Espagne : la remontada de la gauche

Il y a deux mois, la droite espagnole triomphait aux élections municipales et des parlements des communautés autonomes. Si le PSOE résistait bien, c’est du côté de la gauche alternative et radicale que le désastre était patent. La plupart des « mairies du changement », élues dans le sillage de la crise financière des années 2010, passaient à droite, et Podemos disparaissait de la plupart des conseils municipaux. Les différents partis régionalistes de gauche n’étaient pas non plus en bonne forme, tandis que la droite désormais alliée à l’extrême-droite progressait partout.

Deux mois plus tard, la droite fait grise mine. Les élections du 23 juillet ne permettent pas à Alberto Núñez Feijóo, le leader du Partido Popular (PP), de disposer d’une majorité. Quand bien même le PP progresse de moitié par rapport à 2019, c’est Pedro Sánchez qui apparaît le vainqueur de l’élection d’hier.

La droite a perdu

Avec 33% des voix et 136 députés sur 350, la droite conservatrice espagnole est en tête : le PP gagne plus de 3 millions de suffrages et 48 sièges, faisant bien plus que compenser le sabordage de Cuidadanos (les centristes nationalistes avaient annoncé dès le lendemain des municipales qu’ils ne présenteraient pas de candidats aux élections générales de juillet) et recueillir le vote utile d’électeurs ultra-conservateurs de Vox – un total de près de 2,3 millions de voix, et 29 sièges.

Le PP est talonné par le PSOE qui progresse lui aussi en voix (un peu moins d’un million de suffrages supplémentaires), s’établissant à 31,7%, et en sièges, avec 122 députés (+2, le Parti socialiste catalan progressant lui-même de 7 sièges, quand le reste du PSOE en perd 5).

Vox, parti d’extrême-droite post-franquiste, recule à 12,4% et perd 19 députés, n’en conservant que 33.

Sumar, la nouvelle coalition de la gauche radicale, reste quelques milliers de voix derrière, avec 12,3% et 31 sièges.

Enfin, les différents partis régionalistes et indépendantistes cumulent 7,5% des voix et obtiennent 27 sièges, 12 de moins qu’en 2019, quand leurs scores cumulés atteignaient 10,9%.

Comment la gauche, partagée entre modérés usés par le pouvoir et radicaux discrédités, que tout le monde donnait perdante face à une droite unie et prête à assurer l’alternance, a-t-elle ainsi résisté ?

Tout d’abord, il y a eu l’excellent sens politique de Pedro Sánchez et de Yolanda Díaz, la cheffe de file de Sumar.

Bon sens tactique

À la suite des élections municipales, le Premier ministre socialiste a fait le choix d’une dissolution immédiate des Cortes. La campagne législative a donc eu lieu pendant que les négociations entre Vox et le PP pour le contrôle des mairies et des législatures locales étaient publiques et immédiates. La collusion entre la droite et les nostalgiques de Franco a remobilisé la gauche et effrayé un certain électorat centriste et régionaliste.

La dissolution a également poussé la gauche radicale à s’unir rapidement, plutôt que de s’enfermer dans des négociations stratégiques et idéologiques qui se seraient étalées sur plusieurs mois. Podemos, acculé par la déroute municipale, l’impopularité record des ministres issus de ses rangs et incapable de se remettre du retrait de la vie politique de son leader charismatique deux ans plus tôt, n’a pas eu d’autre choix que d’accepter les conditions de la très populaire ministre communiste du travail Yolanda Díaz, qui avait déjà fédéré dès le mois d’avril la plupart des autres composantes de cette famille politique.

Les régionalistes et les indépendantistes, véritables perdants de cette élection, ont vu leur électorat se réfugier dans l’un ou l’autre des grands partis de la gauche nationale, car effrayés à l’idée de voir Vox intégrer le gouvernement. En Catalogne, si la droite indépendantiste de Junts résiste relativement bien, la gauche républicaine indépendantiste de l’ERC perd la moitié de ses électeurs et députés, au profit des socialistes catalans. Au Pays Basque, la progression des socialistes se fait au détriment des centristes autonomistes du PNV, mais surtout pour la première fois, ces derniers passent derrière la gauche indépendantiste de Bildu, en voix comme en siège (ce parti héritier des soutiens politiques d’ETA gagne près de 60 000 voix alors que le PNV en perd plus de 100 000).

Si ces considérations de forme tactique peuvent expliquer comment – à la marge d’un scrutin proportionnel par région où quelques points de pourcentage déterminent l’allocation des sièges – la gauche a pu empêcher la droite de prendre le pouvoir, des causes plus profondes expliquent plus profondément que cette stratégie ait fonctionné.

L’habileté, c’est surtout une gauche de gauche

La principale est que Pedro Sánchez a fait ce qu’on attend d’une gauche au pouvoir. Il a augmenté les salaires, entamé un processus de réconciliation nationale avec la Catalogne, combattu la nostalgie franquiste en sortant la dépouille du dictateur de son mausolée infâme. Même imparfaite et par trop pusillanime, la gauche espagnole n’a pas trahi, n’a pas fomenté de loi travail anti-syndicale ou mené l’austérité tambour battant.

Alors que Podemos avait obtenu des prérogatives ministérielles limitées aux sujets de société, ses responsables ont fait le choix, désastreux, de s’enfermer dans une rhétorique de plus en plus polémiste, minoritaire, donnant l’impression qu’elle combattait plus la société espagnole que les puissances financières. Sumar et Yolanda Díaz ont donc évité la déroute à la gauche du PSOE, qui aurait sans doute conduit à celle de l’ensemble de la coalition : cela s’est fait en remettant la gauche radicale là où on l’attend et là où elle est majoritaire, c’est-à-dire dans l’ambition forte d’un monde socialement plus juste plutôt que dans la stratégie intersectionnelle. En définitive, la réussite (relative) de Sumar, c’est la victoire des partis (Parti communiste espagnol – plus que Izquierda Unida, que Yolanda Díaz avait formellement quitté en 2019 tout en restant au PCE –, Más País d’Íñigo Errejón, Verdes Equo, mais aussi Compromís et Chunta Aragonesista…) sur le mouvementisme et le populisme de gauche.

Ce parlement sera vraisemblablement sans majorité, et de nouvelles élections pourraient avoir lieu d’ici la fin de l’année 2023. Mais Sánchez et Díaz ont montré qu’un autre chemin est possible : mener une politique juste, faire campagne sur des thèmes avec lesquels la gauche est en phase avec la société. Voilà ce qui a permis la remontada de la gauche espagnole.

Il ne faudra cependant pas sous-estimer la dynamique conservatrice ; si une coalition arc-en-ciel défensive espagnole est possible, il ne faudrait pas que sa constitution s’enlise dans des négociations interminables et que son action soit pusillanime : un échec de ce type pourrait relancer leurs ennemis.

Augustin Belloc

Etat de droit : Emmanuel Macron doit se ressaisir

Les propos confus d’Emmanuel Macron, à la mi-journée lors de son entretien télévisé depuis la Nouvelle Calédonie, sont inquiétants. S’il n’a évidemment pas à commenter une décision de justice, comme garant des institutions il ne peut par contre éluder l’expression du Directeur Général de la Police Nationale (DGPN), qui a mis de fait en cause l’égalité de tous devant la loi.

Le Président de la République aurait dû rappeler les principes fondamentaux de l’Etat de droit, que tout agent public se doit de respecter. La contestation de la procédure légale affaiblit gravement nos institutions et l’autorité de l’Etat. Les hauts fonctionnaires qui apportent de l’eau au moulin corporatiste causent en réalité plus de dégâts qu’ils n’en réparent. Cela vaut pour toutes les missions régaliennes de l’Etat : police, justice, finances publiques, etc.

Le rôle du gouvernement et du Président de la République est tout à la fois de donner aux services publics les moyens d’agir, ce que manifestement il ne fait pas, et de rappeler au DGPN et au Préfet de police de Paris les limites fixée à leur expression, ce qu’il oublie de faire.

Rappelons enfin que l’incarcération préventive d’un policier marseillais par le juge des libertés peut faire l’objet d’un appel par l’intéressé. S’il estime cette décision infondée, il a tout loisir d’user de ce moyen à sa disposition : force doit rester à l’ordre de la loi !

100 jours, un remaniement cosmétique, et après ?

Sans majorité, sans projet politique défini maintenant que la réforme des retraites est passée, Emmanuel Macron se mue en président qui « tourne les pages ». L’exécutif a démontré depuis un an qu’il pouvait gouverner sans légitimité politique et sans tenir compte de la réalité vécue par les Français.

Cette dernière est pourtant cruelle, l’inflation ralentit certes mais les salaires ne suivent toujours pas et le pouvoir d’achat de nos concitoyens prend l’eau. La hausse de 10% des prix de l’électricité nous rappelle à quel point la crise de l’énergie est durable, sans qu’aucune action ne soit engagée pour apporter une réponse structurelle. Les discours s’accumulent sur la reconquête de notre souveraineté économique et industrielle alors que la vente de nos fleurons et les délocalisations se poursuivent. La semaine d’émeute qui a frappé notre pays après la mort de Nahel a démontré à quel point les fractures et les ségrégations sociales et territoriales sont à vifs, mais après un déploiement policier inédit pour rétablir l’ordre, l’exécutif a décidé de se contenter d’une loi expresse de réparation et n’a nullement l’intention d’aller plus loin.

Nos services publics, notamment hospitaliers, abordent cet été dans un état pire que le précédent, mais rien d’autre n’est proposé que le dispositif d’urgence qui avait permis de surnager l’année dernière. Que dire des perspectives de la rentrée scolaire de septembre prochain, après un an d’immobilisme complet sous le ministère de Pap Ndiaye. Le fiasco du dernier trimestre sur la mixité scolaire est venu clore une année pathétique.
Bercy nie toujours l’existence de superprofits alors que les dividendes continuent de s’envoler. Les défis écologiques (canicule, nappes phréatiques, biodiversité…) s’accumulent mais l’inaction générale est couverte par le vacarme des polémiques sur l’écologie radicale et la réponse sécuritaire qu’on oppose à ses activistes.

Aujourd’hui ou demain, on nous présentera donc un nouveau casting de ministres inconnus et souvent dépassés à l’avance par les faits… Le Prince de Lampedusa semble donner le ton des mois à venir : « Si nous voulons que tout reste pareil, il faut que nous changions tout », mais Emmanuel Macron n’a pas le talent de Visconti comme réalisateur.

+10% des prix de l’électricité : merci le marché européen !

+10% de hausse des prix de l’électricité au 1er août ! Le marché européen de l’électricité a encore frappé. Les ménages précaires et les PME industrielles en difficulté en sont les premières victimes.
Urgence sociale, urgence économique, urgence souveraine: nous devons reprendre le contrôle des prix de l’énergie.
Le vrai « bouclier tarifaire » pour la France, c’est de sortir IMMÉDIATEMENT du marché européen de l’énergie conçu au seul bénéfice des centrales à gaz allemandes. Ainsi nous pourrions vendre notre électricité à 60€ le Mwh et pas 190€ comme il est fixé ce jour aux heures pleines.
Une réorientation de notre politique énergétique est absolument indispensable.
C’est assez des milliards d’euros d’argent public déversés à perte sur les actionnaires des producteurs privés d’électricité !
Rétablissons le monopole d’EDF, rien qu’EDF, toujours EDF !

La droite et la macronie nourrissent le RN !

En 6 jours d’émeutes, d’une intensité accrue par rapport à 2005, le chef de l’Etat ne voit pas qu’une grande partie du problème vient de lui et de ses prédécesseurs. Le délitement de l’école républicaine, la destruction des services publics, l’abandon des quartiers et des banlieues, tout comme celui de la ruralité, la co-gestion de la politique sécuritaire avec des syndicats radicalisés, le système de santé sous les décombres de la précédente pandémie, le mépris des revendications du mouvement social, la concertation à coup de 49.3.

C’est au gouvernement qu’incombe la responsabilité de réparer ce qui est cassé. Il ne peut pas se contenter de répondre aux nuits de violence qui ont suivi le meurtre de Nahel Merzouki en invoquant la responsabilité parentale ou en accusant les jeux vidéos ! Et sanctionner les pauvres sans se poser plus de questions sur l’origine du mal qui ronge nos quartiers populaires est une réponse bien commode – et bien ciblée – que les démagogues apprécieront.

Nous sommes à la veille des 100 jours de l’apaisement promis après la bataille contre la retraite à 64 ans. Le moins que l’on puisse dire est que l’objectif est loin d’être atteint ! Si Macron ne change pas sa politique, la France continuera de s’enfoncer dans le chaos, ouvrant ainsi un boulevard pour l’extrême-droite.

LE CALME ET LA JUSTICE

Le meurtre du jeune Nahel Merzouk par un policier, qui a visiblement enfreint les règles d’utilisation de son arme, a mis le feu au pays ces derniers jours. L’exaspération dans les quartiers populaires face aux discriminations ressenties – et vécues ! – dans la relation de leurs habitants avec la police, n’épuise cependant pas l’analyse de ce déchaînement de violence. Cette intolérable bavure policière en est l’élément déclencheur mais pas la cause profonde.

Lors des dernières manifestations contre les retraites, certains d’entre nous avaient déjà redouté la survenue de drames similaires, pensant non sans raison que le gouvernement ait la volonté délibérée de créer les conditions d’un affrontement pour imposer par la peur et par la force sa politique de régression sociale. La police est instrumentalisée par les pouvoirs qui se succèdent depuis de nombreuses années pour mettre au pas tout mouvement social d’envergure. La police est sans cesse sollicitée, sans retenue et sans qu’on lui donne les moyens d’accomplir correctement sa tâche. Dès le mouvement des « gilets jaunes », les policiers étaient fatigués et usés, tout en étant encouragés par leur hiérarchie à accroître le niveau de violence en pratiquant les nassages systématiques, l’emploi des grenades de désencerclement et des LBD, sans parler des passages à tabac récurrents et autres humiliations comme celle subie par des lycéens mis à genoux la tête contre le mur. Bref un cocktail d’images insoutenables, qui documente un bilan accablant de violences policières, les pires depuis plus de 50 ans.

Peut-on dire pour autant que « la police tue » comme l’affirment des responsables de la France insoumise, dont leur leader ? Nous considérons que tenir de tels propos est une faute politique, car ils ne trient pas le bon grain de l’ivraie ! Ils jettent l’opprobre sur tout un service public et sur une institution – et font peser un risque moral et physique sur l’ensemble des gardiens de la paix, présumés tueurs en puissance. Les dérives dans la police sont réelles ; elles sont graves et concernent trop d’agents (on garde à l’esprit l’immonde forum de discussion sur lequel des milliers de policiers postaient des messages dont le racisme n’avait d’égal que la bêtise), mais ces phénomènes extrêmement inquiétants sont d’abord la conséquence de décisions politiques. La police est une institution régalienne. Sans elle, ni démocratie républicaine, ni cohésion nationale ne sont possibles. L’action des policiers contre les émeutiers et les bandes délinquantes, voire criminelles, durant la semaine qui vient de s’écouler, démontre s’il en était encore besoin qu’elle est indispensable pour éviter des drames, pour limiter autant que possible la dégradation des biens et les atteintes aux personnes, et cela, à ce jour, sans aucune victime malgré des situations où les policiers ont essuyé des coups de feu et constaté l’emploi d’armes létales par certains émeutiers.

Il n’en demeure pas moins que la doctrine d’emploi des “forces de l’ordre” doit être revue. Dans ce domaine les évolutions engagées depuis 20 ans sont contestables (cf. notre conférence des “Jeudis de Corbera” du 25 mai 2023). L’adoption sous l’impulsion de Bernard Cazeneuve et Bruno Le Roux de la loi dite de « sécurité publique » visait à assouplir les règles sur l’usage des armes à feu pour les policiers afin de les aligner sur celles des gendarmes. Ce texte, poussé par les circonstances d’un État encore traumatisé par les attentats de 2015 et la menace terroriste qui perdurait, nous l’avions déjà combattu ; il démontre aujourd’hui ses effets pervers et tragiques.

Il faut poser le bon diagnostic et en tirer les conséquences. Les services de police demeurent sous-dotés et leurs agents sont insuffisamment formés. Les décisions politiques prises en particulier depuis Nicolas Sarkozy, de la suppression désastreuse de la police de proximité à la révision générale des politiques publiques, ont fortement dégradé l’attractivité du métier de policier, dont les conditions de travail ne sont pas dignes d’un pays comme la France. L’administration s’est vue obligée de baisser son exigence de recrutement et cela a parfois conduit à l’embauche de policiers inaptes à cette fonction, violents, peu attachés aux valeurs républicaines, ayant surtout l’envie d’en découdre avec tous ceux ressemblant de près ou de loin à des étrangers. Alors que le racisme est un délit et une attitude antirépublicaine en soi, aucun fonctionnaire ne devrait prêter le flanc à une telle accusation dans l’exercice de sa mission. Sans une neutralité et une égalité de traitement strictes, l’autorité de l’État perd toute crédibilité. La pratique du contrôle au faciès maintient par ailleurs les fonctionnaires dans un état d’esprit délétère et les jeunes visés dans une défiance exacerbée contre l’institution et les pouvoirs publics.

Résultat, la violence d’État devient une réponse quasi automatique pour faire face aux mouvements populaires. Ce contexte déplorable est un terreau fertile pour la radicalisation d’une partie des policiers. La droite se contente depuis de trop longues années d’un soutien de façade à cette institution, en couvrant les exactions de ses éléments les plus violents et les comportements racistes croissants, pour faire oublier qu’ils ont affaibli ce service public.

Quant aux violences qui ont suivi le meurtre de Nahel Merzouki, elles sont l’illustration d’un contexte explosif : une population ouvrière, pauvre et précaire, méprisée par un pouvoir au service exclusif des riches et des possédants.

En Allemagne, il y a eu un mort en 10 ans pour refus d’obtempérer ; en France, on en est à 16 en 18 mois. Toute l’Europe observe cette dérive avec effarement et la France devient aux yeux de ses voisins un exemple à ne pas suivre.

La colère populaire déclenchée par la tragédie de Nanterre a aussi été exacerbée par certains médias, osant relayer des « informations », souvent mensongères, pour sous-entendre que ce jeune homme l’avait finalement bien cherché, faisant ainsi fi de toute compassion et même de toute honorabilité.

Ainsi, les violences de ces derniers jours ne sortent pas de nulle part mais il est hors de question de les excuser ou, pire, de les encourager. Car ce sont les quartiers populaires qui brûlent, des services publics déjà trop peu présents qui brûlent, ce sont les habitants de ces quartiers qui subissent les discriminations et les difficultés sociales endémiques qui en sont les premières victimes. Nous n’avons pas confiance dans le pouvoir actuel pour prendre enfin conscience de l’enjeu – les déclarations de diversion sur les jeux vidéos, les réseaux sociaux et l’irresponsabilité des parents préparent les esprits à l’inaction – et mettre des moyens pour reconstruire des quartiers abandonnés depuis bien longtemps.
À l’opposé, lorsqu’on refuse d’appeler au calme, soi-disant au nom de la justice, on commet une lourde erreur car on se rend complice des véritables responsables. De ce gouvernement d’abord, qui pourra ainsi en profiter pour accuser la gauche d’exploiter politiquement la mort de Nahel Merzouki pour semer le désordre et diluer sa lourde responsabilité.

Il faut arrêter de donner l’impression qu’on pourrait opposer le calme à la justice, il faut vouloir les deux ! Les explosions de colère et les révoltes sans autre but que la casse et le pillage n’amènent jamais la justice. D’un point de vue pénal, celle-ci suit son cours : le policier a été mis en examen pour « homicide volontaire », il est placé en détention provisoire et à l’isolement : à ce stade, la justice fonctionne. Nous devons être particulièrement vigilant sur la façon dont l’IGPN traitera ce dossier. Si elle fait, par esprit de corps, comme on l’a vu dans d’autres cas, obstruction à la vérité, cela pourrait aggraver la situation. Une réforme de cet organisme s’impose plus que jamais pour en garantir l’impartialité.

Enfin, les violences et déprédations font clairement le jeu de l’extrême droite, au point qu’on a vu dans certains quartiers des milices se constituer et des groupes fascistes proposer leurs « services » et parader dans les rues en hurlant leurs slogans racistes. En l’occurrence, l’appel à la sédition contre l’État de la part du pôle syndical majoritaire Alliance/UNSA chez les policiers est d’une exceptionnelle gravité, que la République française ne saurait tolérer.
Il en va du maintien de notre cohésion nationale de renforcer les services publics sur l’ensemble de notre territoire et bien entendu aussi de la police avec une véritable politique d’investissement et de formation.

Face aux discours hypocrites de la droite, la gauche devra agir !

Nos services publics ont besoin d’un véritable Plan Marshall pour que les principes d’égalité et de justice reprennent tout leur sens, qu’il s’agisse d’éducation, de santé, d’action sociale, mais aussi de police et de travail efficace de toute la chaîne judiciaire.

Daniel Large, Frédéric Faravel et Laurent Miermont

Seule la Justice pour tous peut réunir la Nation !

La Gauche Républicaine et Socialiste (GRS) apporte son soutien sans réserve au Maire de l’Haÿ-les-Roses, dont la famille a été victime hier d’une tentative d’assassinat par une bande de criminels dans le contexte des déprédations, pillages et incendies commis en France à la suite du meurtre de Nahel Merzouk par un policier le 27 juin dernier.

Elle appelle tous les citoyens à se rassembler et à prendre part aux mobilisations proposées pour manifester notre refus que la France s’enfonce dans une spirale de violence. La République, ses principes, ses représentants et ses services publics appartiennent à tous les Français. Elle ne saurait donc tolérer aucun acte criminel sur son territoire et demande que soient punis ceux qui bafouent la loi et qui minent par leurs actes irresponsables la cohésion de la Nation.

Les agents des services publics qui luttent aujourd’hui de toutes leurs forces pour prévenir les drames et en réparer les dégâts, et qui dans cet exercice font face à des violences inadmissibles, sont l’honneur de notre pays.

La GRS estime enfin que l’apaisement et le retour au calme, que nous appelons tous de nos vœux, ne seront durablement atteints sans une réparation en profondeur des fractures sociales et territoriales de notre pays, car il n’y a pas d’ordre possible sans Justice.

Adolescent tué à Nanterre : la Justice doit passer !

Naël, un adolescent a été tué mardi matin à Nanterre, après avoir reçu plusieurs balles au thorax à bout quasi portant, à la suite d’un contrôle routier.

Une vidéo largement diffusée sur les réseaux sociaux a radicalement remis en cause la version et les éléments de langage des policiers pour justifier le tir. Ce document a balayé la version diffusée par la hiérarchie policière, qui évoquait un véhicule fonçant vers deux agents dans l’intention de les percuter. Les images montrent les deux motards de la police penchés à la portière d’une Mercedes AMG de couleur jaune, côté conducteur. Sur la bande-son, couverte par le brouhaha de la circulation, il est possible d’entendre des bribes d’une vive conversation : « Tu vas prendre un tir dans la tête », aurait crié notamment un policier, son arme de poing braquée à quelques centimètres du conducteur du véhicule. La voiture redémarre à peine, elle roule encore au pas lorsqu’un coup de feu retentit. Touchée dans la région du cœur, la victime perd le contrôle de son véhicule, qui percute un panneau de signalisation de la place Nelson-Mandela, une cinquantaine de mètres plus loin. Le jeune homme décède plusieurs dizaines de minutes plus tard, malgré une tentative de réanimation par le SAMU. Un passager, lui aussi mineur, est appréhendé, tandis qu’un troisième individu, en fuite, était toujours activement recherché dans la nuit de mardi.

Saisi des faits, le parquet de Nanterre a ouvert deux enquêtes : la première, pour refus d’obtempérer et tentative d’homicide contre les forces de l’ordre ; la seconde, pour homicide volontaire, vise le policier ayant fait usage de son arme.

La Gauche Républicaine et Socialiste présente ses condoléances à la famille et aux proches du jeune homme tué hier matin : quels que soient les torts qui pouvaient lui être reprochés, rien ne justifie que l’on meure à 17 ans des suites de plusieurs tirs dans la poitrine provenant de l’arme d’un policier, dont on voit mal comment il pourrait invoquer la légitime défense. Dans tous les cas, un refus d’obtempérer ne donne pas un permis de tuer.

La Gauche Républicaine et Socialiste déplore également les violences qui ont émaillé les rues de Nanterre hier soir : la colère d’une partie des habitants ne saurait justifier les dégradations qui ont été commises et la mise en danger d’autrui. Elles n’auront comme conséquences que d’engager un cycle de violence supplémentaire et de rendre plus difficile encore l’action des services publics, notamment communaux, auprès des habitants qui en seront les premières victimes.

La Gauche Républicaine et Socialiste demande enfin que le commissariat de Nanterre soit déchargé des deux enquêtes. La décision du parquet laisse en effet planer des suspicions sur l’impartialité de la conduite des investigations et nous avons besoin avant tout que la Justice républicaine fasse son chemin et permette de garantir ou de restaurer la confiance entre les habitants et les dépositaires de l’autorité de l’Etat. Nous sommes convaincus de la nécessité de renforcer la déontologie et l’indépendance de l’organisme chargé des enquêtes administratives…

Un plan « sobriété raisonnable » – « Votre instant politique » sur France Info, mardi 20 juin 2023

David Cayla, maître de conférences en économie à l’université d’Angers et membre des Economistes atterrés, participait mardi 20 juin 2023 à 19h à l’émission « Votre Instant politique » sur le plateau de France Info TV, animée par Gilles Bornstein.

Aux côté de Bruno Millienne (député MoDem des Yvelines), Catherine Tricot (directrice de Regards), Arnaud Stéphan (communicant, ancien conseiller de Marine Le Pen lors de la présidentielle), il débattu du concept macronien de « sobriété raisonnable » et des limites de la stratégie climat du gouvernement.

Nous partageons son point de vue : « Ça ne veut absolument rien dire. La sobriété, par définition, c’est raisonnable. »

En réalité, cette nouvelle petite phrase élyséenne illustre l’impuissance d’Emmanuel Macron : « raisonnable » traduit dans les faits l’idée d’atténuer, donc de ne proposer qu’une forme de sobriété faible, essentiellement exigée des citoyens et non du capital ou des institutions … bref, pas de sobriété du tout et une logique toujours plus inégalitaire.

Soins dentaires: le désengagement de la sécurité sociale s’inscrit dans une stratégie de coupes franches

Les cotisations et contributions au budget de la Sécurité sociale proviennent essentiellement du travail effectué par les Français : quelques 15,9 % de leur salaire brut est versé chaque mois, les entreprises reversent environ 29 % des salaires perçus par leurs salariés et ces sommes sont collectées par l’Urssaf. 9% représentent les contributions collectées par l’État sous forme de taxes comme pour l’alcool et le tabac.

Tout cela représente le pot commun qui finance notre régime de sécurité sociale et que tous : jeunes, vieillards, malades pauvres et plus riches puissent en bénéficier et être soignés.

La botte secrète du gouvernement : prendre dans la tirelire commune des cotisants et rogner sur leur santé !

À partir du 1er octobre 2023, le taux de remboursement des soins dentaires par l’Assurance maladie passera de 70 à 60 %.

Le ministère a confirmé dans un communiqué la prochaine « prise en charge plus large des soins bucco-dentaires par les complémentaires », à hauteur d’un demi-milliard d’euros !

Le gouvernement a beau communiquer en disant que cela ne baissera pas la rémunération des dentistes ni le coût pour les patients, les responsables des complémentaires santé (mutuelles ou assurances privées) protestent et contestent, confirmant qu’il y aura bel et bien des « conséquences sur les cotisations », donc sur les patients, vous et nous. Cela devrait entraîner une augmentation des tarifs des complémentaires dès l’année prochaine !

Ce que la Sécurité sociale ne remboursera plus,les complémentaires devront le prendre en charge et augmenteront en proportion le coût facturé à ceux de leurs clients qui pourront encore se payer les forfaits le permettant.

« Cette décision aura mécaniquement des conséquences sur les cotisations », a indiqué Marie-Laure Dreyfuss, déléguée générale du Centre technique des institutions de prévoyance (CTIP). Tout en déplorant elle aussi une « mesure comptable » et « sans aucune valeur ajoutée sur le niveau de soins et de remboursement global des assurés ».

Le gouvernement impose aux Français de payer, en plus de ce qui est déjà prélevé sur le résultat du travail qu’ils ont fourni, une augmentation des cotisations de leurs mutuelles complémentaires, pour ceux qui en ont encore une alors que l’inflation a considérablement augmenté les prix de l’alimentation, de l’immobilier et des produits de première nécessité.

Une casse progressive de notre de système de santé et de sécurité sociale

L’hôpital public se dégrade complètement et ce n’est pas parce qu’il y a moins de lits financés qu’il y a moins de malades et plus de praticiens ! On y optimise tout, même les spécialités et les corps de nos soignants qui doivent être polyvalents, corvéables à merci tout en gardant la même qualité de soin et d’accompagnement : c’est impossible.

Ainsi, la Caisse nationale d’Assurance Maladie a engagé une salve de contrôle contre 6 000 médecins généralistes, les accusant à bas bruit de prescrire trop d’arrêt maladie. En réalité, il ne s’agit pas de mettre fin à des abus avérés, mais de stopper que le gouvernement et elle estiment être une dérive financière… Cette démarche est inique : l’augmentation des arrêts maladie et de leurs coûts sont pourtant logiques quand le gouvernement communique en parallèle sur l’augmentation du nombre d’emplois et de certains salaires. S’il y a plus d’emplois un peu mieux payés, il y a plus de gens susceptibles d’être en arrêt maladie avec des coûts plus chers.

Que dire enfin de la sortie consternante de François Bayrou qui voit dans le haut niveau de remboursement des médicaments un biais de déresponsabilisation des malades et un encouragement à la consommation médicale !?!

Si l’on revient sur les soins dentaires, le gouvernement communique en se justifiant sur sa volonté de mettre l’accent sur davantage de prévention, en visant une génération « zéro carie » et en réduisant le nombre de porteurs de prothèses dentaires !

Les moyens de ses ambitions : la prévention ne signifie pas l’exclusion ou l’éradication.

Ce n’est pas parce qu’il y a plus de gens radiés des chiffres du chômage qu’il y a plus de travailleurs ! Ce n’est pas parce qu’il y a moins de lits financés qu’il y a moins de malades ! Ce n’est pas parce qu’il y a moins de moyens pour soigner et suivre les soins dentaires qu’il y a moins d’appareillages à l’arrivée : par contre encore plus de « sans dent » certainement !

Quand ils n’ont plus de dent on ne peut plus leur en prendre, mais quand ils ne peuvent déjà pas se payer de mutuelle, les Français ne pourront pas plus se payer la pose d’un appareil, c’est certain !

À ce rythme là, avec de la moraline et aucune éthique

À quand une diminution de 10% des remboursements de soins pour les diabétiques de type 2 et des soins pour les artères encrassées et/ou les problèmes cardiaques avec pour objectif la prévention des mauvaises habitudes alimentaires ?

Les pauvres sont aussi le plus souvent les plus exposés à la publicité de notre société de consommation achetant de la malbouffe à bas prix en hard discount, se nourrissant souvent de pâtes et de boissons gazeuses faute de mieux et d’industriels peu scrupuleux ne pourront que se culpabiliser de se faire plaisir avec des addictions encore accessibles !

Cet argument de faire de la prévention en diminuant les remboursements de soins est en réalité discriminatoire, en tous les cas, il illustre parfaitement le principe de violence symbolique conceptualisé par Pierre Bourdieux.

Réfléchir autrement, porter un autre regard que piller et détruire un système qui fonctionnait jusque là, et garantissait à tous un minimum de soins, ça n’est pas au programme … Mieux contrôler et juguler les fraudes de certains professionnels indélicats, les prestations dentaires abusives qui ont récemment défrayé la chronique du fait de pratiques douteuses dénoncées par la profession, au sein de certains centres de soins, ça n’est pas au programme.

Aller chercher l’argent là où il est vraiment, et plus équitablement, procéderait d’une démarche plus juste, pour pouvoir envisager une meilleure prévention que ce soit en termes de soins et d’éducation au sein de nos services publics. Là oui, l’État, la Sécurité Sociale, nous tous en définitive, en sortirions renforcés, nos dents, notre santé physique et psychique aussi !

Pour finir, les déserts médicaux ne concernent pas uniquement les médecins généralistes, les dentistes aussi. Ce n’est pas ce genre de réforme qui va inciter les ruraux à aller plus régulièrement vers les soins et le contrôle dentaire qui font partie eux aussi de la prévention !

Alors que leurs études sont elles aussi financées par l’argent public, ne serait-il pas légitime de fonctionner avec un système de mutations comme pour les enseignants ; la proposition de loi pour réguler timidement l’installation des médecins et des chirurgiens dentistes vient d’être rejetée.

Cette situation d’augmentation des coûts pour les citoyens n’est pas un encouragement à l’installation des praticiens à la campagne non plus. La désertification médicale progresse, les inégalités d’accès aux soins continuent de se creuser aussi.

Après la réforme des retraites imposée, la destruction de notre régime de sécurité sociale, plus insidieuse se poursuit.

Karine Mazot

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