Projet de loi grand Âge autonomie, un enterrement de première classe !

tribune de Caroline Fiat, députée Gauche Républicaine et Socialiste, publiée le jeudi 9 septembre 2021 dans L’Humanité

Au début, c’était une promesse. Une promesse qui avait du sens, la promesse que nous pourrions ouvrir les yeux en grand sur les difficultés et les inégalités dont souffrent trop de nos concitoyens, la promesse que la République n’oublie aucun de ses enfants, surtout quand ils sont plus fragiles.

Je me suis emparée de ce combat dès le début, me sentant légitime à le faire après avoir parcouru les tranchées et subi les assauts du manque de moyens dans les EHPAD.

Trop de souffrance pour nos résidents, trop de souffrance pour nos soignants, trop d’injustices…

Les mondes du vieillissement et du handicap sont soit invisibilisés, soit transformés en marché et dans ce cas ne s’adressent qu’à la part aisée des publics concernés.

Il était temps de rétablir la situation, c’était une urgence, un impératif !

Ce fut d’abord un rapport, avec ma collègue Monique Iborra. J’étais la parlementaire du réel, elle était la parlementaire de la trajectoire budgétaire. Mais finalement, en poussant les portes et en constatant l’état délabré de nos établissements, elle put faire la différence entre un tableau Excel et une toilette protocolaire. À partir de ce moment, nous avons pu travailler sur des constats partagés et établir des propositions communes.

Ce rapport, publié en mars 2018, dressant des constats unanimes et partagés par l’ensemble des acteurs auditionnés, proposant une feuille de route permettant de remettre la personne au centre des politiques du grand âge, a été salué par tous. Le 13 juin 2018, Emmanuel Macron annonçait une loi sur le grand âge pour 2019.

Mais mon rapport fut aussitôt enterré par un nouveau rapport. Ainsi, au lieu d’agir, le gouvernement préféra une nouvelle étude et le 17 septembre 2018, le Premier ministre chargea Dominique Libault de conduire une concertation et de faire des propositions de réforme, notamment dans la perspective d’un projet de loi. Le 1er octobre 2018, Agnès Buzyn, Ministre des Solidarités et de la Santé lançait une vaste concertation nationale « Grand âge et autonomie » qui pris fin en février 2019. Elle mobilisa 10 ateliers nationaux, 5 forums régionaux, une consultation citoyenne ayant recueilli plus de 1,7 million de votes pour 414 000 participants, 100 rencontres bilatérales et des groupes d’expression de personnes âgées, professionnels et aidants. « La concertation Grand âge et autonomie qui vient d’avoir lieu s’est traduite par des contributions très riches et convergentes de la part de tous les acteurs. Ce rapport en est la traduction la plus fidèle possible » nous expliquait alors Dominique Libault, pilote de la concertation Grand âge.

Puis en 2019, la Ministre Agnès Buzyn confia à Myriam El-Khomri un nouveau rapport sur les métiers du grand âge.

De rapports en renoncement, ce qui était une priorité du quinquennat devint ainsi peu à peu une Arlésienne douloureuse.

Début 2019, Agnès Buzyn annonçait une loi pour l’automne 2019. Fin janvier 2020, la Ministre assurait que le projet de loi serait “présenté à l’été” 2020.

Puis vint la crise Covid et le départ d’Agnès Buzyn.

Comme dans tous les secteurs de la santé, cette pandémie a également agi comme un révélateur des dysfonctionnements de notre société, ainsi les personnes fragiles, les personnes âgées, ont été les premières victimes de ce virus. Mais elles ont été également victimes du manque de personnel dans nos établissements et du refus d’action du gouvernement depuis 2017.

Et la machine infernale de la réaction permanente, de l’agitation médiatique, se substituant à une réflexion de fond et une planification méthodique, s’est mise en branle. Et on ne parla plus de la grande loi annoncée ou alors uniquement pour en annoncer le report.

Durant l’été 2020, Olivier Véran annonçait une loi pour fin 2020. Fin 2020, Emmanuel Macron promettait une loi pour début 2021. Début 2021, on nous annonçait une loi pour après la crise sanitaire…

Les horloges, pourtant sous le contrôle de l’homme solitaire de l’Elysée, ont continué à tourner.

Et le temps du bilan approchant, on commença à entendre une petite musique sur le retour de la loi.

Pour masquer un échec sur un sujet précis, il suffit de renommer le sujet et de lui donner un calendrier.

C’est ce qui a été tenté avec cette loi « Autonomie Grand Age » rebaptisée loi « Génération solidaire ».

Mais toujours dans un moment où seule la cacophonie sur la Covid prenait le pas sur tout le reste.

Alors aujourd’hui, la dernière fausse « bonne idée » de Matignon, sous les ordres de l’Elysée, est de noyer cette loi dans le prochain examen du PLFSS.

Un PLFSS qui a vu lors de sa dernière édition, la création d’une cinquième branche fantôme.

Si le titre a bien été ajouté, c’est à budget constant que cela a été fait.

Au vu des débats précédents lors des examens du Plan de financement de la sécurité sociale, nous ne pouvons que déplorer qu’un tel sujet, qui concerne l’ensemble de nos concitoyens tant pour le vieillissement, phase normale d’une vie humaine, que pour le handicap, dont personne n’est à l’abri après un accident de la vie, soit traité sous le seul angle de la rigueur budgétaire, à la va-vite et dans le seul but de cocher les cases d’un bilan que le locataire de l’Elysée a complètement raté.

Loin d’être une bonne nouvelle, ce projet, s’il était mené à son terme, nous promet un enterrement définitif sous ce mandat de la moindre réforme d’envergure sur ce sujet de société universel.

Que faut il attendre du procès des attentats du 13 novembre ?

Mercredi 8 septembre 2021 à 21 heures, Anthony Gratacos, conseiller départemental de Seine-et-Marne et secrétaire général de la Gauche Républicaine et Socialiste, répondait aux questions de Stéphanie de Muru sur RT France, aux côtés d’Alexandre Touzet, vice président (LR) du conseil départemental de l’Essonne. Alors que s’est ouvert hier le procès du commando terroriste qui a conduit les attentats du 13 novembre 2015, le SG de la GRS a rappelé que la Justice est la réponse républicaine à la barbarie. Si certaines familles de victimes peuvent exprimer une légitime colère et chercher des boucs émissaires, il convient que notre société démontre qu’elle ne remettra en cause ses fondamentaux républicains et démocratiques comme l’espéraient sans doute les djihadistes. Le travail d’accompagnement des victimes d’attaques terroristes est quelque chose d’extrêmement fort dans notre pays depuis de nombreuses années. Le procès permettra sans doute de faire la lumière sur les failles du dispositif de sécurité au niveau national et européen ; il semble que les leçons aient été depuis tirées de manière opérationnelle, même s’il reste des progrès à faire, notamment pour renforcer les effectifs de renseignement humain, indispensables, et que le renseignement territorial est depuis Nicolas Sarkozy particulièrement désorganisé. Il conviendra également de prendre en compte l’évolution de la situation géopolitique, avec la reconquête de l’Afghanistan par les Taliban alors que les Islamistes avaient connu ses dernières plusieurs années de recul militaire au niveau international.