Étiquette : Proche Orient

  • Israël : se souvenir des massacres du 7 octobre 2023, avant le vote dans 20 jours

    Israël : se souvenir des massacres du 7 octobre 2023, avant le vote dans 20 jours

    Le 7 octobre 2023, le Hamas et ses alliés déclenchaient depuis la bande de Gaza un terrible pogrom, visant prioritairement et massivement des civils : 1200 hommes, femmes et enfants massacrés à l’arme blanche et à l’arme automatique, des viols, des mutilations de cadavres… 251 otages seront emmenés à Gaza par leurs ravisseurs. Cette attaque par terre s’est doublée d’une campagne de bombardements avec plus de 2500 roquettes. Il faut ajouter au bilan des milliers de blessés. Si la population juive civile (le plus souvent habitant dans les kiboutzim orientés à gauche et favorables à la Paix en Palestine) a été la cible privilégiée, on compte parmi les victimes 70 Arabes israéliens et des centaines d’entre eux parmi les blessés. Ces actes sont des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. Aucune colère ne peut justifier, en aucun cas, des actes aussi ignobles.

    Après le pogrom, une « punition collective » tout aussi effroyable

    On connaît la suite : le Hamas n’est pas seulement criminel pour avoir planifié et mis en œuvre ces massacres, il est également criminel pour avoir donné le prétexte au gouvernement israélien de Benyamin Netanyahu, le plus à droite jamais connu dans l’histoire de l’État d’Israël, d’abattre une violence militaire inimaginable sur l’enclave de Gaza et sa population civile. Dès les premières semaines, les opérations militaires commandées par le gouvernement dépassent de très loin le droit d’un État agressé à se défendre et sont en contradiction de fait avec l’objectif prétendu de vouloir récupérer les otages (morts ou vifs) : elles s’intègrent très dans une volonté de vengeance et de punition collective contre une population civile, elle-même victime de la prédation du Hamas. Les pertes humaines pendant la guerre de Gaza depuis 2023 sont évaluées à plus de 73 000 Palestiniens tués, dont au moins 21 500 enfants ; et à plus de 183 000 blessés, dont plus de 46 500 enfants : les bombardements de l’ensemble du territoire (80% des immeubles de la bande de Gaza sont détruits), sans discernement et sans distinction sur les infrastructures civiles et hospitalières l’organisation si ce n’est planifiée tout du moins couverte d’une famine par le blocus et par le soutien à des organisations mafieuses palestiniennes (censées seconder Tsahal dans sa lutte contre le Hamas), les tirs sur les populations en fuite, les mauvais traitements et la violence gratuite contre les civils, tout cela constitue également des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. Rien ne peut justifier une seule de ces actions. Les déclarations de plusieurs ministres de Benyamin Netayahu appelant à massacrer les Palestiniens dénotent de leur intention génocidaire.

    Depuis le 7 octobre 2023, différentes enquêtes ont apporté la démonstration que le cabinet Netanyahu avait été informé de la préparation d’une attaque de grande ampleur par le Hamas. Le premier ministre a choisi d’ignorer délibérément ces avertissements et renseignements, dégarnissant par ailleurs les effectifs de l’armée pour satisfaire des revendications confessionnelles minoritaires pour permettre à des soldats de rentrer dans leurs familles pour les fêtes de Soukhot. Benyamin Nethanyahu et ses ministres « suprémacistes religieux » sont donc doublement coupables : ils ont échoué volontairement à protéger les citoyens israéliens et ont ordonné et encouragé par la suite des massacres atroces.

    Un cessez-le-feu est censé être entré en vigueur depuis le 10 octobre 2025. Si la nourriture et l’aide a pu à nouveau atteindre la population démunie et traumatisée de la bande de Gaza, des affrontements et des actes de violence continuent d’être perpétrés contre les civils par l’armée israélienne et ses supplétifs : 1440 Palestiniens auraient été abattus dans ce territoire depuis un an. Par ailleurs, la situation s’est profondément dégradée en Cisjordanie où les colons religieux tentent de façon croissante d’opérer une campagne de nettoyage ethnique, pourchassant des Palestiens, les chassant de leurs villages, arrachant leurs cultures et certains oliviers pluricentenaires. Ces actions criminelles se font trop souvent sous les yeux des militaires israéliens, qui ne réagissent pas ou même parfois accompagnent et encouragent. Plusieurs incidents récents ont cependant opposé Tsahal à certains des colons extrêmistes, ce qui démontre encore que l’action et les complicités malsaines du gouvernement Netanyahu fracturent toujours plus la société israélienne.

    Le renouvellement de la Knesset se tiendra dans ce contexte

    Les citoyens israéliens voteront le 27 octobre prochain pour renouveler la Knesset. Pendant 3 ans, Benyamin Netanyahu a tout fait pour retarder l’échéance alors que la situation politique aurait mille fois justifiée (au regard des raisons pour lesquelles elle a été finalement décidée en juillet dernier) : l’actuel premier ministre a utilisé la guerre qu’il a lui-même entretenue comme une assurance-vie politique ; on peut fortement supputer que les offensives militaires conduites contre l’Iran, avec le soutien puis la participation active des États-Unis d’Amérique, qui ont fini par plonger la planète dans une nouvelle crise pétrolière (et ont permis au régime des Mollahs de renforcer encore la répression contre sa population), ont été conduites dans le même objectif. Benyamin Netanyahu craint plus que tout la fin de son mandat et de son immunité, car toute une série de graves affaires judiciaires l’attendent au lendemain de sa défaite espérée. Avant le 7 octobre 2023, il avait provoqué un fort mouvement de protestation de la société civile contre sa réforme de la justice et de la constitution israélienne, qui visait tout à la fois à satisfaire son idéologie héritée de la droite révisionniste et ses intérêts personnels.

    La société israélienne, traumatisée par les attaques meurtrières du 7-Octobre et soumise à une tension militaire permanente depuis (mobilisant de nombreux réservistes), a sans doute mis du temps à se détacher d’un réflexe (que l’on pourrait qualifier de naturel, s’il n’accompagnait une situation aussi affreuse) d’union nationale. Le Cabinet Netanyahu a été soutenu par l’opinion tant qu’elle a cru qu’il travaillait à ramener les otages ou leurs corps (il a en partie échoué), elle l’a soutenu plus fortement encore contre le Hezbollah au Liban (l’intervention militaire n’était cependant aucunement justifiée), puis contre l’Iran car les Israéliens sont convaincus de la menace existentielle que fait peser sur eux le régim islamiste… Une grande majorité des Israéliens a trop longtemps voulu fermer les yeux sur les massacres commis à Gaza en son nom, enfermée dans sa peine et son traumatisme. Les fractures politiques et civiques qu’induisent et approfondissent en soi la politique conduite par Netanyahu et ses alliés suprémacistes Ben Gvir et Smotrich finissent cependant par déciller les yeux, alors que la tension militaire s’est légèrement décalée d’Israël.

    Pronostic impossible

    Le Likud, parti de Netanyahu, semble en net recul selon presque tous les sondages qui lui promettent une petite vingtaine de sièges contre 32 aujourd’hui ; Otzma Yehudit, le parti de Ben Gvir héritier de Meïr Kahan et des assassins d’Yitzakh Rabin, progresserait au détriment du parti de Bezalel Smotrich (RZP Zehut), son comparse suprémaciste. Les partis religieux sépharades et ashkénazes restent alliés de Netanyahu. Mais le bloc des opposants à Netanyahu, qui rassemble les héritiers du travaillisme isralien réunifié (Démocrates, 8 à 10 sièges) avec le centre droit (Yashar 23 sièges) et la droite nationaliste (Ensemble 13 sièges, Israël Beïtenu 9 sièges), est selon les jours devant d’un ou deux sièges ou l’inverse avec le bloc de ses soutiens, entre 50 et 54 sièges. La Knesset compte 120 députés, l’orientation du futur gouvernement dépendra donc du soutien de la « Liste commune », rassemblant le parti communiste et les partis arabes Ta’al et Balad (8 sièges espérés), de Ra’am (parti islamiste arabe israélien, 5 sièges espérés) et l’alliance électorale du parti des réservistes et du « nouveau parti économique » (centre-droit), qui prétend obtenir 4 ou 5 sièges. L’avance de l’un des deux blocs antagonistes, mais qui restent eux-mêmes profondément divisés, déterminera vraisemblablement le basculement de cette dernière alliance.

    La poursuite d’un cabinet Netanyahu serait évidemment une catastrophe pour l’État d’Israël et ses citoyens, car elle serait fondée sur le renforcement de ses composantes les plus extrémistes. Vue d’Europe, la coalition des anti-Netanyahu peut évidemment paraître baroque, mais elle a pris des engagements fermes pour rétablir un fonction démocratique des institutions, garantir l’Etat de droit, faire cesser les exactions à Gaza, un véritable retour à une logique de négociation et l’arrêt du nettoyage ethnique en Cisjordanie. C’est peu, sans doute, mais c’est le minimum et l’exact opposé de ce que promet Netanyahu. Et c’est impérativement nécessaire pour la société israélienne puisse réellement faire son deuil, commencer à travailler sur elle-même et peut-être un jour (encore trop lointain) vouloir s’engager à nouveau dans une réelle logique de paix.

    Frédéric Faravel

  • Élections en Israël : l’enjeu central de la laïcité et de l’État de droit

    Élections en Israël : l’enjeu central de la laïcité et de l’État de droit

    La Knesset va être dissoute car les partis religieux ont claqué la porte de la majorité qui soutenait le cabinet d’extrême droite dirigé par Benyamin Netanyahu. Le gouvernement propose donc le vote d’une motion de dissolution pour s’assurer que ce ne soit pas celle déposée par l’opposition qui soit symboliquement adoptée. La motion de dissolution passera donc a la quasi unanimité.

    La rupture avec les partis religieux, pourtant gavés de subventions publiques par Nethanyahu, découle de leur exigence de continuer à exempter totalement les Haredim (juifs observants orthodoxes) du service militaire au motif que leurs prières seraient indispensables à la protection divine sur Tsahal… Cette clause baroque vient du fait qu’en 1947 David Ben Gourion ne voulait pas s embarrasser avec 2% d’ultra-orthodoxes (alors essentiellement ashkénazes) peu sionistes et peu politisés, alors que maintenant les ultra-orthodoxes représentent 13% de la population (+509% entre 1979 et 2023, contre +135% pour le reste des Israéliens juifs ou arabes) et de surcroît ultranationalistes (il faut y ajouter quelques 10 % d’orthodoxes « classiques »). Les projections démographiques donnent les Haredim à 2,15 millions d’individus, soit 18 % de la population, en 2038, 2,86 millions et 21,2 % de la population pour 2048. Le gros de la population et tout l’état major « historique », qui a largement été limogé par Netanyahu, refusent la perpétuation de ce compromis dépassé : c’est un très fort clivage public.

    Deuxième sujet, Netanyahu a, tout comme Trump, de nombreux procès en corruption en attente qu’il tente à tout prix de bloquer, ce qui sous-tend en partie ses alliances avec l’ultra droite des suprémacistes kahanistes, version Ben Gvir et Smotrich qui prônent ouvertement l’expulsion ou l’éradication de tous les Palestiniens, et les barbus ; mais il a contre lui la Cour suprême qui ne plie pas. Il s’oppose également au Président de la République Isaac Herzog qui a refusé l’énorme pression exercée par Donald Trump pour gracier Benyamin Netanyahu : l’enjeu de l’élection à venir sera donc également la préservation de l’État de droit en Israël, les dossiers de la réforme de la Cour suprême (violent affrontement politique qui est antérieur aux massacres du 7 octobre 2023 et aux massacres qui ont suivi à Gaza) ou celui de la réforme de la peine de mort pour les prisonniers palestiniens s’ajoutant à la question des poursuites contre l’inamovible premier ministre.

    Tout ça fait beaucoup et l’élection israélienne à la Knesset se jouera plus sur ces sujets que sur la Paix à laquelle personne en croit à court terme dans la séquence actuelle. Si le renversement de la coalition d’extrême droite permettrait peut-être un apaisement dans la bande de Gaza et en Cisjordanie (en vue de s’accorder avec d’autres États arabes), il est moins sûr que cela règle la confrontation avec l’Iran et au Liban.

    La coalition centre et droite « laïques » menée par Yaïr Lapid (centre) et Naftali Bennet (très à droite), aidée par les officiers rebelles, ainsi que par une gauche encore divisée malgré la réunification Meretz/Ahavoda, à l’air bien partie ; il faut ajouter dans ce contexte qu’une liste unitaire arabe (allant des communistes aux islamistes) peut tout à fait atteindre une quinzaine de sièges sur 120. Bennet et Lapid se sont engagés ramener la loi qui a disparu en Cisjordanie et à en finir avec les exactions meurtrières et les provocations des colons.

    Bien sûr, les massacres du 7-octobre et la guerre horrible et meurtrière pour les habitants de Gaza qui a suivi, pèseront également, mais il est utile de rappeler que Netanyahu empêche là-aussi les commissions d’enquête réclamées sur le conflit, ce qui montre bien qu’il craint ce qui pourrait en sortir et notamment la sur-protection des colons d extrême droite en Cisjordanie et la sous protection des kibboutz progressistes près de Gaza avant le 7 octobre : questions de clientèles…

    À suivre…

  • PPL Yadan : un très mauvais service rendu à la lutte contre l’antisémitisme

    PPL Yadan : un très mauvais service rendu à la lutte contre l’antisémitisme

    La perspective de l’examen le 16 avril prochain par l’Assemblée Nationale de la proposition de loi (PPL) visant à lutter contre les « formes renouvelées de l’antisémitisme » tend le débat public, tout autant qu’il passe par-dessus la tête de la majorité de nos concitoyens.

    Pour ajouter à la sérénité des débats, en pleine campagne des élections municipales, a été lancée le 18 février 2026 une pétition sur le site de l’Assemblée Nationale pour dénoncer avant même son examen le caractère liberticide de la PPL Yadan et appelant les députés à voter contre. Cette pétition, fortement relayée par la France Insoumise, a dépassé mardi 7 avril les 500 000 signatures, ce qui ouvre la perspective d’un débat dans l’hémicycle sur cette pétition, dont à nouveau sur la PPL et sur le vote des députés qui n’a pas encore eu lieu… Autant dire que le calendrier de l’Assemblée nationale va être durablement accaparé, dans un contexte où aucun débat politique serein ne semble possible, par des échanges sur le conflit et les massacres du Proche Orient, sur lesquels la France a perdu par ailleurs depuis longtemps toute capacité d’influence (comme le montre la faiblesse de ses interventions face aux bombardements massifs du Liban et de sa population par l’armée israélienne).

    À défaut d’avoir une prise sur les événements, il semble donc que la réalité du débat tel qu’il s’est installé depuis un an et demi (la PPL Yadan a été déposée sur le bureau de l’Assemblée Nationale le 19 novembre 2024) sert avant tout à régler des comptes ici en France, à montrer des muscles, lancer des anathèmes. On voit agir d’un côté comme de l’autre dans le seul but de consolider des socles, le cœur de ces socles, en prévision de nouveaux affrontements. C’est clairement un processus qui ne peut conduire qu’à fracturer un peu la communauté nationale, mais les « apprentis sorciers » qui touillent leur mixture ont ici peu de scrupules, qu’ils ne mesurent pas la portée de leurs actes ou qu’un cynisme absolu les animent.

    Pourquoi la PPL Yadan pose-t-elle problème ?

    Je fais partie de ceux qui ont fini par considérer que la députée Caroline Yadan est devenue « l’idiote utile » des antisémites. Il ne s’agit plus seulement avec son texte de qualifier d’antisémites ceux qui discriminent, harcèlent et agressent les juifs à raison de leur appartenance à une religion, une culture sociologique, réelle ou supposée ; il ne s’agit plus seulement de mettre en cause ceux qui appellent au meurtre et à la haine ou passeraient à l’acte ; il ne s’agit plus seulement de mettre en cause ceux qui voudraient purement et simplement détruire l’État d’Israël et donc jeter à la mer et tuer les 7 millions de juifs israéliens (parce que c’est cela que cela veut dire)…

    Le préambule de la PPL Yadan pose ainsi comme interprétation de sa mise en application éventuelle de mettre en cause ceux qui critiquent la politique de l’exécutif de l’État hébreu, en donnant force juridique à l’adoption (très discutée) en 2019 par l’Assemblée nationale d’une résolution destinée à reconnaître la définition opérationnelle de l’antisémitisme de l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA). Cette définition est la suivante : « L’antisémitisme est une certaine perception des Juifs qui peut se manifester par une haine à leur égard. Les manifestations rhétoriques et physiques de l’antisémitisme visent des individus juifs ou non et/ou leurs biens, des institutions communautaires et des lieux de culte. » Mais au-delà du sens strict de cette définition, les exemples qui y sont adossés visent à élargir les possibilités de contester la politique conduite par un gouvernement israélien ; ainsi « l’antisémitisme peut se manifester par des attaques à l’encontre de l’État d’Israël lorsqu’il est perçu comme une collectivité juive » ou « l’établissement de comparaisons entre la politique israélienne contemporaine et celle des Nazis ». La PPL Yadan introduirait alors une limitation disproportionnée de la liberté d’expression : ce n’est pas un petit sujet… La liberté d’expression n’est pas totale en France (et heureusement, si on peut s’épargner l’hypocrisie du free speech états-unien), elle est encadrée par la loi. Autant donc ne pas voter une loi verbeuse, qui ne renforce pas l’arsenal législatif ni la vigilance du juge dans la lutte contre l’antisémitisme, mais ajoute des biais dans l’interprétation des textes et créent des catégories juridiques (apologie « implicite » du terrorisme ou « provocation indirecte », notamment avec son article 2) impossibles à appliquer et dont le Conseil d’État a souligné la potentielle inconstitutionnalité. Une nouvelle source de contentieux dans laquelle les antisémites eux-mêmes prendront un malin plaisir à s’engouffrer.

    Le discours qui accompagne la PPL Yadan représente donc une dérive grave parce qu’il introduit un amalgame de fait entre nos concitoyens qui se considèrent comme juifs (ou qui sont considérés comme juifs par les antisémites) et la politique d’un État étranger dont ils ne sauraient être comptables. Si on est antisémite parce qu’on critique le gouvernement Netanyahu, parce qu’on estime que ce gouvernement commandite des actes à portée génocidaire (au hasard), on est mis dans le même panier que ceux qui prêchent la haine des juifs, et nos concitoyens de culture juive (réelle ou supposée) sont donc mis dans le même panier – malgré eux – que le gouvernement d’extrême droite israélien actuel, dont les actions sont particulièrement ignobles depuis deux ans et demi.

    L’argumentaire de la PPL Yadan reproduit en miroir le délire des pires antisémites qui se déchaînent de façon redoublée. Depuis les massacres perpétrés le 7 octobre 2023 par le Hamas et ses alliés, depuis que la campagne honteuse dirigée par le gouvernement Netanyahu a conduit à la mort délibérée de dizaines de milliers de civils dans la bande de Gaza (sans compter le redoublement d’agressions et de nettoyage ethnique en Cisjordanie), les actes antisémites (de diverses natures) ont effectivement explosé et durablement : 589 en 2021 ; 436 en 2022 ; 1676 en 2023 (+280 %, quand dans le même temps l’augmentation des actes racistes – toute catégorie confondue, celle-ci comprise – étaient de 20 % sur l’année, ce qui est déjà effrayant), dont près de 1500 pour la seule période courant du 7 octobre à la fin de l’année 2023 ; 1570 en 2024 ; 1320 en 2025. On reste à un niveau très élevé sur plusieurs années ; le lien avec le conflit israélo-palestinien et la tension qu’il suscite au sein des sociétés européennes (le phénomène n’est pas strictement français, mais la France compte la communauté juive la plus importante du monde après Israël et les États-Unis d’Amérique) sont évidents, mais les outils juridiques français pour combattre le racisme et l’antisémitisme dans le pays sont déjà importants.

    Quelle que soit la pseudo-motivation des actes et agressions antisémites, on peine à comprendre en quoi l’adoption de la PPL Yadan permettrait de réduire le nombre d’actes antisémites et de les réprimer plus qu’ils ne le sont aujourd’hui. En créant dans le droit français un lien intrinsèque entre nos concitoyens juifs et les gouvernements de l’État d’Israël, elle offre au contraire un beau camouflage aux antisémites (qui existent dans tous les milieux de ce pays, selon des traditions diverses et variées) et ajoute de l’eau au moulin des complotistes et des antisémites. Le climat ainsi créé, qui s’ajouterait au contexte actuel, favoriserait à coup sûr un plus grand nombre de passages à l’acte, en compliquant le débat politique et l’éducation populaire qui sont les seuls outils efficaces à long terme pour faire reculer l’antisémitisme.

    Honte à elle qui dévoie un combat nécessaire et vital qui sera désormais dénoncé par un nombre abrutis croissants qui verront à chaque accusation d’antisémitisme un sombre complot surtout quand les accusations sont étayées… Je pense que ceux qui ont cosigné cette PPL pour de mauvaises raisons et sous le coup de l’émotion, sous le coup parfois de véritables attaques antisémites à leur égard, devraient se raviser… Nous avons besoin de retrouver la sérénité : le débat et l’adoption de cette PPL ou le débat sur la pétition font tout le contraire.

    Les dérives de la campagne contre une PPL stupide

    La PPL Yadan, si elle était adoptée pourrait d’ailleurs avoir des conséquences juridiques acrobatiques d’un point de vue politique et international. Comme le dit l’historienne Sylvie Anne Goldberg, dans un entretien publié vendredi 10 avril 2026 par Le Monde, « Avec la “loi Yadan”, c’est le statut de la mémoire et son rapport au temps politique qui sont en jeu ». Débattre du statut d’un Kurdistan indépendant pourrait s’avérer ainsi juridiquement risqué (nulle doute que quelques associations liées aux Loups Gris viendraient ainsi polluer le débat), de même que du statut de Taïwan (voulez-vous tester les relais de l’ambassade de Chine en France ?) ou de la réunification des deux Corées ou de l’Irlande (on trouvera bien des loyalistes extrémistes d’Ulster pour cela)… ironiquement, la Palestine étant reconnue en France, certaines officines du Likud ou des héritiers de Meir Kahane (comme la LDJ), pourraient alors peut-être poursuivies en France pour leur négation du droit des Palestiniens à un État… tout cela frise l’absurde : on ne peut remplacer le débat politique par les tribunaux et exposer notre pays à être le terrain de jeu de puissances étrangères.

    Pourtant, j’ai lu et relu la pétition et j’y trouve trop d’ambiguïtés pour lui accorder ma signature malgré tout le mal que je pense du fond et de l’opportunité de la PPL Yadan. Je ne peux pas non plus cautionner les visuels qui accompagnent la pétition. On mesure ici à quel point la conjugaison des réseaux sociaux, devenus la poubelle du débat public, et de la création d’images assistée par l’intelligence artificielle, détériore la réflexion et l’échange.

    À en croire les publications de nombreux promoteurs de cette pétition, le débat public en France ne devrait plus se structurer qu’autour du Proche-Orient. Cette posture implique d’importer dans notre pays, en faisant des amalgames, donc entre Français un affrontement qui est déjà horrible à 4h20 de vol d’ici. Depuis plusieurs semaines, j’ai pu constater la floraison d’arguments faisant l’amalgame entre le soutien de certains de nos concitoyens à cette PPL et une complicité ou une apologie de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité pouvant conduire à un génocide.

    J’ai pu lire, dans le Val-d’Oise, dans l’Essonne ou ailleurs, que certains promoteurs de cette pétition dressent des listes de citoyens français à raison de leur nom et de leur origine juive supposée pour les traiter a priori de soutien de la PPL Yadan ou de soutien du génocide (y compris quand ces deux assertions sont fausses). Voilà bien un procédé antisémite pur et non faussé. Croyez-vous qu’après l’explosion des agressions antisémites en France depuis octobre 2023, cette façon de procéder à de tels amalgames, de telles dénonciations (les listes diffusées sur les réseaux sociaux étaient publiques) puisse rassurer nos compatriotes ? Croyez-vous que si certains parmi eux ont pu être des soutiens de la PPL Yadan, ces méthodes qui sont similaires aux pires campagnes antisémites qui ont pu avoir lieu dans notre pays, contribueront à les convaincre de leur erreur d’analyse ?

    Le débat public en France doit-il sombrer dans une assimilation d’un seul de nos concitoyens aux crimes d’un gouvernement du fait de son identité culturelle, religieuse, sociologique réelle ou supposée, doit-on suivre ceux qui argumentent qu’on est complice de criminels du fait de son attachement à l’existence d’un État juif ? La façon dont est conduit le débat dans notre pays sur le sujet frise l’absurdité vétéro-testamentaire : un dieu vengeur vous fera payer pour les fautes d’un cousin imaginaire et sur mille générations. À la fin, il ne pourrait en rester qu’un… Car derrière tout cela, traîne l’idée de la négation de la solution à deux États, l’idée qu’il ne faut plus qu’un seul État de la mer au Jourdain : entre Rima Hassan, protégée de l’ancien régime familial El-Hassad, et Bezalel Smotritch ou Itamar Ben Gvir, héritiers des commanditaires de l’assassinat d’Yitzhak Rabin, l’écart n’est pas celui des discours mais du camp, l’une comme les deux autres (et quelques uns avec eux tous) prônent la négation de l’humanité commune. L’autre différence, c’est que les deux ministres suprémacistes sont au pouvoir et qu’on peut espérer que la députée européenne n’y accédera jamais. Mais les uns comme les autres nous promettent pour longtemps un déferlement de boue et de sang, si on leur laisse les mains libres.

    Voilà ce qui m’effraie dans la façon de conduire le débat aujourd’hui et d’aller chercher ailleurs les référentiels qui y président : c’est un ferment de guerre civile, de fracturation durable de la communauté nationale, de négation complète de ce que porte l’idéal de la République française, de cette nation politique qui se moque bien de vos origines ou de votre religion pourvu que vous souhaitiez être un(e) citoyen(ne) sincère (du principe à son exécution, la marge reste importante).

    Une dernière question aux lectrices et aux lecteurs : trouvez-vous normal que les deux tiers des questions auxquelles j’ai eu à répondre sur les réseaux sociaux pendant la campagne des élections municipales, c’était pour savoir si je niais un génocide, si je le soutenais ou si j’étais pour la loi Yadan ? La place des sujets quotidiens des habitants : un tiers… Voilà je crois la démonstration que l’excès frôle souvent de près la bêtise et que ce n’est pas avec de telle méthode qu’on rassemblera une majorité de nos concitoyens pour battre les fascistes, arriver au pouvoir, transformer le pays, faire reculer le racisme et les discriminations et surtout travailler à l’égalité républicaine vraiment pour celles et ceux qui subissent toutes les défaillances de notre société.

    Frédéric Faravel
    (merci aux conseils de Damien Vandembroucq et Laurent Miermont)

  • Israël vers la fin de l’État de droit ?

    Israël vers la fin de l’État de droit ?

    Ça va me coûter des amis, mais tant pis.

    Cette peine de mort votée en Israël centrée par sa définition du terrorisme sur les seuls Arabes et assortie de la suppression du droit d’appel en passant par des tribunaux militaires, et donc loin de la justice et du droit contradictoire (une pensée pour Robert Badinter…), est un concentré de la fin de tout ce qui séparait Israël par sa démocratie et son État de droit des régimes tels l’Iran ou la Syrie, etc.

    Israël est rentré depuis quelques années dans un projet post-sioniste aussi étrange que ce soit de le dire.

    Le projet d’un foyer d’accueil d’un foyer juif démocrate, humaniste et protecteur contre les inquisitions antisémites qui n’ont jamais cessé, tout ça est loin maintenant et n’est plus le sujet.

    Une preuve pas assez dite est que pour la première fois de son histoire les départs d’Israéliens sont plus nombreux que les arrivées : le sionisme historique est donc fini, bien fini.

    Ces départs sont ceux en majorité de diplômés libéraux qui, comme aux USA, n’y trouvent plus leur compte alors qu’en face les colons ultra-religieux, familles de barbus et de voilées comme d’autres, ont une démographie galopante et nettoient la Cisjordanie avec des méthodes qu’on a connues naguère en ex-Yougoslavie.

    En France, mes amis de la communauté juive insultent, loin de là-bas, Delphine Horvilleur et les juifs libéraux qui n’avaient fait que relayer les cris d’horreur du président d’Israël Isaac Herzog (un type tout à fait remarquable à tout point de vue dans la tempête) face à Netanyahu, avec la même radicalité symétrique que les amis de Rima Hassan qui comme eux ne veulent que d’un État du Jourdain à la mer par éradication ethnique.

    Cette symétrie, cette ressemblance croissante et frappante des éléments de langage des deux camps si loin du front ne fait pour l’heure que diviser la société française entre les communautés : les votes communautaires pour Zemmour ou Le Pen comme pour LFI ne sont pas une bonne nouvelle pour la République, sans d’ailleurs que tous ces vacarmes ne changent quoi que ce soit à ce qui se passe là-bas, sur place.

    J’ai l’âge (hélas) d’avoir connu la propagande des années 1970 et 1980 où après avoir affirmé le droit à la libre critique, certains traitaient d’agent « objectif » de la CIA et des grands capitalistes tout début tous ceux qui s’essayaient à la critique de la Russie héroïque (etc. etc.) par la technique de l’insulte et de l’amalgame manichéen / paranoïaque.

    On en est à nouveau bien là et ça finira pareil.

    Laissons crier les oies du Capitole, gardons raison et humanisme, rappelons nous que quand un ami fonce vers le mur en klaxonnant, l’ami vrai crie, le faux-ami crie bravo.

    Je crie pour eux, et je marche ici mon chemin, même si ce n’est pas en rang parallèles, en regardant bien les photos de ma famille qui a tant payé la folie des hommes.

    Jean-Alain Steinfeld

  • Cisjordanie occupée : annexion et nettoyage ethnique rampants

    Cisjordanie occupée : annexion et nettoyage ethnique rampants

    Depuis l’attaque criminelle du Hamas le 7 octobre 2023, l’attention internationale s’est concentrée sur Gaza, puis sur les crimes commis par le cabinet Netanyahu dans sa punition collective infligée aux habitants de la bande de Gaza. Paradoxalement, cette situation militaire et humanitaire terrifiante a laissé le champ libre au gouvernement israélien, le plus ancré à l’extrême droite depuis la création de l’État d’Israël, pour accélérer sa politique de colonisation en Cisjordanie et éradiquer toute potentialité à terme d’État palestinien viable.

    Sous la direction de Benyamin Netanyahu et de son ministre des Finances et des Colonies, Bezalel Smotrich, figure de l’extrême droite suprémaciste, le gouvernement israélien a lancé en 2025 une offensive administrative et territoriale sans précédent. Avec plus de 9 600 logements mis en appel d’offres en une seule année – un record absolu –, ce gouvernement a dépassé le total des six années précédentes, selon l’ONG Peace Now. Ces projets, notamment dans la zone E1 à l’est de Jérusalem, visent à « porter un coup de grâce à l’idée d’un État palestinien », comme l’a explicitement déclaré Smotrich. La colonisation n’est plus seulement une expansion territoriale : elle devient un outil de fragmentation systématique de la Cisjordanie, rendant impossible la contiguïté géographique nécessaire à la viabilité d’un futur État palestinien.

    La stratégie est claire : profiter de la guerre à Gaza pour faire avancer des projets longtemps bloqués par la pression internationale. Le projet E1, par exemple, diviserait la Cisjordanie en deux, isolant Jérusalem-Est de Ramallah et de Bethléem. En parallèle, 19 nouvelles colonies ont été autorisées fin 2025, s’ajoutant aux 49 déjà créées depuis 2022. Ces initiatives ne relèvent pas de l’improvisation, mais d’une politique délibérée : « Sur le terrain, nous bloquons l’établissement d’un État palestinien terroriste », a ainsi affirmé Smotrich. L’objectif est de rendre irréversible l’occupation, en s’appuyant sur une combinaison de violence d’État, de lois discriminatoires et de complicités internationales.

    Accompagner la violence des colons : un nettoyage ethnique organisé et impuni

    En 2025, les violences des colons israéliens contre les Palestiniens en Cisjordanie ont augmenté de 25%, selon les chiffres de l’armée israélienne elle-même, avec 845 crimes recensés, faisant 200 blessés et 4 morts. Ces attaques, souvent perpétrées par des milices d’extrême droite, ne sont pas des actes isolés, mais s’inscrivent dans une logique de terreur systématique. L’ONG israélienne B’Tselem parle ouvertement de « nettoyage ethnique », décrivant des raids violents, des incendies de maisons et de champs, des vols de bétail, et des assassinats filmés en plein jour. Les colons agissent en toute impunité, avec la bénédiction tacite – voire active – des autorités. Les avant-postes illégaux, d’où partent ces attaques, bénéficient de l’électricité et de l’eau fournies par l’État, tandis que les ministres d’extrême droite, comme Smotrich, distribuent des quads et des drones aux milices.

    L’armée israélienne, bien que reconnaissant la gravité de la situation, reste inactive. Un officier supérieur cité par Haaretz déplore l’absence de « réactions adéquates de la police et du Shin Bet », soulignant un « fossé entre la gravité des faits et la mise en œuvre concrète de mesures ». Pire, les forces de sécurité israéliennes participent parfois à ces violences, comme en témoignent les cas documentés de Palestiniens tués ou blessés avec la complicité de soldats. Depuis 2017, sur plus de 1 500 Palestiniens tués en Cisjordanie, une seule condamnation a été prononcée. Cette impunité systémique n’est pas un dysfonctionnement, mais un pilier du projet colonial en Cisjordanie : elle permet de chasser les Palestiniens de leurs terres, de les pousser à l’exil interne ou à l’émigration, et de libérer des espaces pour de nouvelles colonies.

    L’asphyxie des institutions palestiniennes : le cas emblématique de l’université de Birzeit

    L’université de Birzeit, symbole de la résistance intellectuelle et politique palestinienne, est devenue par ailleurs une cible privilégiée de la répression israélienne. Le 6 janvier 2026, l’armée a mené une opération militaire en plein jour sur le campus, tirant à balles réelles sur des étudiants réunis pour un rassemblement en solidarité avec les prisonniers palestiniens. Une douzaine de personnes ont été blessées, certaines grièvement. L’intervention, justifiée par l’armée comme une réponse à des « suspects violents », s’inscrit dans une stratégie plus large : étouffer toute velléité de mobilisation nationale.

    Birzeit, fermée à 15 reprises depuis sa création et victime de 26 raids depuis 2002, incarne la volonté des gouvernements israéliens de droite et d’extrême droite de démanteler les piliers de l’identité et des institutions palestiniennes. Les syndicats étudiants, historiquement actifs, sont aujourd’hui affaiblis par les arrestations et la détention administrative. Plus de 150 membres de l’université seraient actuellement emprisonnés, souvent sans chef d’accusation. La répression ne vise pas seulement les individus, mais l’idée même d’une continuité générationnelle capable de porter un projet politique national palestinien.

    Cette offensive contre Birzeit s’inscrit dans une logique plus large de destruction des institutions palestiniennes. Les camps de réfugiés, les hôpitaux, les écoles et les terres agricoles sont systématiquement ciblés, afin de briser toute capacité de résistance organisée. Comme le soulignait Abaher El-Sakka, le doyen de la faculté de lettres de Birzeit, « on n’est plus dans le néocolonialisme, on est dans le colonialisme le plus classique : ils assument d’être plus répressifs, plus violents ».

    En Cisjordanie et à Jérusalem-Est, un système d’apartheid institutionnalisé

    Le rapport du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, publié en janvier 2026, qualifie sans détour la situation en Cisjordanie d’« apartheid ». Volker Türk, haut-commissaire, dénonce une « discrimination systématique » et une « asphyxie des droits des Palestiniens », où chaque aspect de la vie – accès à l’eau, aux écoles, aux hôpitaux, liberté de mouvement – est contrôlé et restreint par des lois discriminatoires. Les Palestiniens sont soumis à des confiscations massives de terres, à des expulsions et à une violence structurelle, tandis que les colons israéliens bénéficient d’un régime juridique et économique privilégié.

    Cette ségrégation, loin d’être accidentelle, est clairement conçue pour être permanente. Elle repose sur un double système juridique : un régime pour les colons, protégé par les gouvernements israéliens, et un régime répressif pour les Palestiniens, marqué par l’arbitraire policier et judiciaire. Les assassinats, les destructions de propriétés et les humiliations quotidiennes ne sont pas des excès, mais les outils d’un projet politique : maintenir une domination israélienne absolue sur la Cisjordanie, en éliminant toute possibilité de souveraineté palestinienne.

    Sauver la solution à deux États

    La Gauche Républicaine et Socialiste réaffirme avec force la nécessité d’une solution à deux États, seule issue viable et juste pour mettre fin à l’occupation et garantir la paix. La reconnaissance d’un l’État palestinien viable n’est pas seulement un impératif moral, mais une condition géopolitique indispensable pour contrer l’hégémonie des extrêmes et rétablir un équilibre régional. Cette reconnaissance doit s’accompagner de sanctions ciblées contre les responsables israéliens de la colonisation, d’un embargo sur les armes utilisées pour réprimer les Palestiniens, et d’un accompagnement actif pour restaurer des institutions palestiniennes démocratiques.

    En Cisjordanie, l’urgence n’est plus seulement humanitaire, mais politique. Sans une intervention internationale forte et coordonnée, le projet d’annexion rampante de Netanyahu et de l’extrême droite israélienne deviendra irréversible, enterrant définitivement l’espoir d’une paix juste et durable. Nous ne pouvons nous résigner à ce scénario : la France et l’Union européenne doivent agir enfin à la hauteur des enjeux, en faisant de la fin de l’occupation une priorité géopolitique.

    Frédéric Faravel

  • 7 octobre 2023 : deux ans d’horreurs

    7 octobre 2023 : deux ans d’horreurs

    Voici deux ans aujourd’hui au petit matin, les criminels islamistes du Hamas et leurs alliés déclenchaient leur attaque terroriste contre les civils israéliens, qui se soldaient par plus de 1200 morts et 250 otages emmenés en captivité dans la bande de Gaza.

    Depuis cette date, le gouvernement israélien a déclenché une riposte qui, originellement légitime, a largement outrepassé ce que la décence humaine peut supporter. Prétendant éradiquer le Hamas (ce que personne n’aurait pensé lui reprocher), les ordres du gouvernement Netanyahu ont abouti à la mort de 67 000 Palestiniens dont 90% de civils : l’aide humanitaire a été bloquée, des infrastructures civiles hospitalières délibérément visées, tout semble indiquer que la situation de famine que subissent les Gazaouis est délibérément organisée par le gouvernement d’extrême droite ; plusieurs ministres, comme Smotrich et Ben Gvir (les héritiers politiques de l’assassin d’Ytzakh Rabin), ne cachent plus leurs motivations génocidaires.

    L’action de Benyamin Netanyahu est indéfendable et n’a aligné que des échecs pratiques et moraux :

    • l’image de l’État d’Israël est profondément abîmée sur la scène internationale ;
    • la solution à deux États, seule solution pour la paix, est délibérément remise en cause par un nombre croissant d’États et d’organisations, mettant en cause directement l’existence d’Israël et nourrissant l’explosion indigne de l’antisémitisme partout dans le monde ;
    • le Hamas n’a pas été éradiqué et il négocie en ce moment même en Égypte avec le cabinet israélien ;
    • une cinquantaine d’otages ou leurs corps n’ont toujours pas été rendus à leurs familles.

    Depuis des mois, une partie croissante de la société israélienne manifeste massivement pour exiger la libération des otages, la fin des combats et de l’ignoble punition collective imposée aux Palestiniens et la démission de Benyamin Netanyahu. Ce dernier a décidé de faire du conflit son assurance vie politique : tant que les opérations « militaires » se poursuivent, ils pensent pouvoir rester en place et éviter de répondre de ses nombreuses malversations devant un tribunal. Il refuse toujours au demeurant au peuple israélien une enquête d’État sur les responsabilités dans l’attaque du 7-Octobre et les fautes dans le renseignement et la sécurité qui pourrait mettre en cause sa responsabilité et son inconséquence. Plusieurs enquêtes le mettent pourtant déjà directement en cause.

    Après deux ans d’horreurs, il est assez effrayant de devoir constater que les derniers espoirs reposent sur l’action diplomatique de Donald Trump qui voici 9 mois proposait de vider la bande de Gaza de sa population pour construire une Riveria du Proche-Orient. La Gauche Républicaine et Socialiste exprime sa solidarité et sa compassion avec les populations civiles palestiniennes et israéliennes qui sont les jouets de terroristes, d’extrémistes et d’irresponsables. Elle exprime ses vœux de réussite pour le Mouvement de la Paix qui tente d’obtenir la chute du gouvernement Netanyahu. La libération des otages israéliens n’est pas négociable.

    La Gauche Républicaine et Socialiste rappelle ses positions pour la résolution du conflit israélo-palestinien :

    • reconnaissance réciproque de deux États israélien et palestinien sur les frontières de 1967,
    • deux États qui doivent garantir la démocratie et l’égalité des droits en leur sein,
    • garantie de sécurité et de l’existence de l’État d’Israël par l’ensemble de ses voisins,
    • évacuation totale des colonies en Cisjordanie et à Jérusalem Est.
  • La nécessaire reconnaissance de l’État de Palestine

    La nécessaire reconnaissance de l’État de Palestine

    Aux côtés de 9 autres pays membres des Nations-Unies, la France a reconnu hier, lundi 22 septembre 2025, l’État de Palestine. Cette décision historique du Président de la République est la conséquence logique d’une politique étrangère inaugurée sous De Gaulle et poursuivie par Mitterrand, Chirac et leurs successeurs.

    Pour tout militant ou citoyen sincèrement attaché aux droits des peuples à disposer d’eux-mêmes, c’est un pas en avant très important vers la solution à deux États, c’est-à-dire vers la justice et la paix.

    Mais reconnaître officiellement l’existence de la Palestine ne suffira pas. Depuis les massacres antisémites commis par le Hamas le 7 octobre 2023 et le déchaînement de violences et de crimes perpétrés par le gouvernement Netanyahu contre la population civile à Gaza, l’espoir d’une solution définitive au conflit israélo-palestinien paraît hors d’atteinte.

    Il faudra bien, pourtant, que cesse ce cycle infernal. À cet égard, la libération des derniers otages israéliens, l’arrêt des hostilités à Gaza et de la colonisation en Cisjordanie sont des préalables indispensables.

    L’initiative franco-saoudienne portée en parallèle de la 80ème Assemblée générale de l’ONU devra se prolonger afin que l’extrémisme meurtrier cède la place à la raison, dans l’intérêt des deux Etats et de leurs habitants.

    Emmanuel Maurel, député de la 3ème circonscription du Val-d’Oise, animateur national de la Gauche Républicaine et Socialiste

  • Reconnaissance de l’Etat palestinien : enfin !

    Reconnaissance de l’Etat palestinien : enfin !


    La Gauche Républicaine et Socialiste salue la reconnaissance par la France de l’État palestinien et appelle à de nouvelles initiatives pour la Paix au Proche-Orient.

    Emmanuel Macron a annoncé hier soir que la France allait enfin reconnaître l’État palestinien : nous saluons cette décision attendue depuis longtemps qui, selon nous, contribuera à renforcer les initiatives visant à mettre fin à l’horreur en cours dans la Bande de Gaza et à restaurer un processus de Paix au Proche-Orient. La France sera ainsi le premier État membre du Conseil de Sécurité de l’ONU et du G7 à franchir le pas : un symbole politique fort qui peut avoir des conséquences diplomatiques importantes.

    Nous tenons à rappeler que le Parlement français avait déjà voté depuis plusieurs années des résolutions, auxquelles nous nous étions associées, demandant cette reconnaissance. Si la décision est enfin arrivée, nous nous étonnons qu’elle soit cependant différée à la participation en septembre du Président de la République à l’assemblée générale de l’ONU ; depuis le 10 juin dernier, Mahmoud Abbas, président maintenu de l’Autorité Palestinienne, a condamné officiellement les massacres du 7 octobre 2023, ce qui était la condition principale posée par Emmanuel Macron. Ces longues semaines où le Président de la République a suspendu la décision de reconnaissance après avoir déclaré l’envisager n’ont cessé de nous déconcerter car, au regard de l’urgence politique et humanitaire, nous ne voyons toujours pas ce qu’il espérait ainsi obtenir. La mise à l’ordre du jour de la Knesset de l’annexion des territoires palestiniens ne lui laissait sans doute plus le choix.

    Cette décision doit être un acte supplémentaire de la communauté internationale pour exprimer la condamnation totale et humaine des crimes de masse commis sous l’autorité du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu : il ne fait plus de doute aujourd’hui que l’action de Tsahal à la demande de ce gouvernement vise à terroriser et cible les civils palestiniens plus qu’à combattre le Hamas et implique une famine massive qui s’intensifie chaque jour et menace dans les jours qui viennent la vie de dizaines de milliers de vieillards, de femmes, d’enfants mais aussi de soignants et de journalistes. Les déclarations quotidiennes de plusieurs membres du gouvernement d’extrême droite israélien ne laissent plus beaucoup de doutes sur leurs intentions génocidaires. Si l’opportunisme du chef du gouvernement – continuer la guerre pour éviter d’avoir à rendre des comptes aux électeurs et à la justice – est connu, il ne faut pas non plus sous-estimer les motivations idéologiques « révisionnistes » le liant aujourd’hui aux membres les plus extrémistes de son gouvernement et aux suprémacistes religieux, qui organisent également des exactions graves en Cisjordanie avec la protection de l’armée.

    Il faut désormais imposer un cessez-le-feu dans les plus brefs délais sous peine d’avoir des centaines de milliers de morts sur la conscience.

    La Gauche Républicaine et Socialiste appelle l’ensemble des organisations et États démocratiques à un soutien appuyé en faveur des mouvements israéliens de défense de la démocratie, de la paix, de la justice et des droits sociaux qui sont la seule alternative à l’extrême droite et se mobilisent tous les jours par centaines de milliers pour réclamer la libération des otages (qui reste notre exigence absolue et qui doit être celle de toute personne ou organisation attachée aux valeurs humanistes), la fin immédiate de la guerre et la démission du cabinet Netanyahu ; ils sont la meilleure chance pour l’État d’Israël de restaurer son image internationale. La Gauche Républicaine et Socialiste appelle à un soutien aux éléments démocratiques de la société palestinienne pour faire émerger une alternative crédible face à une Autorité palestinienne aujourd’hui délégitimée et un Hamas terroriste et criminel, qui a conduit la population qu’il écrasait de son pouvoir à la mort. Il n’y aura pas de processus de paix sans interlocuteur palestinien.

    La Gauche Républicaine et Socialiste rappelle ses positions pour la résolution du conflit israélo-palestinien : reconnaissance réciproque de deux États israélien et palestinien sur les frontières de 1967, deux États qui doivent garantir la démocratie et l’égalité des droits en leur sein, garantie de sécurité et de l’existence de l’État d’Israël par l’ensemble de ses voisins, évacuation totale des colonies en Cisjordanie et à Jérusalem Est.

  • Après le raid américain

    Après le raid américain

    L’Iran, qu’il était hors de question d’autoriser à se doter de la bombe atomique, respectait l’accord nucléaire de 2015, jusqu’à ce qu’en 2018 Trump s’en retire et établisse unilatéralement des sanctions.

    Depuis lors, en riposte, l’Iran avait accru l’enrichissement de son uranium, mais loin de pouvoir en faire une bombe. Parallèlement, Netanyahu répétait tous les 6 mois que l’Iran était à deux doigts d’en avoir une.

    Les USA sont retournés à leur narratif mensonger classique pour s’autoriser à bombarder l’Iran, au risque de provoquer une escalade aux conséquences encore plus ruineuses et dévastatrices qu’en Irak.

    Le régime iranien est abominable mais celui de Saddam Hussein l’était tout autant. Qu’on parle de sauver le monde des « armes de destruction massive » ou de « changer le régime », les mêmes erreurs se répètent sans cesse, au mépris total d’un droit international que l’Occident invoque pourtant pour condamner – à juste titre – la guerre de Poutine en Ukraine.

    Le monde verra dans cette opération une nouvelle démonstration d’hypocrisie et de brutalité d’un Occident drogué au « deux poids deux mesures ». Les Palestiniens continueront de se faire massacrer et les Ukrainiens pourraient se dire que Washington a donné des idées, pour ne pas dire un feu vert au Kremlin pour se déchaîner encore plus sur eux.

    Quant à la Chine, qui reçoit une grande partie de son pétrole via le détroit d’Hormuz dont le Parlement iranien vient de décider la fermeture, elle ne restera sans doute pas passive très longtemps. Bref les ingrédients de l’internationalisation du conflit sont réunis.

    Pour sa part, l’Union Européenne ne sert toujours à rien et laisse faire, voire, pour certains États-Membres, applaudit. Cette situation démontre à nouveau à quel point l’intégration dans l’OTAN est surtout synonyme d’un alignement sur les priorités de la « diplomatie » étatsunienne, quelle que soit l’orientation politique du locataire de la Maison Blanche. Cela devrait inciter les démocrates et les progressistes européens à se donner les moyens réels de leurs souverainetés.

    À ceux qui s’illusionnent encore sur les promesses de paix de l’extrême droite, les exemples israélien et américain devraient leur ouvrir les yeux.

    À ce stade, toutes les possibilités sont ouvertes, allant d’une forme de « reddition sans condition » de l’Iran sur son programme nucléaire, à l’enclenchement d’une mécanique infernale de guerre de tous contre tous, en passant par la poursuite des échanges de tirs entre Iraniens et Israéliens. Chaque hypothèse déterminera son nombre de morts.

    Reste l’hypothèse d’une négociation d’un nouvel accord nucléaire, que vient à l’instant de proposer le Secrétaire l’Etat américain. La solution diplomatique est tout ce à quoi nous pouvons et nous devons nous raccrocher pour l’instant.

  • Stop au massacre à Gaza ! Netanyahu préfère sa carrière aux otages !

    Stop au massacre à Gaza ! Netanyahu préfère sa carrière aux otages !

    Depuis ce matin, l’armée israélienne bombarde à nouveau de nombreux points de la bande de Gaza. Les morts se comptent par centaines, les hôpitaux sont débordés. Nous condamnons ces bombardements indifférenciés. L’offensive était attendue, elle était préparée depuis plusieurs jours. Voici deux semaines le gouvernement israéliens avait décidé unilatéralement de bloquer l’acheminement de l’aide humanitaire, la semaine dernière il avait coupé l’électricité du territoire entraînant par là une défaillance du système d’approvisionnement en eau des Gazaouis. Ces deux décisions étaient scandaleuses car elles plongeaient les civils dans une situation humanitaire intolérables.

    Ces décisions et les frappes meurtrières d’aujourd’hui font suite au refus du Hamas de procéder à la libération des derniers otages – sur les 251 personnes enlevées au total lors de l’attaque terroriste du 7 octobre 2023, il reste 58 otages retenus à Gaza, dont 34 ont été déclarés morts par l’armée israélienne. Le Hamas prétendait exiger le passage à la deuxième phase de négociation avant ces dernières libérations. Le Hamas est une organisation terroriste qui a plongé son propre peuple dans l’horreur après avoir perpétré les massacres antisémites d’octobre 2023, visant volontairement des civils désarmés. Cependant il serait absurde de considérer que dans un processus de négociations compliqué on ne pouvait s’attendre à aucune friction dans la mise en œuvre de la trêve, après une guerre ignoble de plus d’un an durant laquelle des dizaines de milliers de civils ont été tués par l’armée israélienne, et tous les autres soumis à la faim et à la soif et à la perte de leur abri, outrepassant largement le droit légitime de l’État d’Israël de se défendre.

    Encore une fois, Benyamin Netanyahu privilégie ouvertement, avec le soutien de l’irresponsable administration Trump, ce qu’il croit être une stratégie politique qui permettra de le maintenir au pouvoir en choisissant de mettre fin unilatéralement à une trêve que l’ensemble de la communauté internationale appelait de ses vœux ainsi que la majorité des peuples israélien et palestinien, en choisissant un recours totalement hors de proportion à la force la plus brutale.

    Il apparaît d’autant plus flagrant que les motivations du chef du gouvernement israélien sont animées d’un cynisme absolu, que ce dernier est engagé dans une lutte pour se maintenir contre vents et marées au pouvoir sans avoir à affronter ses responsabilités.

    Ainsi le choix des bombardements indifférenciés d’aujourd’hui intervient alors que Netanyahu tente d’obtenir le limogeage du chef du Shinbeth qui conteste sa stratégie extrémiste, que Netanyahu aurait dû ce matin comparaître devant ses juges pour des faits de corruptions (la comparution a été annulée évidemment) et que des manifestations massives contre son gouvernement étaient à nouveau prévues ce soir à Tel-Aviv et Jérusalem – manifestations évidemment interdites pour « raisons de sécurité ».

    La GRS demande à la communauté internationale, à l’Union Européenne et à la France de faire pression sur le gouvernement israélien pour stopper ces frappes meurtrières, pour arrêter ce qui ne peut que se transformer en une nouvelle catastrophe humanitaire pour le peuple palestinien, pour arrêter une logique qui met l’État d’Israël lui-même en danger et risque de coûter la vie aux derniers otages survivants. Nous apportons notre soutien aux millions de citoyens israéliens qui s’opposent frontalement à ce premier ministre qui choisit la stratégie du « Mad Man ». Nous plaidons pour la réouverture des négociations et la prise en compte sérieuse des propositions de la Ligue Arabe.

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