargne des Français, soit 6 500 milliards d’euros. Je suis favorable à des idées comme celles de la « taxe Zucman » ou d’une contribution supplémentaire des méga-héritages, parce qu’il faut corriger les inégalités de patrimoines et que cela procure des recettes. Mais se contenter de ça ne suffit pas. Il faut une logique différente. Ce que je propose avec ce grand emprunt national, c’est un pacte entre générations. Si vous êtes un senior, que vous avez 70 ans et de l’épargne, vous pouvez participer au sursaut français et préparer un autre pays pour vos enfants et vos petits-enfants. C’est de la bonne dette, qui sert à investir, et c’est de la dette relocalisée, détenue par des Français pour des projets français. Les grands emprunts marchent à l’étranger. Ça peut fonctionner chez nous !

    En 2019, vous étiez élu au Parlement européen sur la liste de La France insoumise.
    Depuis la dissolution de l’Assemblée nationale en 2024, vous siégez au Palais-Bourbon avec les communistes au sein du groupe Gauche démocrate et républicain (GDR).
    Quand et pourquoi avez-vous rompu avec les insoumis ?

    J’ai fait un pari. J’ai cru que Jean-Luc Mélenchon serait le nouveau François Mitterrand, le rassembleur d’une gauche populaire et républicaine. Et je l’ai cru sincèrement, comme beaucoup d’électeurs de gauche. Et puis, sur les fondamentaux républicains, la Laïcité, l’universalisme, il s’est éloigné de ce qu’il a toujours dit dans sa vie. Le populisme de gauche était un pari intéressant d’un point de vue théorique. Mais cela a abouti à une polarisation et à une forme de maximalisme qui ne permettent pas de rassembler la majorité. Les insoumis ont aussi un travers que je trouve insupportable : si tu n’es pas d’accord avec eux, tu es d’extrême droite. À force, c’est épuisant.

    L’alliance avec LFI, rejetée par Raphaël Glucksmann, risque encore de fracturer le PS. Faut-il rompre définitivement avec ce mouvement ?

    Dire « jamais » n’a pas de sens. D’après mon expérience, tous ceux qui le font sont généralement démentis par les faits. Il y a une réalité électorale : l’électorat de gauche est très unitaire parce qu’il sait que notre combat commun, c’est contre l’extrême droite et pour une société plus juste et plus fraternelle. On l’a vu en 2024, il ne faut pas le négliger. Moi, je respecte les électeurs et les militants insoumis. En revanche, il m’arrive de m’interroger sur leur absence de réaction quand leur leader en vient à faire des jeux de mots avec des noms à consonance juive. Je trouve ça terrifiant. Cela dit, j’espère que les débats de la primaire ne vont pas tourner autour de la question LFI. Il n’y a rien de plus absurde que de dire : « On est la gauche non-mélenchoniste. »
    Les électeurs veulent savoir ce qu’on pense nous-mêmes et connaître nos propositions.

  • La Gauche Républicaine et Socialiste participera à la primaire de gauche

    La Gauche Républicaine et Socialiste participera à la primaire de gauche

    communiqué de presse – mercredi 26 août 2026 – 13h20

    La Gauche Républicaine et Socialiste participera à la primaire de la gauche initiée par le Parti Socialiste et Place publique.

    L’élection présidentielle n’est pas jouée d’avance. La victoire de l’extrême droite n’est pas inéluctable. Seule une gauche authentique, crédible, ayant tiré les leçons du passé, peut aider au redressement de la France.

    En nous engageant dans cette primaire, nous avons l’ambition d’être utiles.

    Utiles à notre pays, d’abord, qui traverse un moment grave où le chaos du monde et la violence du système économique s’ajoutent à la catastrophe écologique et climatique.

    Utiles à celles et ceux que nous voulons représenter, les classes populaires et moyennes, qui ont payé un lourd tribut à dix ans de macronisme et qui s’inquiètent légitimement pour l’avenir de leurs enfants.

    Utiles à la gauche enfin, qui n’est pas condamnée à faire moins de 30 % des voix à chaque élection nationale.

    Nous nous engageons parce que nous croyons en la force de notre idéal commun, celui de la République démocratique, laïque et sociale.

    L’aspiration à l’égalité n’a pas disparu. Le besoin de fraternité est plus impérieux que jamais.

    Face à l’individualisme-roi qui isole, à la société du tout marché qui écrase, à la pulsion consumériste qui avilit, nous répondons par la promotion des services publics, l’intervention de l’État dans l’économie, la défense des droits et des salaires du monde du travail, le primat de la solidarité, et l’instauration d’une République écologique.

    Face à la montée du racisme et de l’antisémitisme, au retour des obscurantismes et des complotismes, nous opposons l’émancipation des citoyens par la laïcité, l’éducation, la science et la raison.

    Confrontés aux bouleversements géopolitiques, aux impérialismes, aux guerres commerciales et à l’échec de la mondialisation libérale, nous voulons une France indépendante qui se donne les moyens de recouvrer sa souveraineté industrielle, agricole et technologique.

    Cette primaire de la gauche doit être l’occasion d’un débat sérieux pour porter ces ambitions et dessiner, ensemble, le nouveau visage d’une France juste et rassemblée dont la voix singulière continue d’étonner l’Europe et le monde.

  • Mener campagne à Maisons-Laffite

    Mener campagne à Maisons-Laffite

    J’ai souvent pour habitude sur les réseaux sociaux de m’épancher sur la situation politique nantaise, mais aujourd’hui, je souhaite évoquer les élections municipales à Maisons-Laffitte, ville où j’ai grandi et où mes parents vivent encore.

    À Maisons-Laffitte, les murs voteraient à droite s’ils en avaient l’occasion. Les meilleurs résultats d’un candidat de gauche à ma connaissance sont pour Jean-Paul Huchon aux régionales de 2010 avec 38% et François Hollande en 2012 avec 37%, c’est vous dire si les vagues roses passent loin de la tête de l’électorat local. Les anciens rappellent avec angoisse l’époque où en 1981, la circonscription avait eu un député socialiste à cause des communes alors communistes de la circonscription de l’époque. L’horreur. (rires enregistrés)

    Dans une ville comme la nôtre, l’état des partis de gauche est à l’image de ce que vous pouvez imaginer en connaissant l’état général déplorable de ces mêmes partis au niveau national. Arrivent les élections municipales, comme pour tout le monde. Il faut 35 personnes pour faire une liste. Et ce n’est pas si évident que ça. Et cette année, comme il y a 6 ans, le secrétaire de la section PS locale a pris son bâton de pèlerin. Et la magie a opéré : quelques dizaines de personnes qui ne se connaissaient pas ou peu pour la plupart se sont rassemblées, ont beaucoup débattu, écrit un programme, puis milité pour faire connaître la liste. Très peu de « vieux militants », des gens d’horizons très divers, d’orientation politiques différentes, certains plus proches de Place Publique, d’autres de LFI, etc. Et ça a fonctionné : ils sont passés de 10% en 2020 à presque 15 en 2026, de un à deux élus. C’est peut-être un détail pour vous, ça ne l’est pas quand on est un îlot de gauche au milieu d’une droite Yvelinoise hégémonique au point de pouvoir se permettre de présenter 5 listes différentes au premier tour. Aller rechercher les électeurs qui avaient pu déjà voter à gauche à d’autres élections, un par un, convaincre, gagner le respect des listes de droite et de leurs électeurs, c’est un sacré travail pour des bénévoles qui n’attendent rien du scrutin en lui-même si ce n’est éventuellement la joie de faire mieux que la fois précédente.

    Alors, pourquoi je vous raconte ça ? Comme je l’ai dit, j’ai grandi à Maisons-Laffitte. C’est là que j’ai pris ma première carte dans un parti, le Parti Socialiste. C’est dans cette section que j’ai distribué mes premiers tracts, connu mes premiers débats. On reste forcément toujours marqué par sa sociabilisation première, c’est tellement un truisme que j’ai presque honte de le rappeler. J’ai de fait souvent gardé une forme de distance avec les « grands élus » quand j’étais au PS, mais aussi avec les militants des « bastions » qui se sentaient légitimes, plus légitimes que d’autres à s’exprimer, le réflexe du minoritaire. Un professeur de sciences politiques de ma section PS à Villeurbanne m’a donné un article sur les rétributions symboliques du militantisme, je suis tombé des nues. J’ai aussi découvert ces rétributions, l’invitation aux vœux de la mairie, les adhérents de soutien du parti qui ne liront jamais un texte de leur vie, mais qui viennent dire en section qu’ils votent comme le maire pour le soutenir, les plans de carrière de certains se voyant avancer aussi logiquement qu’on grimpe les échelons dans la fonction publique … J’ai été permanent de deux fédérations du Parti Socialiste, j’ai contribué à une forme de système militant, j’y ai revu la forme d’opposition que je connaissais entre les « professionnels » des bastions et les « amateurs » des « territoires de combats ». Un de mes anciens patrons, à l’époque premier adjoint et président de la communauté de commune dans une ville conquise de haute lutte sur la droite en 2008 m’a un jour présenté une militante en me disant en gros : tu vois la personne là-bas, elle et son mari se sont présenté à toutes les municipales et cantonales depuis les années 70. Si nous en sommes là, c’est parce qu’ils étaient là pour faire vivre la gauche à l’époque.

    La gauche se rétracte de plus en plus, y compris sur un plan territorial. Elle vit, surtout médiatiquement, et cet impact médiatique est évidemment important, de ses grands élus, de ce que j’appelle ses « professionnels ». Ils sont évidemment importants, et je ne méprise évidemment pas non plus la compétence politique et technique nécessaire pour exercer de hautes responsabilités. La chute des systèmes partisans a contribué à faire s’étioler la présence des amateurs : maintenir une section de 8 personnes dans un territoire sans espoir de pouvoir demande une énergie folle, pour une reconnaissance médiocre quand ce qui compte au congrès des partis est le nombre de voix que tu apportes. Alors qu’il faudrait aller les rechercher, les écouter, en tout cas, moi, je les aime et je pense que sans eux, rien ne sera possible.

    Bref, je suis fier d’avoir été mandataire financier d’une liste qui ne visait pas la victoire, mais qui a potentiellement contribué à faire que demain, de meilleurs scores soient possibles.

    Simon Jollès

  • Élections municipales 2026 : dernier avertissement

    Élections municipales 2026 : dernier avertissement

    Les élections municipales des 15 et 22 mars 2026 sont un nouveau signal d’alarme dans une démocratie républicaine qui accumulent les clignotants. Certains commentateurs tentent encore de se rassurer en élargissant le spectre et en disant que sur les parmi les 100 plus grandes villes, les équilibres seraient stables : la gauche (LFI, PCF, PS, écologistes) conserve ou emporte 43 villes contre 46 en 2020, le centre 13 contre 9, la droite 38 contre 41 et l’extrême droite 5 contre 2. Ce dernier résultat aurait fait bondir n’importe quel républicain conséquent voici 10 ans, mais la banalisation du Rassemblement National et de ses alliés est si avancée que c’est une nouvelle parmi d’autres dans ce scrutin. Personne ne soulève non plus le durcissement du discours de la droite classique qui s’aligne de plus en plus fréquemment sur sa droite : les maires de 2026 ne sont pas ceux de 2020. Mais avant tout, la France ne saurait se résumer à ces 100 communes. Dans la France urbaine, où les enjeux politiques apparaissent les plus affirmés, là où habitent plus de 30 millions de Français, le tableau qui se dessine est tristement binaire : une gauche en globalement en baisse et divisée ; des droites en hausse dans leur pluralité. Les forces de gauche ne peuvent ignorer le messages des électeurs à un an de l’élection où elles se condamnent toutes à l’échec et la République française à un avenir trouble.

    Une gauche en baisse et divisée

    Les succès visibles de la gauche dans les plus grandes villes (Paris, Lyon, Marseille, Lille, Nantes, Rennes, Strasbourg, etc.) masquent une réalité électorale beaucoup moins reluisante au sortir de ces élections municipales.

    En effet, en nombre de mairies de plus de 14 000 habitants (30 millions de Français), le total « gauche 2026 » (incluant la « gauche radicale », dont le PCF) ressort nettement inférieur à celui du mauvais cru électoral de 2014 : 205 contre 233.

    Par rapport à 2020, la gauche a perdu 28 de ces villes. Sur ces pertes, la gauche socialiste et écologiste en totalise 21. L’usure du pouvoir dans plusieurs villes ou la simple respiration démocratique n’expliquent pas à elles seules une telle chute. La division de la gauche et l’incompréhension face à certains revirements opportunistes du PS y ont aussi contribué, ainsi que des mouvements plus profonds, de nature socio-géographique, ou « centre versus périphérie ».

    Fait plus surprenant au regard des annonces tonitruantes de LFI au soir du 1er tour, le total « gauche radicale » n’enraye pas la chute du communisme municipal. En 2014, la gauche radicale gérait 51 villes de plus de 14 000 habitants ; puis 38 en 2020 ; et finalement 31 en 2026. Après avoir perdu 25% de ses villes en 2020, la gauche radicale en perd 18% en 2026. Il n’en demeure pas moins que LFI s’installe dans les banlieues populaires, via un phénomène de vases communicants au sein de la gauche, en prenant par exemple Saint-Denis, Vaulx-en-Velin, Creil, Sarcelles, Vénissieux ou La Courneuve au PS et au PCF (on notera cependant que l’accord départemental LFI-PCF en Seine-Saint-Denis – à l’exception de cette dernière commune – a connu une certaine efficacité politique et sociologique). Ainsi, les succès de La France Insoumise se font généralement sur le dos du reste de la gauche et ne la font pas progresser.

    Un barrage « anti-LFI / alliances avec LFI » a été constaté localement dans plusieurs grandes villes, allant jusqu’à provoquer des transferts de la gauche vers la droite entre les deux tours : outre Toulouse et Limoges, on pense par exemple à Brest, où le total gauche atteint 51% au 1er tour et échoue à 38% au second tour après la fusion. On pense aussi à… Tulle, où la droite bénéficie d’un vote utile du RN mais aussi d’une partie de la gauche, ainsi qu’à Besançon et Clermont-Ferrand. Notons aussi que dans ces villes, certains des maires usés (François Cuillandre se présentait pour un 5e mandat) ou des candidats de centre gauche avaient été particulièrement virulents contre toute idée d’alliance avec LFI avant de changer leur fusil d’épaule : on peut aisément imaginer que leurs électeurs n’aient pas suivi un tel opportunisme. A contrario, sans fusion gauche+LFI à Lyon, Grenoble et Nantes, ces villes auraient basculé à droite.

    À un an de la présidentielle, toute la gauche est perdante, et pas simplement les écologistes. Les clivages sont profonds, même si à l’exception notable d’un centre-gauche ulcéré par LFI, les électeurs de gauche demeurent encore relativement unitaires. Retrouver le chemin de l’unité et de l’espoir paraît hors de portée à ce stade. Un changement de ton serait bienvenu, ne serait-ce que pour amorcer une désescalade.

    Dans les banlieues populaires des grandes métropoles de notre pays, une nouvelle génération politique accède également aux responsabilités. Elle n’est pas exclusivement LFI, même si les changements dans ces banlieues populaires ont pu aussi traduire un remplacement des équipes PCF ou PS par des équipes « insoumises ». Il faut surtout noter que l’émergence de cette génération politique suit une forme de resocialisation politique d’une partie des classes populaires issues de l’immigration à travers le vote LFI (à l’occasion des campagnes présidentielles et législatives de 2022 et de la législative anticipée de 2024). Dans ces conditions, la gauche socialiste et écologiste aurait tort de faire l’autruche et de préparer les futurs rendez-vous politiques avec une ligne ignorant les attentes des électeurs de LFI : tenir compte de leurs aspirations, les écouter et les entendre sont une condition indispensable au demeurant pour réduire l’influence de LFI, l’enfermement identitaire et la brutalisation du débat public (elle n’est pas toujours seule sur ce créneau), dont elle accompagne trop souvent son emprise. Dans le même temps, la gauche non insoumise ne peut non plus ignorer cette France périurbaine et des sous-préfectures où elle recule face à une droite qui se radicalise (voir plus bas) et qui reste méprisée par LFI : l’urgence de trouver un discours unificateur des classes populaires n’a jamais été aussi forte.

    Sans résolution de cette quadrature du cercle, pour la gauche, l’équation principale reste inchangée. À ce stade, elle est incapable d’offrir un débouché politique susceptible de franchir son plafond de verre de 30%. LFI empêche la reconquête du centre évadé chez Macron, tandis que la sociologie et le système de valeurs du PS et des écologistes empêchent la reconquête des classes populaires.

    Des droites en hausse dans leur pluralité

    Le total « droite 2026 » enregistre aussi un recul dans les villes de plus de 14 000 habitants, mais moins marqué. Par rapport à 2020, elle n’en perd que 7, passant de 305 à 298. Une érosion bien plus faible qu’entre 2014 et 2020, où elle en avait perdu 34.

    Mais en comptant l’ensemble des communes de plus de 3 500 habitants (70% des Français), l’image est plus nette : la droite est la gagnante des municipales, avec 1 267 villes gagnées sur 3 343 (contre 1 250 en 2020).

    Le total « centre » (essentiellement Modem + UDI) reste globalement stable entre 2020 et 2026, avec 92 villes de plus de 14 000 habitants, contre 94 en 2020. Il se maintient à un point haut par rapport à 2014, où il n’avait gagné que 79 de ces villes – mais en comptant l’illusion d’optique due aux défections du PS vers Macron (une dizaine de villes).

    À noter que sur l’ensemble des villes de plus de 3 500 habitants, les candidats étiquetés centristes passent de 471 victoires en 2020 à 586 en 2026. Cela ne signifie pas du tout une progression du macronisme, qui rate à nouveau ces municipales, mais plutôt une recomposition, pour ne pas dire une re-dénomination de la valse des étiquettes dans l’ensemble « droite + centre droit ».

    Cette lame de fond peut s’expliquer par un fort réflexe conservateur. Dans de nombreuses « villes moyennes de classes moyennes », les électeurs ont voulu conforter une forme de statu quo. La figure rassurante de l’édile de droite modérée qui ne cherche pas à transformer, ni à « bâtir » (du logement social, ndlr), mais simplement à maintenir l’ordre, la tranquillité et la propreté, a séduit beaucoup de Français. Force est de constater que désormais, l’idée du changement est devenue inquiétante.

    Enfin, le total « extrême-droite » réalise une forte progression. De 8 villes de plus de 3 500 habitants en 2014 et 9 en 2020, elle est passée à… 64. Son échec dans les grandes villes (hormis Nice) est donc largement compensé par la prise de nombreuses villes moyennes et petites. La carte des élections nationales imprime davantage celle des élections locales. Les zones de domination de l’extrême-droite, particulièrement en Hauts-de-France et surtout Occitanie et PACA, se cristallisent à présent en mairies sonnantes et trébuchantes.

    Le RN demeure favori pour la présidentielle, dans une France où la progression des droites semble inexorable. Au lendemain de ces élections municipales, le centre-droit retrouve son potentiel d’accession au 2nd tour face au RN, et risque, si la gauche reste ce qu’elle est, de devenir le porte-étendard le plus crédible du « front antifasciste », réduit à une offre d’immobilisme néolibéral et conservateur.

    Un an pour éviter l’échec ?

    Les responsables des organisations de gauche ont retrouvé le soir des élections municipales et quelques jours plus tard – le décès de la figure unificatrice et nostalgique de Lionel Jospin a offert un court répit – , leur réflexe habituel : l’invocation des gauches irréconciliables et de la radioactivité de LFI et de ses supplétifs.

    Pourtant, les résultats des 15 et 22 mars auraient dû inciter chacun d’entre eux à plus d’humilité :

    • Le Parti Socialiste s’est déjugé sur les alliances de second tour (et n’explosera pas pour autant) et il ne saurait prétendre imposer à lui seul une ligne directrice, car son maintien dépend essentiellement de sa position favorable acquise au cours des décennies précédentes et à la capacité (imposée par la nécessité) à opérer dès le 1er tour de vastes rassemblements de la gauche républicaine et des écologistes, sans qu’il y soit forcément hégémonique.
    • Il n’existe pas dans le paysage politique de parti centriste qui soit autonome vis-à-vis de la droite et qui soit capable de porter (quelle que soit l’avis que l’on porte sur sa pertinence idéologique) une stratégie de « troisième voie », telle que voudrait l’incarner Raphaël Glucksmann (lui-même ne peut pas mener campagne sans le PS) qui compenserait électoralement la « gauche radicale ».
    • Si plus personne ne peut ignorer l’implantation locale de LFI dans une partie des banlieues populaires, ses succès sont limités à des terres déjà relativement acquises à la gauche et ne la font progresser en rien dans la perspective de briser le plafond de verre que Jean-Luc Mélenchon a déjà rencontré deux fois. L’irritabilité que la brutalisation de la vie politique produit lui ôte sans doute toute capacité à atteindre le second tour (sauf éparpillement massive de l’offre politique) en 2027 et surtout à battre l’extrême droite au moment décisif. Et tout le monde peine à imaginer une dynamique quelconque après la dernière candidature possible du candidat insoumis.

    Si la gauche s’enferme dans un débat sans fin sur les alliances possibles et impossibles, sur des primaires au périmètre incertain, c’est que malheureusement ses organisations ont collectivement négligé le travail programmatique et la réflexion collective sur les transformations sociales à initier. Plutôt que de s’émouvoir des déclarations sans cesse plus provocatrices de Jean-Luc Mélenchon ou de promouvoir un nouveau concours de popularité sans projet, les partis et mouvements de gauche devraient collectivement s’atteler à débattre publiquement, sereinement et de manière organisée de leur vision du monde et de la société : que pensent-ils du nouveau capitalisme, des alternatives économiques à inventer, de l’avenir de la France et des Européens face à des impérialismes toujours hostiles, de l’intelligence artificielle, du vieillissement accéléré du pays, de l’organisation de l’État et des services publics, de l’école publique en grande difficulté, de notre souveraineté industrielle et donc de nos emplois, de la transition énergétique et de la manière de réussir la nécessaire sortie du carbone ?… La gauche saura-t-elle proposer autre chose aux travailleurs que des crédits d’impôt pour améliorer leur pouvoir d’achat ?

    François Mitterrand l’avait compris en son temps : la gauche républicaine et socialiste ne peut pas gagner si elle ne prend pas en charge une partie de la radicalité qui s’exprime dans la société, la gauche ne peut pas s’unir si elle n’a que des egos à proposer. Il lui faut si ce n’est un programme commun, tout du moins une plateforme programmatique commune qui soit connue et comprise de nos concitoyens. Les socialistes, les écologistes, les communistes, la gauche républicaine, les ex-« insoumis » et tous les déçus du macronisme doivent avoir pour impératif d’engager enfin ce travail fédérateur qui cesse d’ignorer, des banlieues aux anciens bassins industriels, des pans entiers de leur camp social. Nous n’avons que trop tardé, il est urgent de se réveiller.

    Performance des partis aux trois dernières élections municipales

    en nombre d’élus par formation politique
    communes de plus de 14.000 habitants soit 30 millions d’habitants

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