Accession des familles à la propriété : faut-il créer un PTZ familial ?

À l’heure où la crise du logement pèse toujours davantage sur les trajectoires familiales, la question de l’accession à la propriété revient au cœur du débat public. Une proposition de loi (PPL) concernant la création d’un Prêt à taux zéro pour les familles devait être discutée à l’Assemblée nationale ce 28 mai 2026 ; faute de temps pour couvrir l’ensemble de l’ordre du jour, elle n’a finalement pas été examinée, mais le sujet resurgira forcément d’ici l’élection présidentielle, au parlement ou dans le débat public… Derrière l’ambition affichée de soutenir les familles, le dispositif soulève toutefois de nombreuses interrogations sur son ciblage, son efficacité sociale et les priorités réelles de l’action publique en matière de logement. Une analyse de Maxence Guillaud, publiée le 28 mai 2026 dans Le Temps des Ruptures.

Nous le savons bien et c’est une articulation de faits sur laquelle il convient de ne pas cesser d’alerter : l’un des freins les plus importants à la réalisation des projets familiaux est d’ordre matériel.

Dans la mesure où les ménages en France consacrent en moyenne un tiers de leurs ressources au logement, on peut placer ce poste au sommet des priorités sur lesquels agir si l’on veut contribuer à améliorer la situation démographique. En 2025, pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, le solde naturel de la France est devenu négatif. En outre, selon un sondage récent de l’Ifop, près d’un Français sur cinq déclare avoir renoncé à avoir un enfant pour des raisons liées au logement, et près des trois quarts l’identifient comme un frein majeur à leur projet familial. 21 % même des 18-34 ans déclarant même avoir renoncé à un ou plusieurs enfants en raison de difficultés d’accès à un logement correspondant à leurs besoins, selon un autre sondage d’Odaxa !

Le désir d’enfant reste pourtant stable, à plus de deux enfants par femme selon l’Institut national d’études démographiques. En clair, les Français veulent toujours autant d’enfants, mais n’en ont pas toujours les moyens.

Pour tenter de répondre à ce constat, le groupe LIOT a déposé, dans le cadre de sa niche parlementaire, une proposition de loi rapportée par Constance de Pélichy, proposant la création d’un PTZ « familial » visant à faciliter l’accès à la propriété des familles.

Pour en brosser le portrait, tel qu’amendé et adopté en commission des finances le 19 mai 2026, celui-ci serait plafonné à 100 000 euros, la quotité retenue pour le calcul de son montant ne pouvant être ni supérieure à 50 % ni inférieure à 20 % du coût total de l’opération. Il serait accessible dès la déclaration de grossesse et jusqu’aux cinq ans de l’enfant, cumulable avec le PTZ primo-accédants et l’éco-PTZ, et permettrait de financer l’acquisition ou l’agrandissement de la résidence principale dans l’ancien comme dans le neuf.

Un PTZ parmi d’autres PTZ ?

Le prêt à taux zéro n’est pas une disposition de politique publique nouvelle ; existant depuis 1995, il a connu de nombreuses réformes, a été plusieurs fois restreint puis élargi, et décliné sous diverses formes (à l’instar de l’éco-PTZ pour la rénovation énergétique). Nous n’accomplirons pas ici l’inventaire de cette politique ; le rapport parlementaire sur cette proposition de loi, et notamment sa partie consacrée à l’état du droit, s’y emploie extrêmement bien.

Tâchons cependant de rappeler son fonctionnement : le taux d’intérêt que paierait normalement l’emprunteur est pris en charge intégralement par l’État, sous la forme d’un crédit d’impôt accordé aux établissements bancaires prêteurs.

Depuis la réforme du PTZ entrée en vigueur au 1er avril 2024, près de 29 millions de foyers y sont éligibles, soit une très large portion de la population (la question de la solvabilité réelle de ces foyers étant une autre affaire, traitée plus loin dans cette analyse). L’une des réserves que l’on pourrait formuler est donc que créer un PTZ « familial » distinct risque d’ajouter une couche de complexité à un dispositif déjà touffu, au risque de brouiller la lisibilité d’ensemble du système d’aide à l’accession.

Cependant, la direction générale du Trésor a indiqué que la moitié des bénéficiaires du PTZ actuel sont des couples, dont seulement un tiers avec enfants. Ainsi, à peine 16,7 % des bénéficiaires du PTZ sont des couples avec enfants, alors que ces derniers représentent 23,4 % de la population.

De fait, les familles sont structurellement sous-représentées parmi les bénéficiaires de ce dispositif. On peut postuler que l’accession à la propriété arrive tôt dans les parcours de vie des individus, ce qui pose éminemment la question de la portabilité (c’est-à-dire la possibilité, pour un emprunteur, de transférer son prêt en cours sur un nouveau bien lors d’un déménagement, plutôt que d’avoir à le rembourser et d’en souscrire un nouveau aux conditions du moment) des dispositifs de prêt, qui n’est pas toujours assuré par les banques qui y rechignent pour des raisons que l’on devine… Il est absolument certain que ce sujet de la portabilité réelle devrait être prioritaire pour que tout dispositif de PTZ soit pleinement efficace.

Sans condition de ressources, l’État aiderait certains ménages déjà aisés à se constituer du patrimoine avec l’argent du contribuable

En l’absence de condition de ressources formelle — absence que la rapporteure a défendue en commission au nom de l’universalité de la politique familiale (bien qu’il ne s’agisse pas à proprement parler d’une politique familiale mais d’une politique du logement !) —, le PTZ familles risque de bénéficier particulièrement à des ménages qui n’en ont pas le plus besoin ; c’est-à-dire des ménages déjà propriétaires, déjà solvables aux yeux des établissements de crédit, qui pourraient chercher à agrandir un patrimoine existant à moindre coût grâce à une subvention publique déguisée en prêt.

Dans sa version initiale, la proposition de loi ne réserve pas ce nouveau PTZ aux primo-accédants. Un couple déjà propriétaire d’un appartement de deux pièces, souhaitant acheter un logement plus grand pour accueillir un deuxième enfant, pourrait donc bénéficier du dispositif tout en conservant son bien initial… lequel pourrait par exemple, en l’absence de dispositifs contraignants être mis en location saisonnière sur une plateforme de type Airbnb !

Un amendement adopté en commission module au demeurant la quotité du prêt entre 20 % et 50 % du coût total de l’opération — cela dans le but de réduire les conséquences budgétaires d’une mesure initialement jugée très coûteuse par le ministère de l’économie.

Par ailleurs, pourquoi l’État subventionnerait-il l’agrandissement patrimonial de ménages déjà propriétaires, alors que des dizaines de milliers de familles locataires attendent depuis des années un logement social plus grand ?

Quelle solvabilité pour les foyers modestes ?

La solvabilité réelle des bénéficiaires potentiels est un enjeu central que le texte ne traite pas. Un PTZ, quel qu’il soit, ne se suffit pas à lui-même mais vient seulement en complément d’un crédit principal, dont les conditions d’octroi dépendent du taux d’endettement de l’emprunteur. Or les règles prudentielles du Haut Conseil de stabilité financière (HCSF) limitent ce taux à 35 % des revenus nets.

Dans les grandes agglomérations, il est souvent difficile de trouver un logement familial à moins de 400 000, voire 500 000 euros. Pour emprunter une telle somme dans le respect de cette règle, il faut des revenus bien supérieurs au revenu médian français…

Dans ces conditions, un PTZ de 100 000 euros, aussi bienvenu soit-il, ne résout pas le problème fondamental des ménages dont les revenus ne leur permettent tout simplement pas de constituer un dossier de crédit viable aux yeux des banques, quelles que soient les aides publiques complémentaires !

La part des ménages modestes parmi les primo-accédants est passée de 27 % à 18 % entre 2020 et 2023, soit une chute de neuf points en trois ans. Ce n’est pas un PTZ supplémentaire qui inversera cette tendance, parce que le problème n’est pas tant l’absence de dispositif de solvabilisation, mais bien le décrochage entre les prix de l’immobilier et les revenus des ménages…

Selon l’INSEE, depuis les années 2000, les prix ont été multipliés par 2,6 en moyenne nationale, et par trois dans certaines agglomérations, là où les revenus progressaient beaucoup moins vite. Tandis que le logement représente désormais plus de la moitié du revenu disponible des ménages les plus précaires.

La question des locataires, angle mort de la proposition

L’angle mort le plus sérieux du texte est sans doute son silence total sur les familles locataires. La proposition de loi aborde la question du logement des familles exclusivement par le prisme de l’accession à la propriété, et ne dit rien des familles qui attendent depuis des années un logement social plus grand, ni de celles qui sont locataires dans le parc privé et dont les revenus ne leur permettront jamais de constituer un dossier de crédit, et cela que ce soit avec ou sans PTZ.

Le parc HLM est saturé dans la quasi-totalité des grandes agglomérations ; la réduction de loyer de solidarité (RLS), introduite en 2018 et dénoncée par les organismes HLM comme une ponction massive sur leurs capacités d’investissement, a contribué à ralentir la production de logements sociaux neufs.

Les ménages modestes avec un enfant en bas âge qui cherchent à obtenir un logement social plus grand se heurtent à une liste d’attente interminable… Autant dire que ces ménages ne bénéficieront pas du PTZ familial, n’ayant de toute manière et tout simplement pas accès au crédit immobilier.

Et quand bien même cette politique n’est pas incompatible avec d’autres, dans le contexte budgétaire que nous connaissons, le financement d’un PTZ « familial » se fera nécessairement au détriment d’autres arbitrages. Chaque euro consacré à solvabiliser des accédants à la propriété est un euro qui ne va pas au financement de logements sociaux supplémentaires ou au soutien aux organismes HLM.

Quelle priorité pour le logement ?

La politique du logement se doit de répondre à plusieurs besoins concernant plusieurs strates de la population, et doit comprendre notamment comme clé de voûte (parmi d’autres) la relance du logement social. Qu’un PTZ s’adressant aux familles, bien (mieux) calibré, puisse en constituer l’un des leviers n’est pas, en soi, une idée exécrable. La mesure en elle-même pourrait avoir un effet bénéfique sans creuser de manière disproportionnée les finances publiques : le coût des intérêts non perçus par les banques serait en partie compensé par la perception de la TVA sur les achats dans le neuf, par les droits de mutation à titre onéreux (DMTO) sur les transactions dans l’ancien, ainsi que par la création d’emplois dans le secteur du bâtiment — qui a lui aussi bien besoin d’être soutenu par l’action publique — et par les recettes fiscales et sociales qui en découlent.

Mais toute politique se résumant souvent à ce que l’on prélève et à ce que l’on dépense, il est juste de penser que des dispositifs ciblant le logement social restent beaucoup plus prioritaires dans la situation actuelle de crise aiguë de ce secteur — d’autant que certains de ces investissements pourraient produire des externalités positives comparables, notamment pour le secteur du bâtiment.

Malgré tout, ce texte a le mérite de poser devant la représentation nationale la question du lien entre politique du logement — et plus largement conditions matérielles d’existence — et natalité, dans un contexte où des propositions disons parfois douteuses émergent sur le sujet dans le débat public.

En ouvrant la voie à un ciblage plus fin, notamment en faveur des ménages plus modestes, en permettant une modulation selon les ressources du foyer et en mettant en place certains garde-fous drastiques sur l’usage des biens déjà détenus, et surtout en l’articulant au sein d’une politique du logement beaucoup plus ambitieuse et structurelle, cette mesure pourrait trouver son intérêt, car il est vrai que le lien entre la fécondité et la sécurité afférente à la propriété est établi, et qu’il est souhaitable que les catégories modestes puissent devenir, elles aussi, propriétaires de leurs logements.

Dans l’état, cette proposition de loi souffre de carences certaines… Espérons que la représentation nationale se saisira de ces chantiers, que ce soit durant la navette parlementaire relative à cette proposition de loi ou dans le cadre de projets plus structurants à venir.

Maxence Guillaud

Annonce officielle d’un ANRU III : faire levier pour reconstruire une véritable ambition sur l’égalité républicaine

À l’occasion d’un déplacement à Marseille jeudi 23 avril, le Premier ministre, Sébastien Lecornu et le ministre du logement Vincent Jeanbrun ont annoncé une nouvelle loi logement qu’il faudra regarder très en détail, mais qui, à la veille d’une échéance présidentielle ne peut prétendre porter les changements structurels qui s’imposent pour résoudre la crise du logement qui s’est aggravée sous les deux quinquennats d’Emmanuel Macron. Cette crise d’ampleur inédite se traduit par un écart croissant qui s’est creusé depuis longtemps entre le niveau de revenu des Français et le coût du logement, les prix de l’immobilier posant des questions majeures pour le pouvoir d’achat et l’avenir du pays !

Cependant, ce projet de loi devrait contenir dans son article 1er, la programmation d’un troisième « Programme national de rénovation urbaine », ce que d’aucuns appellent une ANRU III. C’est une bonne et importante nouvelle, car l’extrême droite et certains à droite voulaient mettre fin à cette politique volontariste en direction des quartiers populaires pas seulement d’habitat social, des grands ensembles, mais aussi de copropriétés et de centres urbains dégradés ! Or, il est essentiel de poursuivre cette ambition républicaine d’assurer partout sur le territoire national des conditions de vie digne aux habitants, de combattre les effets de ghettoïsations, de progresser vers la mixité sociale et le vivre ensemble. La création d’une ANRU III était demandée par de nombreux élus, acteurs de terrains, et notamment l’Union sociale de l’Habitat (mouvement HLM), tant il reste à faire. C’était aussi une des préconisations de l’avis approuvé à l’unanimité par le Conseil Économique, Social et Environnemental (CESE), que Marie-Noëlle Lienemann avait rédigé avec Maud Lelièvre et qu’elles avaient intitulé : L’habitat, le logement face aux défis sociaux, territoriaux et écologiques. Oui il reste beaucoup à faire pour atteindre les objectifs de renouvellement urbain et de réparations de ce que les lois du marché immobilier, les arbitrages sur les moyens des politiques publiques, la faiblesse des péréquations territoriales, ont abîmé.

Un ANRU III aussi souhaitable soit-il ne répondra cependant pas aux énormes besoins de mobilisation en termes de cohésion sociale et d’égalité républicaine dans les quartiers prioritaires, les moyens budgétaires consacrés aux crédits spécifiques étant repartis à la baisse et la mobilisation du droit commun et de la mise en œuvre des politiques publiques habituelles restant déficiente dans ces quartiers qui en ont pourtant plus besoin encore que les autres. La Gauche Républicaine et Socialiste a toujours plaidé pour que la politique de la ville marche réellement sur deux jambes : d’une part la rénovation du bâti, de l’Urbanisme, du cadre de vie, d’autre part la présence des services publics, le soutien à la vie associative, l’encouragement à la participation des habitants, l’éducation populaire, le commerce, l’emploi, etc. Il ne faut pas opposer ces deux exigences et encore moins justifier l’arrêt de dépenses (forcément importantes sur le logement et les constructions, les espaces publics) pour soit disant s’occuper de l’humain ou de revenir au cadre commun ! C’est un prétexte pour désengager l’action publique en général en direction des catégories populaires et modestes ! Nous soutenons donc l’annonce de cet ANRU III et militons pour une loi complémentaire sur le volet égalité républicaine dans les quartiers populaires.

Si cette annonce nous agrée, nous serons cependant particulièrement vigilants pour que, dès le vote de la loi, soit sanctuarisé un engagement financier minimal garanti : on peut prendre comme référence les crédits de l’ANRU II à savoir 12 milliards d’euros. Le premier programme de rénovation urbaine date 2004 est était prévu pour 10 ans ; un deuxième programme de rénovation est lancé en 2014, censé s’achever en 2024, mais a été prolongé. Le futur programme devrait être établé entre 2028 et 2038. Il faut bien mesurer que lorsqu’on parle de 12 milliards d’euros pour 10 ans (voire plus) soit 1,2 Md€ par an et pour 450 quartiers en France, ce n’est pas énorme et surtout cela induit des emplois, des recettes en TVA pour l’Etat et soutient la croissance économique : ce n’est pas une dépense sèche comme le prétendent les bénis oui-oui du néolibéralisme.

Or, sur ces 12 milliards d’euros, la participation de l’Etat a été jusqu’ici infime : 1,2 milliard ! Seulement 10% ! 8,1 milliards viennent de la contribution des entreprises à l’effort de construction… Or ces crédits de fait ne sont pas utilisés pour la production de nouveaux logements. Le mouvement HLM a versé de son côté 2,7 Milliards, une somme non-négligeable quand on se rappelle à quel point les gouvernements de Macron ont ponctionné largement les capacités financières des opérateurs HLM (plus d’un milliard d’euros par an depuis 2017 en moyenne !). S’ajoute à cela, les crédits de chaque organisme de logement social verse pour toute intervention sur son patrimoine !

Pour les deux premiers programmes de renouvellement urbain, les bailleurs sociaux auront porté la grande majorité des investissements avec plus de 60 milliards d’euros investis. Ils auront rénové plus de 500 000 logements et construit 250 000 logements sociaux neufs en compensation des logements obsolètes démolis. De ce point de vue, nous considérons que toute nouvelle démolition devrait désormais s’opérer avec la stricte reconstitution de l’offre non seulement en nombre, mais aussi pour le niveau des loyers (les neufs sont plus chers et souvent peu accessibles aux plus modestes) et au maximum hors du quartier pour contribuer à la diversité sociale partout.

En tout cas, pour la GRS, il faut que la part d’intervention de l’État soit au moins de 50% des subventions de l’ANRU. Car c’est une politique de solidarité nationale, d’égalité républicaine qui ne saurait être principalement financée par les organismes de logements sociaux donc leurs locataires, souvent peu fortunés !

Il est important d’engager ce nouveau programme dès à présent, car il s’agit d’une planification longue qui a besoin d’être préparée avec des consultations nombreuses et sérieuses. Le premier arbitrage concernera le nombre de sites retenus. Le Premier ministre a évoqué 150 quartiers, dont 20% dans les villes moyennes. Est-ce suffisant ? Il va falloir examiner attentivement les demandes qui vont s’exprimer et remonter. Cela parait limité. Nous suivrons de près ces arbitrages et nous serons exigeants et l’exprimerons de toutes les tribunes qui nous serons données.

Le second sujet sera de bien évaluer quelles actions doivent être financées. Le débat sur les démolitions va sans doute s’engager. Prenons garde de ne pas tomber dans des prises de positions systématiques : ni interdire toute nouvelle démolition, ni poursuivre sur le même rythme que ce qui a prévalu jusqu’à ce jour. Partout où on le peut, il faut privilégier les restructurations des immeubles, leur rénovation pour leur donner une seconde vie, comme s’ils étaient neufs et adaptés aux besoins et attentes d’aujourd’hui ! A contrario, dans certains cas, et en particulier dans le cas de l’urbanisme de dalle, les démolitions sont inéluctables surtout quand on voit les conditions insupportables en cas de canicules et l’impossibilité de végétaliser… Cela a un coût, il faut l’assumer.

Il faut désormais dans les projets de renouvellement urbains prendre en compte de nouvelles thématiques comme renforcer la qualité et la performance des logements et en les adaptant aux évolutions sociales : vieillissement de la population, baisse de la taille des ménages, adapter les quartiers aux impacts du changement climatique, et pourquoi pas en faire des quartiers des précurseurs de la transformation écologique des territoires (pics de chaleur, confort d’été, végétalisation, souveraineté énergétique). D’autres enjeux, comme la sécurité, la santé, l’intégration des quartiers dans les dynamiques territoriales et lutter contre les dynamiques de ségrégation, devront être traités et poursuivis. Ces projets doivent être réalisés pour et avec les habitants de ces quartiers. Il va de soi qu’en cas de démolition ou de nécessité de déménagements pour des travaux, la plus grande attention doit être apportée aux attentes et choix, à l’accompagnement des habitants concernés. Enfin, et cela a pu manquer dans certains projets, la qualité de la concertation avec les habitants et les acteurs locaux est la clé du succès. La participation et l’accompagnement des habitants doivent être constants de l’élaboration du projet, à la fin des derniers travaux !

Les acteurs de terrain (élus locaux – dont ceux engagés sur les dossiers de la politique de la ville -, associations, conseils citoyens, centres de ressources, etc.) ont déjà pris en charge ses sujets, ils sont disponibles pour avance si l’État décide d’être ambitieux.

Le pôle thématique Villes & Quartiers de la GRS

Marie-Noëlle Lienemann et David Cayla aux universités d’été du Parti de la Gauche Européenne 2025

Les vendredi 11, samedi 12 et dimanche 13 juillet 2025 se déroulaient, au siège du Parti Communistes Français, place du Colonel-Fabien, les universités d’Eté du PGE. La Gauche Républicaine et Socialiste y participait. Voici les deux interventions que nous avons récupérées :

📽samedi 12 juillet 2025, 10h30, 🏘Garantir le droit au logement contre la spéculation🏘

avec

  • Jacques Baudrier, adjoint au Maire (PCF) de Paris en charge du logement
  • Marie-Noëlle Lienemann, ancienne ministre du logement (GRS)
  • Enikö Vincze, professeur à l’Université Babeş-Bolyai (Roumanie)

animation par Waltraud Fritz et Ismael Gonzalez, responsables de la campagne logement pour le PGE 💸

📽samedi 12 juillet 2025, 14h30, 💸Quelles alternatives à l’époque de la guerre douanière de Donald Trump ?💸

avec

  • Matteo Gaddi, confédération générale italienne du travail (CGIL)
  • David Cayla, économiste et essayiste, vice doyen de la faculté d’économie, de droit et de management de l’université d’Angers

animation par Frédéric Boccara, économiste du PCF

Refonder la politique de l’habitat : un avis fort du CESE face à l’urgence !

L’avis du CESE sur « L’habitat et le logement face aux défis sociaux, territoriaux et écologiques » que Marie-Noëlle Lienemann a présenté le 8 juillet 2025, aux côtés de Maud Lelièvre, a été adopté à la quasi-unanimité (2 abstentions).
Il trace la voie pour résorber la crise du logement, répondre à l’urgence climatique et s’adapter aux nouveaux défis et modes de vie en France.

🚨 Un constat sans appel

🔸Niveau dramatique du nombre de mal-logés et de personnes sans domicile
🔸Les dépenses de logement représentent en moyenne 25% du budget des ménages, beaucoup plus encore pour les familles modestes
🔸L’accès à un logement abordable est de plus en plus difficile partout (2,8 millions de demandeurs HLM, accession sociale bloquée…), alors que la construction de logement chute dangereusement
🔸Isolation : retard important dans la rénovation, adaptation insuffisante aux fortes chaleurs

📄 Le rapport fait 22 préconisations autour de quelques axes forts

🔹 Une loi pluriannuelle de programmation, fondée sur la planification territoriale et des réponses adaptées: vieillissement, handicap, logement saisonnier, droit au logement, habitat rural
🔹 La régulation des prix du foncier et l’encadrement des loyers
🔹 La reprise de la production massive de nouveaux logements abordables et de qualité (objectif : 750 000 logements sociaux en 5 ans, relance de l’investissement locatif privé sous condition et de l’accession sociale)
🔹 Des outils pour construire la ville sur la ville, le village sur le village : neuf, reconfiguration de l’ancien, réutilisation des bureaux vides, mobilisation du parc vacant
🔹 Une stratégie foncière anti-spéculative et de sobriété
🔹 Une application renforcée de la Loi SRU et un troisième programme de renouvellement urbain pour avancer vers davantage de mixité sociale
🔹 La prise en compte du « confort d’été » dans toutes les rénovations, mise en place de véritables plans canicule (prévention & réponses d’urgence)
🔹 Un plan de végétalisation et d’accès à la nature partout

📃 Vous pouvez télécharger le rapport ci-dessous

et regarder la séance plénière (avec l’intervention de Clement Beaune Haut commissaire au Plan et de Valérie Letard ministre du logement)

Etat des lieux sur le mal logement et l’ubérisation en France et en Europe – débat à Marseille le 3 mai 2025

À Marseille, après la marche exploratoire avec Sophie Camard (Maire GRS du 1er secteur de Marseille et administratrice de la société publique locale d’aménagement – d’intérêt national contre l’habitat indigne), dans la rue d’Aubagne sur l’action publique pour la réhabilitation des logements, démontrant le caractère essentiel de l’investissement public, se tenait dans les locaux de la fédération départementale du Parti Communiste Français un débat sur le thème « En France, en Europe, le logement n’est pas un privilège, c’est un droit ! »

Une initiative collective du Parti de la Gauche Européenne.

Le débat était introduit et animé par Hélène Bidard (Secrétariat Politique du PGE, conseillère PCF et adjointe à la Maire de Paris en charge de l’égalité femmes-hommes)

avec

  • Naïma Senanedj (Parti Communiste Français, Bouches-du-Rhône)
  • Ismael González (Coordinateur de la campagne logement du Parti de la Gauche Européenne)
  • Christophe Casanova (Journaliste à La Marseillaise)
  • Sophie Camard (Maire GRS du 1er secteur de Marseille)
  • Marianne Margaté (Sénatrice PCF de Seine-et-Marne)
  • Simon de Beer (PTB, en charge du logement à Forest, Bruxelles)

Le logement n’est pas un privilège, c’est un droit !

Toute l’Europe connaît aujourd’hui une grave crise du logement de l’Irlande à la Grèce, en passant par la France, l’Espagne ou l’Allemagne : elle prend des formes variées selon les pays mais dans chacun d’entre eux, la spéculation foncière et immobilière au profit des intérêts financiers jouent ouvertement contre la nécessité de répondre aux besoins fondamentaux de nos concitoyens.

C’est la raison pour laquelle la Gauche Républicaine et Socialiste s’associe à la campagne du Parti de la Gauche Européenne (PGE, European Left) sur logement.
Les différents Etats membres de l’Union Européenne n’ont pas forcément la même définition du logement social et de ses objectifs. En dehors de France, il s’agit avant tout de répondre à une problématique de « mal logement », alors que le logement social en France développe une vision large allant jusqu’aux couches moyennes afin d’agir sur la question de la cohésion et de la mixité sociales dans les différents quartiers et agglomérations. Le « mal logement » et l’habitat insalubre sont évidemment un fléau, ils reçoivent cependant en France une réponse intégrée avec ce que l’on appelle le « logement très social » et l’hébergement d’urgence, ce qui ne signifie pas que les efforts déployés soient suffisants : bien au contraire, on a pu voir ces dernières années un ralentissement de la construction et une difficulté croissante à favoriser l’insertion par le logement et les relogements. Quand les prix de sortie sont trop élevés, alors les propriétaires (y compris les bailleurs sociaux) cherchent avant tout à privilégier les locataires les plus solvables possibles.

Attention également à la vision restrictive qu’induit la définition européenne des Services d’Intérêt Économique Général, qui ne recouvre pas la notion de services publics en France, ni celle de « droit au logement ». Soyons conscients que les « marchés » du logement (y compris leur régulation par une part variable du logement social) sont avant tout nationaux et le resteront vraisemblablement.

Nous sommes radicalement opposés au marché des capitaux européens qui va rendre impossible d’avoir des livrets nationaux dédiés et réservés aux productions locales comme le livret A.

Pour notre part, à l’échelle européenne, il est urgent d’améliorer les critères pour avoir accès au FEDER sur des opérations constructions logements sociaux ou réhabilitation notamment thermique (déjà possible en principe).

Nous exigeons l’inscription du droit à un logement décent et abordable pour tous dans la charte des droits fondamentaux et pas seulement le droit d’aider les plus vulnérables à se loger ; au-delà de l’urgence et de la décence, il faut agir sur la cohésion sociale. Il y a sans doute des équilibres nouveaux à défendre dans les constitutions nationales entre droit à la propriété et droit au logement : en France, alors que le droit au logement est considéré comme constitutionnel, il subit systématiquement un arbitrage constitutionnel défavorable dès qu’entre en jeu le droit à la propriété (également constitutionnel), ce qui ne veut pas dire qu’il faut nier les droits des petits propriétaires. Il faut enfin coordonner les législations européennes pour autoriser les maires à interdire et ou limiter et réguler les plateformes type AirBnB qui détourne l’habitat vers le tourisme de masse au lieu de répondre aux besoins fondamentaux des citoyens européens.

L’urgence d’une nouvelle politique du logement ? UGR24 – samedi 12 octobre 2024

Samedi 12 octobre 2024 vers 14h45, Renaud PAYRE, Vice-président de la Métropole de Lyon en charger de la politique de la ville et du logement et politologue, Marie-Noëlle LIENEMANN, ancienne ministre du logement, et Romain BIESSY, Secrétaire général de la Confédération Syndicale des Familles, intervenaient dans le cadre des universités de la gauche républicaine au Palais de la Mutualité de Lyon, dans une table ronde programmée par la Gauche Républicaine et Socialiste et animée par Frédéric Faravel.

En France, près de 15 millions de nos concitoyens sont menacés par la crise du logement et 4 millions en souffrent directement. Le logement est trop cher et plombe le pouvoir d’achat des Français. L’explosion des prix de l’immobilier, renforcée par un retour élevé de l’inflation, entretient une rente intolérable peu productive, anti-économique qui accroît considérablement les inégalités. Pourtant, la production de logement n’a pas été une réelle préoccupation de la politique conduite par les gouvernements d’Emmanuel Macron ; pire que cela, la stratégie de l’offre mise en avant par choix idéologique a provoqué un effondrement de la construction et les organismes HLM ont été volontairement mis en difficulté par des prélèvements excessifs qui ont attaqué leurs fonds propres. L’avant-dernier ministre du logement avait comme priorité de faciliter les expulsions, la nouvelle ministre n’aura sans doute pas le temps de mettre en place quoi que ce soit. La GRS a fait des propositions fortes pour conjuguer accès au logement et pouvoir d’achat ; le dialogue entre Marie-Noëlle Lienemann, Romain Biessy et Renaud Payre permettra de compléter nos réflexions et nos solutions politiques.

Habitat indigne à Marseille : Un avant et un après la rue d’Aubagne

En ce mois de novembre 2024 se déroule le « procès de la rue d’Aubagne » à Marseille, suite à l’effondrement des immeubles du 63 au 67 rue d’Aubagne, le 5 novembre 2018. Six ans après cette tragédie, l’émotion est toujours aussi forte, aux côtés des familles des huit victimes. La couverture médiatique reste énorme. Cette année, nous avons été particulièrement interrogés sur ce qui a changé depuis ce drame.

En tant que nouvelle élue depuis 2020, c’est une responsabilité que je prends avec attention mais qui ne change pas mon engagement. Je précise d’où je parle : En 2018, je faisais partie des manifestants. Depuis 2020, après la victoire du Printemps marseillais, je suis devenue Maire du 1er secteur de Marseille, où se situe le quartier de Noailles et de la rue d’Aubagne. Ce quartier est dégradé depuis de nombreuses années, comme celui de Belsunce de l’autre côté de la Canebière, et classé en « quartier politique de la ville ».

Membre de la majorité municipale, je soutiens la nouvelle politique de lutte contre l’habitat indigne mise en place après notre élection en 2020, sous la responsabilité de Patrick Amico, Adjoint au Maire délégué au Logement, et du Maire de Marseille Benoît Payan. Je représente aussi la Ville au Conseil d’Administration de la SPLA-IN (Société Publique Locale d’Aménagement d’Intérêt National), créée après le drame pour éradiquer l’habitat indigne et réhabiliter des immeubles dégradés dans plusieurs îlots prioritaires du centre-ville, notamment le haut de la rue d’Aubagne à Noailles.

La SPLA-IN n’est véritablement activée que depuis 2021. Créée fin 2019, il a fallu attendre les élections municipales de 2020 et la sortie de crise sanitaire pour recruter un Directeur général et toute une équipe de compétences spécialisées, mener à bien les procédures d’acquisition ou d’expropriation de dizaines d’immeubles, signer les soutiens financiers de la Métropole et de l’ANRU, passer les premiers appels d’offres permettant d’être opérationnels aujourd’hui, en trois ans, donc.

Lorsque nous sommes interrogés sur ce qui a changé, nous expliquons l’ampleur des moyens qui ont été nécessaires, et qui seront longtemps nécessaires, pour répondre aux besoins. C’est cela, la différence entre l’avant et l’après rue d’Aubagne : la prise de conscience et la reconnaissance d’un enjeu politique qui n’était pas traité à hauteur de la situation, voire nié. Ce drame et l’ampleur des mobilisations citoyennes ont modifié en profondeur la politique publique de lutte contre l’habitat indigne à Marseille.

Ce que la Ville a mis en place est un ensemble de protocoles de soins pour vaincre une maladie coriace. Nous sommes les premiers à reconnaître que tout n’est pas fini et qu’il y a encore du mal-logement… Sinon, nous ne serions pas obligés de mettre tous ces moyens ! De plus, la crise du logement s’amplifie partout en France et Marseille n’y fait pas exception.

La Ville de Marseille agit au titre de sa compétence « police de l’habitat », qui consiste à réagir aux alertes sur la mise en sécurité des immeubles. Ces mesures doivent s’articuler avec les moyens de la Métropole qui a la compétence générale du Logement, et ceux de l’État sans lequel on ne peut pas traiter les énormes sujets de réhabilitation urbaine ou des grandes copropriétés dégradées. Voilà pourquoi la SPLA-IN (Société Publique Locale d’Aménagement d’Intérêt National) est une société publique à majorité métropolitaine (Le Président est David Ytier, Vice-Président Logement à la Métropole), avec une forte participation de l’État au titre de l’Intérêt national, et une représentation de la Ville. Voilà pourquoi aussi le permis de louer, l’encadrement des loyers (dont on attend toujours les décrets !), les plans d’urbanisme et d’habitat, les procédures d’utilité publique… sont des mesures qui nécessitent d’être appliquées par la Métropole, en concertation avec la Ville. A ce stade, une chaîne d’élus et de techniciens arrive à travailler ensemble sur ce sujet d’intérêt général et j’espère qu’il en sera ainsi le plus longtemps possible.

Chaque année, les Rendez-vous annuels du Logement organisés par la Ville de Marseille, sont l’occasion de faire un point de situation avec des centaines de participants, en réunions plénières et en ateliers, en toute transparence. Tout est publié sur le site de la Ville : Rendez-vous annuels du Logement à Marseille, 17 octobre 2024

C’était un engagement de campagne électorale, comme de nombreuses mesures dont nous avions écrit le principe : lutter contre les marchands de sommeil, faire des travaux d’office, financer des mesures sociales d’accompagnement et de relogement, contrôler les locations touristiques, inciter à produire plus de logements sociaux…

Ces mesures sont faciles à écrire mais quand il faut les quantifier « en vrai » pour les appliquer, c’est impressionnant ! Jamais je n’aurais pensé que la Ville aurait dû déposer 160 saisines de justice contre les marchands de sommeil, multiplié par dix les moyens humains d’une vraie Direction de Lutte contre l’habitat indigne, dégager plusieurs Millions d’euros par an pour les relogements et travaux d’office, dont la facture est le plus possible envoyée aux propriétaires tenus responsables. Rappelons en effet qu’il n’est pas normal qu’une Ville soit obligée de se substituer à des propriétaires défaillants. C’est tout un système de déni de travaux, de syndics et de copropriétés qui dysfonctionnent, de dossiers d’aides financières jugés trop complexes, qui est en cause.

Alors y a-t-il toujours des immeubles dégradés à Marseille ? Malheureusement Oui ! Mais nous espérons qu’ils sont mieux contrôlés, et que les habitants sont mieux protégés. Pour la première fois ces derniers mois, il y a eu moins de nouvelles procédures de mise en sécurité, que de sorties de péril. Pas de quoi triompher évidemment. Juste de quoi encourager l’action publique et persévérer. Il faudra encore bien des années et bien du soutien, pour arriver au bout des dizaines de milliers de logements indignes que compte notre ville.

En centre-ville, le symbole de ce changement sera le lancement des travaux sur la « dent creuse » et les immeubles de l’ancien périmètre de sécurité du haut de la rue d’Aubagne, pour y installer un équipement public de proximité et des logements sociaux. Si tout se passe comme prévu, c’est pour l’année prochaine. Ce ne sera pas la fin d’une politique, mais une étape franchie. Après le temps de la justice, dont j’espère qu’elle sera le mieux rendue possible, viendra celui de la reconstruction… mais pas celui de l’oubli.

Sophie Camard

Alerte sociale : une garantie universelle des loyers, vite !

Alerte sociale : le 15 mars date de la fin de la trêve hivernale, les expulsions locatives vont reprendre de plus belle !

Voila des années que le nombre de ces expulsions connaît une hausse importante et, hélas, on peut s’attendre à une explosion plus forte ce 15 mars, du fait :

  • de la baisse des aides au logement (APL, allocation logement) encore accentuée dans les décisions du ministre des finances Bruno Le Maire et qui met en difficulté de paiement des locataires dont le pouvoir d’achat est déjà très fragilisé par la politique gouvernementale ;
  • de la Loi inique dite « anti squat « du député Kasbarian, devenu depuis ministre du logement, loi qui alourdit considérablement non seulement les peines infligées aux squatters (dont il a élargi à l’extrême la définition), mais aussi les amendes aux expulsés locatifs pour impayés qui ne partiraient pas d’eux-mêmes avec ou sans solution ;
  • enfin, de la baisse de la production de logement social qui s’effondre littéralement sous les coups de boutoirs financiers de l’État contre les organismes HLM, et ce malgré des besoins toujours plus criants.

Solidaire des associations qui défendent le droit au logement pour tous, la GRS rappelle son attachement et son combat en faveur de la création d’une garantie universelle des loyers, garantissant tant le propriétaires bailleurs que les locataires de bonne foi en cas d’impayés de loyer  et de difficultés locatives.

Les salariés, l’enseignement et la transition écologique paieront pour les « économies » gouvernementales

Le ministre de l’Économie Bruno Le Maire a annoncé dimanche soir au JT de TF1 devoir trouver 10 milliards d’euros d’économies dès les prochaines semaines pour faire face à la baisse des prévisions de croissance. Le passage d’une prévision de croissance de 1,4 à 1% (au-delà de l’imprudence de l’hypothèse initiale) devrait entraîner une baisse de recettes de 6 milliards d’euros au moins. Il faut ajouter à cela les annonces récentes de dépenses supplémentaires : 400 millions d’euros pour les agriculteurs le 1er février par Gabriel Attal, une « aide exceptionnelle » de 500 millions d’euros pour soutenir les établissements de santé publics et privés et 3 milliards d’euros d’aide militaire supplémentaire pour l’Ukraine annoncés le vendredi 16 février. Voilà pour les 10 milliards à trouver, en évitant au gouvernement d’avoir recours dès le mois de février à un projet de loi de finances rectificatif (le budget a été promulgué fin décembre 2023).

On ne reviendra pas sur l’irrationalité néolibérale des gouvernements Macron qui refusent par principe d’augmenter les impôts – notre ami David Cayla l’a parfaitement expliqué dans l’entretien qu’il a accordé à La Croix. Mais il convient ici de pointer avant toute chose la fragilité dans laquelle l’État s’est trouvé du fait du choix du gouvernement de poursuivre la suppression progressive de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE) : la nouvelle étape coûtera 1 milliard d’euros en 20241… Ces recettes fiscales qui nourrissaient les budgets des collectivités territoriales doivent donc être compensées à ces dernières ; comme à chaque fois qu’il y a transfert de charges, la compensation de l’État aux collectivités est plus qu’imparfaite : cette baisse des « impôts de production » coûte donc cher à l’État, aux collectivités et aux Français, dont les impôts directs ou indirects2 financent ses nouvelles facilités offertes aux entreprises.

Or, pour respecter son engagement à redresser des finances publiques dégradées tout en refusant d’augmenter les impôts et en continuant à les baisser pour les entreprises, le gouvernement français va devoir opérer des coupes claires dans les dépenses publiques en 2024, sur fond de crainte d’une dégradation de sa notation financière. Ce nouveau serrage de vis s’ajoute aux 16 milliards d’économies pour 2024 avec la suppression du bouclier énergétique.

Quels axes d’économies ? Abaisser le budget de fonctionnement des ministères : 700 millions sur les dépenses de personnel, 742 millions sur l’aide publique au développement, 750 millions sur une baisse des achats de l’État… et transformer en annulation les gels de crédits à hauteur de 4% envisagés en loi de finances pour 2024 au titre de la réserve de précaution, dans les conditions que nous connaissons depuis juin 2022. Néanmoins, il est intéressant de voir où ces crédits initialement gelés par précaution vont ouvertement être rabotés. On en perçoit immédiatement le coût pour les salariés, les fonctionnaires (coupes sombres du côté de l’enseignement et de la recherche) et aussi très fortement une coloration anti-écologique.

Faire payer les travailleurs et l’éducation

Dans le cadre du compte personnel de formation (CPF), une participation forfaitaire équivalant à 10% du prix des formations va être demandée dès cette année aux salariés, soit 200 millions d’euros sur une dépense de 2 milliards d’euros. Thomas Cazenave, ministre délégué au budget, a aussi évoqué la une baisse de 200 millions d’euros des montants de prise en charge pour les contrats d’apprentissage. De manière concrète, le décret acte que l’accès et le retour à l’emploi perdent près de 228 millions d’euros, plus de 863 millions d’euros pour l’accompagnement des mutations économiques et développement de l’emploi…

Sur la fonction publique, Le Maire a esquivé toute réponse sur la revalorisation du point d’indice pour les agents de la fonction publique territoriale, mais s’est montré ferme dans sa volonté « de ne laisser aucune marge aux ministères dans le champ de la politique salariale et des dépenses de personnel [de l’État] ». Cela conduira certains ministères à ne pas mettre en place de mesures catégorielles ou bien même à devoir décaler certains recrutements. L’État central ou déconcentré étant déjà à l’os depuis près de vingt ans, l’efficacité administrative va sans aucun doute en faire à nouveau les frais.

Mais c’est surtout dans l’enseignement scolaire que les dégâts sont importants : sur 691 millions de crédits annulés sur cette ligne, c’est plus de 478 millions d’euros qui proviennent des frais de personnels. Sacrifices aussi pour la recherche et l’enseignement supérieur, avec plus de 904 millions de crédits annulés (dont 383 millions pour les Recherches scientifiques et technologiques pluridisciplinaires, près de 193 millions pour la recherche spatiale et 125 millions pour la vie étudiante). Et au moment où Gabriel Attal multiplie les annonces dilatoires pour calmer le monde agricole, son gouvernement supprime près de 4 millions d’euros de frais de personnel pour l’enseignement supérieur et la recherche agricole (on n’est pas près de trouver des alternatives françaises aux pesticides).

Faire payer la transition écologique … et les pauvres

Bruno Le Maire prétendait dimanche soir avoir fait des choix de politique publique pour éviter une solution de facilité qui aurait consisté à passer le rabot sur l’ensemble des dispositifs ; en réalité, certaines politiques publiques vont faire les frais de ce coup de rabot. Là encore, les collectivités locales et la qualité de vie vont souffrir : ainsi plusieurs opérateurs travaillant directement avec les collectivités, comme l’Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT), l’Agence nationale de l’habitat (ANAH) ou l’Ademe, justement celles qui les accompagnent dans l’amélioration des conditions de vie urbaine et dans la transition écologique. La cohésion des territoires se voit amputée de plus de 736 millions d’euros, dont 300 millions sur l’aide à l’accès au logement et près de 360 millions sur l’urbanisme, les territoires et l’amélioration de l’habitat…

Le décret annule concrètement plus de 2,2 milliards d’euros prévus initialement pour l’Écologie, le développement et les mobilité durables, dont 1,3 milliard sur la ligne énergie-climat et plus de 340 millions d’euros sur les infrastructures et services de transports (les investissements dans le ferroviaire ralentiront donc).

Le dispositif MaPrimeRénov’ qui aide les particuliers à réaliser leurs travaux de rénovation énergétique ne bénéficiera plus que d’une enveloppe supplémentaire de 600 millions d’euros entre 2023 et 2024, au lieu des 1,6 milliard d’euros supplémentaires annoncés initialement. Cumulé avec la révision des règles d’élaboration du diagnostic de performance énergétique (un nombre impressionnant de « passoires thermiques » vont ainsi pouvoir rester à la location et éviter des travaux pourtant indispensables), il y aura « moins de rénovations », a asséné Cazenave dans les « 4 vérités » lundi matin sur France2.

Une autre décision aura des conséquences directes sur les projets des collectivités : celle de ramener le fonds vert de 2,5 milliards à 2,1 milliards d’euros dès 2024. Le fameux fonds créé en 2023 pour accompagner communes et intercommunalités dans la mise en œuvre de leurs projets de transition écologique sera don baissé de 430 millions d’euros, là aussi avec moins de projets à la clef.

La décision de réduire le fonds vert en 2024 semble avoir été prise très récemment, car, le 12 février encore, Christophe Béchu, ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires, annonçait, dans un communiqué, que le fonds vert « a été renforcé à hauteur de 2,5 milliards d’euros en 2024 » (contre 2 milliards d’euros en 2023). « À partir de 2024, le fonds vert s’inscrit dans la trajectoire pluriannuelle à hauteur de 2,5 milliards d’euros par an jusqu’en 2027 », avait par ailleurs indiqué une circulaire du 28 décembre dernier.

La stratégie de gel des crédits à hauteur de 4% laissait déjà planer un doute sur la sincérité de certaines annonces en matière de politique publique, or le fonds vert est amputé de 16% (donc 4 fois plus que les gels initialement prévus pour tout le monde) : une belle illustration de la considération réelle du gouvernement pour cette politique nécessaire.

L’État met ainsi directement en péril la capacité d’investissement local, pourtant l’un des leviers les plus efficaces pour la transition écologique. Alors que la planification écologique a entamé sa déclinaison territoriale, il fallait au contraire garantir aux collectivités des ressources pérennes pour investir et porter des projets de transition structurants. Leur retirer des ressources pourtant annoncées en 2024 est un signal déstabilisateur pour les investissements pour l’adaptation climatique.

Les premiers à en payer les conséquences seront sans doute les plus modestes : que ce soit dans la nouvelle série de contrats de ville pour 2024-2027 (qui perdent au passage 49 millions d’euros) ou pour le Pacte des solidarités (nouveau nom du plan de lutte contre la pauvreté), il était prévu que, sous le label de la « transition juste », les actions de transition écologique dans les quartiers prioritaires de la ville et en direction des ménages pauvres (sur tout type de territoires) soient enfin initiées : elles devraient logiquement en frais les frais les premières. Les classes populaires et les plus pauvres peuvent faire une croix sur toute perspective d’amélioration de leur confort et d’allègement de leur facture d’énergie.

On n’est pas au bout de nos peines

Le décret d’annulation de ces 10 milliards d’euros de crédit est paru dans la nuit du 21 au 22 février3, et un projet de loi de finances rectificative pourrait suivre éventuellement cet été. Mais Bruno Le Maire a d’ores et déjà prévenu : les efforts devront se poursuivre en 2025, avec une revue des dépenses qui devra aboutir à « au moins 12 milliards d’euros » d’économies.

Oui il faudra continuer de payer pour le confort du capital… Ne changeons rien surtout !

1 qui s’ajoutent aux 7 milliards d’euros perdus par an depuis 2021 au titre des premières coupes dans la CVAE.

2 n’oublions pas que la TVA représente 37,5 % des recettes fiscales brutes de l’État et qu’elle pèse particulièrement lourd dans le budget de nos compatriotes les plus modestes, dits « non imposables ».

3 Vous trouverez tout en détail ici : https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000049180270

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