J’ai souvent pour habitude sur les réseaux sociaux de m’épancher sur la situation politique nantaise, mais aujourd’hui, je souhaite évoquer les élections municipales à Maisons-Laffitte, ville où j’ai grandi et où mes parents vivent encore.
À Maisons-Laffitte, les murs voteraient à droite s’ils en avaient l’occasion. Les meilleurs résultats d’un candidat de gauche à ma connaissance sont pour Jean-Paul Huchon aux régionales de 2010 avec 38% et François Hollande en 2012 avec 37%, c’est vous dire si les vagues roses passent loin de la tête de l’électorat local. Les anciens rappellent avec angoisse l’époque où en 1981, la circonscription avait eu un député socialiste à cause des communes alors communistes de la circonscription de l’époque. L’horreur. (rires enregistrés)
Dans une ville comme la nôtre, l’état des partis de gauche est à l’image de ce que vous pouvez imaginer en connaissant l’état général déplorable de ces mêmes partis au niveau national. Arrivent les élections municipales, comme pour tout le monde. Il faut 35 personnes pour faire une liste. Et ce n’est pas si évident que ça. Et cette année, comme il y a 6 ans, le secrétaire de la section PS locale a pris son bâton de pèlerin. Et la magie a opéré : quelques dizaines de personnes qui ne se connaissaient pas ou peu pour la plupart se sont rassemblées, ont beaucoup débattu, écrit un programme, puis milité pour faire connaître la liste. Très peu de « vieux militants », des gens d’horizons très divers, d’orientation politiques différentes, certains plus proches de Place Publique, d’autres de LFI, etc. Et ça a fonctionné : ils sont passés de 10% en 2020 à presque 15 en 2026, de un à deux élus. C’est peut-être un détail pour vous, ça ne l’est pas quand on est un îlot de gauche au milieu d’une droite Yvelinoise hégémonique au point de pouvoir se permettre de présenter 5 listes différentes au premier tour. Aller rechercher les électeurs qui avaient pu déjà voter à gauche à d’autres élections, un par un, convaincre, gagner le respect des listes de droite et de leurs électeurs, c’est un sacré travail pour des bénévoles qui n’attendent rien du scrutin en lui-même si ce n’est éventuellement la joie de faire mieux que la fois précédente.
Alors, pourquoi je vous raconte ça ? Comme je l’ai dit, j’ai grandi à Maisons-Laffitte. C’est là que j’ai pris ma première carte dans un parti, le Parti Socialiste. C’est dans cette section que j’ai distribué mes premiers tracts, connu mes premiers débats. On reste forcément toujours marqué par sa sociabilisation première, c’est tellement un truisme que j’ai presque honte de le rappeler. J’ai de fait souvent gardé une forme de distance avec les « grands élus » quand j’étais au PS, mais aussi avec les militants des « bastions » qui se sentaient légitimes, plus légitimes que d’autres à s’exprimer, le réflexe du minoritaire. Un professeur de sciences politiques de ma section PS à Villeurbanne m’a donné un article sur les rétributions symboliques du militantisme, je suis tombé des nues. J’ai aussi découvert ces rétributions, l’invitation aux vœux de la mairie, les adhérents de soutien du parti qui ne liront jamais un texte de leur vie, mais qui viennent dire en section qu’ils votent comme le maire pour le soutenir, les plans de carrière de certains se voyant avancer aussi logiquement qu’on grimpe les échelons dans la fonction publique … J’ai été permanent de deux fédérations du Parti Socialiste, j’ai contribué à une forme de système militant, j’y ai revu la forme d’opposition que je connaissais entre les « professionnels » des bastions et les « amateurs » des « territoires de combats ». Un de mes anciens patrons, à l’époque premier adjoint et président de la communauté de commune dans une ville conquise de haute lutte sur la droite en 2008 m’a un jour présenté une militante en me disant en gros : tu vois la personne là-bas, elle et son mari se sont présenté à toutes les municipales et cantonales depuis les années 70. Si nous en sommes là, c’est parce qu’ils étaient là pour faire vivre la gauche à l’époque.
La gauche se rétracte de plus en plus, y compris sur un plan territorial. Elle vit, surtout médiatiquement, et cet impact médiatique est évidemment important, de ses grands élus, de ce que j’appelle ses « professionnels ». Ils sont évidemment importants, et je ne méprise évidemment pas non plus la compétence politique et technique nécessaire pour exercer de hautes responsabilités. La chute des systèmes partisans a contribué à faire s’étioler la présence des amateurs : maintenir une section de 8 personnes dans un territoire sans espoir de pouvoir demande une énergie folle, pour une reconnaissance médiocre quand ce qui compte au congrès des partis est le nombre de voix que tu apportes. Alors qu’il faudrait aller les rechercher, les écouter, en tout cas, moi, je les aime et je pense que sans eux, rien ne sera possible.
Bref, je suis fier d’avoir été mandataire financier d’une liste qui ne visait pas la victoire, mais qui a potentiellement contribué à faire que demain, de meilleurs scores soient possibles.
Simon Jollès