communiqué de presse de la gauche républicaine et socialiste – mardi 4 novembre 2025, 15h00
Aujourd’hui, l’enseigne de fast fashion Shein est sur le point d’ouvrir des points de ventes dans plusieurs villes françaises. La Gauche Républicaine et Socialiste se joint aux voix de ceux qui dénoncent la validation active et passive d’un mode de consommation nuisible à l’environnement, aux entreprises françaises, et à la qualité des produits.
Shein et d’autres plateformes du même type (AliExpress, Temu ou Wish notamment) représentent l’aboutissement du capitalisme mondialisé, débridé et amoral : tout est marchandise et le scandale, dévoilé hier, des poupées pédopornographiques initialement mises en vente démontre s’il en était besoin que cela n’a posé problème à ces entreprises uniquement parce que cela a été médiatiquement dénoncé. Shein et les entreprises similaires ont été plusieurs fois sanctionnées ; il a été démontré à plusieurs reprises que la majorité des produits qu’elles distribuent représentent un danger pour le consommateur ; mais elles joueront sur l’absence de réelle volonté politique pour protester de leur bonne foi, retirer les produits incriminés, mieux camoufler leur prochain forfait et ne pas être interdits sur les marchés français et européens.
Shein produit et distribue vêtements et artefacts produits en Chine dans des conditions sociales et environnementales catastrophiques, transportés jusqu’en Europe dans des cargos polluants, et noyant le marché sans qu’aucune protection soit apportée aux commerçants, artisans et industriels français qui respectent la réglementation favorable aux consommateurs, travailleurs, et à l’environnement. Tout cela plaide pour interdire formellement la vente en ligne, comme en boutique, de produits qui ne respectent pas strictement les normes européennes.
Toutefois, lutter contre Shein ne sera pas suffisant si on ne s’attaque pas directement aux problèmes qui ont permis son implantation. L’appauvrissement généralisé des Français, et le libre-échange forcené de la commission européenne font que s’ils disparaissent, un autre les remplacera. La Gauche Républicaine et Socialiste dénonce toutes les personnalités complaisantes qui, comme Christophe Castaner (par avidité) ou comme Philippe Aghion – ce matin encore sur France Culture –, osent avec indécence expliquer que ces plateformes sont une réponse utile au problème de pouvoir d’achat et de faibles rémunérations des catégories populaires en France et en Europe.
La Gauche Républicaine et Socialiste appelle le gouvernement à s’opposer fermement à l’installation de magasins Shein et fast fashion sur le territoire, mais également à se battre pour augmenter les salaires et à combattre le libre-échange imposé par la Commission Européenne.
La Chine bouge. La République Populaire de Chine, gouvernée depuis 1949 par le Parti Communiste Chinois, berceau du « Grand Bond en Avant » et de la « Révolution Culturelle », qui ont émoustillé les esprits gauchistes petit-bourgeois des années 1960, mais aussi celle de Deng Xiao Ping qui fit le choix d’un mode de développement capitaliste débridé sous la tutelle totalitaire du PCC, la Chine du contrôle social numérique le plus avancé de la planète serait-elle enfin prête à adopter un véritable modèle de protection sociale ? Or ces progrès sociaux en germe, qui marquent une rupture avec le modèle dominant jusque-là, inquiète une partie de la population.
Ces derniers mois, les autorités chinoises ont annoncé plusieurs mesures visant à améliorer le sort des salariés en matière de salaires et de protection sociale, dans un pays où beaucoup d’ouvriers vivent et travaillent toujours dans des conditions précaires : or ses évolutions sociales sont souvent mal perçues dans les entreprises, y compris chez les salariés.
La Chine est aujourd’hui la deuxième économie mondiale, une puissance qui rivalise avec les États-Unis d’Amérique et est en train de subjuguer économiquement l’Union Européenne, mais c’est aussi un pays qui vient très récemment de renoncer officiellement aux avantages conférés au sein de l’Organisation Mondiale du Commerce par le statut de pays en développement tout en continuant à revendiquer d’être un pays à revenu intermédiaire faisant toujours partie du monde en développement.
En République populaire, tout le monde ne profite pas de la croissance de la même manière, loin de là. Il y a toujours de grandes disparités sociales, un énorme fossé même entre les provinces les plus riches et les plus pauvres. Il y a donc un rattrapage à opérer, et c’est l’une des raisons qui a poussé le gouvernement central à lancer cet été une vague sans précédent d’augmentation du salaire minimum afin d’inciter les travailleurs les moins payés à consommer davantage, car depuis plusieurs années les gouvernements de Xi Jinping ont compris que l’empire du Milieu ne pourrait pas tenir uniquement avec un modèle consacré essentiellement à l’exportation.
En Chine, le salaire minimum est fixé de manière autonome par chaque province ; la moitié d’entre elles a donc suivi les directives nationales et a commencé à annoncer des augmentations. À Pékin, par exemple, le salaire minimum mensuel est passé au 1er septembre 2025 de 334$ à 350$.
C’est dans ce contexte de rattrapage, que l’exécutif central veut aussi imposer une meilleure protection pour les travailleurs chinois. Avant l’été, le gouvernement central avait incité les sociétés de livraison à payer les cotisations sociales pour des millions de livreurs qui parcourent jour et nuit les grandes villes chinoises et qui, jusqu’ici, n’étaient pas affiliés à la sécurité sociale. Une première étape donc, suivie le mois dernier d’une décision judiciaire nationale : la Cour Suprême a fait savoir que, désormais, toute activité professionnelle devait obligatoirement faire l’objet de paiement de cotisations sociales par le patron et aussi le salarié, pour permettre à ce dernier de bénéficier d’une protection sociale.
Étonnamment, ces évolutions sociales ne font pas l’unanimité. Du point de vue des entreprises, ces évolutions vont engendrer des coûts supplémentaires, qui arrivent à un moment où l’économie chinoise est en difficulté et où les entreprises ont déjà tendance à licencier. Ces dépenses supplémentaires pourraient les inciter à réduire encore plus leurs effectifs. Du côté salarié, les cotisations sociales obligatoires sont aussi mal vécues, parce que cela vient remettre en cause de vieilles habitudes dans les usines chinoises, où souvent, patrons et ouvriers s’entendent ensemble pour ne pas payer de cotisations sociales des deux côtés – la notion de « salaire différé » n’a visiblement pas la cote en Chine où les salariés préfèrent affronter une forme de précarité sociale et sanitaire sans faire de différence entre salaire brut et salaire net : une situation qui en dit beaucoup sur la réalité politique du communisme chinois et les fantasmes qu’il a nourris.
En France, ce fonctionnement serait qualifié de travail dissimulé, mais en Chine, cela fait partie des usages : il n’y a pas de sanctions et parfois même l’ouvrier et son patron signe un papier sur un coin de table pour officialiser la chose.
Avec la décision de la Cour Suprême, les employés devraient progressivement avoir, certes, une vraie protection sociale, mais ils y voient d’abord et surtout la cotisation qui va leur faire perdre du pouvoir d’achat immédiat : 60 € environ sur un salaire mensuel de 600 €. Ce n’est pas négligeable quand le progrès social à marche forcée montre ses limites en Chine et où l’État communiste est toujours loin d’avoir tenu sa promesse d’un avenir radieux pour le prolétariat des usines – sans parler de celui des champs.
La Commission européenne adopte une approche protectionniste pour préserver sa filière sidérurgique, gravement menacée, notamment par l’afflux d’acier chinois à prix cassé. Mais une politique vraiment ambitieuse de réindustrialisation n’est pas pour autant à l’ordre du jour à Bruxelles, selon le député Gauche républicaine et socialiste Emmanuel Maurel.
La Commission européenne s’apprête à doubler les droits de douane sur l’acier, selon le quotidien britannique The Financial Times : 18,3 millions de tonnes d’acier seront toujours exemptées de taxes, soit moitié moins qu’auparavant. Au-delà de ce quota, l’acier sera imposé à 50 %, contre 25 % jusqu’ici.
« Le marché européen de l’acier devient un marché domestique », défend Stéphane Séjourné, commissaire européen à la stratégie industrielle. Avec ce plan, Bruxelles répond aux inquiétudes des producteurs d’acier en Europe, qui alertent depuis de longs mois sur la situation catastrophique du secteur. « Il s’agit de la première véritable mesure visant à soutenir notre secteur et à soutenir des emplois de qualité en Europe. Mais il faut aller plus loin ! », a déclaré Axel Eggert, directeur général d’Eurofer, l’association européenne de l’acier.
Le plan doit encore être voté par le Parlement européen et ratifié par les États membres. Il s’applique aux importations d’acier, mais cible en particulier la Chine, qui depuis la fermeture du marché américain redirige sa production vers l’Europe. Député Gauche républicaine et socialiste (GRS) Emmanuel Maurel, réagit à ces mesures auprès de Marianne.
Marianne : L’Union européenne dévoile son plan pour protéger le marché européen de l’acier chinois. C’est un tournant protectionniste majeur ?
Ce n’est pas du tout un tournant protectionniste majeur. Ursula von der Leyen vient de négocier avec Donald Trump un accord commercial qui est d’une veine tout sauf protectionniste. C’est un accord déséquilibré et inégalitaire pour l’Europe. La Commission européenne communie dans la religion transatlantique, mais ça porte atteinte aux intérêts fondamentaux de l’Europe. Ils épousent le récit américain sur la Chine. Ce faisant, ils n’ont pas tort sur tout, la Chine s’adonne en effet à une politique de prix cassés. Mais les États-Unis sont eux aussi agressifs sur plusieurs points, et cela ne doit pas être oublié.
Il y a eu aussi le Mercosur. Pour la sidérurgie européenne, il y a un sursaut, parce que c’est une question de survie pure et simple. On est à un point où les signaux d’alerte ont été dépassés. La menace pèse sur une branche qui représente 25 000 salariés en France. ArcelorMittal et ThyssenKrupp, les deux géants du secteur en Europe, sont dans une situation très problématique. De nouvelles fermetures d’usines porteraient un coup fatal à notre développement économique et à notre souveraineté. En ciblant l’acier, la Commission européenne s’est contentée de parer au plus pressé. L’industrie a été frappée de plein fouet par une trop grande ouverture des marchés européens, l’augmentation des droits de douane américains et les surcapacités chinoises, qui inondent le marché de produits à prix cassés.
Cela sera-t-il suffisant pour sauver l’acier européen ?
Non, c’est loin d’être suffisant. Il faut réformer le Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF). Il faut créer un label acier vert européen et réformer le fonctionnement des marchés publics européens pour favoriser l’acier produit en Europe. Ensuite, on ne fera pas l’économie d’investissements colossaux dans ce secteur. L’industrie sidérurgique est clé pour tous les secteurs, en particulier celui de l’automobile, qui connaît une rétraction violente à travers l’Europe. Il faudra aussi agir sur les prix de l’énergie, puisqu’avec les matières premières, elle représente une très grande part du coût de production de l’acier. Le marché européen de l’énergie n’est pas calibré comme il faudrait. Tous ces éléments font qu’on est encore loin d’une politique donnant réellement la priorité à la réindustrialisation de l’Europe. Il y a un petit bougé, alors qu’il faut une grosse inflexion.
Des industriels du secteur textile se sont plaints également des surcapacités chinoises. L’approche souverainiste pourrait-elle être appliquée à d’autres secteurs ?
Pour l’instant, le textile n’est pas une priorité européenne. Pas plus que française d’ailleurs. Ce qui explique la relative mansuétude à l’égard des enseignes de fast fashion, je pense à Shein, à Temu et aux autres. Je pense qu’il y a des opportunités pour relancer le secteur textile français. Nous pourrions développer une offre performante et écologique, mais il faudrait des investissements et des mécanismes de protection commerciale pour la soutenir. Sur d’autres secteurs, comme l’agriculture, la Commission européenne ne fait pas non plus le choix de la souveraineté. L’Union européenne, comme d’habitude, aveuglée par son idéologie, est sourde aux alertes qu’on exprime depuis plus de dix ans. Quand la crise arrive, ils comprennent enfin qu’il faut infléchir. Je suis évidemment pour, mais ça vient très tard ! Il y a des sacrés dégâts, il faut redoubler d’effort pour construire reconstruire un tissu industriel puissant.
Je pense que la mobilisation pour la sidérurgie française devrait être transpartisane. L’enjeu de décarbonation des hauts fourneaux est colossal, le montant des investissements nécessaires est immense. C’est une question de mois avant qu’il soit trop tard. Or, on ne peut pas accepter que la France se retrouve dépourvue d’industrie sidérurgique. Quels que soient les blocages au niveau politique, il faut être capable de construire une stratégie d’investissement de long terme dans ce domaine. Il faut arrêter d’être dogmatique sur les règles du libre marché, dans un monde où les règles ne sont pas respectées par les autres.
Après la publication d’un podcast sur la Radio « Français dans le monde« , notre camarade franco-berlinois Mathieu Pouydesseau revient dans cet article avec une analyse détaillée des résultats des élections législatives fédérales du 23 février 2025, de leurs causes et de leurs potentielles conséquences. Il propose quelques pistes pour sortir de l’ornière.
Le peuple allemand, convoqué à des élections législatives anticipées le 23 février 2025, a répondu massivement. 83% des inscrits ont voté, soit le plus fort taux de participation de l’histoire de l’Allemagne réunifiée, supérieur au record enregistré sous la RFA en 1987 !
Jamais le résultat de ces élections n’aura été aussi incontestable dans la légitimité accordée aux députés siégeant au Bundestag.
Le résultat en pourcentage voit la droite, constituée des deux partis CDU et CSU, l’emporter avec 28,6%. La CSU n’est présente qu’en Bavière, où la CDU ne présente pas de candidats. Le candidat conservateur à la chancellerie, Friedrich Merz, a reçu les félicitations des autres présidents de partis qui lui ont reconnu la légitimité de constituer une coalition.
La coalition sortante SPD-Verts-Libéraux (FDP) s’effondre, totalisant à peine 32,3% des suffrages. Le FDP disparaît du Bundestag en manquant le seuil des 5%. L’ancien ministre des finances Lindner a annoncé son retrait de la vie politique.
Les verts résistent mieux que leurs partenaires de coalition mais perdent au profit des Linke une partie de l’électorat féminin et de moins de 30 ans.
L’extrême droite double son score, tant à l‘Est qu’à l‘Ouest, où, avec 17,7% elle fait jeu égal avec le SPD et remporte certain de ses anciens bastions. Les classes ouvrières et salariées ont voté AfD plutôt que SPD.
Les Linke connaissent une renaissance inattendue, fondée sur une campagne politique sur le thème du pouvoir d’achat, et de la fin de la « règle d’or » pour permettre des investissements, ainsi qu’une identification forte à l’antifascisme.
La majorité est à 316 sièges. La droite et le SPD ont la majorité absolue ensemble. Les dirigeants conservateurs multiplient les appels du pied au SPD pour entrer en négociation de coalition. Ils ont exclus l’autre coalition majoritaire, avec l’extrême droite.
Le SPD est choqué par sa défaite. Le futur nouveau patron du groupe parlementaire, Lars Klingbeil, a déclaré que la participation du parti au gouvernement « n’était pas automatique. »
Analyse politique des résultats
La droite l’emporte avec un score décevant, son deuxième plus mauvais score depuis 1949, le pire ayant été en 2021. Friedrich Merz, un homme sorti des années 1980, rival malheureux de Merkel en 2005, néo-libéral à la pensée archaïque, va donc devenir chancelier. En janvier, il a fait voter ses troupes avec l’extrême droite sur des résolutions sur l’immigration, brisant le « mur républicain » autour de celle-ci pourtant établi depuis 1949. Il a annoncé un agenda de coupes drastiques dans le système social et les dépenses publiques, tout en reconnaissant le déficit d’investissements. Il fait partie des théologues croyant à la « règle d’or » comme à une règle divine.
Celle-ci empêche les États de mobiliser l’épargne accumulée par l’investissement, financé par l’emprunt. Or, les mêmes refusent aussi de mobiliser l’épargne des riches par l’impôt. Face à cette contradiction, il ne reste plus qu’à baisser les dépenses. On a vu en France l’échec de cette politique avec des déficits budgétaire et commercial abyssaux.
L’extrême droite AfD double son score et submerge l’Allemagne de l’Est. Ce serait une erreur de croire que l’AfD est un parti régionaliste : elle rassemble presque 18% des suffrages à l’Ouest et y fait jeu égal avec le SPD. Elle y gagne d’ailleurs deux circonscriptions. Elle a proposé une coalition à la droite ; Merz l’a refusé en nommant comme divergences insurmontables l’Ukraine, le soutien à Poutine, le rejet de l’Euro et de l’Union Européenne.
Carte des circonscriptions allemandes, partis arrivés en tête
Le SPD s’effondre à son pire score depuis … mars 1933. Le chancelier sortant Scholz a exclu participer aux négociations de coalition ou à un gouvernement. Son destin au sein du parti reste flou. Boris Pistorius, le ministre de la défense, beaucoup plus populaire, pourrait récupérer la présidence et le rôle de vice-chancelier en cas d’alliance avec la droite.
Les Verts font mieux que prévus mais reculent par rapport à 2021. Le ministre écologiste sortant de l’économie, Habeck, n’a pas cherché à mobiliser les troupes venues de Friday for Future1, fortement mobilisées contre l’AfD et la complaisance de Merz, pour ne pas abîmer la possibilité d’une participation au gouvernement. Le résultat cependant ouvre la voie à une majorité sans les Verts.
Les Linke sont littéralement réanimés par la tentation de Merz de rompre le mur républicain isolant l’AfD. Ils ont récupéré l’électorat jeune, activiste pour le climat, mobilisé cette fois-ci contre l’extrême droite et la tentation de Merz de s’allier avec elle. Les verts, en refusant d’exclure gouverner avec Merz, ont perdu surtout dans cet électorat. Les Linke ont su aussi apprendre du départ de Wagenknecht et mener leur campagne sur les sujets du pouvoir d’achat et des investissements.
Le parti de gauche conservatrice BSW manque l’entrée au Bundestag de peu, à 4,972% pour un seuil minimum à 5%. Cruauté des soirées électorales ! C’est un échec cuisant, suite à une stratégie inaudible depuis septembre, abandonnant les questions économiques pour suivre l’AfD sur le rejet de l’aide à l’Ukraine et sans d’ailleurs se distancer d’eux sur les questions migratoires. Ils n’ont pas bénéficié du rebond antifasciste de la jeunesse allemande.
Le FDP du libéral Lindner, qui a saboté le travail du gouvernement pendant trois ans et organisé sa chute en septembre, est lourdement sanctionné et disparaît du Bundestag.
L’AfD s’impose comme le parti des classes populaires inquiètes de l’avenir, mais aussi ébranlées par des années de stabilité salariale à la baisse, l’augmentation des prix et des loyers. Si la droite chrétienne démocrate conserve un volant populaire, le SPD a perdu cet électorat au profit de l’AfD.
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Quel nouveau modèle allemand ?
Dimanche soir, lors de la traditionnelle émission politique où se retrouvent tous les patrons de partis représentés au Bundestag, M. Söder, le président du parti bavarois CSU, composante de la droite victorieuse, disait ceci : « Le vieux modèle économique allemand est terminé, le modèle de l’immigration économique est terminé ». Le constat est devenu consensuel en Allemagne : le « modèle allemand » est en échec. Les conséquences à en tirer divergent très fortement, le seul parti étant finalement incapable de formuler une réflexion cohérente, le SPD, subissant une défaite historique.
L’autre parti s’accrochant encore à la « règle d’or » et au « modèle » des exportations au prix de la baisse des salaires, le FDP, n’est même plus représenté au parlement.
La crise du modèle allemand a fait l’objet de plusieurs de mes analyses. Je rappellerai ici les articles suivants, récents :
La crise politique allemande, conséquence de la crise sociale, s’aggrave avec le résultat des législatives anticipées, et menace d’emporter l’Union Européenne.
Pourquoi l’Europe en crise voit la montée du populisme nationaliste ?
Le moteur économique de l’Union Européenne entre 2009 et 2019, l’Allemagne, n’a depuis plus connu de croissance. Ce sont six années de stagnation qui ne s’expliquent pas seulement par le Covid ou la guerre d’agression russe en Ukraine. Le PiB est en 2024 au niveau de 2019. L’industrie s’effondre. Un institut a prédit la troisième année de récession pour ce pays en 2025.
En janvier 2025, la droite allemande a poussé au Bundestag un texte sur l’immigration, comme si ce sujet était l’urgence économique de l’heure, pour le faire voter par l’extrême droite et les libéraux. C’est la première fois que le cordon républicain isolant l’extrême droite allemande depuis son retour au Bundestag en 2017 se fissure. L’ancien président du consistoire des juifs d’Allemagne a démissionné de ce parti, l’ancienne chancelière Merkel a critiqué le parti.
Madame von der Leyen ne s’est pas distanciée de son camarade de parti Merz. Elle a déjà mené des actions avec une partie de l’extrême droite européenne depuis sa nomination pour un second mandat à la commission, et a marginalisée les tenants d’un fédéralisme politique – les macronistes français – comme ceux tenants d’une Europe sociale.
Elle souhaite disposer des coudées franches pour une pratique autoritaire de son pouvoir, elle est animée d’un profond mépris pour la France, par une vision idéologique des problèmes, d’une absence totale de décence et de morale, et promeut plus que jamais la mise en place de réformes libérales néfastes et stupides pour l’économie.
Elle s’apprête à rentrer dans l’histoire au côté du chancelier Brüning, cet idéologue de l’équilibre budgétaire qui en pleine crise économique de 1929 décida de rompre avec le centre gauche, de diriger sans majorité parlementaire, de couper les crédits et les salaires, aggravant encore la crise et favorisant la montée du parti nazi, pourtant marginal jusqu’en 1929.
Sauf qu’en 2025, l’extrême droite est déjà présente dans sept gouvernements européens.
L’échec économique et social, l’échec culturel, l’échec politique
L’Union Européenne connaît en 2025 des perspectives de croissance médiocres. Les instituts les plus optimistes prévoient une stagnation. Les causes de cette crise sont connues : les prix de l’énergie sont trop hauts, la demande intérieure des ménages et des entreprises trop basse.
Les Européens n’ont pas assez d’argent pour consommer. Ceux qui ont de l’argent l’épargnent au lieu de consommer. Leur épargne n’est pas investie en Europe, elle est investie à l’étranger, ne créant aucune demande en Europe.
Les Européens qui n’ont pas d’argent pour consommer ont vu l’envolée des prix de leurs logements, et de leur transport et la dégradation de leurs services publics. Leur qualité de vie se dégrade depuis que l’Europe est en excédent commercial.
La banque centrale européenne a, d’après tous les analystes, monté les taux d’intérêts trop haut, les y a maintenu trop haut trop longtemps, et les baisse trop peu, trop lentement. Il y a six mois, l’ancien patron de la banque centrale européenne Mario Draghi a présenté un rapport sur la perte de productivité européenne et le décrochage économique de l’Europe depuis 2010. Il y conclut que l’Europe manque d’investissements. Il y fait aussi, prisonnier de son idéologie, des recommandations de dérégulation sauvage et de privatisation de services publics, sans s’attaquer aux déséquilibres réels de l’économie européenne.
Madame von der Leyen, avec le soutien de l’extrême droite, pousse uniquement le chapitre des dérégulations. Elle conclut seule, sans demander aux chefs de gouvernement ni au parlement, des accords de libre échange prolongeant le mercantilisme européen.
L’erreur est humaine, la répéter diabolique
Les États Unis ont mené au sortir de la crise de 2020 une politique très différente de l’européenne. Voilà une économie qui a depuis 2010 laissé l’Europe loin derrière et qui génère d’énormes capacités d’investissement et d’innovations. Pourtant, le déficit public américain, c’est 6,3% du produit intérieur brut. Pourtant, la dette publique US, c’est 123% du PIB. Pourtant, le déficit commercial américain, c’est l’équivalent de 3% du PIB. D’après les doctrines économiques européennes, les États-Unis devraient être mis sous “troïka” et mener une politique de réduction drastique des salaires pour « rétablir ses comptes ».
Les États Unis ont financé leur différence de croissance avec l’investissement public, laissant loin derrière la vertueuse Europe. Il y a une corrélation, positive, entre dette et croissance.
La Chine fait la même politique que les États Unis pour rattraper et dépasser l’Union Européenne, bien trop restrictive même en accumulant des excédents commerciaux.
La crise américaine est une crise des inégalités économiques, et non sociales ou culturelles. La prospérité non partagée amène l’orage, toujours.
L’arrivée au pouvoir des démocrates s’accompagne de politiques déflationnistes contre l’inflation, touchant en premier lieu les salaires des classes populaires. Les inégalités sociales s’y aggravent et la prise de pouvoir médiatique et politique des oligarques s’accompagne d’une dégradation du débat public, sur des agendas de boucs émissaires. La bourgeoisie démocrate, incapable de s’unir aux syndicalistes et aux classes populaires – car cela signifierait augmenter leurs impôts et réduire leurs privilèges économiques – sera incapable de défendre la démocratie.
Les démocrates ont été incapables, en 2023 et en 2024, de prendre des mesures concrètes de soutien du pouvoir d’achat des américains. La politique de la banque centrale, la “Fed”, a joué un grand rôle en privant de l’accès au crédit à la consommation et au crédit immobilier des millions d’Américains. Or, l’accès au crédit est aux États-Unis le principal stabilisateur social et il est en crise. Joe Biden, qui conservait des éléments de keynésianisme, a été remplacé par Kamala Harris pour mener une campagne sur des sujets culturels principalement.
Trump est en train de mettre en place une politique de « mise au pas », de “Gleichschaltung”, de l’ensemble de l’État et de la société. C’est un coup d’État aux apparences de légalité. Ceux qui pensent pouvoir corriger ces effets en 2026 se trompent : les élections américaines de 2026, au mieux, ressembleront sans doute à celles de mars 1933 en Allemagne : un climat de violence, d’intimidation, et de réduction de la liberté de la presse.
Différentiel de vote entre scrutin sur l’avortement et score de Trump/Harris
L’électeur américain a ainsi voté dans de nombreux États à la fois pour l’augmentation des salaires minimums, des aides sociales et pour le droit à l’avortement, et en même temps, pour Trump, dont la principale promesse est de garantir le retour de la prospérité pour tous les Américains – “les vrais Américains”.
Les pertes de voix de Harris dans des électorats populaires s’accompagnent du maintien de la mobilisation des bases sociologiques trumpistes. La guerre culturelle approfondit les clivages et empêche de reconquérir l’électorat populaire passé à Trump en 2016.
Malgré ces énormes défis politiques, et les conséquences pour l’Europe, l’économie américaine était en bien meilleure position en faisant l’inverse de l’Union Européenne : soutien de la demande par la dette publique et l’investissement, transferts des gains économiques en investissements privés, innovation par la recherche publique monétisée par le privé.
Cependant, le libertarisme idéologique des oligarques américains est en train de détruire un à un ces ressorts de la prospérité américaine. Dans ces conditions, les oligarques auront besoin d’une autre manifestation indissociable des régimes ultra-capitalistes : la guerre, civile ou extérieure.
L’urgence en Europe, c’est reprendre le contrôle de notre économie
Le problème européen, ce n’est pas le recours à une immigration du travail, qui n’est qu’un symptôme d’une erreur plus large. Le problème européen, c’est d’avoir tout subordonné à l’idéologie de la compétitivité.
Car celle-ci a un autre nom : la déflation. Nous avons dévalué depuis plus de 20 ans nos salaires, nos services publics, nos investissements. La valeur du capital financier, comme celui du capital immobilier, a augmenté considérablement. Le but était d’être compétitif pour vendre plus de biens et de services au reste du monde que ce que nous voulions lui acheter. Cela s’est fait en réduisant nos capacités d’acheter, le prix du travail devant baisser.
Or, le monde a appris à produire ce que nous produisions et à détester les philosophies morales et politiques inventées en Europe. Nous ne sommes plus ni un partenaire commercial à la même hauteur, ni une puissance militaire respectée, ni un modèle intellectuel et culturel, nous devenons la nouvelle proie.
Au cœur de la sécurité européenne future se trouve d’abord un énorme effort d’investissement public.
Mais les classes politiques dominant les grands pays d’Europe n’en veulent pas. Myopes, soumises aux théories qui nous conduisent à un échec depuis 20 ans, incapables de se remettre en cause même face aux faits les plus brutaux, elles veulent continuer à servir une accumulation de capital stérile et vaine.
Tous les peuples européens ont les mêmes intérêts. Chaque Nation en Europe est solidaire par sa situation géographique, son histoire, son héritage issu des Lumières. Les Européens ont mené leur émancipation de religions obscurantistes, meurtrières en millions de victimes, de systèmes de féodalité les asservissant, de régimes autoritaires et héréditaires méprisant le droit et l’utilisant pour imposer les inégalités de naissance et de condition. L’Europe a créé un système pour ne plus asservir : la démocratie sociale, avec un État providence, acceptant la décolonisation, renforçant le système des organisations internationales.
Depuis les années 1970, des forces employant à tort le mot de « libéralisme » ont cherché à détruire tout ce qui a été construit en 1945 pour empêcher le retour des fascismes, au nom des « énergies libres du capitalisme », de la compétitivité, de la productivité, de l’efficacité. C’est ce mouvement qui est à sa fin décadente.
Il est temps de revenir à une période de solidarité, de réconciliation entre Européens, de reconstruction sur la base des philosophies de la raison. Les États-Unis sont perdus. Ils vont devenir le siège d’une pieuvre fasciste cherchant à détruire l’idée même de solidarité. Mais les droites européennes sont tentées d’abandonner toute morale, tout sentiment chrétien, toute compassion, pour quelques billets verts et quelques jouissances du pouvoir.
L’Europe n’a pas besoin de dérégulation et d’abandon supplémentaire à des lois du marché conçues pour un être humain amoral, égoïste, et immortel, c’est-à-dire, diabolique.
L’Europe a besoin d’un projet d’investissement commun, de l’abandon des bureaucraties myopes des ordolibéraux qui croient que l’état doit contrôler l’efficacité du marché à coup de normes, d’une mobilisation de l’épargne par emprunt, et la mobilisation des gains injustifiés des profiteurs de la guerre en Ukraine et de l’inflation par l’impôt confiscatoire sur les milliardaires.
Cette campagne de mobilisation doit reconstruire notre demande intérieure. Pour que les machines allemandes alimentent les industries françaises et non chinoises. Pour que les Allemands puissent consommer de la haute qualité en vêtements et en nourriture française et non du low cost Bengalais ou chilien.
En France, le budget adopté est le plus stupide de notre histoire depuis 1788. l’effondrement des recettes en 2023 s’est accéléré en 2024 et ne s’arrêtera pas en 2025. Car les recettes dépendent directement de la croissance.
Or, depuis 2023, d’après la plus récente note de l‘Insee, l’épargne ne s’investit pas, ni ne se consomme, et le pouvoir d’achat s’effondre. Seule les dépenses de l’État alimentent encore un peu la croissance. Et, le pays cessant de produire pour lui-même, les importations continuent d’augmenter, obligeant le pays à s’endetter.
Et que va faire ce budget ? Casser le seul moteur de la faible croissance, stopper les investissements, et ne rien faire pour la sécurité géopolitique du pays.
Voilà où j’attends la gauche, et non dans les disputes sur le « sexe des anges » au sein de la coalition électorale actuelle. Je constate que celles et ceux qui partagent mes constats et mes solutions sont systématiquement « silencés », tant dans les médias que par ces gauches médiocres.
Le triomphe de la folie n’est cependant pas inéluctable. Nous avons, dans notre histoire européenne, vaincu plusieurs fois la folie. J’ai espoir.
Rappels et perspectives pour notre avenir
Qui se souvient de 2013 ?
J’avais alors mis en garde sur la montée de l’extrême droite allemande au moment du scrutin législatif. J’avais posé l’idée que sans renversement des logiques budgétaires et économiques, les extrêmes droites européennes prospéreraient. J’avais notamment regretté que les logiques de « compétitivité » et de concurrence entre les économies nationales au sein du marché unique entraînaient de force un appauvrissement des classes populaires. J’avais enfin écrit que la culture démocratique était en danger.
2013 était une fenêtre de tir historique. Elle fut manquée. L’histoire ne repasse pas les plats. Les conséquences de nos myopies doivent être assumées.
En 2025, l’Europe fait face à l’abandon de l’allié américain. Celui-ci veut partager le monde directement avec la Chine et la Russie. Les alliés idéologiques argentins ou indiens seront sans doute associés. L’Europe, vue comme le maillon faible, est la proie.
Dimanche soir, au débat télévisé entre présidents de partis allemands, l’atlantisme allemand, qui justifiait de mépriser la France tout au long des années Merkel et Scholz, a commencé à se fissurer. Le patron des écologistes, Habeck, a constaté que les États-Unis de Trump se plaçaient du côté des adversaires des valeurs de l’universalisme européen. Merz, le futur chancelier chrétien-démocrate, a aussi fait le constat que l’alliance américaine était finie, à la surprise de nombreux observateurs.
Seul Scholz, le chancelier sortant du SPD, s’accrochait encore à l’Otan comme un outil pertinent de sécurité.
Merz est un homme des années 1980. Âgé de 69 ans, passé par un fonds d’investissement américain où il a fait fortune, il n’a pas de réflexion profonde sur la crise actuelle, reprenant le prêt à penser mainstream qui unit l’extrême droite, la droite et le centre : « il faut baisser les dépenses publiques, réduire les impôts des riches, baisser les cotisations et les prestations des pauvres, réduire les salaires pour rester compétitif. Il faut fermer les frontières. Il faut expulser. Et par miracle, la demande déprimée, l’investissement partant aux États-Unis plutôt qu’en Europe, la croissance repartira ». C’est de la pensée magique. Mais la crise américaine pourrait entraîner des révisions drastiques des dogmes mainstream.
Sinon, on connaît le scénario : la crise économique et sociale s’aggrave, la vulnérabilité géopolitique augmente, la droite prend panique et s’allie à l’extrême droite.
Les gauches européennes ont encore une fenêtre de tir.
Il faut réfléchir ensemble à trois sujets :
1. Quelle transformation du modèle économique européen est elle nécessaire, pour que notre demande absorbe notre production et réduire notre dépendance à la demande internationale. En créant une demande européenne interne, nous soutiendrons notre production, des emplois à haute valeur ajoutée, une progression du pouvoir d’achat. Cela passe par l’investissement public, la fin des règles d’or.
2. Quelle transformation de notre système de défense et d’alliance est nécessaire pour garantir notre sécurité géopolitique et intérieure ? L’OTAN ne joue pas ce rôle. L’allié américain n’est pas fiable, et trahit l’alliance. La dépendance aux technologies américaines est un poison.
3. Quelle transformation de notre rôle culturel et médiatique souhaite t-on ? Cela implique retrouver une souveraineté sur nos espaces publics, médiatiques, technologiques et investir massivement dans la science et la raison, alors que Trump est en train de tuer la recherche scientifique aux États-Unis.
C’est ce à quoi je souhaite m’employer.
Mathieu Pouydesseau
Friday for future : mouvement lancé par des mouvements activistes sur le climat ayant eu beaucoup de succès dans les lycées et les universités d’Allemagne avec des manifestations tous les vendredis. Friday for future a eu l’impact en Allemagne de sos racisme dans les années 1980 en France. Que les Verts aient perdu la main sur ce mouvement au profit des Linke par une transformation d’un mouvement pro-climat en un mouvement antifasciste pose fortement questions aux écologistes. ↩︎
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