Laïcité : le fiasco consternant de la campagne Blanquer

EXPLIQUER CE QU’EST LA LAÏCITÉ : UNE BONNE IDÉE ET UNE NÉCESSITÉ.

MAIS SI LE MINISTRE PARAÎT AVOIR LES IDÉES CLAIRES, AU FINAL LA CAMPAGNE ENGAGÉE AJOUTE À LA CONFUSION. QUEL FIASCO !

Le ministère de l’éducation a lancé une campagne de communication sur le thème de la laïcité. Sur huit affiches, des groupes d’élèves sont mis en scène dans des situations scolaires : en classe, en cours de sport, en récréation, à la bibliothèque… avec slogan se voulant éducatif.

L’idée d’une campagne est bonne. Il y a aujourd’hui tellement de confusion dans le débat public. Entre les outrances de l’extrême-droite la confondant avec un outil anti-islam, les ambiguïtés consternantes de feu l’observatoire (national) de la laïcité ou son invocation par les uns et les autres à tout propos (et donc hors de propos), la laïcité, valeur lumineuse de notre République, devient incompréhensible pour de plus en plus de nos concitoyens.

Certes la laïcité, ce n’est pas que « à l’école » mais c’est important pour l’École donc pourquoi pas une campagne d’information civique pour tous.

D’autant plus que le ministre Jean-Michel Blanquer s’expliquant sur une radio nationale semble avoir les idées claires sur ce sujet : «La laïcité, c’est rappeler que chacun est libre d’avoir la croyance ou la non-croyance qu’il ou elle veut et que chacun doit se respecter, que personne ne doit faire pression sur personne sur ces enjeux. Et que l’école en particulier est un sanctuaire de neutralité sur ces enjeux.» Propos pertinents.

Mais que la campagne d’affichage qui prétendrait les illustrer ne reflète en rien. Le plus souvent hors sujet, elle est même quelques fois à contre sens complet. Et « mal nommé les choses » comme on le sait, c’est « rajouter au malheur du monde ».

Une seule légende des huit affiches parle du sujet : « Donner le même enseignement (…) quelques soient leurs croyances ».

La campagne du ministère de l’éducation nationale, parrainée par Jean-Michel Blanquer, développe une vision d’assignation communautaire et racialiste de la société : un contre-sens dangereux !

Pour le reste :

  • Le choix d’élèves aux couleurs de peau différentes et aux prénoms supposés évocateurs est déjà une vision « racialisée » ou communautariste des croyances religieuses réelles ou fantasmées des élèves. Le risque de renforcer une vision raciste de la société n’est pas mince.
  • La plupart des slogans se réfèrent à la sérénité de l’espace public, à la volonté de faire partie de la communauté nationale ou à l’objectif d’émancipation donné à l’École publique, toutes choses importantes desquelles la laïcité participe mais auxquelles elle ne se réduit pas. Cette objection est importante dans la mesure où faire porter à la laïcité des missions qui ne sont pas les siennes participe grandement de la confusion actuelle et des réticences qui se font jour.
  • Certains slogans sont ridiculement réducteurs : ainsi de « Permettre à Erynn et Edène d’être égales en tout » Ces deux petites filles souhaitent peut-être surtout être égales en tout avec leurs copains garçons ou être égales en tout avec les filles et les garçons de milieu social favorisé, toutes questions tout aussi importantes que d’être égales en tout quelque soit leur couleur de peau. Cependant aucune de ses trois revendications importantes n’a à voir avec la laïcité.
  • Enfin certains slogans sont même à contre-sens complet, ce qui est encore plus grave. Ainsi de « Permettre à Milhan et Aliyah de rire des mêmes histoires. C’est ça la laïcité. ». Rire des mêmes histoires ce serait chercher une conformité culturelle qui n’est en rien dans la nature de la laïcité. La laïcité, au contraire, c’est permettre à chacune et chacun de ne pas rire des mêmes histoires, et de pouvoir s’en expliquer au sein d’un débat respectueux.

La laïcité c’est la liberté de conscience individuelle qu’autorise la séparation des Églises et de l’État. Simplement cela, mais tout cela.

Oui, il est essentiel d’expliquer ce qu’est la laïcité.

La campagne ministérielle ne le fait manifestement pas. Bien au contraire. Au lieu d’éclairer le débat elle aggrave la confusion voire oriente nos concitoyennes et concitoyens sur une mauvaise voie.

Tout reste donc à faire pour défendre cette valeur si importante au cœur de notre projet républicain.