Israël vers la fin de l’État de droit ?

Ça va me coûter des amis, mais tant pis.

Cette peine de mort votée en Israël centrée par sa définition du terrorisme sur les seuls Arabes et assortie de la suppression du droit d’appel en passant par des tribunaux militaires, et donc loin de la justice et du droit contradictoire (une pensée pour Robert Badinter…), est un concentré de la fin de tout ce qui séparait Israël par sa démocratie et son État de droit des régimes tels l’Iran ou la Syrie, etc.

Israël est rentré depuis quelques années dans un projet post-sioniste aussi étrange que ce soit de le dire.

Le projet d’un foyer d’accueil d’un foyer juif démocrate, humaniste et protecteur contre les inquisitions antisémites qui n’ont jamais cessé, tout ça est loin maintenant et n’est plus le sujet.

Une preuve pas assez dite est que pour la première fois de son histoire les départs d’Israéliens sont plus nombreux que les arrivées : le sionisme historique est donc fini, bien fini.

Ces départs sont ceux en majorité de diplômés libéraux qui, comme aux USA, n’y trouvent plus leur compte alors qu’en face les colons ultra-religieux, familles de barbus et de voilées comme d’autres, ont une démographie galopante et nettoient la Cisjordanie avec des méthodes qu’on a connues naguère en ex-Yougoslavie.

En France, mes amis de la communauté juive insultent, loin de là-bas, Delphine Horvilleur et les juifs libéraux qui n’avaient fait que relayer les cris d’horreur du président d’Israël Isaac Herzog (un type tout à fait remarquable à tout point de vue dans la tempête) face à Netanyahu, avec la même radicalité symétrique que les amis de Rima Hassan qui comme eux ne veulent que d’un État du Jourdain à la mer par éradication ethnique.

Cette symétrie, cette ressemblance croissante et frappante des éléments de langage des deux camps si loin du front ne fait pour l’heure que diviser la société française entre les communautés : les votes communautaires pour Zemmour ou Le Pen comme pour LFI ne sont pas une bonne nouvelle pour la République, sans d’ailleurs que tous ces vacarmes ne changent quoi que ce soit à ce qui se passe là-bas, sur place.

J’ai l’âge (hélas) d’avoir connu la propagande des années 1970 et 1980 où après avoir affirmé le droit à la libre critique, certains traitaient d’agent « objectif » de la CIA et des grands capitalistes tout début tous ceux qui s’essayaient à la critique de la Russie héroïque (etc. etc.) par la technique de l’insulte et de l’amalgame manichéen / paranoïaque.

On en est à nouveau bien là et ça finira pareil.

Laissons crier les oies du Capitole, gardons raison et humanisme, rappelons nous que quand un ami fonce vers le mur en klaxonnant, l’ami vrai crie, le faux-ami crie bravo.

Je crie pour eux, et je marche ici mon chemin, même si ce n’est pas en rang parallèles, en regardant bien les photos de ma famille qui a tant payé la folie des hommes.

Jean-Alain Steinfeld

ACCORD UE-USA : LA CONSTERNANTE SOUMISSION DES EUROPÉENS

communiqué de presse d’Emmanuel Maurel, député et animateur national de la Gauche Républicaine et Socialiste, lundi 30 mars 2026

Sur ma proposition, l’Assemblée nationale avait dit « non » à 90% à l’accord de vassalisation commerciale de l’Union européenne aux Etats-Unis. Mais il n’en est pas du tout allé de même au Parlement européen. « Not even close », comme on dit outre-Atlantique : les eurodéputés ont décidé de se soumettre au diktat de TRUMP par… 417 voix contre 154 (et 71 abstentions).

A l’exception notable de la plupart des eurodéputés français, les représentants des peuples d’Europe ont ainsi validé à une majorité écrasante un « deal » qui taxe à 15% nos exportations vers les USA et à zéro % leurs exportations vers l’UE, nous oblige à investir 600 milliards de dollars sur le sol américain, à leur acheter 750 milliards d’hydrocarbures et à leur ouvrir des centaines de milliers de tonnes de contingents d’importations agricoles, sans respecter nos normes sanitaires et phytosanitaires.

Politiquement, le vote du 26 mars à Bruxelles est une double catastrophe.

La première concerne l’Union européenne, qui choisit en toute connaissance de cause de se mettre la corde de TRUMP autour du cou, alors même que le Président américain vient d’être empêché par la Cour suprême d’appliquer sa politique de droits de douane unilatéraux, et du chantage qui l’accompagne. L’UE n’a pas davantage riposté à la menace de TRUMP de nous couper les approvisionnements américains en GNL si nous disions « non » à son accord. Et nous ne pouvons plus dire, désormais, que la vassalisation de l’UE n’est due qu’à la fuite en avant de la seule Ursula VON DER LEYEN, puisque le Parlement européen l’a validée.

La seconde catastrophe est pour la France, mise en minorité par une coalition « Allemagne – Italie – Pays de l’Est – patronat ». Toutes ces composantes ont tenu le discours du moindre mal à l’égard de la brutalité américaine. Tous s’estiment heureux de n’avoir pas été plus durement punis. Tous acceptent une humiliation qui raye d’un trait de plume les grandes promesses, qu’ils appelaient pourtant de leurs vœux, d’une mobilisation de l’épargne européenne pour investir dans l’appareil productif européen. Tous continuent de croire en une alliance euro-atlantique sur un pied d’égalité, que TRUMP et la classe politique américaine foulent aux pieds. En un seul vote, ils ont ruiné la crédibilité d’une Europe politique qui sait défendre ses intérêts ; et rangé la thèse de la France au rayon des vieux souvenirs.

Les Européens se déclaraient d’accord avec le discours de la France et des Français pour l’autonomie stratégique, le développement industriel endogène et le Made in Europe, mais ils ont voté l’exact inverse aux trois quarts !

Certes, le texte approuvé par le Parlement européen comporte des garde-fous : suspension de l’accord en cas de droits de douane supplémentaires, de menaces contre l’industrie militaire européenne ou de nouvelle tentative d’annexion du Groenland. Il comporte aussi une clause d’extinction, en mars 2028, soit un peu plus d’un mois après la fin du second mandat de TRUMP.

Mais tout cela n’empêchera pas les clauses de fond de s’appliquer, ni l’Europe de perdre des sommes faramineuses au bénéfice exclusif de l’économie américaine. Et rien ne dit que le successeur de TRUMP, qu’il s’agisse de Marco RUBIO, de JD VANCE ou même d’un Démocrate, ne profitera pas de notre faiblesse pour nous forcer pas à prolonger cet accord indéfiniment. On ne met pas impunément les doigts dans un tel engrenage.

Le vote du 26 mars figurera dans l’histoire comme une journée noire pour l’Europe, car il ne manquera pas d’alimenter, pour ne pas dire confirmer les discours eurosceptiques. Comment pourrons-nous, après cela, continuer d’affirmer que « l’Europe nous protège » ?

Mener campagne à Maisons-Laffite

J’ai souvent pour habitude sur les réseaux sociaux de m’épancher sur la situation politique nantaise, mais aujourd’hui, je souhaite évoquer les élections municipales à Maisons-Laffitte, ville où j’ai grandi et où mes parents vivent encore.

À Maisons-Laffitte, les murs voteraient à droite s’ils en avaient l’occasion. Les meilleurs résultats d’un candidat de gauche à ma connaissance sont pour Jean-Paul Huchon aux régionales de 2010 avec 38% et François Hollande en 2012 avec 37%, c’est vous dire si les vagues roses passent loin de la tête de l’électorat local. Les anciens rappellent avec angoisse l’époque où en 1981, la circonscription avait eu un député socialiste à cause des communes alors communistes de la circonscription de l’époque. L’horreur. (rires enregistrés)

Dans une ville comme la nôtre, l’état des partis de gauche est à l’image de ce que vous pouvez imaginer en connaissant l’état général déplorable de ces mêmes partis au niveau national. Arrivent les élections municipales, comme pour tout le monde. Il faut 35 personnes pour faire une liste. Et ce n’est pas si évident que ça. Et cette année, comme il y a 6 ans, le secrétaire de la section PS locale a pris son bâton de pèlerin. Et la magie a opéré : quelques dizaines de personnes qui ne se connaissaient pas ou peu pour la plupart se sont rassemblées, ont beaucoup débattu, écrit un programme, puis milité pour faire connaître la liste. Très peu de « vieux militants », des gens d’horizons très divers, d’orientation politiques différentes, certains plus proches de Place Publique, d’autres de LFI, etc. Et ça a fonctionné : ils sont passés de 10% en 2020 à presque 15 en 2026, de un à deux élus. C’est peut-être un détail pour vous, ça ne l’est pas quand on est un îlot de gauche au milieu d’une droite Yvelinoise hégémonique au point de pouvoir se permettre de présenter 5 listes différentes au premier tour. Aller rechercher les électeurs qui avaient pu déjà voter à gauche à d’autres élections, un par un, convaincre, gagner le respect des listes de droite et de leurs électeurs, c’est un sacré travail pour des bénévoles qui n’attendent rien du scrutin en lui-même si ce n’est éventuellement la joie de faire mieux que la fois précédente.

Alors, pourquoi je vous raconte ça ? Comme je l’ai dit, j’ai grandi à Maisons-Laffitte. C’est là que j’ai pris ma première carte dans un parti, le Parti Socialiste. C’est dans cette section que j’ai distribué mes premiers tracts, connu mes premiers débats. On reste forcément toujours marqué par sa sociabilisation première, c’est tellement un truisme que j’ai presque honte de le rappeler. J’ai de fait souvent gardé une forme de distance avec les « grands élus » quand j’étais au PS, mais aussi avec les militants des « bastions » qui se sentaient légitimes, plus légitimes que d’autres à s’exprimer, le réflexe du minoritaire. Un professeur de sciences politiques de ma section PS à Villeurbanne m’a donné un article sur les rétributions symboliques du militantisme, je suis tombé des nues. J’ai aussi découvert ces rétributions, l’invitation aux vœux de la mairie, les adhérents de soutien du parti qui ne liront jamais un texte de leur vie, mais qui viennent dire en section qu’ils votent comme le maire pour le soutenir, les plans de carrière de certains se voyant avancer aussi logiquement qu’on grimpe les échelons dans la fonction publique … J’ai été permanent de deux fédérations du Parti Socialiste, j’ai contribué à une forme de système militant, j’y ai revu la forme d’opposition que je connaissais entre les « professionnels » des bastions et les « amateurs » des « territoires de combats ». Un de mes anciens patrons, à l’époque premier adjoint et président de la communauté de commune dans une ville conquise de haute lutte sur la droite en 2008 m’a un jour présenté une militante en me disant en gros : tu vois la personne là-bas, elle et son mari se sont présenté à toutes les municipales et cantonales depuis les années 70. Si nous en sommes là, c’est parce qu’ils étaient là pour faire vivre la gauche à l’époque.

La gauche se rétracte de plus en plus, y compris sur un plan territorial. Elle vit, surtout médiatiquement, et cet impact médiatique est évidemment important, de ses grands élus, de ce que j’appelle ses « professionnels ». Ils sont évidemment importants, et je ne méprise évidemment pas non plus la compétence politique et technique nécessaire pour exercer de hautes responsabilités. La chute des systèmes partisans a contribué à faire s’étioler la présence des amateurs : maintenir une section de 8 personnes dans un territoire sans espoir de pouvoir demande une énergie folle, pour une reconnaissance médiocre quand ce qui compte au congrès des partis est le nombre de voix que tu apportes. Alors qu’il faudrait aller les rechercher, les écouter, en tout cas, moi, je les aime et je pense que sans eux, rien ne sera possible.

Bref, je suis fier d’avoir été mandataire financier d’une liste qui ne visait pas la victoire, mais qui a potentiellement contribué à faire que demain, de meilleurs scores soient possibles.

Simon Jollès

Élections municipales 2026 : dernier avertissement

Les élections municipales des 15 et 22 mars 2026 sont un nouveau signal d’alarme dans une démocratie républicaine qui accumulent les clignotants. Certains commentateurs tentent encore de se rassurer en élargissant le spectre et en disant que sur les parmi les 100 plus grandes villes, les équilibres seraient stables : la gauche (LFI, PCF, PS, écologistes) conserve ou emporte 43 villes contre 46 en 2020, le centre 13 contre 9, la droite 38 contre 41 et l’extrême droite 5 contre 2. Ce dernier résultat aurait fait bondir n’importe quel républicain conséquent voici 10 ans, mais la banalisation du Rassemblement National et de ses alliés est si avancée que c’est une nouvelle parmi d’autres dans ce scrutin. Personne ne soulève non plus le durcissement du discours de la droite classique qui s’aligne de plus en plus fréquemment sur sa droite : les maires de 2026 ne sont pas ceux de 2020. Mais avant tout, la France ne saurait se résumer à ces 100 communes. Dans la France urbaine, où les enjeux politiques apparaissent les plus affirmés, là où habitent plus de 30 millions de Français, le tableau qui se dessine est tristement binaire : une gauche en globalement en baisse et divisée ; des droites en hausse dans leur pluralité. Les forces de gauche ne peuvent ignorer le messages des électeurs à un an de l’élection où elles se condamnent toutes à l’échec et la République française à un avenir trouble.

Une gauche en baisse et divisée

Les succès visibles de la gauche dans les plus grandes villes (Paris, Lyon, Marseille, Lille, Nantes, Rennes, Strasbourg, etc.) masquent une réalité électorale beaucoup moins reluisante au sortir de ces élections municipales.

En effet, en nombre de mairies de plus de 14 000 habitants (30 millions de Français), le total « gauche 2026 » (incluant la « gauche radicale », dont le PCF) ressort nettement inférieur à celui du mauvais cru électoral de 2014 : 205 contre 233.

Par rapport à 2020, la gauche a perdu 28 de ces villes. Sur ces pertes, la gauche socialiste et écologiste en totalise 21. L’usure du pouvoir dans plusieurs villes ou la simple respiration démocratique n’expliquent pas à elles seules une telle chute. La division de la gauche et l’incompréhension face à certains revirements opportunistes du PS y ont aussi contribué, ainsi que des mouvements plus profonds, de nature socio-géographique, ou « centre versus périphérie ».

Fait plus surprenant au regard des annonces tonitruantes de LFI au soir du 1er tour, le total « gauche radicale » n’enraye pas la chute du communisme municipal. En 2014, la gauche radicale gérait 51 villes de plus de 14 000 habitants ; puis 38 en 2020 ; et finalement 31 en 2026. Après avoir perdu 25% de ses villes en 2020, la gauche radicale en perd 18% en 2026. Il n’en demeure pas moins que LFI s’installe dans les banlieues populaires, via un phénomène de vases communicants au sein de la gauche, en prenant par exemple Saint-Denis, Vaulx-en-Velin, Creil, Sarcelles, Vénissieux ou La Courneuve au PS et au PCF (on notera cependant que l’accord départemental LFI-PCF en Seine-Saint-Denis – à l’exception de cette dernière commune – a connu une certaine efficacité politique et sociologique). Ainsi, les succès de La France Insoumise se font généralement sur le dos du reste de la gauche et ne la font pas progresser.

Un barrage « anti-LFI / alliances avec LFI » a été constaté localement dans plusieurs grandes villes, allant jusqu’à provoquer des transferts de la gauche vers la droite entre les deux tours : outre Toulouse et Limoges, on pense par exemple à Brest, où le total gauche atteint 51% au 1er tour et échoue à 38% au second tour après la fusion. On pense aussi à… Tulle, où la droite bénéficie d’un vote utile du RN mais aussi d’une partie de la gauche, ainsi qu’à Besançon et Clermont-Ferrand. Notons aussi que dans ces villes, certains des maires usés (François Cuillandre se présentait pour un 5e mandat) ou des candidats de centre gauche avaient été particulièrement virulents contre toute idée d’alliance avec LFI avant de changer leur fusil d’épaule : on peut aisément imaginer que leurs électeurs n’aient pas suivi un tel opportunisme. A contrario, sans fusion gauche+LFI à Lyon, Grenoble et Nantes, ces villes auraient basculé à droite.

À un an de la présidentielle, toute la gauche est perdante, et pas simplement les écologistes. Les clivages sont profonds, même si à l’exception notable d’un centre-gauche ulcéré par LFI, les électeurs de gauche demeurent encore relativement unitaires. Retrouver le chemin de l’unité et de l’espoir paraît hors de portée à ce stade. Un changement de ton serait bienvenu, ne serait-ce que pour amorcer une désescalade.

Dans les banlieues populaires des grandes métropoles de notre pays, une nouvelle génération politique accède également aux responsabilités. Elle n’est pas exclusivement LFI, même si les changements dans ces banlieues populaires ont pu aussi traduire un remplacement des équipes PCF ou PS par des équipes « insoumises ». Il faut surtout noter que l’émergence de cette génération politique suit une forme de resocialisation politique d’une partie des classes populaires issues de l’immigration à travers le vote LFI (à l’occasion des campagnes présidentielles et législatives de 2022 et de la législative anticipée de 2024). Dans ces conditions, la gauche socialiste et écologiste aurait tort de faire l’autruche et de préparer les futurs rendez-vous politiques avec une ligne ignorant les attentes des électeurs de LFI : tenir compte de leurs aspirations, les écouter et les entendre sont une condition indispensable au demeurant pour réduire l’influence de LFI, l’enfermement identitaire et la brutalisation du débat public (elle n’est pas toujours seule sur ce créneau), dont elle accompagne trop souvent son emprise. Dans le même temps, la gauche non insoumise ne peut non plus ignorer cette France périurbaine et des sous-préfectures où elle recule face à une droite qui se radicalise (voir plus bas) et qui reste méprisée par LFI : l’urgence de trouver un discours unificateur des classes populaires n’a jamais été aussi forte.

Sans résolution de cette quadrature du cercle, pour la gauche, l’équation principale reste inchangée. À ce stade, elle est incapable d’offrir un débouché politique susceptible de franchir son plafond de verre de 30%. LFI empêche la reconquête du centre évadé chez Macron, tandis que la sociologie et le système de valeurs du PS et des écologistes empêchent la reconquête des classes populaires.

Des droites en hausse dans leur pluralité

Le total « droite 2026 » enregistre aussi un recul dans les villes de plus de 14 000 habitants, mais moins marqué. Par rapport à 2020, elle n’en perd que 7, passant de 305 à 298. Une érosion bien plus faible qu’entre 2014 et 2020, où elle en avait perdu 34.

Mais en comptant l’ensemble des communes de plus de 3 500 habitants (70% des Français), l’image est plus nette : la droite est la gagnante des municipales, avec 1 267 villes gagnées sur 3 343 (contre 1 250 en 2020).

Le total « centre » (essentiellement Modem + UDI) reste globalement stable entre 2020 et 2026, avec 92 villes de plus de 14 000 habitants, contre 94 en 2020. Il se maintient à un point haut par rapport à 2014, où il n’avait gagné que 79 de ces villes – mais en comptant l’illusion d’optique due aux défections du PS vers Macron (une dizaine de villes).

À noter que sur l’ensemble des villes de plus de 3 500 habitants, les candidats étiquetés centristes passent de 471 victoires en 2020 à 586 en 2026. Cela ne signifie pas du tout une progression du macronisme, qui rate à nouveau ces municipales, mais plutôt une recomposition, pour ne pas dire une re-dénomination de la valse des étiquettes dans l’ensemble « droite + centre droit ».

Cette lame de fond peut s’expliquer par un fort réflexe conservateur. Dans de nombreuses « villes moyennes de classes moyennes », les électeurs ont voulu conforter une forme de statu quo. La figure rassurante de l’édile de droite modérée qui ne cherche pas à transformer, ni à « bâtir » (du logement social, ndlr), mais simplement à maintenir l’ordre, la tranquillité et la propreté, a séduit beaucoup de Français. Force est de constater que désormais, l’idée du changement est devenue inquiétante.

Enfin, le total « extrême-droite » réalise une forte progression. De 8 villes de plus de 3 500 habitants en 2014 et 9 en 2020, elle est passée à… 64. Son échec dans les grandes villes (hormis Nice) est donc largement compensé par la prise de nombreuses villes moyennes et petites. La carte des élections nationales imprime davantage celle des élections locales. Les zones de domination de l’extrême-droite, particulièrement en Hauts-de-France et surtout Occitanie et PACA, se cristallisent à présent en mairies sonnantes et trébuchantes.

Le RN demeure favori pour la présidentielle, dans une France où la progression des droites semble inexorable. Au lendemain de ces élections municipales, le centre-droit retrouve son potentiel d’accession au 2nd tour face au RN, et risque, si la gauche reste ce qu’elle est, de devenir le porte-étendard le plus crédible du « front antifasciste », réduit à une offre d’immobilisme néolibéral et conservateur.

Un an pour éviter l’échec ?

Les responsables des organisations de gauche ont retrouvé le soir des élections municipales et quelques jours plus tard – le décès de la figure unificatrice et nostalgique de Lionel Jospin a offert un court répit – , leur réflexe habituel : l’invocation des gauches irréconciliables et de la radioactivité de LFI et de ses supplétifs.

Pourtant, les résultats des 15 et 22 mars auraient dû inciter chacun d’entre eux à plus d’humilité :

  • Le Parti Socialiste s’est déjugé sur les alliances de second tour (et n’explosera pas pour autant) et il ne saurait prétendre imposer à lui seul une ligne directrice, car son maintien dépend essentiellement de sa position favorable acquise au cours des décennies précédentes et à la capacité (imposée par la nécessité) à opérer dès le 1er tour de vastes rassemblements de la gauche républicaine et des écologistes, sans qu’il y soit forcément hégémonique.
  • Il n’existe pas dans le paysage politique de parti centriste qui soit autonome vis-à-vis de la droite et qui soit capable de porter (quelle que soit l’avis que l’on porte sur sa pertinence idéologique) une stratégie de « troisième voie », telle que voudrait l’incarner Raphaël Glucksmann (lui-même ne peut pas mener campagne sans le PS) qui compenserait électoralement la « gauche radicale ».
  • Si plus personne ne peut ignorer l’implantation locale de LFI dans une partie des banlieues populaires, ses succès sont limités à des terres déjà relativement acquises à la gauche et ne la font progresser en rien dans la perspective de briser le plafond de verre que Jean-Luc Mélenchon a déjà rencontré deux fois. L’irritabilité que la brutalisation de la vie politique produit lui ôte sans doute toute capacité à atteindre le second tour (sauf éparpillement massive de l’offre politique) en 2027 et surtout à battre l’extrême droite au moment décisif. Et tout le monde peine à imaginer une dynamique quelconque après la dernière candidature possible du candidat insoumis.

Si la gauche s’enferme dans un débat sans fin sur les alliances possibles et impossibles, sur des primaires au périmètre incertain, c’est que malheureusement ses organisations ont collectivement négligé le travail programmatique et la réflexion collective sur les transformations sociales à initier. Plutôt que de s’émouvoir des déclarations sans cesse plus provocatrices de Jean-Luc Mélenchon ou de promouvoir un nouveau concours de popularité sans projet, les partis et mouvements de gauche devraient collectivement s’atteler à débattre publiquement, sereinement et de manière organisée de leur vision du monde et de la société : que pensent-ils du nouveau capitalisme, des alternatives économiques à inventer, de l’avenir de la France et des Européens face à des impérialismes toujours hostiles, de l’intelligence artificielle, du vieillissement accéléré du pays, de l’organisation de l’État et des services publics, de l’école publique en grande difficulté, de notre souveraineté industrielle et donc de nos emplois, de la transition énergétique et de la manière de réussir la nécessaire sortie du carbone ?… La gauche saura-t-elle proposer autre chose aux travailleurs que des crédits d’impôt pour améliorer leur pouvoir d’achat ?

François Mitterrand l’avait compris en son temps : la gauche républicaine et socialiste ne peut pas gagner si elle ne prend pas en charge une partie de la radicalité qui s’exprime dans la société, la gauche ne peut pas s’unir si elle n’a que des egos à proposer. Il lui faut si ce n’est un programme commun, tout du moins une plateforme programmatique commune qui soit connue et comprise de nos concitoyens. Les socialistes, les écologistes, les communistes, la gauche républicaine, les ex-« insoumis » et tous les déçus du macronisme doivent avoir pour impératif d’engager enfin ce travail fédérateur qui cesse d’ignorer, des banlieues aux anciens bassins industriels, des pans entiers de leur camp social. Nous n’avons que trop tardé, il est urgent de se réveiller.

Performance des partis aux trois dernières élections municipales

en nombre d’élus par formation politique
communes de plus de 14.000 habitants soit 30 millions d’habitants

Tout retenir de Lionel Jospin : l’intégrité, les avancées comme les loupés

texte publié le 23 mars 2026 sur les réseaux sociaux par Emmanuel Maurel et repris en tribune par la Revue L’Audace le 24 mars 2026

Une sorte de Commandeur accessible, rigoureux et intègre. C’est le souvenir que le député Emmanuel Maurel, alors militant PS et aujourd’hui à la tête de la Gauche républicaine et socialiste, garde de l’ex-Premier ministre. S’il salue son refus de la “troisième voie” sociale-libérale, il regrette les nombreuses privatisations et la ratification de “très mauvais traités européens”.

À chaque génération politique ses références. La mienne était trop jeune pour être mitterrandiste. Elle parvint à l’âge adulte avec Lionel Jospin, qui, après la débâcle des socialistes aux élections législatives de 1993, nous offrit, lors de la campagne présidentielle de 1995, une remontada intense et enthousiaste. La gauche laminée, tous les observateurs prédisaient un duel entre les frères ennemis de la droite, Jacques Chirac et Édouard Balladur. Jospin surprit son monde en se hissant à la première place au premier tour, et en réalisant un excellent score au second.

Puis vint l’éclatant printemps 1997, la dissolution surprise, la victoire de la gauche plurielle. « Rouge rose vert, c’est majoritaire », scandait-on crânement. Les premières mesures, âprement négociées au sein du PS pendant les deux années qui avaient précédé la victoire, étaient votées : réduction du temps de travail à trente-cinq heures, instauration de la couverture maladie universelle (CMU), du PACS, création de milliers d’emplois-jeunes, etc. L’embellie économique mondiale de la fin du siècle permit le reste : une croissance forte, un chômage en baisse, des comptes publics rétablis. La droite libérale en était tout ébaubie : la gauche au pouvoir réduisait les déficits !

Face à la vague sociale-libérale

Dans le même temps, Jospin nous rendait fiers en résistant aux sirènes de la « troisième voie » sociale-libérale incarnée à l’époque, sur le continent européen, par le chancelier allemand Gerhard Schröder et le Premier ministre britannique Tony Blair. On a peine à y croire aujourd’hui, mais toute la presse se faisait l’écho du débat théorique qui traversait alors la social-démocratie : fallait-il emboîter le pas à Bill Clinton et embrasser la « mondialisation heureuse », quitte à rogner quelques acquis sociaux et sacrifier quelques « vieilles lunes » à la modernité, ou au contraire résister à ce qui n’était après tout qu’une énième ruse du Capital ? Jospin, solide sur ses fondamentaux, à la tête d’un exécutif pluriel qui comptait écologistes et communistes, préféra opposer aux néo-progressistes anglo-saxons une formule qui lui semblait compatible avec la singularité du socialisme français : « Oui à l’économie de marché, non à la société de marché. »

« Jospin ne se démarquait pas de ses prédécesseurs socialistes qui, parce qu’ils étaient sincèrement européens, étaient prêts à avaler chaque nouvelle couleuvre bruxelloise. »

À l’époque, Jean-Luc Mélenchon, qui fut son ministre, prétendait que la France comptait « le gouvernement le plus à gauche du monde ». Ça n’était pas totalement vrai : le gouvernement Jospin procéda à moult privatisations, mais surtout ratifia de très mauvais traités européens (Amsterdam, en 1997, puis Nice, en 2001), qui affaiblirent la France et son modèle social. En cela, Jospin ne se démarquait pas de ses prédécesseurs socialistes qui, parce qu’ils étaient sincèrement européens, étaient prêts à avaler chaque nouvelle couleuvre bruxelloise. La fin (la nécessaire construction européenne) justifiait qu’on s’aveuglât sur les moyens : un élargissement précipité, un euro trop fort qui pénalisait les entreprises françaises, la concurrence libre et non faussée au détriment des services publics, le poids trop important de la Commission européenne, et, pire encore, celui de la Cour de justice de l’UE.

Rétrospectivement, je pense que la politique européenne de ces années-là nous coûta nombre d’électeurs. Comme furent néfastes certaines décisions institutionnelles qui, à l’époque, suscitèrent de rares protestations (je me souviens d’une intervention prémonitoire de Paul Quilès lors d’un conseil national assoupi par l’unanimisme) : citons le passage au quinquennat et l’inversion du calendrier électoral, qui renforçaient le présidentialisme, lequel n’a jamais fait bon ménage avec la gauche.

Ajoutez à cela des phrases maladroites, quelques angles morts, une campagne hors-sol et l’ahurissante division de la gauche (huit candidats !), et cela aboutit au tremblement de terre de 2002, avec la qualification de Jean-Marie Le Pen au deuxième tour de la présidentielle et l’élimination de notre champion.

Une rigueur intellectuelle impressionnante

Il n’empêche : Lionel Jospin nous a toujours inspiré du respect et de l’admiration. Son leadership était incontestable, sa rigueur intellectuelle impressionnante, sa capacité à faire vivre un collectif (partisan, gouvernemental) remarquable.

J’insiste là-dessus : Jospin était un chef d’équipe qui prenait les idées au sérieux et qui ne craignait pas de confronter les siennes à celles des autres. Jeune cadre du PS, j’assistai aux grandes conventions thématiques qui ponctuèrent les deux années entre la présidentielle de 1995 et les législatives de 1997. Jospin, premier secrétaire, avait organisé un travail programmatique intense, sanctionné par des votes militants : il suivait tous les débats, prenait des notes, écoutait tous les orateurs, recherchant une synthèse qui n’avait rien d’un exercice artificiel. Avec Jospin, pas de mesure bidouillée sur un coin de table.

« Jospin suivait tous les débats, prenait des notes, recherchant une synthèse qui n’avait rien d’un exercice artificiel. »

Après 2002, et en dépit d’une tentative de retour avant la présidentielle de 2007, Jospin se voulait retraité de la politique. Mais militant éternel et homme de principes, il ne s’est jamais désintéressé de la chose publique. Si, pour nous, il faisait un peu figure de Commandeur, il est resté un camarade accessible, un débatteur rigoureux, qui goûtait la confrontation intellectuelle. Jusqu’au bout, il a soutenu ses compagnons socialistes : il y a quelques semaines encore, il était aux côtés d’Emmanuel Grégoire, qui lui a dédié sa brillante victoire au second tour de l’élection municipale à Paris.

Si la mort de Lionel Jospin nous émeut à ce point, c’est sûrement parce que ses succès ont accompagné notre jeunesse perdue. Mais c’est surtout parce qu’il représentait ce que la gauche avait de meilleur : l’exigence intellectuelle, le goût de la délibération collective, la droiture morale, la parole rationnelle et maîtrisée, l’exercice du pouvoir pour améliorer les conditions de vie matérielles des plus vulnérables. Aujourd’hui, nous pouvons méditer son exemple.

Emmanuel Maurel

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Quelles que soient vos compétences, si vous touchez votre bille en droit, en bricolage, si vous aimez écrire, si vous êtes créatif… vous pouvez prendre part à des actions et ateliers près de chez vous ou encore nous envoyer vos vidéos, vos dessins pour des affiches etc.