Le congrès de la Gauche Républicaine et Socialiste se tiendra les samedi 6 et dimanche 7 juin 2026 à Aubervilliers (93) à l’Espace Jean-Renaudie – 30 rue Lopez-et-Jules-Martin (M° Fort-d’Aubervilliers, ligne 7). Ce rendez-vous essentiel de la vie démocratique de notre parti approche. Il sera un moment décisif pour débattre, confronter nos analyses et choisir collectivement l’orientation politique qui guidera notre engagement dans la période à venir.
Nous appelons chacune et chacun d’entre vous à s’en saisir pleinement.
Dépôt des textes d’orientation :
Un seul texte d’orientation a recueilli, lundi 27 avril lors du collectif national d’animation (CAN) convoqué pour leur enregistrement, les conditions statutaires pour être soumis au vote des adhérents : La Gauche au rendez-vous du sursaut français, déposé par Emmanuel Maurel et plusieurs dizaines de membre du CAN. Vous le retrouverez ci-dessous à télécharger.
Vote sur l’orientation :
Le vote se déroulera en ligne le 21 mai prochain. L’ensemble des adhérents à jour de cotisation recevra un lien pour voter de manière anonyme.
Les réadhésions et mises à jour de cotisation sont possibles jusqu’au 20 mai à minuit (lien pour mise à jour ici). Les nouvelles adhésions ont été enregistrées au plus tard le lundi 27 avril 2026 à 18h.
Candidatures aux instances nationales :
Les camarades souhaitant s’engager dans les instances nationales devront déposer leur candidature avant le lundi 18 mai 2026 à 18h. Chaque candidat devra être à jour de cotisation et préciser le texte d’orientation auquel il se rattache. Vous pouvez déposer votre candidature grâce au formulaire mis à votre disposition en cliquant sur le bouton plus bas.
Délégués au congrès :
Le nombre de délégués sera déterminé en fonction du nombre d’adhérents dans chaque département et du poids respectif des textes. Nous transmettrons très vite cette information. Les camarades souhaitant être délégués sont invités à se signaler grâce au formulaire accessible ci-dessous, avant le lundi 18 mai 18h. Ils doivent être à jour de cotisation.
Pour rappel, les membres du collectif de direction, du CAN et du collectif d’arbitrage sont membres de droit du congrès (avec droit de vote).
Contributions et amendements :
Le congrès sera également un temps de construction collective de notre orientation : les délégués pourront y porter des contributions thématiques et proposer des amendements au texte d’orientation.
Les contributions thématiques doivent être envoyées avant le vendredi 29 mai 2026 à midi à l’adresse suivante : secretariat@g-r-s.fr
Les amendements au texte d’orientation doivent être envoyés avant le vendredi 29 mai 2026 à midi à l’adresse suivante : secretariat@g-r-s.fr ; ils devront impérativement préciser la page et le paragraphe auxquels ils se rattachent pour être considérés comme recevables : un modèle sous word est téléchargeable ici. Après le 29 mai midi, seuls les délégués au congrès pourront déposer ou modifier des amendements en séance.
Participation au congrès :
Le congrès est ouvert à l’ensemble des adhérents de la GRS. Toutes et tous pourront y participer. Toutefois, pour des raisons d’organisation, une inscription préalable sera demandée : nous vous remercions donc de bien vouloir vous inscrire grâce au formulaire accessible ci-dessous.
Nous vous informerons très prochainement de l’agenda et du déroulé précis du congrès d’Aubervilliers.
Les invités des autres partis seront pris en compte et recevront une information spécifique concernant les temps où ils pourront assister au congrès ; ils peuvent d’ores-et-déjà soumettre leur participation dans le formulaire accessible ci-dessous.
Ce congrès doit être un moment de débat et de mobilisation pour faire vivre une gauche républicaine, sociale et exigeante.
Nous comptons sur votre présence et votre participation active.
Un recul démocratique majeur se prépare en Europe avec la participation active du commissaire français Stéphane Séjourné. Mobilisons-nous pour faire échec à ce coup d’état programmé de la Commission Européenne
L’affaire pour paraître technique, elle est gravissime ! De nombreux commissaires veulent réduire considérablement les directives européennes (d’une certaine façon, l’équivalent des lois à l’échelle nationale) au profit de l’édiction de plus nombreux règlements !
La première grande différence est que la directive est un acte législatif qui doit obligatoirement passer devant le Parlement Européen et être approuvée la plupart du temps en co-décision entre le Conseil (les chefs de gouvernement) et le Parlement européen ! La commission – faut-il le rappeler non élue mais désignée -, a certes préparé le document initial, mais la décision finale est prise à l’issue d’une délibération d’organes élus et représentatifs des citoyens.
En fait, comme toute structure technocratique, elle veut se dispenser de cet arbitrage politique et décider seule au nom d’une prétendue efficacité.
Mais l’autre raison est qu’une directive doit être transposée dans le droit de chaque Etat membre (soit par une loi, soit par un décret, etc.). L’objectif étant que la loi européenne soit bien adaptée aux réalités notamment juridiques du pays. Et, dans bien des cas, cela permet aux parlementaires des Etats membres d’intervenir sur la mise en œuvre de la directive. Ce n’est pas une mince affaire, car les conditions d’application d’une loi compte beaucoup pour son efficience, pour les acteurs concernés … car parfois le diable se cache dans les détails.
C’est aussi important en soi, comme principe, car il faut tenir compte des cultures politiques et sociales des 27 différents pays et l’on ne peut/doit pas faire passer tout le monde sous la même toise juridico-administrative !
Enfin, contrairement aux directives, les règlements sont immédiatement applicables dans l’ensemble de l’Union. Personne n’a ainsi le pouvoir de les contester, de les amender, d’adapter leur application aux réalités du terrain, et pas le temps non plus de se retourner….
Dans ce contexte, les propos de Stéphane Séjourné, commissaire européen nommé par Macron, sont très révélateurs et stupéfiants : « Avant, la directive était l’option par défaut et le règlement l’exception, aujourd’hui, ce doit être l’inverse ».
« Les directives sont soit mal transposées, soit sous-transposées, soit surtransposées », a osé affirmer le commissaire français. « Elles sont rarement transposées de manière équivalente dans tous les États membres de l’UE. Pour toutes ces raisons, cela contribue à la fragmentation du marché unique. »
L’objectif est donc clair : d’une part, je ne veux voir qu’une seule tête ; d’autre part, il faut aller encore plu vite et plus loin dans la concurrence généralisée … Pas un mot sur les indispensables convergences sociales ou fiscales… Il va encore plus loin : « Dans les domaines politiques où l’UE détient toutes les cartes, il ne devrait « plus » y avoir de directives. » Un exemple : l’UE détient toutes les cartes dans les accords commerciaux avec les autres pays !
Comme pour le Mercosur ou déjà la présidente de la commission Madame Von der Leyen a pris la décision d’appliquer l’accord avant le vote du Parlement Européen et même la décision de la cour de justice !!
BREF, ILS VEULENT LES PLEINS POUVOIR POUR ACHEVER LE GRAND MARCHÉ CONCURRENTIEL DÉRÉGULÉ ET NOUS EMMENER DANS LE MUR.
communiqué de presse d’Emmanuel Maurel, député GRS du Val-d’Oise, lundi 27 avril 2026
Je ne suis pas déçu par le rapport de Charles Alloncle puisque je n’en attendais rien. Il est à l’image des auditions nombreuses et mouvementées que nous avons vécues : orientées, toujours, obéissant à un agenda politique, celui de l’extrême droite, relayé complaisamment par les chaînes du groupe Bolloré, qui vise à dénigrer l’audiovisuel public.
– Une méthode peu rigoureuse, qui entretient la confusion entre les faits et les opinions.
– Une méthode peu rigoureuse qui ne fait aucune hiérarchie entre les petits faits montés en épingle et des grands enjeux qui sont occultés.
– Une méthode peu rigoureuse avec trop d’approximations, de confusions volontaires et de jugements de valeur.
Sur le fond, le rapport pose d’évidents problèmes. Sur l’impartialité et la neutralité, sa démonstration n’est guère convaincante. Ses prétendues preuves sont maigres..
Le plus cocasse étant que le rapporteur se réfère dès l’introduction à une période prétendument bénie, celle de l’ORTF !! C’est à dire à une époque où l’audiovisuel était aux ordres de l’exécutif.
Pour le reste, si certaines questions légitimes sont abordées (par exemple la question de l’externalisation ou l’existence problématique des animateurs-producteurs), les préconisations sont trop souvent décevantes, contestables, voire détestables.
Mais mon principal désaccord porte évidemment sur la conclusion du rapport, qui propose de réduire d’un milliard d’euros les ressources de l’audiovisuel public.
Enfin, je regrette que le rapporteur n’ait pas pris la peine de réfléchir aux conséquences, pour l’audiovisuel public, des immenses bouleversements du passage au tout-numérique, de la toute-puissance des plateformes américaines et de l’émergence de l’IA.
L’audiovisuel public occupe une place essentielle dans la vie des Français, en garantissant un accès équitable à l’information, à la culture et au divertissement sur l’ensemble du territoire.
Il se distingue par sa mission d’intérêt général, en proposant des contenus pour tous les publics. Il joue également un rôle clé dans la promotion de la création française et européenne. À ce titre, il contribue de façon décisive à l’exception culturelle face à l’uniformisation par le marché et les algorithme.
L’avenir de l’audiovisuel public aurait mérité un autre rapport et des propositions à la hauteur de l’enjeu.
Emmanuel MAUREL Député du Val-d’Oise Co-fondateur de la Gauche Républicaine et Socialiste
À l’occasion d’un déplacement à Marseille jeudi 23 avril, le Premier ministre, Sébastien Lecornu et le ministre du logement Vincent Jeanbrun ont annoncé une nouvelle loi logement qu’il faudra regarder très en détail, mais qui, à la veille d’une échéance présidentielle ne peut prétendre porter les changements structurels qui s’imposent pour résoudre la crise du logement qui s’est aggravée sous les deux quinquennats d’Emmanuel Macron. Cette crise d’ampleur inédite se traduit par un écart croissant qui s’est creusé depuis longtemps entre le niveau de revenu des Français et le coût du logement, les prix de l’immobilier posant des questions majeures pour le pouvoir d’achat et l’avenir du pays !
Cependant, ce projet de loi devrait contenir dans son article 1er, la programmation d’un troisième « Programme national de rénovation urbaine », ce que d’aucuns appellent une ANRU III. C’est une bonne et importante nouvelle, car l’extrême droite et certains à droite voulaient mettre fin à cette politique volontariste en direction des quartiers populaires pas seulement d’habitat social, des grands ensembles, mais aussi de copropriétés et de centres urbains dégradés ! Or, il est essentiel de poursuivre cette ambition républicaine d’assurer partout sur le territoire national des conditions de vie digne aux habitants, de combattre les effets de ghettoïsations, de progresser vers la mixité sociale et le vivre ensemble. La création d’une ANRU III était demandée par de nombreux élus, acteurs de terrains, et notamment l’Union sociale de l’Habitat (mouvement HLM), tant il reste à faire. C’était aussi une des préconisations de l’avis approuvé à l’unanimité par le Conseil Économique, Social et Environnemental (CESE), que Marie-Noëlle Lienemann avait rédigé avec Maud Lelièvre et qu’elles avaient intitulé : L’habitat, le logement face aux défis sociaux, territoriaux et écologiques. Oui il reste beaucoup à faire pour atteindre les objectifs de renouvellement urbain et de réparations de ce que les lois du marché immobilier, les arbitrages sur les moyens des politiques publiques, la faiblesse des péréquations territoriales, ont abîmé.
Un ANRU III aussi souhaitable soit-il ne répondra cependant pas aux énormes besoins de mobilisation en termes de cohésion sociale et d’égalité républicaine dans les quartiers prioritaires, les moyens budgétaires consacrés aux crédits spécifiques étant repartis à la baisse et la mobilisation du droit commun et de la mise en œuvre des politiques publiques habituelles restant déficiente dans ces quartiers qui en ont pourtant plus besoin encore que les autres. La Gauche Républicaine et Socialiste a toujours plaidé pour que la politique de la ville marche réellement sur deux jambes : d’une part la rénovation du bâti, de l’Urbanisme, du cadre de vie, d’autre part la présence des services publics, le soutien à la vie associative, l’encouragement à la participation des habitants, l’éducation populaire, le commerce, l’emploi, etc. Il ne faut pas opposer ces deux exigences et encore moins justifier l’arrêt de dépenses (forcément importantes sur le logement et les constructions, les espaces publics) pour soit disant s’occuper de l’humain ou de revenir au cadre commun ! C’est un prétexte pour désengager l’action publique en général en direction des catégories populaires et modestes ! Nous soutenons donc l’annonce de cet ANRU III et militons pour une loi complémentaire sur le volet égalité républicaine dans les quartiers populaires.
Si cette annonce nous agrée, nous serons cependant particulièrement vigilants pour que, dès le vote de la loi, soit sanctuarisé un engagement financier minimal garanti : on peut prendre comme référence les crédits de l’ANRU II à savoir 12 milliards d’euros. Le premier programme de rénovation urbaine date 2004 est était prévu pour 10 ans ; un deuxième programme de rénovation est lancé en 2014, censé s’achever en 2024, mais a été prolongé. Le futur programme devrait être établé entre 2028 et 2038. Il faut bien mesurer que lorsqu’on parle de 12 milliards d’euros pour 10 ans (voire plus) soit 1,2 Md€ par an et pour 450 quartiers en France, ce n’est pas énorme et surtout cela induit des emplois, des recettes en TVA pour l’Etat et soutient la croissance économique : ce n’est pas une dépense sèche comme le prétendent les bénis oui-oui du néolibéralisme.
Or, sur ces 12 milliards d’euros, la participation de l’Etat a été jusqu’ici infime : 1,2 milliard ! Seulement 10% ! 8,1 milliards viennent de la contribution des entreprises à l’effort de construction… Or ces crédits de fait ne sont pas utilisés pour la production de nouveaux logements. Le mouvement HLM a versé de son côté 2,7 Milliards, une somme non-négligeable quand on se rappelle à quel point les gouvernements de Macron ont ponctionné largement les capacités financières des opérateurs HLM (plus d’un milliard d’euros par an depuis 2017 en moyenne !). S’ajoute à cela, les crédits de chaque organisme de logement social verse pour toute intervention sur son patrimoine !
Pour les deux premiers programmes de renouvellement urbain, les bailleurs sociaux auront porté la grande majorité des investissements avec plus de 60 milliards d’euros investis. Ils auront rénové plus de 500 000 logements et construit 250 000 logements sociaux neufs en compensation des logements obsolètes démolis. De ce point de vue, nous considérons que toute nouvelle démolition devrait désormais s’opérer avec la stricte reconstitution de l’offre non seulement en nombre, mais aussi pour le niveau des loyers (les neufs sont plus chers et souvent peu accessibles aux plus modestes) et au maximum hors du quartier pour contribuer à la diversité sociale partout.
En tout cas, pour la GRS, il faut que la part d’intervention de l’État soit au moins de 50% des subventions de l’ANRU. Car c’est une politique de solidarité nationale, d’égalité républicaine qui ne saurait être principalement financée par les organismes de logements sociaux donc leurs locataires, souvent peu fortunés !
Il est important d’engager ce nouveau programme dès à présent, car il s’agit d’une planification longue qui a besoin d’être préparée avec des consultations nombreuses et sérieuses. Le premier arbitrage concernera le nombre de sites retenus. Le Premier ministre a évoqué 150 quartiers, dont 20% dans les villes moyennes. Est-ce suffisant ? Il va falloir examiner attentivement les demandes qui vont s’exprimer et remonter. Cela parait limité. Nous suivrons de près ces arbitrages et nous serons exigeants et l’exprimerons de toutes les tribunes qui nous serons données.
Le second sujet sera de bien évaluer quelles actions doivent être financées. Le débat sur les démolitions va sans doute s’engager. Prenons garde de ne pas tomber dans des prises de positions systématiques : ni interdire toute nouvelle démolition, ni poursuivre sur le même rythme que ce qui a prévalu jusqu’à ce jour. Partout où on le peut, il faut privilégier les restructurations des immeubles, leur rénovation pour leur donner une seconde vie, comme s’ils étaient neufs et adaptés aux besoins et attentes d’aujourd’hui ! A contrario, dans certains cas, et en particulier dans le cas de l’urbanisme de dalle, les démolitions sont inéluctables surtout quand on voit les conditions insupportables en cas de canicules et l’impossibilité de végétaliser… Cela a un coût, il faut l’assumer.
Il faut désormais dans les projets de renouvellement urbains prendre en compte de nouvelles thématiques comme renforcer la qualité et la performance des logements et en les adaptant aux évolutions sociales : vieillissement de la population, baisse de la taille des ménages, adapter les quartiers aux impacts du changement climatique, et pourquoi pas en faire des quartiers des précurseurs de la transformation écologique des territoires (pics de chaleur, confort d’été, végétalisation, souveraineté énergétique). D’autres enjeux, comme la sécurité, la santé, l’intégration des quartiers dans les dynamiques territoriales et lutter contre les dynamiques de ségrégation, devront être traités et poursuivis. Ces projets doivent être réalisés pour et avec les habitants de ces quartiers. Il va de soi qu’en cas de démolition ou de nécessité de déménagements pour des travaux, la plus grande attention doit être apportée aux attentes et choix, à l’accompagnement des habitants concernés. Enfin, et cela a pu manquer dans certains projets, la qualité de la concertation avec les habitants et les acteurs locaux est la clé du succès. La participation et l’accompagnement des habitants doivent être constants de l’élaboration du projet, à la fin des derniers travaux !
Les acteurs de terrain (élus locaux – dont ceux engagés sur les dossiers de la politique de la ville -, associations, conseils citoyens, centres de ressources, etc.) ont déjà pris en charge ses sujets, ils sont disponibles pour avance si l’État décide d’être ambitieux.
communiqué de presse de la Gauche Républicaine et Socialiste le vendredi 24 avril 2026
La commémoration du génocide arménien, dont la perpétration par l’Empire Ottoman a débuté voici 111 ans, prend cette année une signification particulière : l’Arménie est aujourd’hui à un tournant de son histoire et de sa capacité à protéger son peuple et son territoire.
Avec le soutien de la Turquie d’Erdoğan et l’accord tacite de la Russie, l’Azerbaïdjan du dictateur Aliyev a agressé puis fait plier l’armée arménienne en 2020, avant de procéder en 2023 à un nettoyage ethnique et à l’éradication de toute trace de vie arménienne en Artsakh.
Le pseudo accord de paix imposé par Trump en août 2025, contre des concessions économiques majeures de l’Arménie aux USA, ne garantie pas sa sécurité et le Syunik au sud du pays est aujourd’hui directement menacé par les troupes azéries, sans réaction des « contractants ». En 2020 et 2023, l’Azerbaïdjan a fait « prisonniers » une vingtaine d’Arméniens, civils ou politiques, les condamnant dans des simulacres de procès à de lourdes peines. Ce sont des otages maltraités, moyens de pression pour obtenir des concessions supplémentaires. C’est un scandale.
Ursula von der Leyen préfère aujourd’hui organiser le silence des États européens pour s’assurer des hydrocarbures de l’Azerbaïdjan . Un plat de lentilles. C’est dans ce contexte que les élections législatives se dérouleront sous pression en Arménie le 7 juin prochain. La France, l’ONU, les États européens attachés à la justice, l’humanité et l’universalisme doivent hausser le ton pour garantir que ces élections ne subiront pas la tutelle néfaste des USA et de la Russie. L’Arménie a besoin d’un gouvernement démocratique et légitime.
C’est ainsi que l’Arménie aura la force pour faire respecter sa souveraineté, construire les alliances garantissant sa sécurité, la conservation de sa culture, et pour construire son avenir. Notre indifférence encouragerait ceux qui veulent détruire un peuple millénaire.
Ce vendredi 24 avril 2026 marque le 110e véritable anniversaire de l’insurrection de Pâques 1916 quand les indépendantistes radicaux conduits par les poètes militants Patrick Pearse, Thomas MacDonagh, Joseph Plunkett, alliés aux républicains socialistes des James Connolly déclenchèrent un affrontement perdu d’avance avec l’Empire britannique. C’est de leur échec et de la répression terrible qui s’abattit sur leurs sympathisants qui avaient survécu que devait naître l’État libre d’Irlande puis la République crânement proclamée voici 110 ans sur les marches de la Poste Centrale de Dublin, devant des passants décontenancés. Aujourd’hui, l’Irlande marche à pas comptés vers son unification. L’élection le 24 octobre dernier (il y a tout juste 6 mois) de Catherine Connolly à la présidence de la République d’Irlande est sans doute une étape supplémentaire mais il ne faut pas en surestimer la portée.
Les citoyens de la République d’Irlande ont pourtant fêté les 110 ans de leur Révolution le jour de Pâques, le 5 avril dernier, et non à la date anniversaire précise ce qui nous rappelle le poids de l’Église catholique en Irlande encore aujourd’hui.
C’est tout à la fois cocasse car l’Église irlandaise s’est disputée 300 ans avec sa rivale latine au début du moyen-âge sur le calcul de cette date de Pâques, avant de « rendre les armes » en 716, l’acceptation complète de la tutelle papale sur la liturgie et l’organisation de cette Eglise singulière n’intervenant qu’avec la conquête anglo-normande à partir de la fin du XIIème siècle. De manière moins annecdotique, si l’Église catholique irlandaise fut pendant deux siècle le vecteur de la préservation de la foi et de la langue des Irlandais sous l’oppression mortelle des Anglais à partir de Cromwell (1649), sa reconnaissance en 1778 puis l’émancipation des Catholiques en 1829 en fit un des soutiens les plus fermes du pouvoir impérial et surtout de ses propres privilèges. Les Républicains insurgés de 1916 et de la guerre d’indépendance (1919-1921) durent affronter la condamnation et l’hostilité de l’Église romaine, voire sa complicité relative avec les autorités britanniques. Les Républicains d’Irlande du Nord, dans les années 1960 et 1970, essuyèrent le même mépris et rejet de l’Église.
Ce n’est qu’en prenant conscience du retournement populaire des Irlandais en faveur des Républicains, retournement causé par la violence criminelle de l’armée britannique et de ses supplétifs (Black-and-Tans, B-specials) contre les militants et contre la population elle-même, qu’elle finit par reconnaître du bout des lèvres l’aspiration des Irlandais à l’indépendance. Elle a ensuite logiquement soutenu toutes les forces conservatrices : son principal vecteur fut Eamon De Valera qui rompit dès 1926 avec le républicanisme révolutionnaire et devint rapidement le parangon de l’homme politique catholique conservateur, comme Premier Ministre ou Taoiseach (1937-1948, 1951-1954, 1957-1959) puis comme Président de la République ou Uachtarán na hÉireann de 1959 à 1973. Plusieurs générations se souviendront de lui comme un moralisateur, plaidant pour une République rabougrie et autarcique, à l’écart des courants du monde et de sa fonction morale de la présidence usant d’un gaélique irlandais pour musée, avec une vision patriarcale et paternaliste que même le général De Gaulle n’aurait pas osé pérorer devant les Français.
James Connolly, fondateur de l’Irish Republican Socialist Party, de l’irish Labour Party et de la Citizen Army (1868-1916)
On était loin de la promesse de la République sociale irlandaise portée par les Poètes et James Connolly, dont il est resté cependant une conception exigeante de la souveraineté populaire et de la souveraineté de la nation sur le sol, l’eau et l’air de l’Irlande. Sur une telle base, on ne peut qu’être frappé par la transformation radicale opérée en une trentaine d’années en République d’Irlande : légalisation du divorce en 1995, légalisation du mariage homosexuel en 2015 (et de manière bien apaisée qu’en France), et enfin (effectivement très tardivement) légalisation de l’avortement en 2018.
Cette évolution de la société s’est cependant réalisée dans un système politique bloqué où deux partis de centre droit, héritiers des frères ennemis de la guerre civile de 1922-1924 (Fianna Fáil – le parti de De Valera – etFine Gael), ont alterné et depuis 2016 se partagent le pouvoir, imposant depuis 25 ans des politiques néolibérales qui ont pu mettre en cause des acquis symboliques de la souveraineté irlandaise directement issus de l’idéal de la révolution de 1916.
C’est donc au travers de l’élection présidentielle et du mandat moral du Uachtarán na hÉireann que le peuple irlandais s’est d’abord exprimé, souvent en choisissant des indépendants dans la période récente et notamment des femmes : Mary Robinson (1990-1997), puis Mary McAleese (Fianna Fáil, 1997-2011). Une première rupture s’est établie en 2011 avec l’élection du vétéran socialiste Michael D. Higgins, avec 56 % des suffrages au 4edécompte (le scrutin se fait au vote préférentiel).
Désigné comme candidat en 2011 par les députés du parti travailliste irlandais, Higgins est généralement décrit comme un socialiste de gauche, à la marge du courant dominant de son parti. Sa carrière politique a été marquée par un engagement en faveur des droits humains, de la justice sociale et de l’opposition au néolibéralisme. Il s’est impliqué dans des causes telles que l’égalité des sexes, les droits des minorités et la protection des libertés civiles, tant en Irlande qu’à l’international. Tout au long de sa vie, il a critiqué le militarisme et l’impérialisme, s’opposant notamment aux interventions américaines en Amérique latine dans les années 1980 et à la guerre d’Irak en 2003.
Michael D. Higgins, président de la République d’Irlande 2011-2025
Higgins accorde également une grande importance au développement culturel, à la justice climatique et à l’idéal d’une République plus inclusive et plus solidaire. Parlant et écrivant couramment l’irlandais, Higgins a milité pour une plus grande valorisation de la langue irlandaise tout au long de sa carrière. Dans cette optique, il a créé Teilifís na Gaeilge (renommée plus tard TG4) fin 1996, établissant une chaîne de télévision entièrement en langue irlandaise visant à promouvoir la langue et la culture. Les opposants de Higgins le considèrent en réalité comme un vieux gauchiste, ce qui ne l’a pourtant pas empêché d’être réélu comme indépendant en 2018 avec 55 % des suffrages dès le premier décompte (un événement inédit). Le président Higgins qui a atteint une popularité sommitale n’a jamais eu la langue dans sa poche. Lors de son deuxième mandat, le centre droit l’a vertement critiqué pour avoir suggéré que l’Irlande avait été « ravagée par des décennies d’attaques d’une économie orthodoxe et libérale ». En 2023, il a dénoncé les gouvernements et économistes irlandais les accusant de privilégier le néolibéralisme aux dépens des préoccupations environnementales. La candidature de Catherine Connolly s’inscrit donc dans la continuité de celle de Michael D. Higgins : comme lui elle vient de l’aile gauche du parti travailliste, même si elle l’a quitté en 2006, comme lui elle a été maire et députée de Galway… En fait, Higgins est un des parrains de l’engagement politique de Catherine Connolly. La différence principale, c’est le soutien, là aussi inédit dans l’histoire irlandaise, dont elle a bénéficié de toute la gauche irlandaise : Sinn Féin, les Sociaux-démocrates, le Labour, People before profit, le Parti vert, Solidarity et100%Redress, qui représentent 38 % des sièges au Dáil Éireann (dont 22 % pour Sinn Féin), la chambre basse du parlement.
Un scrutin qui confirme des mutations de la société irlandaise
Catherine Connolly, présidente de la République d’Irlande, élue le 24 octobre 2025
Avec plus de 63 % des suffrages exprimés, Catherine Connolly a donc infligé une défaite cuisante à Heather Humphreys, représentante du Fine Gael, parti centriste au pouvoir. Ce résultat, bien plus qu’un simple changement de titulaire à la tête d’une fonction largement symbolique, révèle une fracture croissante entre une société irlandaise en pleine transformation et un establishment politique perçu comme sclérosé, incapable de répondre aux défis sociaux et économiques contemporains.
La faible participation électorale, parfois inférieure à 40 % dans certaines régions, et le taux record de bulletins nuls – près de 13 % – témoignent d’un désenchantement profond envers le système politique traditionnel. Les électeurs, lassés par l’alternance sans alternative entre le Fine Gael et le Fianna Fáil, ont sanctionné l’incapacité de ces partis à résoudre les crises structurelles qui minent le pays : la pénurie de logements, l’effondrement des services publics, la précarité grandissante et l’absence de vision pour l’avenir. Catherine Connolly, en incarnant une rupture avec ce système, a su capter l’aspiration au changement d’une société irlandaise de plus en plus urbanisée, éduquée et connectée aux enjeux globaux.
Son parcours, marqué par un engagement de longue date en faveur de la justice sociale, de la défense des droits des plus vulnérables et de la promotion de la langue irlandaise, a résonné particulièrement auprès des jeunes générations. Ces dernières, confrontées à un marché du logement inaccessible et à des perspectives d’emploi précaires, voient en Connolly une figure capable de porter leurs revendications. Son élection s’inscrit ainsi dans une dynamique plus large de recomposition politique, où les clivages traditionnels – hérités de la guerre civile et de la partition de l’île – cèdent progressivement la place à de nouvelles lignes de fracture, davantage centrées sur les questions socio-économiques et environnementales.
Vers la réunification de l’Irlande : un horizon politique et social
La question de la réunification de l’île a été l’un des thèmes les plus mobilisateurs de la campagne de Catherine Connolly. Elle a su incarner une vision de l’Irlande unie qui dépasse les clivages traditionnels entre nationalistes et unionistes. Son discours, centré sur l’inclusion, le dialogue intercommunautaire et la justice sociale, contraste avec les tensions persistantes en Irlande du Nord, où les divisions entre partisans du maintien dans le Royaume-Uni et défenseurs de la réunification restent vives.
L’Irlande du Nord, depuis le Brexit, bénéficie d’un statut hybride unique : ancrée dans le marché unique européen pour les biens, tout en restant liée au Royaume-Uni. Cette situation a permis un développement économique notable, notamment dans les secteurs high-tech et culturel, mais elle n’a pas résolu les problèmes structurels de logement, de santé et d’intégration sociale : les « dividendes de la paix », qui découlent de la réussite l’accord du « Vendredi-Saint » (1998), se heurtent à une réalité où les inégalités économiques et les tensions communautaires persistent, d’autant plus que le système institutionnel consensualiste de la province britannique impose au Sinn Féin (gauche républicaine) qui dirige le gouvernement depuis 2024 une cohabitation avec le DUP loyaliste, réactionnaire mais également tenant de solutions néolibérale.
Sur un plateau de Studio Ulster, à Belfast, en Irlande du Nord, le 19 juin 2025. CHARLES MCQUILLAN/GETTY IMAGES VIA AFP Peace wall à Belfast
Dans ce contexte, la réunification de l’île, si elle est de plus en plus évoquée, reste un projet complexe.
L’élection de Catherine Connolly pourrait servir de catalyseur pour relancer le débat sur la réunification. Son discours, qui met l’accent sur la nécessité d’une transition pacifique et négociée, a séduit une partie de l’électorat nord-irlandais, notamment parmi les jeunes et les classes populaires, las des blocages politiques et des inégalités socio-économiques. Cependant, pour que ce projet devienne crédible, il faudra que le Sinn Féin, principal parti pro-réunification, parvienne à rassurer les protestants unionistes nord-irlandais. Une majorité d’entre eux craignent encore que la réunification ne se traduise par une instabilité économique et une marginalisation de leur identité culturelle.
Pour lever ces craintes, le Sinn Féin et ses alliés – dont la présidente irlandaise – devront proposer un modèle économique et social viable, capable de garantir la stabilité et la prospérité de toute l’île. Cela implique des investissements massifs dans les infrastructures, une réforme fiscale juste et une politique de logement accessible à tous. Sans cela, les réticences des unionistes, comme celles des classes moyennes irlandaises, risquent de freiner toute avancée vers l’unité. L’élection de Connolly, en ce sens, ouvre une fenêtre d’opportunité, mais elle ne suffira pas à elle seule à concrétiser la réunification. Elle devra s’accompagner d’un travail de fond pour construire un projet commun, capable de fédérer au-delà des divisions historiques.
Une gauche irlandaise unie : vers une alternative gouvernementale crédible ?
La victoire de Catherine Connolly est aussi celle d’une gauche irlandaise enfin parvenue à surmonter ses divisions : elle a su fédérer des forces politiques souvent dispersées, voire opposées. Ce rassemblement, inédit dans l’histoire récente de l’Irlande, ouvre la voie à une possible alternative gouvernementale lors des prochaines élections législatives.
Pourtant, les défis qui attendent cette coalition sont immenses. La gauche irlandaise devra démontrer sa capacité à proposer des solutions communes concrètes aux crises qui minent le pays. La pénurie de logements, l’effondrement des services publics, la précarité croissante et les tensions sociales exacerbées par l’immigration sont autant de problèmes qui appellent des réponses urgentes et ambitieuses. Les émeutes xénophobes récentes à Dublin, ainsi que la montée des discours d’extrême droite contre l’immigration, ont révélé les fractures d’une société en pleine mutation, où les inégalités économiques et le manque d’infrastructures alimentent un sentiment de désillusion et de colère. Traditionnellement, les Irlandais frappés par la pauvreté et une émigration massive avaient adopté une posture plutôt compatissante envers les autres damnés de la terre : la réalité concrète de l’immigration dans un contexte social tendu a bousculé cette culture politique.
Catherine Connolly, en tant que présidente, ne dispose pas des leviers exécutifs pour résoudre ces problèmes. Cependant, son élection pourrait servir de plateforme pour structurer une opposition crédible, capable de proposer un projet de société alternatif à l’austérité et au libéralisme économique prônés par les partis traditionnels. Pour cela, la gauche devra élaborer un programme cohérent, alliant justice sociale, transition écologique et réforme des institutions. Elle devra également, et avec elle le Sinn Féin en premier lieu, convaincre une partie de l’électorat modéré, aujourd’hui méfiant envers les propositions radicales, que son projet est réaliste et susceptible d’améliorer concrètement les conditions de vie des Irlandais.
Un enjeu majeur sera la capacité de cette coalition à maintenir son unité au-delà de l’élection présidentielle. Les divergences entre les différents partis de gauche, notamment sur des questions comme la fiscalité, l’Europe ou la réunification (un agenda qui n’est en République en réalité prioritaire que pour Sinn Féin), pourraient ressurgir et affaiblir leur crédibilité. Pour éviter ce piège, il leur faudra trouver un équilibre entre radicalité et pragmatisme, en proposant des réformes ambitieuses tout en restant ancrées dans les réalités économiques et sociales du pays.
Les défis économiques et sociaux : clefs de voûte de la stabilité et de la réunification
Les principaux obstacles à la réunification de l’Irlande, comme à la stabilité politique de la République, sont avant tout d’ordre économique et social. En Irlande du Nord, malgré les progrès réalisés, les inégalités persistent, les infrastructures restent insuffisantes, la croissance économique profite inégalement à la population ce qui peut réactiver les tensions communautaires. Dans la République, la crise du logement, la saturation des transports publics et la dégradation des services de santé sapent la confiance des citoyens dans les institutions et alimentent un sentiment de stagnation.
Répndre à ces défis suppose des investissements massifs dans les infrastructures – logements, transports, écoles, hôpitaux –, une réforme fiscale plus juste, et une politique industrielle visant à réduire la dépendance de l’Irlande aux multinationales et à développer des champions nationaux. Sans cela, les craintes des protestants unionistes, comme celles des classes moyennes irlandaises, risquent de freiner toute avancée vers l’unité.
En République d’Irlande, la crise du logement est particulièrement aiguë. Les prix de l’immobilier, dopés par la spéculation et l’afflux de capitaux étrangers, ont atteint des niveaux inabordables pour une grande partie de la population. Les loyers, eux aussi, ont explosé, plongeant des milliers de ménages dans la précarité. Le nombre de sans-abri ne cesse d’augmenter, et les listes d’attente pour les logements sociaux s’allongent. Face à cette situation, les partis traditionnels, Fine Gael et Fianna Fáil, ont été incapables de proposer des solutions efficaces, se contentant de mesures cosmétiques ou de subventions qui, loin de résoudre le problème, ont souvent contribué à alimenter la spéculation.
De même, le système de santé irlandais, sous-financé et mal organisé, est en crise permanente. Les temps d’attente pour les consultations et les opérations sont parmi les plus longs d’Europe, et les inégalités d’accès aux soins se creusent. Les services publics, plus généralement, sont à bout de souffle, faute d’investissements suffisants et d’une planification à long terme. Les transports en commun, notamment, sont largement insuffisants, et Dublin reste l’une des rares capitales européennes sans métro, malgré une population en constante augmentation.
En Irlande du Nord, les défis sont tout aussi pressants. Bien que la province ait bénéficié d’investissements significatifs depuis l’accord de paix, notamment dans les secteurs high-tech et culturel, les inégalités économiques et sociales persistent. Les quartiers ouvriers de Belfast et de Derry, marqués par des décennies de conflit, restent en retrait par rapport aux zones plus prospères. Le chômage, bien que faible, cache une précarité importante, et les services publics, comme en République, sont sous tension.
Pour relever ces défis, il faudra une volonté politique forte, capable de dépasser les clivages partisans et de mobiliser les ressources nécessaires. Cela suppose également une coopération renforcée entre les deux parties de l’île, afin de préparer le terrain pour une éventuelle réunification. Les infrastructures, en particulier, devront être repensées à l’échelle de toute l’Irlande, pour éviter que les conséquences de plus de 100 ans de partition ne se traduisent par des disparités croissantes en matière de développement économique et social.
Une présidence symbolique, mais un levier pour l’avenir
Bien que la fonction présidentielle reste largement honorifique, sa victoire envoie un signal fort : celui d’une société irlandaise en quête de changement, lasse des alternances sans alternative et aspirant à une justice sociale et économique plus grande. Elle a d’ores-et-déjà usé de son mandat pour réaffirmer les principes de neutralité et de solidarité internationale.
Pour autant, les défis qui attendent l’Irlande – réunification, crise du logement, réformes des services publics, transition écologique – sont immenses. La présidence de Connolly ne résoudra pas, à elle seule, ces problèmes. Mais elle offre une opportunité historique de repenser le modèle irlandais, en conciliant justice sociale, neutralité internationale et aspiration à l’unité. Pour la première fois depuis des décennies, le vent semble porter vers le changement. Il appartiendra désormais à Sinn Féin et la gauche irlandaise de transformer cette dynamique en un projet politique concret des deux côtés de la frontière actuelle.
Ingrid Degrott a pris la parole samedi 18 avril 2026 au 8ème congrès du Parti de la Gauche Européenne à Bruxelles, au nom de la Gauche Républicaine et Socialiste
Mes chers camarades,
La gauche perd du terrain un peu partout en Europe et l’extrême droite progresse. Si l’on veut gagner et faire reculer les extrêmes, il nous faut renouer avec les combats du peuple, les combats du quotidien : l’inflation, la dignité au travail, la souveraineté alimentaire.
L’extrême droite part d’un principe simple : que la richesse est limitée à une certaine taille de gâteau et que si l’on veut s’en sortir il faut exclure les migrants – et parfois les femmes – pour avoir une plus grande part de ce gâteau.
Or ce n’est pas notre vision.
Et il est de notre responsabilité de montrer, d’expliquer qu’il existe un autre chemin.
Un chemin où l’on augmente la taille du gâteau par des politiques industrielles coordonnées qui ont pour double vertus de relocaliser des productions essentielles à notre souveraineté et de ramener l’emploi dans des bassins géographiques désertés et délaissés de l’action publique.
Un chemin où l’immigration n’est pas une variable d’ajustement au gré des besoins économiques mais un droit garanti à l’humain de pouvoir fuir une guerre ou chercher une vie meilleure. Et l’on sait que si une réelle politique publique de l’intégration est mise en place alors les externalités positives d’un tel mouvement, à l’aune du vieillissement démographique européen, n’est plus à prouver.
Un chemin où l’inflation n’est pas une fatalité qui amène inexorablement les riches à être plus riches et les pauvres plus pauvres. Aujourd’hui nous faisons face de nouveau à une inflation liée à un choc de l’offre, une inflation qui touche bien plus durement les produits de première nécessité que ceux de moyenne gamme et donc qui met gravement en difficulté les classes les plus modestes. Dans une telle situation, l’enjeu n’est pas de baisser les taxes de l’État sur les carburants, véritable opium du capitalisme actuel, mais d’indexer les salaires sur l’inflation et d’accélérer le développement des énergies renouvelables !
La gauche doit également renouer avec le peuple ouvrier en parlant conditions de travail avant de parler réduction du temps de travail. Baisser le nombre d’accidents du travail en dénonçant les conditions de travail aliénantes sur les chaînes de production et en dénonçant les managements toxiques délétères pour la santé mentale. Parce qu’un monde du travail qui va bien c’est autant de dépense de santé en moins !
Enfin la gauche doit se saisir pleinement de l’accessibilité géographique. La ruralité est trop souvent la double peine des revenus modestes : un logement moins cher en campagne certes, mais au prix d’une dépendance mortifère à la voiture – et donc au cours du pétrole – et un isolement à multiples facettes : social, économique, culturel.
A nous de plaider pour un grand plan européen de rénovation et de développement des lignes de chemin de fer pour désenclaver et décarboner toute une frange de la population européenne.
Ces combats sont peut-être terre à terre en comparaison des luttes et guerres internationales actuelles. Et je ne sous-estime pas l’importance ni notre rôle à jouer dans ces conflits internationaux mais ayons en tête que notre bataille contre l’idéologie d’extrême droite ne se gagnera pas par la Palestine ou l’Iran mais par des réponses concrètes aux quotidiens des européens en martelant l’importance de la condition des travailleurs, la répartition de la richesse et la souveraineté industrielle comme alimentaire.
Par ailleurs, un grand défi nous attend : celui de la transition écologique. Nous devons changer de paradigme. Produire toujours plus pour avoir le plus gros PIB ne fait plus sens à l’heure où la faiblesse analytique de cet indicateur est actée. Troquons le PIB pour le carré de Gini et inventons un nouveau modèle de développement dans lequel l’agriculture ne serait pas dépendante des cours mondiaux mais de la demande locale. Cela passera évidemment en première instance par un combat sans relâche contre les traités de
libre-échange malsain où l’on échange poulet aux antibiotiques contre bagnole.
Mes chers camarades, prenons le temps du recul et de l’analyse. Inventons un système économique nouveau, durable, dans lequel la souveraineté, le bien-être et les femmes auraient toute leur place. Un système qui, au lieu de mettre en concurrence les peuples au moins disant serait au contraire garant d’une dignité, d’un environnement sain et d’une prospérité répartie. La gauche européenne est et doit être avant tout une gauche émancipatrice du déterminisme social et de l’aliénation au travail, alors avec ces réponses oui nous gagnerons à nouveau la confiance des peuples !
tribune d’Eliott Aubain publiée le 15 avril 2026 dans Marianne
Entre crispations identitaires et replis réactionnaires, le récit universaliste – longtemps colonne vertébrale de la République – semble orphelin. Qui, aujourd’hui, peut encore le porter, questionne Elliott Aubin, adjoint au maire dans le 1er arrondissement de Lyon de 2014 à 2020, et expert en communication narrative ?
La scène politique française est saturée de récits concurrents. À droite, une narration du déclin, nourrie par l’angoisse identitaire et la promesse d’un retour à un ordre fantasmé. À gauche, des fragments de récits souvent éclatés, tiraillés entre luttes sociales et revendications particularistes. Au sein du bloc central, une parole gestionnaire, sans réel cap politique.
Au milieu de ça, le récit universaliste – celui qui prétend parler à tous, au nom de principes communs – s’est progressivement effacé. Non pas parce qu’il serait devenu obsolète, mais parce qu’il peine à se renouveler face aux crises contemporaines : guerres, urgence écologique, fractures sociales. Or, la politique ne se résume jamais à des solutions techniques. Elle repose sur une capacité à projeter un imaginaire commun. Et c’est précisément cet imaginaire qui manque aujourd’hui, à gauche.
Liberté : entre émancipation et crispation
« Sapere aude » (aie le courage de te servir de ton propre entendement) ; rappelons-nous de la devise des Lumières qui semble aujourd’hui prise en étau. D’un côté, les discours obscurantistes prospèrent, remettant en cause la raison au profit des croyances, des appartenances ou des émotions immédiates. De l’autre, une forme de relativisme fragilise l’idée même de vérité partagée.
Dans ce contexte, qui porte encore une conception exigeante de la liberté ? Une liberté qui ne se réduit ni à l’individualisme consommateur ni à la revendication identitaire, mais qui s’entend comme un processus d’émancipation fondé sur la liberté absolue de conscience, de croire ou de ne pas croire.
La laïcité, en ce sens, n’est pas un outil de stigmatisation mais une architecture de liberté. Elle protège l’individu contre les assignations, qu’elles soient religieuses, culturelles ou politiques. Encore faut-il savoir la raconter ainsi : comme une promesse, et non comme une frontière.
Égalité : contre la fragmentation du réel
Le récit universaliste repose sur une idée simple et radicale : la dignité et l’égalité de tous devant la loi. Mais cette promesse est aujourd’hui mise à l’épreuve. Quand la question sociale recule derrière les batailles identitaires, c’est l’horizon commun qui se fissure. Quand les inégalités économiques s’aggravent, c’est la crédibilité même du récit républicain qui vacille.
L’égalité des droits réelle, effective, suppose aussi une lutte résolue contre toutes les formes de discriminations. Elle ne peut être un principe abstrait : elle doit se traduire dans les trajectoires de vie.
Qui, aujourd’hui, est capable de remettre la justice sociale au cœur du récit politique ? Non pas comme un slogan, mais comme une matrice structurante, capable de relier les expériences individuelles à un destin collectif.
Fraternité : l’angle mort
C’est sans doute la plus fragile des trois promesses républicaines, et pourtant la plus nécessaire. La fraternité ne se décrète pas. Elle se construit, patiemment, par des récits qui relient plutôt qu’ils n’opposent. Elle implique aussi une exigence simple : ce qui est mis en commun doit servir l’intérêt général. Or, notre espace médiatique et politique fonctionne de plus en plus sur la conflictualité, la polarisation, la mise en scène des fractures.
Dans un monde traversé par les guerres et les crises, la France pourrait porter une voix singulière : celle d’un universalisme renouvelé, attentif au vivant, à la biodiversité, au bien commun. Un universalisme qui ne nie pas les différences, mais les dépasse dans une vision d’harmonie.
Mais pour cela, encore faut-il des incarnations. Des figures capables de penser le temps long, de résister aux emballements médiatiques, et de proposer autre chose qu’une gestion à court terme ou une exploitation des peurs.
L’urgence d’un nouveau récit
La bataille politique qui s’ouvre ne sera pas seulement électorale. Elle sera narrative. Face aux entrepreneurs de colère et aux gestionnaires sans horizon, le récit universaliste doit se réinventer. Non comme une nostalgie des Lumières, mais comme une ressource pour penser le présent. Qui saura dire ce que signifie aujourd’hui être libre, égaux et fraternels dans un monde instable ?
Qui saura faire de la République non pas un héritage figé, mais un projet vivant ? Où se trouve cette gauche républicaine et sociale qui s’en réclame ?
À défaut de réponse, d’autres récits s’imposeront. Et on le sait, ils ne porteront pas nécessairement l’émancipation.
Il est de bon ton – et on peut le comprendre – de se féliciter de la chute de Viktor Orbán. Il faut pourtant nuancer, explique Mathieu Pouydesseau, fin connaisseur de cette zone. Notamment car le système Orbán a été très puissant ; que son successeur, Péter Magyar, en est issu, et que le pluralisme reste fragile. Surtout, la Hongrie, par ses rapports avec l’Allemagne, est un membre particulier de l’UE.
En Hongrie, l’opposition à Viktor Orbán a donc emporté la « super majorité » des deux tiers des sièges. Cela lui donnerait mandat pour détricoter le système mis en place par le Premier ministre en poste depuis seize ans. Mais ce sera difficile. D’autant que le nouvel homme fort, Péter Magyar, est lui-même issu du système en question.
Ce n’est d’ailleurs pas sur les merveilles qu’offre la démocratie représentative ou sur les vertus de l’inclusion que s’est jouée cette victoire. Rappelons que les partis de gauche avaient décidé de ne pas présenter de candidats. Et que Péter Magyar a repris à son compte le discours antidiversité du Fidesz, le parti national-conservateur d’Orbán.
Les classes rurales séduites
Ce résultat électoral, qui s’appuie bel et bien sur un record de participation, exprime d’abord la frustration de la population hongroise vis-à-vis des décisions du clan Orbán, qui ont fait perdre au pays l’avance économique qu’il avait sur les anciens États communistes. Le succès de Magyar repose largement sur sa critique d’une économie en échec, minée par la corruption et marquée par l’enrichissement considérable d’Orbán et des siens, au détriment du reste des habitants.
Péter Magyar est un jeune libéral issu du parti d’Orbán. S’il a, bien sûr, promis une bouffée d’air pluraliste, il a surtout prôné une rupture économique et ainsi convaincu les électeurs. Il a insisté sur l’échec de Viktor Orbán dans ce domaine (perte de pouvoir d’achat, dégâts engendrés par la vie chère…), atteignant dans les campagnes un électorat allergique au mode de vie urbain des élites de la capitale.
« Orbán a bien essayé de faire campagne contre des boucs émissaires : l’UE, l’Ukraine, Zelensky. Mais l’enjeu du vote portait sur les conditions matérielles d’existence. »
En face, Orbán a bien essayé pendant des mois de faire campagne contre des boucs émissaires : l’Union européenne, l’Ukraine, Volodymyr Zelensky… Mais même dans les zones rurales, cette propagande massive n’a pas pris. Ce n’est pas que la Hongrie profonde soit férocement pro-ukrainienne, mais plutôt que l’enjeu principal du vote portait sur les conditions matérielles d’existence.
Pourtant, lors des précédentes élections, Orbán avait su parler à cette partie-là du pays, dégainant son carnet de chèques, achetant les classes rurales à coups de subventions et de cadeaux financiers. Mais depuis, la logique népotiste à l’œuvre a considérablement réduit le nombre de bénéficiaires du régime… Le système s’est rabougri. Alors qu’en face, l’opposition hongroise, elle, s’est rassemblée derrière ce jeune libéral pour, d’abord, détruire un système, les partis de centre gauche ayant même décidé de se retirer des élections pour lui laisser le champ libre.
Plus tard, quel Magyar ?
Toute la question est de savoir si, au pouvoir, Péter Magyar restera le libéral qu’il était en campagne, s’il acceptera un plus grand équilibre social pour son pays et un pluralisme politique plus affirmé qu’il ne l’est aujourd’hui. Ou s’il construira à son tour son propre système.
Procès d’intention ? La question est pourtant légitime lorsqu’on sait qu’Orbán lui-même avait été élu la première fois en europhile convaincu et en héraut du libéralisme. Comme Recep Tayyip Erdoğan en son temps. Comme tant de libéraux qui, parvenus au pouvoir, se sont transformés en dirigeants autoritaires et en censeurs des opinions divergentes.
Il faut espérer que la société civile hongroise retienne les leçons de l’histoire. Les nationalistes français, qui ont soutenu Orbán, eux, devraient franchement réviser la leur. Ils n’ont jamais compris le rôle de la Hongrie dans l’architecture économique mise en place par l’ex-chancelière allemande Angela Merkel, notamment contre les intérêts économiques français.
Jusqu’à l’invasion de l’Ukraine par la Russie, en février 2022, la Hongrie avait trois fonctions pour l’Allemagne. D’abord, raffiner le pétrole russe nécessaire à son industrie. Ensuite, offrir à cette dernière une main-d’œuvre à faible coût. Enfin, soutenir la politique de Merkel dans les institutions européennes. Au début, d’ailleurs, la Commission dirigée par Ursula von der Leyen était dans cette continuité. D’autant que les accrocs faits à l’État de droit par Orbán étaient encore marginaux…
Au service de l’Allemagne
La Hongrie jouait donc alors un rôle d’hinterland industriel, essentiel à la puissance exportatrice allemande. Budapest a également aidé notre voisin d’outre-Rhin à démanteler de nombreuses protections dans le secteur agroalimentaire européen, affaiblissant considérablement nos agriculteurs. Par ailleurs, la Hongrie est devenue une porte d’entrée stratégique pour les produits chinois en Europe, fragilisant certaines PME françaises.
Certes, Orbán a posé problème au patronat allemand sur la question migratoire, ce dernier ayant « besoin » de 400 000 migrants adultes en âge de travailler par an. Mais le conflit sur les réfugiés de 2015 n’a pas durablement abîmé l’alliance avec l’Allemagne. Rappelons que la République fédérale allemande a soutenu financièrement la minorité germanophone en Hongrie dans un cadre culturel et institutionnel, et ses représentants ont souvent voté avec le Fidesz – ce qui a contribué indirectement à renforcer la majorité d’Orbán.
« La fascination des autoproclamés patriotes français pour Orbán, malgré ses positions contraires à nos intérêts nationaux, reste difficile à expliquer. »
L’équilibre, pour ce dernier, a été rompu avec l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Les sanctions et le ralentissement du marché chinois ont profondément affaibli le modèle économique sur lequel reposait le système Orbán. Incapable de se réinventer, celui-ci s’est enfoncé davantage dans la corruption.
Ainsi, l’effondrement du modèle hongrois accompagne celui du modèle économique allemand. Péter Magyar semble en avoir pris acte : ses premières destinations diplomatiques annoncées sont Varsovie, Vienne et Bruxelles, et non Berlin – ni Paris d’ailleurs. Il n’en demeure pas moins que la fascination des autoproclamés patriotes français pour Orbán, malgré ses positions contraires à nos intérêts nationaux, reste difficile à expliquer – tout comme l’attachement persistant d’autres responsables politiques à une relation franco-allemande hélas si souvent toxique.
Symboliquement, cette défaite d’Orbán est perçue en Europe comme un revers pour les droites populistes. Elle pourrait marquer un début de reflux, lié à leur incapacité à améliorer concrètement les conditions de vie des habitants. Mais constitue-t-elle pour autant une victoire de l’Europe libérale ? Le Parlement hongrois ne compte désormais plus aucun élu de gauche et le pluralisme politique reste fragilisé.
Tout dépend désormais de la capacité de la société hongroise, marquée par son histoire – notamment par le souvenir de l’insurrection de 1956 –, à imposer une véritable ouverture démocratique. Quant à Péter Magyar, il s’agit de savoir s’il va jouer une version hongroise du Guépard, le roman de Giuseppe Tomasi di Lampedusa selon lequel il faudrait– la phrase est archi connue mais hélas souvent vraie – que « tout change pour que rien ne change ».
La perspective de l’examen le 16 avril prochain par l’Assemblée Nationale de la proposition de loi (PPL) visant à lutter contre les « formes renouvelées de l’antisémitisme » tend le débat public, tout autant qu’il passe par-dessus la tête de la majorité de nos concitoyens.
Pour ajouter à la sérénité des débats, en pleine campagne des élections municipales, a été lancée le 18 février 2026 une pétition sur le site de l’Assemblée Nationale pour dénoncer avant même son examen le caractère liberticide de la PPL Yadan et appelant les députés à voter contre. Cette pétition, fortement relayée par la France Insoumise, a dépassé mardi 7 avril les 500 000 signatures, ce qui ouvre la perspective d’un débat dans l’hémicycle sur cette pétition, dont à nouveau sur la PPL et sur le vote des députés qui n’a pas encore eu lieu… Autant dire que le calendrier de l’Assemblée nationale va être durablement accaparé, dans un contexte où aucun débat politique serein ne semble possible, par des échanges sur le conflit et les massacres du Proche Orient, sur lesquels la France a perdu par ailleurs depuis longtemps toute capacité d’influence (comme le montre la faiblesse de ses interventions face aux bombardements massifs du Liban et de sa population par l’armée israélienne).
À défaut d’avoir une prise sur les événements, il semble donc que la réalité du débat tel qu’il s’est installé depuis un an et demi (la PPL Yadan a été déposée sur le bureau de l’Assemblée Nationale le 19 novembre 2024) sert avant tout à régler des comptes ici en France, à montrer des muscles, lancer des anathèmes. On voit agir d’un côté comme de l’autre dans le seul but de consolider des socles, le cœur de ces socles, en prévision de nouveaux affrontements. C’est clairement un processus qui ne peut conduire qu’à fracturer un peu la communauté nationale, mais les « apprentis sorciers » qui touillent leur mixture ont ici peu de scrupules, qu’ils ne mesurent pas la portée de leurs actes ou qu’un cynisme absolu les animent.
Pourquoi la PPL Yadan pose-t-elle problème ?
Je fais partie de ceux qui ont fini par considérer que la députée Caroline Yadan est devenue « l’idiote utile » des antisémites. Il ne s’agit plus seulement avec son texte de qualifier d’antisémites ceux qui discriminent, harcèlent et agressent les juifs à raison de leur appartenance à une religion, une culture sociologique, réelle ou supposée ; il ne s’agit plus seulement de mettre en cause ceux qui appellent au meurtre et à la haine ou passeraient à l’acte ; il ne s’agit plus seulement de mettre en cause ceux qui voudraient purement et simplement détruire l’État d’Israël et donc jeter à la mer et tuer les 7 millions de juifs israéliens (parce que c’est cela que cela veut dire)…
Le préambule de la PPL Yadan pose ainsi comme interprétation de sa mise en application éventuelle de mettre en cause ceux qui critiquent la politique de l’exécutif de l’État hébreu, en donnant force juridique à l’adoption (très discutée) en 2019 par l’Assemblée nationale d’une résolution destinée à reconnaître la définition opérationnelle de l’antisémitisme de l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA). Cette définition est la suivante : « L’antisémitisme est une certaine perception des Juifs qui peut se manifester par une haine à leur égard. Les manifestations rhétoriques et physiques de l’antisémitisme visent des individus juifs ou non et/ou leurs biens, des institutions communautaires et des lieux de culte. » Mais au-delà du sens strict de cette définition, les exemples qui y sont adossés visent à élargir les possibilités de contester la politique conduite par un gouvernement israélien ; ainsi « l’antisémitisme peut se manifester par des attaques à l’encontre de l’État d’Israël lorsqu’il est perçu comme une collectivité juive » ou « l’établissement de comparaisons entre la politique israélienne contemporaine et celle des Nazis ». La PPL Yadan introduirait alors une limitation disproportionnée de la liberté d’expression : ce n’est pas un petit sujet… La liberté d’expression n’est pas totale en France (et heureusement, si on peut s’épargner l’hypocrisie du free speech états-unien), elle est encadrée par la loi. Autant donc ne pas voter une loi verbeuse, qui ne renforce pas l’arsenal législatif ni la vigilance du juge dans la lutte contre l’antisémitisme, mais ajoute des biais dans l’interprétation des textes et créent des catégories juridiques (apologie « implicite » du terrorisme ou « provocation indirecte », notamment avec son article 2) impossibles à appliquer et dont le Conseil d’État a souligné la potentielle inconstitutionnalité. Une nouvelle source de contentieux dans laquelle les antisémites eux-mêmes prendront un malin plaisir à s’engouffrer.
Le discours qui accompagne la PPL Yadan représente donc une dérive grave parce qu’il introduit un amalgame de fait entre nos concitoyens qui se considèrent comme juifs (ou qui sont considérés comme juifs par les antisémites) et la politique d’un État étranger dont ils ne sauraient être comptables. Si on est antisémite parce qu’on critique le gouvernement Netanyahu, parce qu’on estime que ce gouvernement commandite des actes à portée génocidaire (au hasard), on est mis dans le même panier que ceux qui prêchent la haine des juifs, et nos concitoyens de culture juive (réelle ou supposée) sont donc mis dans le même panier – malgré eux – que le gouvernement d’extrême droite israélien actuel, dont les actions sont particulièrement ignobles depuis deux ans et demi.
L’argumentaire de la PPL Yadan reproduit en miroir le délire des pires antisémites qui se déchaînent de façon redoublée. Depuis les massacres perpétrés le 7 octobre 2023 par le Hamas et ses alliés, depuis que la campagne honteuse dirigée par le gouvernement Netanyahu a conduit à la mort délibérée de dizaines de milliers de civils dans la bande de Gaza (sans compter le redoublement d’agressions et de nettoyage ethnique en Cisjordanie), les actes antisémites (de diverses natures) ont effectivement explosé et durablement : 589 en 2021 ; 436 en 2022 ; 1676 en 2023 (+280 %, quand dans le même temps l’augmentation des actes racistes – toute catégorie confondue, celle-ci comprise – étaient de 20 % sur l’année, ce qui est déjà effrayant), dont près de 1500 pour la seule période courant du 7 octobre à la fin de l’année 2023 ; 1570 en 2024 ; 1320 en 2025. On reste à un niveau très élevé sur plusieurs années ; le lien avec le conflit israélo-palestinien et la tension qu’il suscite au sein des sociétés européennes (le phénomène n’est pas strictement français, mais la France compte la communauté juive la plus importante du monde après Israël et les États-Unis d’Amérique) sont évidents, mais les outils juridiques français pour combattre le racisme et l’antisémitisme dans le pays sont déjà importants.
Quelle que soit la pseudo-motivation des actes et agressions antisémites, on peine à comprendre en quoi l’adoption de la PPL Yadan permettrait de réduire le nombre d’actes antisémites et de les réprimer plus qu’ils ne le sont aujourd’hui. En créant dans le droit français un lien intrinsèque entre nos concitoyens juifs et les gouvernements de l’État d’Israël, elle offre au contraire un beau camouflage aux antisémites (qui existent dans tous les milieux de ce pays, selon des traditions diverses et variées) et ajoute de l’eau au moulin des complotistes et des antisémites. Le climat ainsi créé, qui s’ajouterait au contexte actuel, favoriserait à coup sûr un plus grand nombre de passages à l’acte, en compliquant le débat politique et l’éducation populaire qui sont les seuls outils efficaces à long terme pour faire reculer l’antisémitisme.
Honte à elle qui dévoie un combat nécessaire et vital qui sera désormais dénoncé par un nombre abrutis croissants qui verront à chaque accusation d’antisémitisme un sombre complot surtout quand les accusations sont étayées… Je pense que ceux qui ont cosigné cette PPL pour de mauvaises raisons et sous le coup de l’émotion, sous le coup parfois de véritables attaques antisémites à leur égard, devraient se raviser… Nous avons besoin de retrouver la sérénité : le débat et l’adoption de cette PPL ou le débat sur la pétition font tout le contraire.
Les dérives de la campagne contre une PPL stupide
La PPL Yadan, si elle était adoptée pourrait d’ailleurs avoir des conséquences juridiques acrobatiques d’un point de vue politique et international. Comme le dit l’historienne Sylvie Anne Goldberg, dans un entretien publié vendredi 10 avril 2026 par Le Monde, « Avec la “loi Yadan”, c’est le statut de la mémoire et son rapport au temps politique qui sont en jeu ». Débattre du statut d’un Kurdistan indépendant pourrait s’avérer ainsi juridiquement risqué (nulle doute que quelques associations liées aux Loups Gris viendraient ainsi polluer le débat), de même que du statut de Taïwan (voulez-vous tester les relais de l’ambassade de Chine en France ?) ou de la réunification des deux Corées ou de l’Irlande (on trouvera bien des loyalistes extrémistes d’Ulster pour cela)… ironiquement, la Palestine étant reconnue en France, certaines officines du Likud ou des héritiers de Meir Kahane (comme la LDJ), pourraient alors peut-être poursuivies en France pour leur négation du droit des Palestiniens à un État… tout cela frise l’absurde : on ne peut remplacer le débat politique par les tribunaux et exposer notre pays à être le terrain de jeu de puissances étrangères.
Pourtant, j’ai lu et relu la pétition et j’y trouve trop d’ambiguïtés pour lui accorder ma signature malgré tout le mal que je pense du fond et de l’opportunité de la PPL Yadan. Je ne peux pas non plus cautionner les visuels qui accompagnent la pétition. On mesure ici à quel point la conjugaison des réseaux sociaux, devenus la poubelle du débat public, et de la création d’images assistée par l’intelligence artificielle, détériore la réflexion et l’échange.
À en croire les publications de nombreux promoteurs de cette pétition, le débat public en France ne devrait plus se structurer qu’autour du Proche-Orient. Cette posture implique d’importer dans notre pays, en faisant des amalgames, donc entre Français un affrontement qui est déjà horrible à 4h20 de vol d’ici. Depuis plusieurs semaines, j’ai pu constater la floraison d’arguments faisant l’amalgame entre le soutien de certains de nos concitoyens à cette PPL et une complicité ou une apologie de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité pouvant conduire à un génocide.
J’ai pu lire, dans le Val-d’Oise, dans l’Essonne ou ailleurs, que certains promoteurs de cette pétition dressent des listes de citoyens français à raison de leur nom et de leur origine juive supposée pour les traiter a priori de soutien de la PPL Yadan ou de soutien du génocide (y compris quand ces deux assertions sont fausses). Voilà bien un procédé antisémite pur et non faussé. Croyez-vous qu’après l’explosion des agressions antisémites en France depuis octobre 2023, cette façon de procéder à de tels amalgames, de telles dénonciations (les listes diffusées sur les réseaux sociaux étaient publiques) puisse rassurer nos compatriotes ? Croyez-vous que si certains parmi eux ont pu être des soutiens de la PPL Yadan, ces méthodes qui sont similaires aux pires campagnes antisémites qui ont pu avoir lieu dans notre pays, contribueront à les convaincre de leur erreur d’analyse ?
Le débat public en France doit-il sombrer dans une assimilation d’un seul de nos concitoyens aux crimes d’un gouvernement du fait de son identité culturelle, religieuse, sociologique réelle ou supposée, doit-on suivre ceux qui argumentent qu’on est complice de criminels du fait de son attachement à l’existence d’un État juif ? La façon dont est conduit le débat dans notre pays sur le sujet frise l’absurdité vétéro-testamentaire : un dieu vengeur vous fera payer pour les fautes d’un cousin imaginaire et sur mille générations. À la fin, il ne pourrait en rester qu’un… Car derrière tout cela, traîne l’idée de la négation de la solution à deux États, l’idée qu’il ne faut plus qu’un seul État de la mer au Jourdain : entre Rima Hassan, protégée de l’ancien régime familial El-Hassad, et Bezalel Smotritch ou Itamar Ben Gvir, héritiers des commanditaires de l’assassinat d’Yitzhak Rabin, l’écart n’est pas celui des discours mais du camp, l’une comme les deux autres (et quelques uns avec eux tous) prônent la négation de l’humanité commune. L’autre différence, c’est que les deux ministres suprémacistes sont au pouvoir et qu’on peut espérer que la députée européenne n’y accédera jamais. Mais les uns comme les autres nous promettent pour longtemps un déferlement de boue et de sang, si on leur laisse les mains libres.
Voilà ce qui m’effraie dans la façon de conduire le débat aujourd’hui et d’aller chercher ailleurs les référentiels qui y président : c’est un ferment de guerre civile, de fracturation durable de la communauté nationale, de négation complète de ce que porte l’idéal de la République française, de cette nation politique qui se moque bien de vos origines ou de votre religion pourvu que vous souhaitiez être un(e) citoyen(ne) sincère (du principe à son exécution, la marge reste importante).
Une dernière question aux lectrices et aux lecteurs : trouvez-vous normal que les deux tiers des questions auxquelles j’ai eu à répondre sur les réseaux sociaux pendant la campagne des élections municipales, c’était pour savoir si je niais un génocide, si je le soutenais ou si j’étais pour la loi Yadan ? La place des sujets quotidiens des habitants : un tiers… Voilà je crois la démonstration que l’excès frôle souvent de près la bêtise et que ce n’est pas avec de telle méthode qu’on rassemblera une majorité de nos concitoyens pour battre les fascistes, arriver au pouvoir, transformer le pays, faire reculer le racisme et les discriminations et surtout travailler à l’égalité républicaine vraiment pour celles et ceux qui subissent toutes les défaillances de notre société.
Frédéric Faravel (merci aux conseils de Damien Vandembroucq et Laurent Miermont)
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