La fragmentation du Royaume-Uni redessine sa carte politique et – peut-être – son avenir


Les élections du 7 mai 2026 ont marqué un tournant dans l’histoire politique britannique, révélant une crise profonde du Parti travailliste, dont la défaite s’est avérée aussi brutale qu’inédite.

En Angleterre, le Labour a subi un recul sans précédent, perdant le contrôle de 37 conseils municipaux et plus de 1 300 sièges de conseillers, souvent au profit de Reform UK, le parti d’extrême droite dirigé par Nigel Farage. Des bastions historiques comme Hartlepool, Sunderland, Gateshead ou encore Tameside, où le Labour régnait sans partage depuis des décennies, sont passés entre les mains de Reform UK, illustrant l’ampleur du rejet. À Londres, traditionnellement acquise aux travaillistes, des arrondissements emblématiques comme Hackney, Lewisham ou Waltham Forest ont basculé vers les Verts, confirmant la fragmentation d’un électorat urbain de plus en plus diversifié et volatile.

Au Pays de Galles, la défaite a été encore plus humiliante. Pour la première fois depuis la création du Senedd (le parlement gallois) en 1999, le Labour a été relégué à la troisième place, avec seulement neuf sièges, derrière Plaid Cymru (43 sièges) et Reform UK (34 sièges). La Première ministre sortante, Eluned Morgan, a même perdu son siège dans sa circonscription de Ceredigion Penfro, un symbole fort de l’effondrement d’un parti qui dominait la vie politique galloise depuis un siècle. En Écosse, le Labour a également reculé, terminant ex æquo avec Reform UK (17 sièges chacun) derrière le SNP, qui a remporté une cinquième victoire consécutive au Parlement écossais avec 58 sièges, bien qu’il n’ait pas obtenu la majorité absolue. Les Verts écossais, quant à eux, ont réalisé une percée historique en remportant leurs premiers sièges de circonscription, notamment à Édimbourg Centre et Glasgow Sud, au détriment du SNP.

Cette débâcle électorale ne peut se comprendre sans une analyse fine des dynamiques locales et nationales. En Angleterre, le Labour a été sanctionné dans les régions post-industrielles du Nord et des Midlands, où le mécontentement social et économique a été exploité par Reform UK. Dans le Sud, les Verts ont profité de l’effritement du vote travailliste pour s’imposer comme une alternative crédible, notamment sur les questions environnementales et sociales. Au Pays de Galles et en Écosse, les partis nationalistes ont su capitaliser sur un sentiment d’abandon par Westminster, tout en proposant des programmes sociaux plus ambitieux que ceux du Labour.

Une politique travailliste qui a nourri le vote protestataire et radicalisé l’électorat

Le gouvernement de Keir Starmer, au pouvoir depuis juillet 2024, a multiplié les erreurs stratégiques et les revirements idéologiques, sapant peu à peu sa crédibilité auprès de son électorat traditionnel. Dès son arrivée à Downing Street, Starmer avait promis un « changement » radical après quatorze années de règne conservateur. Pourtant, les choix opérés par son gouvernement ont souvent semblé en décalage complet avec les attentes des classes populaires et des progressistes.

La nomination de Peter Mandelson comme ambassadeur à Washington, malgré ses liens avérés avec Jeffrey Epstein, a cristallisé les critiques sur le clientélisme et l’éloignement des valeurs de gauche. Ce scandale, révélateur d’un dédain apparent pour les questions d’éthique et de transparence, a durablement terni l’image d’un Premier ministre déjà perçu comme peu charismatique et distant.

Liz Kendall, ministre du travail et des retraites, à la Chambre des communes, le 18 mars 2025. HOUSE OF COMMONS/REUTERS

Mais c’est surtout sur le terrain social que le Labour a commis ses erreurs les plus lourdes. La réforme du Personal Independence Payment (PIP), qui vise à durcir les conditions d’accès aux aides pour les personnes handicapées, a été perçue comme une trahison par les associations et une partie de la base électorale du parti. Près de 3,7 millions de Britanniques bénéficiaient de cette allocation en janvier 2026, et les nouvelles évaluations prévues risquent de priver un million de personnes de ce soutien essentiel.

Liz Kendall, ministre du Travail, a justifié ces coupes par la nécessité de « réparer un système qui ne fonctionne plus », mais les arguments avancés – comme la lutte contre les « diagnostics excessifs » de troubles mentaux – ont sonné comme un mépris envers les plus vulnérables.

La suppression de la fuel allowance, une allocation destinée à aider plus de 11 millions de retraités à payer leurs factures énergétiques, a également alimenté la colère. Dans un contexte de crise du coût de la vie, ces mesures ont été interprétées comme une soumission aux dogmes de l’austérité, alors même que le Labour avait été élu pour y mettre fin. Le refus de la chancelière de l’Échiquier, Rachel Reeves, de desserrer les règles budgétaires – notamment en matière de dette publique et de fiscalité – a encore accentué cette impression d’un parti captif des logiques libérales, incapable de proposer une alternative crédible aux politiques conservatrices.

Reform UK, dirigé par Nigel Farage, a su exploiter ce mécontentement en brandissant un discours populiste, anti-immigration et anti-élites. Le parti a ciblé les régions les plus touchées par la désindustrialisation et la précarité, où le sentiment d’abandon par Westminster est le plus fort. Il promet de mettre fin à l’immigration clandestine, de réduire les impôts et de s’opposer aux politiques environnementales jugées trop coûteuses.

Gestuelle expressive du leader du parti Reform UK, Nigel Farage, pendant qu’il s’exprimait lors d’une conférence de presse sur la politique migratoire le 20 avril 2026 dans le quartier de Westminster à Londres. (Photo by Carl Court/Getty Images)

Reform UK a séduit une partie de l’électorat ouvrier traditionnellement acquis au Labour. Les résultats des élections locales confirment cette dynamique : Reform UK est devenu la première force politique en Angleterre en nombre de sièges, devançant même les conservateurs dans plusieurs conseils municipaux. Au Pays de Galles et en Écosse, où le parti était jusqu’alors marginal, il a réalisé des percées spectaculaires, terminant deuxième dans les deux nations.

Cette progression s’explique aussi par la fragmentation du paysage politique. Les conservateurs, en net recul, n’ont pas su endiguer la montée de Reform UK, tandis que les libéraux-démocrates et les Verts ont profité de l’effritement des deux grands partis traditionnels.

Le chef du Parti vert britannique, Zack Polanski (au centre), est présenté comme un populiste social radical et écologiste. Photo : Justin Tallis/AFP

En Angleterre, les Verts ont notamment remporté des victoires symboliques à Londres, comme la mairie de Hackney, au détriment du Labour. Leur leader, Zack Polanski, a su incarner un « écopopulisme » de gauche, mêlant lutte contre les inégalités sociales et urgence climatique, une combinaison qui a séduit une partie de l’électorat urbain et jeune.

Écosse et Pays de Galles en marche vers l’autonomie, l’Irlande vers l’unification ?


Alors que l’Angleterre bascule vers un vote protestataire et xénophobe, les « nations celtiques » du Royaume-Uni ont, elles, renforcé leurs mouvements nationalistes, souvent portés par des partis de gauche. En Écosse, le SNP a remporté une cinquième victoire consécutive au Parlement écossais, avec 58 sièges, bien qu’il n’ait pas obtenu la majorité absolue. Ce succès s’inscrit dans la continuité d’une dynamique indépendantiste qui, malgré les revers (comme la démission de Nicola Sturgeon en 2023 et les turbulences internes du parti), reste solidement ancrée dans le paysage politique écossais. Les Verts écossais, alliés traditionnels du SNP, ont également réalisé une percée historique en remportant 15 sièges, dont deux circonscriptions symboliques : Édimbourg Centre, où le ministre Angus Robertson a été battu, et Glasgow Sud, ancienne circonscription de Nicola Sturgeon (première ministre SNP de 2014 à 2023).

Cette alliance entre le SNP et les Verts, bien que fragilisée par les dissensions passées, permet de maintenir une majorité pro-indépendance au Parlement écossais. John Swinney, actuel Premier ministre écossais, a d’ailleurs annoncé son intention de réclamer un nouveau référendum sur l’indépendance, bien que la question reste juridiquement bloquée par Westminster. Cependant, la perspective d’une Écosse indépendante au sein de l’UE, défendue par le SNP et les Verts, continue de mobiliser une partie importante de l’électorat.

John Swinney avait été élu sans surprise avec 64 voix sur les 129 sièges du Parlement écossais premier ministre d’Ecosse le 7 mai 2024. Photo Sipa

Au Pays de Galles, la situation est tout aussi révélatrice. Plaid Cymru, parti nationaliste et social-démocrate, a devancé le Labour pour la première fois de son histoire, avec 43 sièges contre 9 pour les travaillistes. Cette victoire historique s’explique par plusieurs facteurs : la désaffection envers le Labour, perçu comme trop aligné sur les politiques de Westminster, et la capacité de Plaid Cymru à incarner une alternative progressiste et ancrée dans les spécificités galloises. Rhun ap Iorwerth, chef du parti, a formé un gouvernement minoritaire, en cherchant une coopération avec les Verts gallois (2 sièges) et les libéraux-démocrates. Son programme, axé sur la justice sociale, la protection de la langue galloise et une meilleure répartition des richesses, a su séduire un électorat en quête de rupture avec le statu quo.

Rhun ap Iorwerth, leader de Plaid Cymru, à Londres, juillet 2024.
(Crédit : PA Images / Alamy Stock Photo)

La question de l’indépendance reste cependant en retrait dans le discours de Plaid Cymru, moins d’un tiers des Gallois y étant favorables. Pourtant, le Brexit a profondément modifié la donne. Comme l’a souligné l’historienne Delyth Jewell, « le Brexit a obligé les Gallois à choisir entre leurs identités : galloise, britannique ou européenne. Beaucoup se sentent désormais davantage gallois et pro-européens que britanniques ».

Cette reconfiguration identitaire pourrait, à terme, ouvrir la voie à des revendications plus radicales, même si Plaid Cymru privilégie pour l’instant une stratégie pragmatique, centrée sur la défense des intérêts gallois au sein du Royaume-Uni.

En Irlande du Nord, la dynamique est encore plus nette. Le Sinn Féin, parti républicain socialiste, dirige déjà le gouvernement local avec Michelle O’Neill comme Première ministre. Un sondage réalisé en mars 2026 révèle qu’une majorité d’Irlandais (59%) et d’Irlandais du Nord (63%) soutiendraient une réunification de l’île au sein de l’UE si un référendum était organisé. Ce résultat, inédit, reflète une aspiration croissante à une Irlande unie, notamment parmi les jeunes générations.

Michelle O’Neill, au palais de Stormont, siège de l’Assemblée d’Irlande du Nord situé à Belfast, le 3 février 2024 après son élection comme première ministre après 2 ans de blocage des institutions provinciales autonomes. PETER MORRISON / AP

Cette confirmation des nationalismes périphériques n’est pas sans conséquence sur l’équilibre du Royaume-Uni. Pour la première fois, les trois nations décentralisées (Écosse, Pays de Galles, Irlande du Nord) sont dirigées par des partis ou des coalitions favorables à l’indépendance ou à une plus grande autonomie. Cette situation crée une tension croissante avec Westminster, où le gouvernement Starmer, fragilisé, peine à proposer une vision fédératrice.

La guerre interne au Labour : entre continuité, rupture et recomposition

Face à l’hémorragie électorale, Keir Starmer a tenté de sauver son leadership en annonçant, dans un discours du 11 mai, un recentrage de son action autour de la relance économique, de la défense et d’un rapprochement avec l’UE. Il a notamment promis la nationalisation de British Steel, un nouvel accord avec l’UE incluant un programme de mobilité pour les jeunes, et une garantie de formation professionnelle pour tous. Pourtant, ces annonces, bien que saluées par une partie de son camp, n’ont pas suffi à apaiser les critiques internes. Une quarantaine de députés travaillistes ont appelé à sa démission, tandis que des figures majeures du parti se positionnent pour lui succéder.

Wes Streeting, ex ministre de la santé, posant pour des scènes de rue à Stepney. Photo : David Levene/The Guardian

Wes Streeting, ministre de la Santé, a été le premier à passer à l’acte en démissionnant du gouvernement le 14 mai. Dans une lettre virulente, il a critiqué l’absence de vision claire et l’autoritarisme de Starmer, estimant que « votre approche envers les voix dissidentes affaiblit notre vie politique ». Streeting, perçu comme un modéré proche de l’aile blairiste, incarne une ligne centriste, mais son positionnement a évolué ces derniers mois, notamment sur les questions sociales et internationales (comme Gaza).
Il mise sur un discours de rigueur économique et de modernisation du parti, tout en cherchant à séduire les militants de gauche.

Au passage, son mentor Tony Blair s’est lancée dans une critique tout azimut des travaillistes britanniques : reprochant au Premier ministre son manque de soutien à la guerre iranienne de Donald Trump (il n’a donc rien retenu de ses fautes), il a critiqué également ses challengers, leur reprochant de ne pas avoir de réel cadre politique global face à Keir Starmer. Pas sûr que cela aide son poulain.

Angela Rayner, ex-vice-première ministre, représente une alternative plus sociale. Fragilisée par une enquête fiscale liée à la déclaration de l’achat d’un appartement dans le Sussex (elle avait dû démissionner du gouvernement en septembre 2025), elle n’a pas encore officiellement annoncé sa candidature, mais ses partisans la présentent comme la seule capable de reconquérir l’électorat ouvrier. Rayner a d’ailleurs critiqué ouvertement les choix économiques du gouvernement, notamment la nomination de Peter Mandelson, qu’elle a qualifiée de « toxique ».

Le premier ministre britannique, Keir Starmer, applaudit la vice-première ministre et secrétaire d’Etat au logement, Angela Rayner, sur scène, lors du congrès annuel du Parti travailliste, à Liverpool (Angleterre), le 22 septembre 2024.
OLI SCARFF / AFP

Son programme, axé sur la justice sociale, la lutte contre les inégalités et une meilleure redistribution des richesses, pourrait séduire une partie de la base traditionnelle du Labour.

Andy Burnham, maire du Grand Manchester et autoproclamé « King of the North »
(Crédit photo : Insider)

Andy Burnham, maire du Grand Manchester, incarne une troisième voie. Populaire auprès des membres du parti et de l’opinion publique, il mise sur un discours de reconquête des classes populaires et de réforme institutionnelle. Son retour au Parlement, s’il parvient à remporter une élection partielle (comme celle de Makerfield, prévue en juin 2026, mais également sous la menace de Reform UK), pourrait relancer la dynamique du Labour.

Burnham défend notamment l’idée d’une représentation proportionnelle, une mesure qui, selon lui, permettrait d’éviter une domination future de Reform UK et de redonner une voix aux régions périphériques. Il a également exclut toute relance du débat sur l’UE, préférant se concentrer sur les enjeux intérieurs, comme le logement, les transports et la précarité.

Ed Miliband, secrétaire d’État à la sécurité énergétique, représente une option plus à gauche. Bien que son passage à la tête du parti de 2010 à 2015 ait été un échec électoral, il bénéficie d’une image d’intégrité et de cohérence idéologique.
Son programme, axé sur la transition écologique et la justice sociale, pourrait séduire les militants les plus à gauche, mais son manque de charisme et son passé électoral pourraient constituer des handicaps majeurs.

Ed Miliband, secrétaire d’État à la Sécurité énergétique et à la neutralité carbone, arrive à Downing Street pour assister à la réunion du cabinet, le 14 avril 2026 à Londres, en Angleterre.
(Photo : Alishia Abodunde/Getty Images)

La course à la succession de Starmer s’annonce donc complexe et incertaine. Si Streeting semble le mieux placé pour rassembler un large éventail de soutiens, Burnham et Rayner pourraient compter sur l’appui des ailes les plus à gauche du parti. Une élection anticipée pour la direction du Labour pourrait donc déboucher sur un recentrage ou, au contraire, sur un virage plus radical, selon le candidat qui l’emporterait. Plusieurs commentateurs s’accordent par ailleurs à dire que l’accession de Burnham à Downing Street pourrait déboucher sur la convocation d’élections générales anticipées, dans un contexte de poussée de l’extrême droite.

Le Royaume-Uni peut-il éviter l’implosion ?

La situation actuelle est lourde de risques pour l’unité du Royaume-Uni et pour les équilibres géopolitiques européens. Si Reform UK, allié aux conservateurs, venait à former un gouvernement après des élections générales anticipées, on voit bien l’alignement trumpiste qui motiverait sa politique internationale : le Royaume-Uni, qui ne brille cependant pas par l’indépendance géopolitique des travaillistes, ne serait plus qu’un relais européen des MAGA ; l’Ukraine comme toute organisation de sécurité européenne à inventer seraient les premières victimes.

Sur le plan des rapport avec l’Union Européenne, les conséquences d’une victoire de Reform UK seraient majeures. Le parti, farouchement eurosceptique, pourrait non seulement bloquer toute tentative de rapprochement avec l’Union Européenne, mais aussi aggraver les divisions internes (civiles ou régionales) au Royaume-Uni, affaiblissant sa position géopolitique. Keir Starmer, conscient de ce risque, a tenté de recentrer son discours sur un rapprochement avec Bruxelles, notamment en annonçant un nouvel accord incluant un programme de mobilité pour les jeunes et une coopération renforcée en matière de défense et de commerce. Pourtant, ces annonces restent fragiles, dans un contexte de fragmentation politique et de montée des nationalismes. Une résurgence du Labour sous l’impulsion de Burnham ou Rayner pourrait à l’inverse ouvrir la voie à une politique plus coopérative avec l’UE. Burnham a d’ailleurs défendu l’idée d’une union douanière ou d’un alignement sur l’Espace économique européen, sans pour autant rouvrir le débat sur l’adhésion. Une telle orientation permettrait de rassurer les marchés et les partenaires européens, tout en répondant aux aspirations d’une partie de l’électorat progressiste.

Nigel Farage, dont le parti est aujourd’hui en tête des sondages avec 27,3% des intentions de vote (les sondages sont moins flatteurs depuis 3 semaines), pourrait devenir Premier ministre avec moins de 30% des suffrages, grâce aux distorsions du système électoral majoritaire. Une telle perspective alarme les communautés minoritaires, qui craignent une recrudescence des discours xénophobes et des politiques discriminatoires.

synthèse des sondages électoraux mise à jour le 3 juin 2026 réalisée par PollCheck – https://www.pollcheck.co.uk/
Un groupe de voisins mobilisés du quartier de Moseley, à Birmingham. Photo : Andrew Fox

À Birmingham, où Reform UK a devancé le Labour en devenant la première force municipale, des militants antiracistes, comme ceux de Brummies United Against Racism, ont exprimé leur consternation face à une normalisation progressive de l’extrême droite, perçue comme une menace directe pour la sécurité des populations noires, musulmanes et issues de l’immigration.

Les craintes ne se limitent pas à l’Angleterre : en Écosse, où Reform UK a obtenu 17 sièges au Parlement, de nombreuses voix ont souligné l’urgence de tenir les élus du parti à leurs responsabilités, notamment en exigeant qu’ils condamnent sans ambiguïté les propos xénophobes ou les désinformations diffusées par leurs rangs.

Manifestation organisée par le groupe Save Our Future and Our Kids Future (SOF, « sauvons notre futur et celui de nos enfants ») pour s’opposer au logement des demandeurs d’asile, devant l’hôtel Cladhan, à Falkirk (Ecosse), le 6 décembre 2025. CAMERON SCOTT/ZUMA PRESS WIRE VIA REUTERS

Les exemples concrets de dérives ne manquent pas. À Sunderland, un conseiller municipal fraîchement élu sous l’étendard de Reform UK a été suspendu après la découverte de propos racistes en ligne, illustrant les risques d’une radicalisation des pratiques politiques locales. Ces incidents, couplés à des déclarations polémiques de figures indépendantes alliées à des formations d’extrême droite, comme celles d’Akhmed Yakoob (avocat tiktokeur, jusqu’ici proche de mouvements de gauche radicale, communautaristes remarqués pour leur dérive antisémite) à Birmingham, alimentent un climat de méfiance et de division.

Les réactions des dirigeants de Reform UK, comme Richard Tice, qui minimisent ces inquiétudes en inversant la charge de la preuve sur les communautés elles-mêmes, n’ont fait qu’aggraver le sentiment de précarité parmi les minorités. Face à cette montée des tensions, des mobilisations citoyennes se multiplient, à l’image des marches pour l’unité organisées à Glasgow ou à Birmingham. Ces initiatives, bien que symboliques, reflètent une volonté de résistance face à une normalisation du discours d’extrême droite, désormais installé dans les institutions locales et régionales. La polarisation de la société britannique, où des opinions minoritaires peuvent l’emporter avec seulement 20% des suffrages, accentue encore ce phénomène, rendant la cohabitation entre communautés toujours plus fragile, dans une société qui prônait jusqu’ici le multiculturalisme mais qui est avant tout caractérisée par la juxtaposition des communautés.

Dans tous les cas, les tensions avec l’Écosse et le Pays de Galles, dirigées par des majorités indépendantistes ou nationalistes, pourraient atteindre un point de rupture.

En Écosse, le SNP a d’ores-et-déjà prévenu qu’il réclamerait un nouveau référendum sur l’indépendance, bien que la question reste juridiquement bloquée par Westminster. Cependant, la perspective d’une Écosse indépendante au sein de l’UE, défendue par le SNP et les Verts, continue de mobiliser une partie importante de l’électorat. Au Pays de Galles, Plaid Cymru, bien que prudent sur la question de l’indépendance, pourrait à terme être poussé par ses militants à organiser une consultation, surtout si les tensions avec Westminster s’aggravent.

En Irlande, la dynamique est encore plus nette. Le Sinn Féin, déjà à la tête du gouvernement local, voit son influence grandir, tandis qu’un sondage de mars 2026 indique une nette majorité en faveur de la réunification dans les deux parties de l’Île (59 % en République et surtout 63 % dans le Nord).
Mary-Lou McDonald voit les sondages replacer son parti en tête en République d’Irlande :

Michelle O’Neill (à gauche) et Mary Lou McDonald, président du parti et cheffe de l’opposition en République d’Irlande, au Sinn Fein Ard Fheis (congrès) samedi 25 avril 2026, à Belfast.
© PA Wire/PA Images

Si le chemin est encore long pour y parvenir, une majorité de gauche, favorable à la réunification, pourrait un jour se constituer sous sa direction (et avec le soutien de la présidente Catherine Connolly), malgré la stratégie des partis de droite irlandais de tout faire pour empêcher son arrivée aux affaires.

Dès le 9 mai 2026, Sinn Féin mettait en scène sur les réseaux sociaux l’alliance des premiers ministres nationalistes.

Michelle O’Neill, First Minister (Sinn Féin) de la province britannique d’Irlande du Nord, a enfin proposé la création d’un comité de liaison entre les premiers ministres écossais, gallois et nord-irlandais, afin de coordonner leurs actions et de peser davantage dans les négociations avec Westminster.
Une telle coordination pourrait, à terme, déboucher sur une alliance des nationalismes périphériques contre le centre anglais, dominé par Reform UK ou les conservateurs.

Le Royaume-Uni est aujourd’hui plus divisé que jamais, entre une Angleterre tentée par le repli identitaire, avec un nationalisme anglais très longtemps sous-estimé, et des nations périphériques en quête d’autonomie : on ne dira jamais assez à quel point le ciment de l’identité britannique était l’Empire, permettant aux Écossais, aux Gallois et à quelques Irlandais de participer à un rêve de grandeur fondé sur la domination des peuples colonisés (après l’avoir été eux-mêmes) ; l’Empire est un lointain souvenir, quel ciment reste-t-il donc ?

Les inégalités sociales, géographiques et économiques, déjà parmi les plus fortes des pays développés, risquent encore de s’aggraver, alimentant encore davantage les tensions politiques. Dans ce contexte, les prochains mois seront décisifs. Soit le Royaume-Uni parvient à se réinventer, en proposant une vision qui permette de concilier la gauche travailliste avec ses partenaires obligés que sont désormais les écologistes et les nationalistes écossais, gallois et irlandais, soit il s’enfonce dans le chaos d’un gouvernement d’extrême droite à venir, au risque de voir ses nations constitutives s’éloigner définitivement. Dans les deux cas, les équilibres européens en sortiraient profondément bouleversés.

Frédéric Faravel

Changement constitutionnel en Irlande : la balle est dans le camp du cabinet britannique

Plus de cinq semaines se sont écoulées depuis les élections générales pour la Chambre des Communes. Elles ont offert au Labour Party conduit par Keir Starmer un retour en grâce qui doit bien plus à la déchéance des Tories, aux difficultés internes des nationalistes écossais et à la fin de la séquence du Brexit (qui avait vu le Red Wall passer aux mains des conservateurs grâce à la promesse de Boris Johnson de mettre fin aux atermoiements du parlement) qu’au caractère enthousiasmant du programme du nouveau gouvernement Keir Starmer.

Une victoire travailliste massive mais par défaut

Le nouveau Premier ministre britannique a résolument engagé son parti sur une voie centriste depuis qu’il a battu la dauphine de Jeremy Corbyn en avril 2020 pour le poste de chef du Labour : les 10 promesses sur lesquelles il avait alors fait campagne pour obtenir le « job », et qui marquaient une forme de continuité économique et sociale avec la ligne précédente du parti, ont été prestement effacée du site internet. Son leadership a donc constitué un retour au New Labour de Tony Blair, sans volonté de renégocier les relations avec l’Union Européenne ,et avec une grande modération dans ses critiques concernant la politique migratoire du gouvernement Sunak.

Aussi la victoire des travaillistes s’explique-telle avant tout par la déconfiture des Conservateurs conduits par le Premier ministre sortant Rishi Sunak, qui ont perdu près de 20 points (et 121 sièges) par rapport au scrutin de 2019. L’ancien (et richissime) directeur de société financière a été incapable de compenser les dégâts causés dans l’opinion par les scandales à répétition sous Boris Johnson et le passage catastrophique au 10 Downing street de sa prédécesseure Liz Truss. Il a dû aussi assumer les dégâts provoqués par la violence sociale de la politique économique des Tories et par les promesses non tenues des brexiters (sur le système de santé, le NHS, notamment).

Une politique plus dure sur l’immigration (on retiendra l’accord absurde de re-migration vers le Rwanda, quelle que soit l’origine des migrants) n’a pas non plus permis de contenir l’extrême droite parlementaire, née des ruines d’un UKIP devenu inutile par la concrétisation du Brexit. Bien au contraire, le Reform Party, la nouvelle petite entreprise de Nigel Farage, semble avoir recueilli une forme de légitimation. Il a ainsi réuni 14,3% (+12,3 points) des suffrages (devant les LibDems avec 12,2%, +0,7) mais n’a obtenu que 5 sièges (contre 72 aux LibDems1 qui emportent 61 circonscriptions supplémentaires, bénéficiant d’implantations locales stratégiques en Angleterre et en Écosse).

Le Labour Party a ainsi et avant tout bénéficié de la division de la droite et et d’une baisse de régime du Scottish National Party2 (le Labour a repris une trentaine de sièges au SNP – qui se maintient à 30% dans la région –, rétablissant le caractère stratégique de l’Écosse dans le dispositif majoritaire travailliste). Le scrutin majoritaire à un tour de circonscription a fait le reste.

Qui est Keir Starmer ?

Cependant le nouveau Premier ministre britannique n’est peut-être pas uniquement ce personnage sans charisme et social-libéral décrit (pas forcément à tort) par ses opposants internes et la presse d’Outre-Manche.

Avocat de talent, il s’est fait un nom dans la défense des droits humains, des libertés publiques et des militants politiques écologistes, mais aussi dans la lutte légale sur des causes économiques. Jeune avocat, il fournit en 1990 une aide juridique gratuite aux manifestants arrêtés par la police après les émeutes contre la Poll tax de Margaret Thatcher (1990) ; il s’est également opposé au gouvernement Blair, lui reprochant en particulier la guerre en Irak et l’attaquant en justice lorsque ce dernier refusa d’accorder des prestations aux demandeurs d’asile.

Et c’est bien dans son parcours professionnel que l’on peut trouver aujourd’hui des éléments de nature à nous intéresser, bien qu’il se soit révélé finalement assez malléable sur ces questions à la tête de son parti : ainsi dès le printemps 2020, il a exclu plusieurs membres du cabinet fantôme au prétexte d’avoir voté contre deux projets de loi conservateurs visant à garantir l’impunité aux militaires et aux agents de renseignement s’ils commettaient des actes criminels au cours de leurs opérations.

Avant de devenir député en 2015, il a été Procureur général (« directeur des poursuites pénales publiques », dans le système britannique) du Royaume Uni de 2008 à 2013, mais surtout il a participé entre 2003 et 2008 à l’élaboration des nouveaux services de police en Irlande du Nord, le Police Service of Northern Ireland (PSNI)3, un des nombreux points découlant des Accords du Vendredi-Saint4. Au moment d’aborder la question de l’Irlande du Nord comme Premier Ministre, cette expérience n’est sans doute pas inutile.

Une scène politique totalement différente

Le tableau politique de la province d’Irlande du Nord n’a pas grand-chose à voir avec le reste du Royaume Uni. Pour la troisième élection consécutive entre 2022 et 2024, le Sinn Féin5 est devenu le plus grand parti politique de la province ; il est désormais en tête de manière décisive en termes de représentativité et de suffrages, au sein de l’Assemblée provinciale, du gouvernement local et des députés élus au parlement britannique (où il continue de refuser de siéger car il ne reconnaît pas la souveraineté britannique sur la province malgré son attitude de coopération avec les autorités britanniques en Irlande du Nord depuis les Accords du Vendredi Saint).

Les sept députés du Sinn Féin élus constituent désormais le plus grand groupe de députés de tous les partis du nord, avec une augmentation de 4,2 points6 en termes de suffrages exprimés. 2024 marque donc le renforcement de Sinn Féin dans un contexte plus favorable à l’unité irlandaise : le Democratic Unionist Party (DUP)7 continue son déclin, ne conservant plus que 5 membres du parlement britannique : il a perdu plus de 70 000 voix depuis 20198 (-8,5 points) et trois sièges à Westminster où il dépassait jusqu’ici de peu la représentation théorique des républicains irlandais.

En réalité, le DUP avait perdu sa position stratégique dès les élections générales britanniques de 2019 : jusque-là, ses 10 députés étaient indispensables à la majorité parlementaire de Theresa May, tout en représentant une partie de ses problèmes. Le DUP était un soutien radical du Brexit, apportant de l’eau au moulin de Boris Johnson ; la victoire électorale massive de ce dernier en 2019 rendait le DUP inutile.

Depuis, le parti ultra-conservateur protestant s’est enlisé dans des scandales internes. Les positions de plus en plus caricaturales de certains de ses élus en matière de société et des dissensions sur la ligne politique l’ont conduit à raidir sa position et à refuser pendant près de deux ans (de mai 2022 à février 2024) la constitution d’un gouvernement provincial dirigé par la républicaine Michelle O’Neill qui avait remporté les élections de 2022 avec 29% de voix (contre 21 au DUP). Le parti unioniste a ainsi perdu sur toute la ligne et le scrutin britannique du 4 juillet dernier ne fut qu’une confirmation supplémentaire : le DUP a perdu sur tous les fronts, il cède North-Antrim au parti Traditionnal Unionist Voice (encore plus à droite), South-Antrim à l’Ulster Unionist Party (UUP)9 et Lagan Valley à l’Alliance Party10. La position globale du Sinn Féin en tant que parti le plus important d’Irlande a été consolidée11.

Le cabinet Starmer doit rompre avec la stratégie d’indifférence qui a prévalu depuis 14 ans

La réalité est que le système gouvernemental et parlementaire britannique proprement dit n’a pas pris en compte les intérêts de l’Ulster et de sa population. Cela est illustré par l’héritage des administrations tories successives qui ont abouti à l’austérité, au sous-financement systémique des services publics, à la catastrophe du Brexit et à la plus récente « loi d’amnistie »12. Cela s’est également traduit par le peu d’entrain des gouvernements conservateurs à peser sur le DUP pour qu’il respecte le cadre constitutionnel nord-irlandais découlant des Accords du Vendredi Saint en entrant dans le gouvernement provincial, tout comme Sinn Féin avait accepté de le faire quand le premier ministre nord-irlandais était membre du DUP.

Cependant, l’élection de la nouvelle administration travailliste offre l’occasion de changer fondamentalement la politique du gouvernement britannique à l’égard de l’Irlande et de réinitialiser les relations entre la Grande-Bretagne et l’Irlande. Les évolutions électorales sanctionnées par le scrutin du 4 juillet reflètent une demande populaire en Irlande-du-Nord pour une amélioration réelle de leurs perspectives politiques, ainsi qu’une opinion croissante selon laquelle le progrès économique et social requis pour répondre aux priorités des travailleurs et des familles ne sera possible qu’en dépassant la partition de l’Île ce qui implique un processus de changement constitutionnel.

Dans les jours qui ont suivi les élections, les médias britanniques et internationaux ont largement commenté la façon dont les bons résultats électoraux du Sinn Féin renforçaient la position de toutes celles et tous ceux qui militent en faveur de l’unité irlandaise. Cet élan a été alimenté par le Brexit, l’indifférence des responsables politiques anglais, l’échec économique et politique de la partition et l’impossibilité complète d’un retour en arrière qui rétablirait la frontière entre les deux Irlande à la suite de la mise en œuvre effective de la sortie du Royaume Uni de l’Union Européenne. Nous avons déjà eu l’occasion d’en expliquer les impasses et l’échec des Unionistes radicaux à relancer – au prix d’une compromission avec la pègre – les « troubles » au prétexte de l’établissement d’une frontière économique de fait entre la Grande Bretagne et l’Irlande du Nord13.

L’unité de l’Irlande est de toute façon à l’agenda

La question n’est plus tant de savoir si la réunification irlandaise est inscrite à l’agenda politique mais de quelle manière l’unité irlandaise peut se réaliser et comment la lier indissociablement à un potentiel de prospérité économique accrue, de services publics de meilleure qualité, d’une stabilité politique et d’un règlement constitutionnel fondé sur l’état de droit. Si Sinn Féin a progressé dans les deux parties de l’Île, c’est aussi en grande partie parce qu’il prétend porter la promesse d’une République Sociale irlandaise, débarrassée du sectarisme confessionnel.

L’Accord du Vendredi Saint fournit le mécanisme permettant l’exercice de l’autodétermination par le biais de référendums d’unité simultanés et permettant une transition planifiée vers la réunification. Or jusqu’à présent, les gouvernements britanniques ont refusé de définir les critères selon lesquels la date de convocation de tels référendums pourrait être fixée, même si l’on peut comprendre que les premières années de la paix civile, après 29 ans de conflits, méritaient une prudence attentive.

Aujourd’hui, les changements électoraux, les changements démographiques, les réalignements politiques, les sondages d’opinion au nord et au sud et les énormes travaux de recherche universitaires soulignent tous la nécessité pour ce gouvernement britannique de commencer à penser et à agir différemment sur la question stratégique de l’autodétermination irlandaise.

Le refus persistant de le faire n’est plus tenable.

Consensus irlandais inédit

En revanche, un consensus émerge désormais sur la nécessité de planifier et de préparer un changement constitutionnel au sein de la majorité des partis politiques de l’île d’Irlande (y compris les trois partis gouvernementaux de coalition à Dublin)14. Le mois dernier, un comité multipartite du parlement irlandais (comprenant à la fois l’Assemblée et le Sénat), le Comité mixte sur la mise en œuvre des Accords du Vendredi-Saint, a publié un rapport historique intitulé Perspectives sur le changement constitutionnel : finances et économie. Ce rapport énonce 15 recommandations, dont la nécessité d’adopter une approche pangouvernementale (gouvernement irlandais, exécutif d’Irlande-du-Nord, cabinet britannique) pour planifier et se préparer à l’éventualité d’un changement constitutionnel. Il appelle en outre le gouvernement de Dublin à publier un livre vert définissant une vision pour une Irlande unie. Il recommande notamment qu’un comité parlementaire irlandais soit mandaté, doté de ressources adéquates et dédié à la préparation d’une Irlande unie dès maintenant.

Ce rapport représente une avancée politique majeure car il intègre ainsi la parole des parlementaires républicains de Sinn Féin dans une expression commune des forces politiques irlandaises, alors que le jeu politique des partis qui avaient dominé la vie politique de la République d’Irlande consistait avant tout à marginaliser les Républicains pour tenter (sans succès) de les faire reculer électoralement. Cela signifie qu’un changement constitutionnel est désormais à l’agenda politique de l’ensemble des partis de la République d’Irlande alors qu’il avait en réalité peu ou prou disparu des objectifs du Fine Gael et du Fianna Fáil (ce dernier ayant tenté de maintenir l’illusion sur ses intentions plus longtemps que son « frère ennemi »15). Bien sûr, cela ne signifie pas que l’unification soit irrésistible, mais le large consensus contenu dans le rapport du Comité mixte reflète la profondeur et la force de l’accord politique sur l’unité irlandaise et les processus nécessaires pour y parvenir.

En octobre 2022, Ireland’s Future, l’organisation civique qui milite et défend l’unité irlandaise, a organisé une grande conférence publique à la 3Arena sur les Docks de Dublin. À cette occasion, elle a réussi à réunir dans une même enceinte les dix principaux partis politiques irlandais de tous les horizons politiques nationaux et démocratiques pour discuter de l’unité irlandaise. Il y a deux mois, et peu avant les élections générales britanniques, Ireland’s Future a organisé un événement similaire à l’Odyssey Arena de Belfast. Cette fois, les représentants des mêmes partis politiques ont été rejoints par l’Alliance Party, signifiant le basculement de cette organisation dont nombre de dirigeants sont issus de communautés unionistes vers la perspective de l’unité irlandaise16. La participation de tous les principaux partis organisés à travers l’Irlande, à l’exception des trois principaux partis unionistes17, souligne ainsi la centralité du changement constitutionnel dans le discours national irlandais.

Deux interventions individuelles extrêmement importantes ont été faites lors de la conférence tenue à l’Odyssey, par Jarlath Burns, président de la Gaelic Athletic Association, et par l’ancien Premier ministre irlandais Leo Varadkar (FG). Burns a insisté sur la nécessité de favoriser les discussions sur l’avenir constitutionnel de l’Irlande, tandis que Varadkar a affirmé qu’il était désormais temps pour le gouvernement irlandais de traiter l’unité irlandaise comme un objectif politique, et non plus simplement comme une aspiration, ce qui illustre la transformation complète de posture du centre droit irlandais que nous évoquions plus haut (personne n’est dupe, il s’agit aussi de tenter de couper l’herbe sous les pieds de Sinn Féin).

Des solutions à l’étude

Ireland’s Future et d’autres, dont le professeur Brendan O’Leary18, ont produit des propositions détaillées sur la fixation d’une date pour les référendums sur l’unité d’ici 2030 et sur le type de processus de transition pour parvenir à un nouveau règlement constitutionnel pour l’Irlande. Le débat sur la réunification est également devenu une préoccupation ouverte du mouvement syndical irlandais depuis la conférence biennale des délégués du Congrès irlandais des syndicats en octobre 2021. Des dirigeants syndicaux, dont Owen Reidy, Gerry Murphy et d’autres, ainsi que des personnalités du mouvement syndical basé en Grande-Bretagne et aux États-Unis, comme Mick Lynch et Terry O’Sullivan, ont tous réfléchi aux futurs arrangements politiques de transition en faisant référence aux droits des travailleurs.

Un plus grand nombre de voix alternatives issues de la tradition civique unioniste se font désormais entendre. Ainsi, des personnalités telles que Denzil McDaniels, Claire Mitchell, Karen Sethuraman et Davy Adams ont élargi la portée du débat en soulignant que les valeurs et les identités des Protestants et des syndicalistes doivent faire partie intégrante du processus de changement en cours.

Alors que le peuple irlandais s’est vu refuser son droit à l’autodétermination sur l’ensemble de l’Île depuis plus de 100 ans, cette option démocratique a finalement été reconnue en 1998 grâce à son inclusion dans les Accords du Vendredi-Saint. Plus que jamais aujourd’hui, la réunification irlandaise et un nouveau règlement constitutionnel constituent des objectifs à la fois raisonnables et légitimes.

Starmer devant ses responsabilités

Le jour est venu pour le nouveau gouvernement britannique de s’engager et d’accepter ces réalités. Il peut entrer dans l’histoire en permettant d’écrire un récit positif. Keir Starmer a les atouts en main pour devenir un partenaire dans la gestion du changement progressiste en Irlande et travailler en partenariat avec le gouvernement irlandais et l’opinion démocratique au sens large pour ouvrir la voie à la réunification et à la réconciliation.

Il y a vingt-sept ans, un gouvernement travailliste, récemment parvenu aux affaires, a joué un rôle crucial en contribuant à garantir un accord de paix en Irlande et à ancrer le processus dans la durée. Cela a été une réussite au-delà des espérances les plus folles de l’époque car l’Accord a tenu face à toutes les chausses-trappes et que ces 27 années ont fait évolué comme jamais les mentalités.

Les gouvernements britannique et irlandais sont désormais devant la responsabilité conjointe de planifier et de préparer le changement constitutionnel et de concevoir une transition ordonnée vers de nouveaux arrangements nationaux, démocratiques et constitutionnels en Irlande. Une feuille de route intergouvernementale convenue et dotée de ressources adéquates est nécessaire ; il est pour cela indispensable que des discussions formelles commencent entre les administrations britannique et irlandaise en place. La réponse anti-raciste apportée des deux côtés de la mer d’Irlande aux émeutes suprémacistes qui ont éclaté en Angleterre et à Belfast ces dernières semaines démontre que les sociétés sont prêtes : ne pas saisir le moment serait un gâchis incommensurable.

Keir Starmer doit se hisser à la hauteur de l’histoire.

Frédéric Faravel


1Les Libéraux-démocrates (anglais : Liberal Democrats, abrégé en LibDems) sont un parti politique britannique libéral classé au centre et au centre gauche. Le parti a été fondé en 1988 par une fusion du Parti libéral avec le Parti social-démocrate (SDP, scission du Labour Party) qui formaient depuis 1981 une alliance électorale. Le Parti libéral existait précédemment depuis 129 ans (il est né au milieu du XIXème siècle de la fusion du parti et du groupe parlementaire Whig et d’une partie des Radicals) et a dirigé le Royaume-Uni sous de nombreux Premiers ministres Gladstone, Asquith et Lloyd George notamment, avant d’être progressivement surpassé par le Parti travailliste, traduction de l’accès de la classe ouvrière au droit de vote et de sa conscience de devoir prendre en charge directement la défense de ses intérêts.

2Le Parti national écossais est le principal parti indépendantiste écossais. Fondé en 1934, le parti retrouve de la popularité depuis les années 1970 et suit une ligne politique de centre gauche qualifiée par le parti lui-même de « social-démocrate ». L’élan électoral du nationalisme écossais découle indirectement du rejet de la politique économique et fiscale Margareth Thatcher, une partie des catégories populaires et moyennes écossaises considérant que la défense de leurs intérêts de classe passaient par une réaffirmation de l’Écosse comme Nation. Lors de l’établissement du Parlement écossais en 1999, le SNP devient le plus grand parti d’opposition. Depuis sa victoire lors des élections législatives écossaises de 2007, le Parti national écossais dirige le gouvernement écossais. Le SNP siégeait au Parlement européen au sein du groupe écologiste.

3Le Service de police d’Irlande du Nord a remplacé en 2001 la Royal Ulster Constabulary (RUC), dont la composition héritée du régime unioniste ségrégationniste qui a dirigé la province de 1920 à 1972 empêchait toute utilisation en faveur de la paix civile : son recrutement exclusivement protestant l’a conduit à de très nombreuses reprises à être complices des groupes paramilitaires « loyalistes » et d’exactions multiples contre la population civile. Le PSNI assure un recrutement non sectaire de ses agents ; elle est par son caractère impartial régulièrement l’objet de critique de la part du principal parti unioniste de la province et des groupes politico-maffieux héritiers des paramilitaires loyalistes. La situation politique en Ulster explique l’armement de tous ses personnels assermentés.

4Pour une présentation complète des Accords du Vendredi-Saint (Good Friday Agreement en anglais, GFA), nous vous invitons à lire notre article du 10 avril 2023 : 25 ans après le Good Friday Agreement, l’Irlande en chemin vers l’unité ? https://g-r-s.fr/25-ans-apres-le-good-friday-agreement-lirlande-en-chemin-vers-lunite/

5Sinn Féin : « nous-mêmes » en irlandais. Parti Républicain, dont la forme actuelle est issue de la tendance du parti qui choisit de conserver l’objectif d’émancipation nationale au côté de l’émancipation sociale en 1969-1970.

6En 2017, le Sinn Féin avait fait un meilleur score en voix comme en pourcentage – 238 915 et 29,4% – mais à l’époque le score écrasant des ultra-conservateurs unionistes du DUP, 36% et l’effondrement des autres partis unionistes, nationalistes ou centristes empêchaient toute évolution. La vacance gouvernementale en Irlande du Nord de plus de 2 ans provoquée par les scandales politico-financiers frappant le DUP et le refus de Sinn Féin de constituer dans ces conditions un exécutif provincial (en pleine négociation pour le Brexit) avait été mal perçue par les nord-irlandais qui avaient d’une certaine manière sanctionné les deux principaux partis de la province remettant en selle les autres forces politiques locales – UUP, SDLP et Alliance Party.

7Parti unioniste démocratique : parti ultra-conservateur protestant, fondé en 1971 par le Révérend Ian Paisley et de nombreux dissidents du Unionist Ulster Party, qui dirigeait le gouvernement provincial depuis 1920 et que les fondateurs du DUP trouvaient trop accommodant avec la volonté (pourtant très limitée) de transformation politique et sociale de la province des différents gouvernements britanniques à partir de 1968. L’intransigeance politique et le sectarisme du DUP l’a conduit à avoir des liens étroits avec plusieurs groupes paramilitaires « loyalistes » comme l’Ulster Volunteer Force (UVF) et l’Ulster Defence Association (UDA). Le parti refusa les Accords du Vendredi Saint jusqu’à ce qu’il soit amené à prendre la direction du gouvernement provincial en association avec leurs anciens ennemis du Sinn Féin.

8et 120 000 depuis 2017…

9Le Parti unioniste d’Ulster est l’ancien parti protestant du pouvoir de 1920 à 1971, signataire des Accords du Vendredi Saint en 1998 avec David Trimble, qui a reçu pour cela le Prix Nobel de Paix.

10Créé en 1970 pour défendre un unionisme non confessionnel, le Parti de l’Alliance a progressivement évolué comme un parti libéral, qui prétend dépasser les conflits communautaires. Politiquement, il n’est classé ni chez les Unionistes, ni chez les Nationalistes ; le nombre de ses adhérents en faveur de l’unification de l’Irlande tend à devenir majoritaires.

11Sinn Féin est également présent en République d’Irlande : il a obtenu le meilleur score aux élections générales en février 2020 avec 24,5% des voix et le groupe parlementaire le plus important (37 sièges, à égalité avec les conservateurs du Fianna Fáil. Il est écarté du pouvoir par une coalition (qui était informelle depuis 2016 et qui visait déjà à l’époque à refuser à Sinn Féin de participer à une coalition gouvernementale malgré un score plus modeste) des deux partis ennemis de droite qui alternent au pouvoir depuis 1926.

12Le gouvernement de Rishi Sunak a fait adopter le 12 septembre 2023 une loi interdisant les enquêtes de police et les procès pour les crimes commis durant la période de la guerre civile en Irlande du Nord. L’avancée des enquêtes en ce domaine était de nature à compromettre gravement la réputation des forces de sécurité et des gouvernements britanniques en mettant à jour leur collaboration criminelle avec les groupes paramilitaires « loyalistes ». La République d’Irlande a saisi la Cour Européenne des Droits de l’Homme, le jugeant contraire à la Convention européenne des Droits de l’Homme.

13Irlande du Nord : Le Brexit va-t-il gâcher 23 ans de Paix ? https://g-r-s.fr/irlande-du-nord-le-brexit-va-t-il-gacher-23-ans-de-paix/

14Depuis 4 ans, la coalition gouvernementale irlandaise est composée par le Fine Gael (FG, centre droit, libéral, siégeant aux côtés du PPE), du Fianna Fáil (FF, centre droit, conservateur, siégeant au sein de Renew Europe) – deux partis qui se sont affrontés électoralement de 1926 à 2016 (et les armes à la main en 1922 et 1923) – et le Green Party (écologiste). Depuis avril dernier, c’est Simon Harris (FG) qui est premier ministre en titre (avec Micheál Martin, FF, comme vice premier ministre) après la démission de Leo Varadkar (FG, plusieurs fois premier ministre, dont la période décembre 2022 à avril 2024) ; ce dernier avait lui-même succédé à Micheál Martin, dont il était vice premier ministre, qui avait dirigé le gouvernement de juin 2020 à décembre 2022.

15Fine Gael et Fianna Fáil sont héritiers des deux branches nationalistes qui se sont divisées sur le traité anglo-irlandais de 1921 créant l’État libre d’Irlande, division qui conduisit à une terrible guerre civile au début des années 1920.

16Les partis soutenant une perspective d’unification de l’Irlande au parlement provincial d’Irlande du Nord sont désormais majoritaires dans cette assemblée : Sinn Féin, Alliance Party, Social-Democratic and Labour Party (SDLP, nationalistes et travaillistes), People before Profit Alliance (extrême gauche), 53 sièges sur 90. Cependant, les Accords du Vendredi-Saint imposent que les quatre partis les plus importants de l’assemblée appartiennent à l’exécutif provincial (Sinn Féin, DUP, Alliance Party, UUP) ; le SDLP sert ici d’« opposition officielle ».

17Democratic Unionist Party (DUP), Ulster Unionist Pary (UUP, signataire des Accords du Vendredi-Saint), Traditionnal Unionist Voice (TUV)… Il faudrait ajouter à cette liste le Progressive Unionist Party(PUP), signataire des Accords du Vendredi-Saint et qui représentait « l’aile gauche » socialisante des membres de l’Ulster Volunteer Force (un des principaux groupes paramilitaires « loyalistes ») qui prétendait défendre les intérêts de la classe ouvrière protestante ; ce parti se maintient mais peine à se faire entendre électoralement.

18Politologue irlandais, professeur à l’Université de Pennsylvanie. Il était auparavant professeur à la London School of Economics. En 2009-2010, il a été le deuxième conseiller principal sur le partage du pouvoir au sein de l’équipe de veille de l’unité d’appui à la médiation du Département des affaires politiques des Nations Unies.

Fake news et violence séditieuse : la « nouvelle » stratégie de l’extrême droite anglaise

Une vague d’émeutes racistes secoue actuellement l’Angleterre. Il est important de rappeler le fait divers originel sur lequel elles ont pris appui : un adolescent de 17 ans dérangé psychologiquement, né à Cardiff au Pays de Galles de parents rwandais, chrétien, attaque au couteau un cours de danse et tue trois fillettes de 9 et 10 ans, blessant d’autres et deux adultes. Arrêté, il est rapidement transféré en asile psychiatrique, la police ne relève aucune motivation terroriste. L’extrême droite anglaise a alors répandu la rumeur, depuis le compte X Europe Invasion et le portail Channel 3 Now, selon laquelle les autorités cacheraient la véritable identité du meurtrier ; selon les fake news qu’elle diffuse, l’auteur est un migrant musulman arrivé illégalement par bateau.

Ces fausses informations que la nébuleuse ultra-nationaliste anglaise sait inventées de toute pièce lui servent de prétexte au déclenchement de plusieurs attaques simultanées en différents point de l’Angleterre (Londres, Manchester, Hartlepool, Aldershot) contre tout ce qui ressemble à des migrants ou des musulmans. De nombreux commerces sont pillés par des attroupements répondant à des slogans « suprémacistes blancs » et de l’extrême droite anglaise : « Nous voulons récupérer notre pays ! Anglais jusqu’à la mort ! » La police a empêché le pire au prix de près de 70 blessés dans ses rangs et a procédé jusqu’ici à 378 arrestations. L’état d’urgence est déclaré dans les villes touchées. Il y a des endroits où les militants anti-racistes se défendent physiquement contre des milices racistes pour protéger des commerces pakistanais ou des hôtels d’hébergement pour réfugiés. Dans certains quartiers visés les populations se constituent en milices d’autodéfense déterminées à s’opposer aux attaques racistes.

Le mode opératoire est commun à toute l’extrême droite européenne cherchant par la manipulation de faits divers à déstabiliser les démocraties. Chemnitz en Allemagne en 2018 avait été le théâtre d’un spectacle lamentable tout aussi peu spontané que les violences actuelles. Peu importe qu’en 2018 la victime fut binationale et antifasciste, peu importe qu’en 2024 le fait divers dramatique servant de prétexte ait été perpétré par un non musulman né au Royaume Uni, les calomnies, les rumeurs et les mensonges, répandus y compris par le PDG de X/Twitter1, amplifient ce qui sans l’intervention ferme des forces de l’ordre auraient abouti à de véritables pogroms modernes.

Le choix de déclencher aujourd’hui des affrontements n’est pas anodin : le parti travailliste vient à nouveau d’accéder au pouvoir avec une majorité écrasante qui doit beaucoup à la déréliction des Tories. Il y a quelques semaines un jeune homme a tué toute sa famille à l’arbalète : l’extrême droite n’a pas tenté alors de déclencher des émeutes. L’assassin était blanc mais le procédé de la rumeur ne procède pas de cette manière. Dans la situation présente, la réalité n’a pas empêché l’extrême droite anglaise de dénoncer sans preuve pour déclencher les violences actuelles d’incriminer des réfugiés du Moyen Orient totalement étrangers à l’affaire. Il s’agit en réalité de mettre en cause la capacité du Labour à assurer la tranquillité publique presqu’un mois après son accession au pouvoir (donc maintenant qu’il a tous les leviers en main) : soit en l’accusant de protéger des « assassins étrangers », soit en démontant son incapacité à rétablir l’ordre ou à protéger les « vrais » Anglais.

Il faut inlassablement combattre ceux qui pillent, saccagent, brûlent, pour terroriser ceux qu’ils haïssent par racisme exacerbé. Nous apportons notre soutien aux victimes de ces émeutes et invitons le gouvernement britannique à la plus ferme sévérité contre leurs auteurs. Quand l’extrême-droite française se prétendra le parti de l’ordre, il faudra lui rappeler comment ses amis ont mis à sac des quartiers entiers à travers toute l’Angleterre.

Les limites du modèle communautaire anglo-saxon apparaissent d’autant plus saillantes. Ceux qui, en France, idolâtrent ce mode de fonctionnement, persuadés que d’hypothétiques minorités jouissent supposément de plus de droits, doivent se rendre compte que cela aboutit au conflit de tous contre tous.

C’est aussi 12 années de politique austéritaire des conservateurs qui ont provoqué le divorce d’une partie des classes populaires et des classes moyennes avec le modèle de société libéral démocratique, qui réduit les droits sociaux et syndicaux, maintiens les salaires bas et s’attaque aux services publics. Les migrants servent ici à nouveau de boucs émissaires, instrumentalisés déjà par les conservateurs pour faire voter le Brexit : la droite britannique porte une lourde culpabilité par son irresponsabilité au pouvoir pendant 12 ans.

Nous avertissons enfin les factieux français qui voudraient se livrer à de telles exactions : ils trouveront tous les Républicains sur leur chemin. Nous ne laisserons pas importer les émeutes communautaires et nous protégerons tous les citoyens de ceux qui veulent les exclure de la seule communauté que nous reconnaissons, celle de la République.

La République cependant ne pourra être défendue par les Français qu’à la condition que sa promesse sociale, ancrée dans notre constitution, soit mise en actes. Nous mettons en garde les amis idéologiques des conservateurs britanniques d’importer en France les recettes budgétaires et économiques qui ont créé les conditions sociales de cette crise.

La République sociale se défendra contre tous ses adversaires !

Mathias Weidenberg, Augustin Belloc et Frédéric Faravel

1Elon Musk a twitté « la guerre civile est inévitable » : https://x.com/elonmusk/status/1819933223536742771 ; il y a quelques semaines il avait fait rétablir le compte d’un des militant suprémacistes considéré comme l’instigateur des émeutes actuelles.

Écosse : vers un deuxième référendum ?

Le 18 septembre 2014, les électeurs écossais, qui avaient donné 3 ans plus tôt une majorité absolue aux indépendantistes de gauche du Scottish National Party (SNP), rejetaient par référendum à une large majorité (55,3 vs 44,7) l’indépendance proposée par le gouvernement régional SNP dirigé par Alex Salmond. Pour le Premier ministre britannique de l’époque, le conservateur David Cameron, l’affaire était donc entendue pour au moins une génération sans modification manifeste du contexte politique. Seulement voilà : le contexte politique, Cameron l’a violemment bouleversé deux ans plus tard avec le référendum sur le Brexit. Les cartes sont aujourd’hui clairement rebattues.

Le précédent parlement écossais avait été élu en mai 2016 ; encore sous le choc de la défaite au référendum de 2014 et de la démission de son leader historique Alex Salmond, le SNP, ses élus et son gouvernement dirigé par Nicola Sturgeon n’avaient pas pour mandat d’exiger à brève échéance un nouveau référendum. David Cameron pensait donc être tranquille pour un long moment : il allait remporter le référendum sur le maintien du Royaume Uni dans l’Union européenne et la génération à venir pourrait être mise à profit pour les forces coalisées du Parti travailliste, des Libéraux démocrates1 et des Tories pour reprendre peu à peu l’Écosse au SNP.

Patatras ! Un mois et demi après les élections régionales écossaise, les électeurs britanniques faisaient le choix de quitter l’Union européenne, expulsant du même coup David Cameron qui s’était cru plus malin que ses concitoyens. Enfin, à proprement parler, ce sont plus exactement les électeurs anglais qui ont voté en faveur du Brexit avec des motivations diverses, dont un fort mécontentement des électeurs populaires traditionnellement travaillistes qui y ont eu vu une occasion de sanctionner Downing Street, mais également l’expression d’un rejet de l’immigration européenne et musulmane et d’un nationalisme spécifiquement anglais. Car, dans les deux provinces les plus « périphériques » du Royaume Uni de Grande Bretagne et d’Irlande du Nord, les électeurs ont choisi majoritairement le vote Remain ; et en Écosse, c’est un vote massif en faveur du maintien dans l’UE qui s’est exprimé avec 62 % des suffrages. Le contexte a manifestement été modifié en profondeur.

Pourquoi l’indépendance ?

Les revendications d’indépendance de l’Écosse avancées par le SNP ne sont pas nouvelles. Elles ont commencé à prendre de l’ampleur dans les années 1970. La fin du « règne » de Margareth Thatcher et les affrontements sur la Poll Tax, qui a incarné jusque dans la violence le mépris du gouvernement britannique pour les Écossais ont donné du corps à leur dénonciation. À la fin des années 1990 avec la mise en place de la devolution – transfert partiel du pouvoir du gouvernement britannique au Parlement écossais de Holyrood, à Édimbourg, les indépendantistes écossais ont pu offrir pour la première fois un débouché politique concret au vote en leur faveur. L’objectif du SNP est de créer une Écosse indépendante qui reposerait sur des principes, que l’on qualifiera de sociaux-démocrates, d’égalité et de justice sociale. Les arguments du parti en faveur de l’indépendance sont donc essentiellement socio-politiques et économiques, ce qui le distingue des partis nationalistes centrés sur les questions ethniques ou culturelles.

L’attachement écossais à l’Union européenne – réaffirmé dernièrement dans une pétition adressée à tous les citoyens européens https://europeforscotland.com/ dans l’espoir de faire pression sur les institutions de Bruxelles pour hâter la (ré)adhésion de l’Écosse à l’Union en cas d’indépendance – ne peut pas se concevoir selon les critères politiques des autres États européens, où des forces politiques peuvent dénoncer l’ordo-libéralisme et la perte de souveraineté populaire que la construction européenne implique aujourd’hui. L’Écosse ne dispose plus d’élément de souveraineté monétaire, financière, budgétaire et diplomatique depuis les XVIIème et XVIIIème siècles ; vues d’Édimbourg ou de Glasgow, l’accession à l’indépendance combinée à l’intégration comme État membre dans l’Union Européenne représenterait à tout point de vue une progression certaine en matière de souveraineté par rapport à la situation actuelle. De même, les garanties sociales offertes par le cadre européen – qui nous paraissent terriblement insuffisantes voire régressives en France – sont une protection non négligeable dans un pays qui a subi violemment la vague ultralibérale du thatchérisme sans que les travaillistes ne rétablissent entre 1997 et 2010 les protections collectives antérieures. Enfin si l’immigration européenne est relativement rejetée en Angleterre, où les patrons font jouer la concurrence sans aucun scrupules, l’Écosse connaît, elle, une situation démographique et territoriale qui fait de l’immigration européenne une nécessité et une condition de son développement.

Il y a donc entre l’Angleterre et l’Écosse une double fracture : gauche/droite – le SNP mène sur le logement et la santé des politiques parmi les plus progressistes d’Europe – et sur l’Europe. Les élections européennes de 2019 ont renforcé cette fracture avec, d’une part, une Angleterre pro-Brexit aux couleurs du Brexit Party et du parti conservateur et, d’autre part, une Écosse pro-européenne aux couleurs du SNP, confirmant par la même occasion les résultats du référendum sur le Brexit trois ans plus tôt. Le référendum de 2016 et les élections européennes de 2019 semblent ainsi légitimer le fait que le SNP réclame la tenue d’un second référendum d’indépendance. En effet, ces deux événements semblent avoir mis en évidence le manque de poids de l’Écosse dans les décisions prises à Westminster, comme cela est dénoncé par le SNP depuis de nombreuses années.

L’indépendance et le pari des jeunes

Face à ces deux rendez-vous majeurs qui ont souligné les divergences entre l’Écosse et le reste du Royaume-Uni, Nicola Sturgeon et le SNP en ont appelé à la jeunesse. La Première ministre écossaise est très présente sur les réseaux sociaux. Elle se montre particulièrement proche de la jeunesse de son pays. En outre, elle multiplie les publications à destination des jeunes afin de les sensibiliser sur la question de l’avenir constitutionnel de leur nation. Stratégie politique ou véritable intérêt pour la jeunesse écossaise ? Toujours est-il que le message semble être relativement bien entendu au vu du nombre toujours croissant de nouveaux membres dans les branches jeunes et étudiantes du SNP.

La jeunesse est clairement un enjeu politique. Alors qu’ils sont souvent réputés pour être distants de la vie politique, notamment lors des élections, le référendum d’indépendance de 2014 avait déjà mobilisé une grande proportion d’entre eux. Le taux de participation des 16-34 ans s’est élevé à 69%. Celui des 16-17 ans, qui avaient le droit de voter lors du référendum, s’est quant à lui envolé à 75%. Les partis politiques ont également vu leurs effectifs augmenter grâce à l’adhésion de nombreux jeunes. Cela a été particulièrement le cas du SNP et des Verts, tous deux pro-indépendance. Concernant les résultats du référendum, 54,3% des 16-19 ans et 54,1% des 20-24 ans ont voté en faveur du maintien de l’Écosse au sein du Royaume-Uni, tandis que 62,2% des 25-29 ans ont voté en faveur de l’indépendance.

En parallèle, depuis 2016, les partis politiques n’ont cessé de voir augmenter leur taux de jeunes adhérents. C’est notamment le cas du SNP et des Verts, tous deux défavorables au Brexit. En cas de second référendum, ces jeunes Écossais, toujours plus engagés en politique, pourraient jouer un rôle clé en faveur de la victoire de l’indépendance. Du moins, cette mobilisation de la jeunesse devrait se poursuivre tant que le sort de l’Écosse en tant que partie prenante ou non du Royaume-Uni ne sera pas fixé.

Le 6 mai, un scrutin à enjeux multiples

Rappelons le cadre : Le Parlement écossais est élu pour cinq ans selon un système mixte. Chaque électeur2 dispose de deux voix : la première voix sert à élire un député au scrutin uninominal majoritaire à un tour dans l’une des 73 circonscriptions, la seconde voix est pour une liste dans le cadre d’une région. Le nombre de sièges pour chaque parti est attribué à la proportionnelle en prenant en compte les sièges déjà attribués dans les circonscriptions.

La première ministre écossaise conduit donc depuis l’été 2016 une offensive déterminée pour un deuxième référendum. Dans le long calvaire de Theresa May sur les négociations de sortie de l’UE, ce sont les députés du SNP à Westminster qui ont souvent été les plus percutants et efficaces pour déstabiliser celle qui avait succédé en catastrophe à David Cameron. Ce scrutin était donc évidemment un référendum en faveur d’un deuxième référendum. Afin d’accentuer la pression sur Boris Johnson qui s’oppose au principe même du renouvellement d’une telle consultation, une majorité indépendantiste claire et un mandat incontestable étaient nécessaires. Le pari est rempli : la participation au scrutin a progressé de 7,2 points à 63 % et le SNP a recueilli plus de suffrages qu’il ne l’avait jamais fait, même sous Alex Salmond, avec presque 1 100 000 votes en leur faveur pour le scrutin proportionnel (40,3 %, -1,4 points) et presque 1 300 000 au scrutin majoritaire (47,7 %, +1,2 points) ; un grain de 150 000 voix dans les deux cas. Le SNP gagne un siège, avec 64 députés en tout.

Les Verts écossais, eux aussi en faveur de l’indépendance, gagnent 2 sièges avec huit députés ; faiblement représentés au scrutin majoritaire, ils progressent substantiellement sur le vote proportionnel avec 8,12 % (+1,5 point) et 220 000 voix (+70 000). Pour compléter le tableau indépendantiste, il faut intégrer Alba (qui signifie Écosse en gaélique), récemment créé par Alex Salmond devenu l’adversaire de Nicola Sturgeon. N’ayant pas présenté de candidats au scrutin majoritaire, il espérait faire son trou au vote proportionnel : c’est un échec car il ne recueille que 45 000 voix (1,66%) et n’aura aucun élu.

C’était un des matchs dans le match : Alex Salmond, après avoir été le leader historique du SNP, est devenu l’adversaire acharné de Nicola Sturgeon. Cette dernière représentant la continuité de la ligne social-démocrate du SNP que Salmond lui avait donnée, Alba prétendait représenter un indépendantisme plus centriste. En réalité, il s’agit d’abord d’un règlement de compte personnel : Alex Salmond est convaincu que le cabinet Sturgeon et les hauts dirigeants du SNP sont derrière les accusations de harcèlement sexuel dont il a fait l’objet et pour lesquelles il a été acquitté depuis ; ou en tout cas, que sa successeur n’a rien fait pour empêcher la procédure, ce qui est difficilement défendable quand on veut promouvoir une justice indépendante. Le match est donc plié : l’indépendantisme écossais continuera d’être ancré à gauche.

En définitive, en additionnant les suffrages des trois partis indépendantistes, on obtient 50,12 % pour le vote proportionnel et 49 % pour le scrutin majoritaire, des niveaux jamais atteint précédemment dans les deux catégories. Avec la hausse du taux de participation, et 72 sièges sur 129 (+1 par rapport à 2011), le message politique est d’autant plus clair.

résultats des élections régionales écossaises du 6 mai 2021 par circonscriptions et à la proportionnelle

L’autre enjeu était évidemment domestique. Nicola Sturgeon, qui fut ministre de la Santé de 2007 à 2012, est plébiscitée par deux Écossais sur trois pour sa gestion efficace de l’épidémie. Un contraste par rapport à l’attitude erratique de Boris Johnson qui ne doit sa survie aujourd’hui qu’à une tardive mais massive campagne de vaccination avec Astra Zeneca. L’indépendance écossaise a d’autant plus d’attrait qu’il est servi par une première ministre solide.

La lutte était aussi féroce pour la seconde place. En 2016, les conservateurs l’avaient ravie aux travaillistes. Cette année, le chef conservateur, Douglas Ross, promettait des investissements massifs dans les transports et la santé. Pas forcément le point fort des Conservateurs cependant, ce qui témoigne du niveau de déclin des travaillistes autrefois hégémonique en Écosse. Les Tories se maintiennent au vote uninominal et progresse légèrement au vote proportionnel, conservant l’ensemble de leurs sièges. Les travaillistes, eux, ont encore perdu du terrain, même s’ils regagnent quelques dizaines de milliers de voix, celles-ci ne leur permettent pas de maintenir, dans un contexte de forte hausse de la participation, leurs résultats ; ils perdent encore deux sièges. C’est impressionnant car pendant 70 ans, il suffisait à une vache d’affubler le macaron rouge des travaillistes pour être élue au sud du Mur d’Antonin.

D’une manière générale, les élections locales du 6 mai ont été une déroute pour le Labour en Écosse comme en Angleterre. Pour le chef de l’opposition travailliste Keir Starmer, c’est une humiliation et de mauvais augure pour son objectif de reconstruire le Labour avant les prochaines élections générales de 2024. Avec une ligne plus centriste que son prédécesseur Jeremy Corbyn, il avait promis de remettre le parti sur les rails en prenant la tête de la formation quelques mois après sa débâcle aux législatives. « C’est l’illustration la plus spectaculaire que le parti a jusqu’ici échoué à se rapprocher des électeurs des classes ouvrières ayant voté Leave », a estimé John Curtice, un spécialiste des élections britanniques, sur la BBC. Les appels au changement ont rapidement fusé chez les travaillistes et anciens proches de Corbyn : « Keir Starmer doit réfléchir à deux fois concernant sa stratégie », a tweeté la députée Diane Abbott ; « Nous reculons dans des zones où nous devons gagner. La tête du Labour doit urgemment changer de direction », a abondé son collègue Richard Burgon. Il y a une véritable difficulté stratégique pour les travaillistes : comment reconquérir les électeurs ouvriers qui malgré le thatchérisme n’ont jamais convaincu par les avantages de l’UE, tout en reprenant pied dans une Écosse pro-européenne ? L’échec de la stratégie centriste de Starmer et de Salmond semble apporter une partie de la réponse. Mais une Grande Bretagne unifiée, le Labour ne pourra plus gouverner sans reconquérir l’Écosse. Dans un Royaume restreint à l’Angleterre et au Pays de Galles, ce serait aujourd’hui mission impossible sans reconquérir le Red Wall du Nord de l’Angleterre et même au-delà.

Et maintenant ?

« Il n’y a tout simplement aucune justification démocratique pour Boris Johnson, ou pour quiconque, à chercher à bloquer le droit du peuple écossais de choisir son propre avenir », a assuré Nicola Sturgeon : « C’est la volonté de ce pays ».

Réputée pour sa prudence et son expérience du pouvoir (elle est députée depuis vingt et un ans, ministre ou première ministre depuis quatorze ans), elle sait cependant que son jeu présente de sérieuses faiblesses.

D’abord, le gouvernement conservateur de Londres dispose toujours d’un droit de veto sur un éventuel référendum, et Boris Johnson, dès la veille du scrutin, avait déclaré « irresponsable » une nouvelle consultation populaire écossaise. Il s’accroche à l’affirmation qu’un tel référendum ne peut se produire qu’une fois par génération. Par ailleurs, du fait de la déroute des travaillistes, Boris Johnson est sorti des élections locales du 6 mai relativement confirmé et consolidé. Malgré sa gestion au doigt mouillé du Coronavirus, il surfe sur la levée des mesures sanitaires après la vaccination de la majorité du pays, sur le fait que le Brexit en lui-même pose moins de problèmes que prévus pour l’Angleterre et il flatte le sentiment nationaliste des Anglais dans un bras de fer avec la France sur le partage des eaux territoriales autour des îles anglo-normandes. Pourquoi voudrait-il faire un cadeau à Nicola Sturgeon avec un référendum qui pourrait lui coûter sa carrière politique, alors qu’il est en mesure de gouverner le Royaume Uni sans, voire même contre, les trois autres Nations (Écosse, Irlande-du-Nord, Pays-de-Galles) ?

Le SNP dispose cependant d’un argument : pourquoi Boris Johnson refuserait-il aux Écossais de mettre en pratique le principe qu’il a mis en avant – à savoir « le respect de la volonté populaire » – pour virer Theresa May et devenir Premier ministre ? Nicola Sturgeon a d’ores-et-déjà menacé de voter sans attendre un projet de référendum à Holyrood puis de saisir la Cour suprême britannique si Boris Johnson se mettait en travers de son chemin. Pour le moment, la situation reste figée.

Boris Johnson reçu par Nicola Sturgeon à Bute House (Édimbourg) le 29 juillet 2019

Samedi soir, Boris Johnson a téléphoné à la première ministre écossaise pour la « féliciter » et « l’appeler à coopérer » : l’affrontement est cependant inévitable. BoJo va probablement parier sur le pourrissement, le SNP, au contraire, tenter de mettre à profit son refus pour convaincre un maximum d’Écossais que leur destin est de couper le cordon avec Londres, car si les sondages sont aujourd’hui favorables à l’indépendance, les suffrages de l’élection du 6 mai donne une répartition 50-50 entre partis pro et anti-indépendance. N’oublions pas cependant qu’aujourd’hui qu’une partie de ce qu’il reste de l’électorat travailliste est également favorable à l’indépendance. N’oublions pas non plus que l’aspiration à l’indépendance des Écossais ne saurait être perçu comme un délitement des États-nations mais bien au contraire la construction d’un nouveau : la constitution du Royaume Uni n’a jamais été celle d’un État-nation tel que nous l’entendons en France mais bien plus celle d’un État impérial. Boris Johnson pourrait bien être l’archétype de ces représentants de l’État impérial britannique qui confond les intérêts du Royaume avec ceux de la petite Angleterre. On peut se dire que c’est une bonne chose que la majorité conservatrice de Westminster ne soit plus avec BoJo dépendante des ultra-conservateurs unionistes nord-irlandais comme elle l’était sous Theresa May, mais, comme l’ont montré les émeutes mettant en scène de jeunes « loyalistes » à Derry et Belfast, le sentiment de frustration et de trahison – une frontière coupe de fait le Royaume en deux en Mer d’Irlande – pourrait bien hâter les événements dans l’île voisine. À vouloir gouverner seul contre tous et à jouer le pourrissement, Boris Johnson pourrait aussi se mettre à dos les Gallois où le sentiment national est aussi élevé et ceux des Écossais qui défendent encore l’union par défaut.

1 De 1999 à 2011, l’Écosse a été – à partir de la mise en œuvre de l’acte de « dévolution » – gouvernée par un gouvernement de coalition entre travaillistes et libéraux-démocrates. Après un revers en 2003, dû à l’absence temporaire d’Alex Salmond, le SNP a progressivement grignoté les bastions travaillistes du sud de l’Écosse, au point de l’effacer de la carte tant pour les élections à Westminster qu’Holyrood.

2 Les citoyens du Royaume-Uni, de la République d’Irlande, du Commonwealth et de l’Union européenne âgés de 18 ans et plus disposent du droit de vote.

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