Pourquoi la paupérisation des fonctionnaires fragilise la République


Depuis près de vingt ans, la rémunération des fonctionnaires décroche durablement de l’inflation, entraînant une perte de pouvoir d’achat sans précédent. Cette érosion n’est pas seulement sociale ou économique : elle interroge un choix républicain fondamental, celui d’un État qui confie ses missions essentielles à des agents garants de l’intérêt général, mais renonce à reconnaître pleinement leur engagement.

Le statut des fonctionnaires, une garantie pour les usagers

Depuis près de vingt ans, les fonctionnaires voient leur pouvoir d’achat s’éroder de manière continue. Ce constat est solidement établi par les données publiques. Il dépasse la seule question salariale. Il interroge notre conception même de la République, de l’État et du modèle social français.

Dans la tradition républicaine issue du Conseil National de la Résistance, puis portée par une certaine idée de l’État stratège et protecteur, le service public apparaît comme l’un de ses piliers. La singularité française repose sur un choix fondateur : confier les missions essentielles de la Nation à des agents protégés par un statut, afin de garantir leur indépendance à l’égard des intérêts privés, des pressions locales ou des contingences politiques. Par la permanence de ses principes et son caractère impératif, le statut vise avant tout à assurer la neutralité des agents publics envers les usagers, notamment par le respect du principe de laïcité et par l’obligation de se consacrer exclusivement à l’intérêt général. Il pose ainsi une conception exigeante de la loyauté administrative, fondée sur l’attachement aux institutions républicaines et à leurs valeurs, indépendamment des alternances politiques ou des personnes appelées à les diriger. Ils n’en restent pas moins soumis à un devoir d’obéissance hiérarchique, mais ont aussi le devoir de désobéir « […] dans le cas où l’ordre donné est manifestement illégal et de nature à compromettre gravement un intérêt public » (article L. 121-10 du Code général de la fonction publique). C’est tout le sens du statut général de la fonction publique : un équilibre exigeant entre des droits et des obligations, adossé à une sécurité professionnelle qui n’est que la condition même de sa liberté d’agir au nom du public et préserver la continuité du service public.

Le fonctionnaire est avant tout dépositaire du fonctionnement pérenne du service public et vecteur d’égalité entre les citoyens, quels que soient leur territoire, leur origine sociale ou leur situation personnelle. Aux termes de l’article L. 121-1 du Code général de la fonction publique (CGFP) qui s’impose à lui ou à elle : « L’agent public exerce ses fonctions avec dignité, impartialité, intégrité et probité ». En assurant la permanence des règles de droit communes et l’impartialité de leur application, il incarne une conception exigeante de la République, fondée sur l’universalité des droits et la primauté de l’intérêt général sur les intérêts particuliers. L’agent public doit alors prévenir toute situation de conflit d’intérêt, y compris pour lui-même.

Or, affaiblir durablement la rémunération des agents publics revient à fragiliser ce socle. Peut-on défendre le modèle social français, fondé sur des services publics forts, accessibles et de qualité, tout en organisant l’appauvrissement progressif de celles et ceux qui le font vivre ? Cela engage une certaine idée de la République et du rôle de l’État face aux logiques purement comptables.

Devenir fonctionnaire : faire vœux de pauvreté ?

Depuis le milieu des années 2000, l’évolution de la valeur du point d’indice, socle de la rémunération des fonctionnaires, est largement décorrélée de celle des prix à la consommation. Entre 2006 et 2025, ce point d’indice n’a progressé que d’environ 9 à 10 %, tandis que l’inflation cumulée dépasse 35 %. L’écart est massif : il se traduit par une perte de pouvoir d’achat estimée à près de 25 %. Cette situation est bien le résultat de choix structurels répétés.

Après une période de revalorisations relativement régulières jusqu’au début des années 2000, le point d’indice a connu un quasi-gel à partir de 2010, seulement interrompu par des hausses ponctuelles et tardives. Ces ajustements, bien que réels, n’ont jamais permis de compenser les pertes accumulées. Les revalorisations intervenues en 2022 et 2023 ont souvent été présentées comme un effort significatif mais elles sont intervenues dans un contexte d’inflation exceptionnelle. En euros constants, leurs effets ont été largement neutralisés. Autrement dit, même lorsque les rémunérations progressent nominalement, les agents publics continuent de s’appauvrir.

Cette dégradation touche toutes les catégories et tous les versants de la fonction publique. Les catégories C et B sont particulièrement exposées, du fait de grilles indiciaires fortement comprimées et de débuts de carrière désormais très proches du salaire minimum. Dans la fonction publique de l’État, les agents de catégorie B connaissent une baisse marquée de leur rémunération réelle. Les catégories A ne sont pas épargnées : la compression progressive des grilles et la comparaison croissante avec le SMIC nourrissent un sentiment de déclassement, y compris pour les fonctions d’encadrement et d’expertise, pourtant essentielles à la conduite de l’action publique. Comme l’a montré le dossier « Fonctionnaires, boucs émissaires ? » du magazine Marianne, la rémunération des fonctionnaires, toutes catégories confondues, a été progressivement rattrapée par le SMIC entre 1984 et 2024, un phénomène durablement marqué pour les agents de catégorie A, tandis que les catégories C et B, parties de niveaux plus proches du salaire minimum, ont bénéficié de revalorisations ciblées afin de contenir leur paupérisation.

Le protocole « Parcours professionnels, carrières et rémunérations » (PPCR), mis en œuvre à partir de 2016, devait corriger ces déséquilibres. Il a largement fonctionné comme un « trompe‑l’œil ». Certes, une refonte des grilles indiciaires a été menée et a permis de revaloriser celles‑ci. Mais, dans le même temps, le temps de passage d’un échelon à l’autre a été rallongé de manière significative, entraînant une perte de rémunération sur l’ensemble de la carrière, notamment par le retardement de la possibilité d’intégrer le grade supérieur. Au total, l’allongement des durées d’échelon et le ralentissement des accès aux grades supérieurs ont, sur l’ensemble d’une carrière, amputé les gains attendus.

Face au gel prolongé du point d’indice, les politiques salariales ont de plus en plus reposé sur les primes et indemnités. Si ces compléments peuvent répondre à des situations spécifiques, ils ne sauraient constituer un substitut durable au traitement indiciaire. Celui‑ci demeure le socle de la rémunération : il garantit l’égalité entre agents, la lisibilité des carrières et conditionne le niveau des pensions futures. Le recours accru aux primes accentue les inégalités et fragilise la cohérence du système.

Une attractivité des métiers et des carrières en crise

Cette évolution pèse lourdement sur l’attractivité de la fonction publique. Il n’est dès lors pas étonnant que, depuis plusieurs années, celle‑ci traverse une crise profonde de recrutement et de fidélisation. Ce paradoxe est d’autant plus frappant que de nombreuses études montrent que les travailleurs, et en particulier les jeunes générations, recherchent désormais du sens dans leur activité professionnelle. À cet égard, la fonction publique dispose d’un atout majeur : travailler pour l’intérêt général, contribuer à l’égalité entre les citoyens et améliorer concrètement le quotidien de ses concitoyens devrait constituer un puissant levier d’attractivité.

Les professeurs des écoles, les adjoints administratifs, les ingénieurs territoriaux, les infirmiers hospitaliers, les sous-lieutenants de Gendarmerie, les contrôleurs des finances publiques ou les travailleurs sociaux n’exercent pas un métier comme les autres. Ils incarnent l’État, la Commune, le Département, la Région. Bref. La République dans sa proximité et dans ce qu’elle est de plus concret.

Lorsque dans une petite commune, le secrétaire général de Mairie assume à lui seul l’état civil, l’urbanisme, le montage des demandes de subventions, l’action sociale, ou l’organisation des élections, il fait vivre la démocratie locale. De même, quand le personnel soignant continue d’assurer les soins malgré le manque d’équipement adapté et le sous-effectif chronique, ils répondent par leur dévouement à une exigence humaine. En cela, leur intervention au quotidien est humaniste et républicaine.

Pourtant, faute de reconnaissance matérielle et symbolique suffisante, cet atout se transforme en promesse déçue.

Les générations entrantes sont aujourd’hui globalement moins rémunérées que les générations sortantes, alors même que les missions confiées aux agents publics se diversifient et se complexifient. Cette contradiction nourrit un décrochage durable entre l’engagement attendu et la reconnaissance accordée. Conscient de cette impasse, le rapport publié le 9 décembre 2024 par France Stratégie appelle explicitement à une revalorisation globale de la fonction publique, qui ne saurait être seulement budgétaire. Il souligne la nécessité de mieux valoriser la fonction publique dans les discours, de renforcer la communication autour de ses atouts, de combattre les préjugés persistants qui l’entourent et, surtout, de procéder à une reconnaissance salariale à la hauteur des responsabilités exercées. Sans cette cohérence d’ensemble, la crise d’attractivité ne pourra que s’aggraver.

Revaloriser les fonctionnaires, une exigence sociale et républicaine

La revalorisation de la rémunération des fonctionnaires ne peut donc plus se limiter à des mesures ponctuelles. Elle appelle un rattrapage durable du point d’indice et une remise en cohérence des grilles indiciaires. Mais elle doit aussi s’inscrire dans une vision plus large de revitalisation du service public et de ses métiers.

Dans cette perspective, la Gauche républicaine et socialiste (GRS) formule plusieurs propositions concrètes et structurantes. On ne peut exiger toujours plus des agents publics sans leur donner les moyens matériels, professionnels et symboliques d’exercer pleinement leurs missions.

La première consiste à revaloriser durablement les traitements, en mettant fin au gel du point d’indice afin de rattraper le décrochage accumulé depuis des années. Il s’agit là d’un préalable indispensable pour restaurer le pouvoir d’achat, redonner de la cohérence aux carrières et réaffirmer le traitement indiciaire comme socle de la rémunération.

La deuxième vise à engager un véritable plan de formation et d’évolution des carrières, incluant notamment des dispositifs de deuxième partie de carrière. Dans un contexte de transformation des missions publiques, permettre aux agents d’évoluer, leur offrir des possibilités de reconversion et de reclassement, de valoriser leurs compétences est une condition essentielle pour mobiliser pleinement leur expertise et leur capacité d’initiative au service de l’État, des collectivités territoriales et des établissements publics.

La troisième appelle à suspendre les fermetures et réductions de services publics, en particulier dans les territoires ruraux. La question salariale ne saurait être dissociée de celle de la présence territoriale de l’État et de l’égalité d’accès aux services publics. Affaiblir les services, c’est aussi fragiliser les agents qui les font vivre et rompre le lien de confiance avec les citoyens.

Revaloriser les fonctionnaires doit être, en tout état de cause, un choix politique structurant, socialement juste et économiquement rationnel. Ce serait enfin reconnaître la valeur des agents publics, garantir l’égalité républicaine sur l’ensemble du territoire et investir dans la qualité du service rendu à la population. À l’heure où la défiance envers les institutions progresse, prendre au sérieux la rémunération, les carrières et les conditions d’exercice de celles et ceux qui incarnent concrètement l’action publique, c’est prendre au sérieux l’avenir de notre République.

Joffrey Robécourt et Sébastien Saguer

La Macronie veut-elle tuer la fonction publique ?

Stanilas Guérini, ministre de la « transformation et de la fonction publiques » a annoncé lundi dernier une hausse de 1,5 % du point d’indice dans la fonction publique. Ainsi un enseignant certifié ayant cumulé 15 ans de carrière bénéficiera d’une augmentation autour de 40€ bruts par mois (pour un salaire autour de 2800 € bruts)…

C’est dire à quel point ce geste n’est pas à la hauteur de ce qu’attendaient les fonctionnaires et leurs organisations syndicales. D’autres mesures sont censées compléter l’augmentation du point d’indice au 1er juillet 2023 :

  • les agents publics situés au plus bas de la hiérarchie et des salaires, principalement dans la catégorie C et quelques échelons des catégories B, verront aussi augmenter leur nombre de points, de 1 à 9, à partir du 1er juillet (évidemment le ministère a surtout mis en avant dans son dossier de presse relayé complaisamment par copier-coller un ajout « jusqu’à 9 points supplémentaires », façon relativement biaisée de présenter la mesure) ;
  • une prime de pouvoir d’achat pour les fonctionnaires qui gagnent moins de 3 250 € bruts par mois. Cette prime irait de 300 à 800 € bruts, versés en une fois à l’automne : rien de pérenne, donc. Comme toujours, les fonctionnaires territoriaux seront ici les grands perdants, car cette prime sera évidemment soumis à la délibération de chaque collectivité locale, sans compensation financière de l’État – on peut d’ores-et-déjà prédire que les inégalités de traitement entre agents des différentes collectivités s’aggraveront.
  • à partir du 1er janvier 2024, tous les fonctionnaires se verront attribuer 5 points de plus, soit 25 € bruts de plus par mois ; selon le ministère, cela porterait donc la progression moyenne annuelle des salaires à 2,5% à partir de janvier, pour atteindre ce niveau de « revalorisation » les agents devront cependant patienter 6 mois de plus ;
  • Enfin, démonstration des retards accumulés par les pouvoirs publics sur les salaires des fonctionnaires, Stanislas Guérini a tenu à préciser, tous les agents de la fonction publique seraient ainsi payés au-dessus du niveau du Smic (ce dernier ayant augmenté plus vite que les plus bas salaires publics) – là encore, il faudra le vérifier pour les agents des collectivités territoriales.

Après une année 2022 où l’inflation avait atteint 5,2 % et une revalorisation déjà insuffisante de 3,5 % du point d’indice, ces annonces cumulées ne permettent toujours pas de faire face au retour (durable ?) d’une forte inflation : si celle-ci tendrait à 5,1 % entre mai 2022 et mai 2023, les prévisions sur l’année 2023 s’établissent pour le moment entre 5,5 et 6,5 %. La comparaison avec le secteur privé renforce un sentiment d’abandon : Sur un an, le salaire horaire de base des ouvriers et des employés (SHBOE) augmente de 4,5 % fin décembre 2022 (une moyenne qui ne permet évidemment pas de mesurer les disparités d’une entreprise à l’autre ou d’une branche à l’autre).


Source : UNSA éducation – mars 2023

Source : La Tribune – « En France, l’inflation a probablement atteint son pic en 2022 » – 24 novembre 2022

Double discours

Comment justifier un tel retard alors que les membres du gouvernement rivalisent de compliments à l’égard des agents publics lorsque le pays traverse des crises ou des incidents, de la pandémie de COVID à la neutralisation de l’agresseur d’enfant à Annecy.

La réalité du macronisme, c’est quand on se cogne contre ses propositions concrètes : à titre d’exemple, la revalorisation des enseignants n’est sérieusement envisagée par le ministère de l’Éducation Nationale qu’à la condition d’élargir les missions, les tâches et donc le temps de travail de ces agents (pour qui connaît leurs journées et leurs conditions de travail c’est absurde !). C’est vite évacuer l’écart jamais résorbé entre les enseignants français et ceux de leur collègues européens : les salaires des enseignants débutants dépassent 30 000 euros bruts annuel en Belgique, en Irlande, en Espagne, Pays-Bas, en Autriche et dans les pays nordiques ; le Danemark, l’Allemagne, la Suisse et le Luxembourg offrent quant à eux des salaires supérieurs à 50 000 euros ; un(e) professeur(e) certifié(e) débutant(e) en France émarge à moins de 25 000 euros bruts annuels, moins de 23 000 pour un(e) professeur(e) des écoles débutant(e). L’écart se réduit légèrement avec la carrière, mais reste important et illustre le déclassement des professeurs français.

Mais tout cela est cohérent avec la conviction qu’Emmanuel Macron avait affirmé avant même de devenir président de la République, en septembre 2015 : le statut des fonctionnaires n’est « plus adapté au monde tel qu’il va » et « surtout plus justifiable ».

Des recrutements de plus en plus difficiles

La réalité des conditions de travail et de rémunérations des fonctionnaires expliquent l’essentiel de l’engorgement actuel des recrutements dans la fonction publique. Cela ne signifie pas que le nombre d’agents publics baissent, mais que les tensions sur le recrutement progressent fortement avec un risque en bout de chaîne d’une perte de qualité.

Prenons l’exemple des collectivités territoriales. 6 collectivités sur 10 désormais déclaraient faire face à des difficultés fréquentes de recrutement en 2022, contre 39 % en 2021. C’est tout particulièrement le cas dans la filière technique (66 %). Près de la moitié des collectivités (49,2 %) envisagent de recruter avant tout pour remplacer des départs. Une étude publiée en janvier 2022 sur l’attractivité de la fonction publique territoriale constate que 39% des employeurs territoriaux disent éprouver des difficultés à attirer des candidats en 2021, soit 9% de plus qu’en 2015. Toutes les collectivités territoriales ne sont pas confrontées aux mêmes types de difficultés de recrutement, mais dans tous les cas la question de la rémunération des fonctionnaires reste centrale. Les grandes agglomérations, dans lesquelles la vie est plus chère, peinent à attirer des candidats. En effet, plus de la moitié de l’effectif global de la fonction publique territoriale est constitué d’emplois de catégories C, dont la rémunération mensuelle est de 1 828 euros nets en 2019 selon les chiffres de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). Les recrutements sont aussi plus difficiles pour les petites communes (de moins de 500 habitants) en raison du risque d’isolement.

Dans le secteur médical, si les candidatures pour intégrer des instituts de formation en soins infirmiers (IFSI) étaient en augmentation en 2021, le directeur général de l’Assistance publique Hôpitaux de Paris (AP-HP) dressait en juin 2022 un bilan inquiétant du manque de personnel dans les hôpitaux publics. Selon le syndicat national des professionnels infirmiers, 1 400 postes étaient vacants. Souffrant du manque d’attractivité du métier, les infirmiers et infirmières désertent leurs postes.

En juillet dernier, le ministère de l’Éducation nationale annonçait de son côté que plus de 4 000 postes d’enseignants sur un total de 27 332 n’ont pas été pourvus lors des concours 2022, déficit peu et mal compensé par un recours accru aux contractuels et aux job dating qui avaient défrayé la chronique voici quelques mois, avec un doute important sur les compétences des personnels ainsi recrutés. Le niveau des heures perdues pour cause de non remplacement des enseignants a atteint un tel niveau dans certaines académies que depuis plusieurs mois, des actions se multiplient dans toute la France contre les absences non-remplacées. Face à l’inaction de l’Éducation nationale, les parents portent plainte contre l’État. Ces actions collectives visent à contraindre le Gouvernement à trouver des solutions. Une des avocates qui accompagnent collectifs et associations de parents d’élèves, Maître Joyce Pitcher, affirmait le mois dernier gérer à elle-seule quelques 200 dossiers, rien qu’en région parisienne. Des discussions ont eu lieu en janvier 2023 au ministère concernant la revalorisation prévue dans le budget de l’État pour le salaire des enseignants à partir de septembre 2023. Il faut noter que la revalorisation de 10% annoncée comprend les mesures déjà prises depuis 2020, donc la prime d’attractivité et la hausse du point d’indice – l’augmentation est prévue sous forme de prime et ne comptera donc pas pour la retraite.

Un décrochage massif du pouvoir d’achat

En 28 ans (de janvier 1994 à juillet 2022), le point d’indice a progressé de 24,3 % alors que l’inflation sur la même période progressait de 55,9 %, soit une différence de 31 points ! Pour un débutant dans la fonction publique, à grille indiciaire identique, cela représente une perte de pouvoir d’achat de plus de 20 % sur la période. Cette diminution de pouvoir d’achat s’applique par ailleurs à l’ensemble du traitement à cause de l’indexation de certaines primes sur l’indice de rémunération.

Les principaux syndicats de fonctionnaires exigent une revalorisation du point d’indice de 10 % pour commencer à rattraper le retard accumulé ces trois décennies, et notamment depuis 2010 et le gel du point par Nicolas Sarkozy (gel interrompu légèrement sous François Hollande en 2016 +0,6 % – face à 0,2 % d’inflation – et en 2017 +0,6 % – face à 1 % d’inflation… donc sur deux ans, une « opération blanche »). À tout le moins, il conviendrait de planifier dans le temps une stratégie de rattrapage ce qui n’est pour le moment même pas envisagé.

Car la dégringolade du pouvoir d’achat des agents a été inexorable. Ainsi, en se basant sur 4,850033 euros (valeur du point au 1er juillet 2022), la perte de pouvoir d’achat, le manque à gagner en 23 ans va de 471 € mensuels pour les agents adjoints administratif (C1) à 1 576 € pour les agents A+ (administrateurs de l’État).

Si on s’en tient à des calculs plus récents qui s’étendent de 2010 à 2023, la chute du pouvoir d’achat des agents atteint mensuellement 283 euros pour les agents de catégorie C en fin de grade et jusqu’à 949 euros pour les cadres A+. Tous les tableaux sont présentés plus bas.

Autre facteur qui pèse sur les porte-monnaies des agents : les hausses successives de contribution retraites qui ont été enregistrées ces dernières années. L’impact des hausses dues à l’augmentation de la cotisation retraite depuis le 1er janvier 2011 (soit les conséquences de la première réforme des retraites) jusqu’en 2020, atteint 3,5 %.

Dans le détail, un agent de catégorie C de première classe, en échelon 11 de fin de grade, aurait perdu 45 euros mensuels quand un agent de la catégorie B + en échelon de fin de grade en perd 69. Les catégories A, d’administrateurs territoriaux, sont, proportionnellement, les plus impactés avec 151 euros de moins par mois.

Frédéric Faravel

VertBaudet : mettre fin au mépris des salariés

Depuis quelques semaines un conflit oppose la Direction de l’entreprise VertBaudet et des salariés mécontents qui estiment insuffisant un accord majoritaire, négocié et signé par la CFTC et FO, qui prévoit le versement de 765 euros nets de primes, sans augmentation de salaire.

Une partie des salariés ont alors lancé, avec le soutien de la CGT un mouvement de grève pour revendiquer des augmentations de salaires qui répondent à l’évolution des prix. Avec une inflation annuelle « officielle » de plus de 5 % ne pas voir son salaire augmenter est un pur scandale.

VertBaudet a largement les moyens financiers de mieux rémunérer ses salariés du siège, des entrepôts et des magasins puisque son résultat net (bénéfices) de 2021 s’est établi à plus de 11 millions d’euros et qu’il n’a pas été dépensé puisqu’aucun dividende n’a été versé, ces millions ayant été reportés sur l’exercice 2022.

Tout a été fait par la direction pour décourager les grévistes et les syndicalistes, notamment en recourant à des intérimaires ; des interventions de police sur ordre du préfet choquent particulièrement car elle ont été émaillées de violences disproportionnées et d’actes d’intimidation inappropriés de la part des agents publics, contre des piquets de grèves et lors des interpellations à leurs domiciles de responsables syndicaux. Cette dérive anti-syndicale est parfaitement scandaleuse car elle détourne l’État et ses agents de leurs missions ; elle est également cruelle et injuste car les salariés grévistes, essentiellement des femmes mal rémunérées, ne demandent pas la lune mais simplement que leur salaire suive l’évolution des prix.

La Gauche Républicaine et Socialiste demande qu’au conflit succède l’apaisement et la justice économique et sociale. Il nous paraît indispensable que la direction de VertBaudet fasse preuve de sagesse et d’intelligence en organisant de nouvelles réunions de négociations avec toutes les organisations syndicales présentes et que soient mise sur la table des discussions des propositions d’augmentation de salaires sérieuses qui respectent les salariés et leur implication.

« Ceux qui travaillent »

Alors que le gouvernement fait adopter avec le concours de LR de nouvelles lois fracassant les chômeurs et les salariés modestes, Gabriel Attal prétend vouloir “s’occuper des Français qui travaillent” mais rejette avec son gouvernement l’indexation des salaires sur l’inflation.

“Ceux qui travaillent”, les salariés, perdent chaque année et du pouvoir d’achat et leur part dans la richesse nationale totale.
L’inflation est paraît-il la plus basse d’Europe – mais les augmentations de salaires sont encore plus basses !
Tant les rapports de l’OCDE que ceux de la DARES soulignent que le salaire réel le plus rapidement en baisse des pays développés, sur les trois premiers trimestres de 2022, c’est le salaire des Français !
Les relevés Insee montrent que l’inflation pourrait dépasser en France les 10% au quatrième trimestre 2022.
Le gouvernement n’a rien proposé, mis en œuvre, de tangible pour les salariés, les aides et mesures de soutien ne sont pas ciblées sur les salariés modestes – 90% des salariés sont sous 3000 euros mensuels (c’est ce que gagne Hanouna par jour) – et arrosent également les plus riches. C’est l’Insee qui le dit

Citons le rapport Dares du 10 novembre 2022 : “En euros constants et sur la même période, (l’indice des salaires réel) diminue respectivement de 1,9 %, 2,1 % et 2,6 % pour chacun de ces secteurs (tertiaire, industrie et construction)”

évolution comparé des prix et salaires
Parmi les économies du G7, l’impact de l’inflation sur les ménages au T1 2022 a été particulièrement visible en France, où le revenu réel des ménages par tête a chuté de 1,9% et en Allemagne, où il a chuté de 1,7%. Ailleurs en Europe, la forte inflation qui a touché les ménages a également contribué aux fortes chutes du revenu réel des ménages par tête en Autriche (moins 5,5%) et en Espagne (moins 4,1%). Pour aller plus loin cliquez ici

La Gauche Républicaine et Socialiste réunie en congrès les 19 et 20 novembre 2022 a pour principale préoccupation concrète les “Français qui travaillent” ! Elle a ainsi adopté comme première résolution de son congrès un texte exigeant l’indexation des salaires sur les prix le plus vite possible.
Les rapports récents du FMI le démontrent : il n’y a plus de risque de spirale salaire prix à la hausse aujourd’hui dans le monde.
Il n’y a qu’une seule raison pour Gabriel Attal et le gouvernement Borne de refuser une telle mesure : ils protègent les riches. Et seulement eux.

Indexons les salaires sur les prix et protégeons “ceux qui travaillent”!

Le pouvoir d’achat est d’abord une affaire de pouvoir

Depuis dix ans, une population limitée à 200 000 personnes, tout à fait en bas de cette représentation graphique, a fait progresser sa part dans la masse salariale globale de 30% (Source Insee 2020). Les 1% de salariés du privé les mieux payés ont fait passer leur poids dans la masse salariale de 6 à 8 points.

Les 99% restant, la quasi totalité, sont donc passés de 94 à 92% de la masse salariale distribuée.

Ce sont ces gens à plus de 8000 euros qui ont, statistiquement, empoché l’essentiel de l’augmentation de la masse salariale globale des dix dernières années.

À 8000 euros par mois, avec une imposition fiscale qui s’est aussi allégée, on arrive rapidement à accumuler du capital liquide pour le transformer en achat immobilier. Ces 2 points de masse salariale tout à fait superflue quant au standard de vie de ces riches salariés ont alimenté ces dix dernières années la spéculation immobilière partout en France. Ces salariés complètent ainsi leur salaires avec des loyers, qui en pratique sont payés par les salariés classiques, beaucoup moins bien ou même mal payés.

C’est un second outil de concentration du capital.

Enfin, ces salariés sont généralement cadres supérieurs dirigeants, intéressés aux résultats de l’entreprise, ou associés, par des stock options ou des plans d’épargne en action, à ses dividendes. Ce sont eux qui décident d’ailleurs tant des grilles salariales, que du montant des dividendes. Plusieurs études officielles démontrent que les mesures fiscales de soutien de l’offre, CICE, pacte de compétitivité, suppression de l’ISF et des taxes financières, ont d’abord alimenté une extraordinaire progression des dividendes. En comparant les chiffres de Forbes, de l’Insee et de Statista, on peut conclure qu’en 2019 la France avait consacré au coût du capital, par la rémunération des actionnaires, 56 milliards d’euros de plus que … l’Allemagne.

Voilà sans doute aussi l’un des plus gros poids pesant sur la compétitivité : la rapacité cupide des élites.

La question du pouvoir d’achat des Français est donc consubstantielle à la structure même du capital privé. Notre priorité doit être de renverser cette logique, en modifiant la répartition de la masse salariale et sa correction par la redistribution, une véritable culture économique qui ne favorise pas l’enrichissement de quelques uns, mais la production de biens et services nécessaires à la sécurité sanitaire et climatique, à la prospérité nationale, la fiscalisation des plus riches, la fin de la politique fiscale de l’offre et des crédits impôts, bref, l’idée de remettre l’économie au service du peuple.

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