Universités de la Gauche Républicaine

La Gauche Républicaine et Socialiste (GRS), Les Radicaux De Gauche (LRDG), République & Socialisme et le Parti de Gauche Européen organisent les samedi 21 et dimanche 22 novembre les Universités de la Gauche Républicaine en live.

Nos organisations ont convié l’ensemble des partis et mouvements de gauche (PCF, LFI, PS, EELV, Génération.S…) ainsi que des personnalités (sociologues, économistes, chercheurs, auteurs…) autour de 6 tables rondes qui seront diffusées en live par un dispositif exceptionnel sur les principales plateformes numériques (Facebook, Twitter, Youtube).

Une interview d’Arnaud Montebourg sera diffusée samedi à 14h15.

Vous pouvez retrouver l’ensemble du programme, des partenaires et des intervenants sur https://g-r-s.fr/les-universites-de-la-gauche-republicaine/.

Contact presse : Anthony Gratacos 06 23 53 50 47

Catastrophe aux Antilles

Depuis quelques semaines les Antilles, notamment la Martinique et la Guadeloupe, sont frappées par une fin de saison cyclonique très intense suite au passage de l’onde tropicale n°48. Elles sont, d’ailleurs, placées en vigilance orange depuis ce mardi. Plusieurs communes de ces deux territoires sont actuellement dans une situation très difficile avec :

 des glissements de terrains endommageant de nombreuses maisons et obligeant des familles entières à quitter leur domicile;

 des fermetures de nombreux axes routiers à la circulation, limitant ainsi les déplacements ou coupant des personnes du reste du monde dans plusieurs parties des deux territoires;

 des coupures sur le réseau d’eau potable, notamment en Martinique où 40 000 habitants pourraient être privés d’eau dès ce vendredi ;

 des inondations causées par la montée des eaux et des coulées de boue dans des habitations.

Même si la position géographique des Antilles au sein l’arc Caribéen fait qu’elles sont habituellement touchées par des catastrophes météorologiques, force est de constater que celles-ci s’amplifient d’année en année, signe d’un dérèglement climatiques évident. N’oublions pas que leurs voisines, Saint-Martin et Saint-Barthélemy, ont encore du mal à se relever après le passage du cyclone Irma en 2017. Cet épisode météorologique et climatique ajoute des drames aux drames existants pour les populations.

En effet, les Antilles connaissent des problématiques sanitaires liées à la pollution d’une grande partie des sols par la chlordécone, la recrudescence des épidémies de Covid-19 et de dengue ou encore les effets négatifs du confinement sur leur tissue socioéconomique, pourtant déjà en proie à des difficultés structurelles. Il est important que les autorités locales et l’Etat puissent tout mettre en œuvre afin que la situation ne se dégrade pas.

Ils doivent en outre participer activement au renforcement de la coopération régionale en matière de gestion des crises climatiques avec les pays situés dans leur bassin géographique.

La Gauche Républicaine et Socialiste apporte son entier soutien à nos concitoyens de la Martinique et de la Guadeloupe et notamment aux familles sinistrées suite à ces épisodes de fortes intempéries.

Quelques chiffres :

GuadeloupeMartinique
• Nombre d’habitants : 376 879 • Démographie : -1,16% / an • Superficie : 1 628 km² • Produit Intérieur Brut : 9,1 milliards € • Taux de croissance annuel avant 2020 : 3,4% (2018) • PIB/habitants : 23 353 € • Revenu disponible/habitants : 15 700 € • Taux d’inflation : 1,4% • Consommation ménages/habitants : 10 400 € • Epargne bancaire : 8127,35 millions € • Emploi : 130 000 • Taux chômage : 23% Effets du 1er confinement sur l’économie : • -7,7% de la Valeur Ajoutée Marchande • -5,1% de la Valeur Ajoutée Totale• Nombre d’habitants : 358 749 • Démographie : -1,30% / an • Superficie : 1 128 km² • Produit Intérieur Brut : 8,9 milliards € • Taux de croissance annuel avant 2020 : 1,2% (2018) • PIB/habitants : 24 411 (2018) • Revenu disponible/habitants : 17 200 € • Taux d’inflation : 1,6% • Consommation ménages/habitants : 14 200 € • Epargne bancaire : 8380,24 millions € (2019) • Emploi: 133 000 • Taux chômage : 18% (2019) Effets du 1er confinement sur l’économie : • -6,6% de la Valeur Ajoutée Marchande • -4,4% de la Valeur Ajoutée Totale

Vers un régime de surveillance et de privation de libertés

Le 20 octobre, le groupe LREM à l’Assemblée Nationale, à l’initiative de son président Christophe Castaner, a déposé une proposition de loi dite de « sécurité globale »

Même si plusieurs mesures prétendent répondre à des situations problématiques, ce texte de 31 articles propose d’inscrire dans la loi de profondes restrictions de liberté et l’entrée dans un régime de surveillance généralisé que nous ne pouvons accepter.

Ainsi l’article 21 propose de supprimer la garantie de traitement a posteriori des images provenant des caméras embarquées par les policiers et les gendarmes. Si cette disposition était supprimée, la porte serait alors ouverte pour un traitement automatisé des images et donc l’utilisation de logiciels de reconnaissance faciale.

Qu’est ce que ça change vraiment ?

Aujourd’hui, le fait de traiter les images a posteriori permet de documenter une enquête sur des événements délictueux commis. Par contre, si on supprimait cette garantie, les forces de l’ordre pourraient rentrer dans une logique de ciblage en temps réel, à l’occasion d’une manifestation par exemple et, via un PC opérationnel, renseigner en direct les agents de terrain sur l’identité des nombreux militants et militantes qu’ils croiseraient, déjà fichés à tort ou à raison dans le TAJ (traitement des des antécédents judiciaires), fichier que la police gère seule sans contrôle indépendant effectif. Ce nouvel outil permettrait à la police de multiplier des abus ciblés contre des personnes déjà identifiées : gardes à vue « préventives », accès au cortège empêché, interpellations non-suivies de poursuite, fouilles au corps, confiscation de matériel, comportement injurieux…

Dans son article 22, la loi prévoit l’autorisation de drones pour surveiller les manifestations.

Ainsi, le gouvernement, par la voix de sa majorité parlementaire, souhaite déshumaniser la gestion des manifestations en appliquant un filtre robotisé, qui – par l’utilisation des mêmes logiciels de reconnaissance faciale – permettrait de suivre et d’identifier n’importe quel individu considéré comme suspect ou dérangeant, sur la seule base d’une altération dans le flux des manifestants.

Cette vision de la manifestation, géométrique, conduit à une déconnexion entre les manifestants qui agissent au nom d’un droit constitutionnel et les forces de l’ordre qui n’auraient plus aucune mission de sécurisation de la manifestation mais au contraire une vision purement tactique, les enfermant exclusivement dans une logique confrontationnelle.

Enfin l’article 24 propose d’interdire au public de diffuser « l’image du visage ou tout autre élément d’identification d’un fonctionnaire de la police nationale ou d’un militaire de la gendarmerie nationale lorsqu’il agit dans le cadre d’une opération de police ».

On se souvient des longs mois de manifestations des gilets jaunes, et des scènes de violence qui, sans les images prises par des journalistes ou des manifestants, n’auraient donné qu’une facette de l’histoire à voir. Auraient ainsi été passés sous silence les nombreuses exactions commises au nom de la « violence légitime », alors défendue par un Ministre de l’Intérieur nommé Christophe Castaner. En supprimant légalement cette possibilité, le gouvernement ou sa majorité nous donne un signal très clair :

« Nous n’avons plus la possibilité d’opposer à la police une autre vérité que la sienne. »

D’une certaine manière, le gouvernement apprend de ses erreurs ; il ne veut plus subir de
mouvement social incontrôlable comme celui des Gilets jaunes, il veut mettre le pays sous contrôle. C’est ce que lui permettrait ce nouvel arsenal législatif proposé par la majorité parlementaire LREM, dans un contexte d’état d’urgence permanent, sur le plan sanitaire, sur le plan sécuritaire.

Sémantiquement, si l’on assemble les éléments de discours de ces derniers mois «  nous sommes en guerre » avec les mesures prises récemment, « couvre feu » « état d’urgence » « confinement », et les éléments contenus dans ce projet de loi «  Drone » « camera autorisée sans contrôle » « interdictions de filmer la police », les ingrédients sont réunis, si ils devaient tomber entre de mauvaises mains pour faire basculer la France des Lumières vers un régime autoritaire.

La Gauche Républicaine et Socialiste s’oppose donc à ce projet de loi liberticide et demande la tenue d’états généraux de la sécurité où nous pourrons redéfinir la doctrine d’encadrement des manifestations, de l’ordre public, des moyens à la police et de son intégration à un projet de société en lien avec la population.

Éducation : un masque et ça repart !

Ainsi donc les enseignants et les élèves vont rentrer ce lundi 2 novembre aux horaires habituels, selon les modalités habituelles, presque comme si de rien n’était… Buisness as usual. Il faut croire que le gouvernement table sur un mode de fonctionnement de l’opinion publique calqué sur celui en vigueur trop souvent hélas dans le monde médiatique : une émotion chasse l’autre, à chaque jour sa vérité, son sujet chaud. Finalement, l’hommage rendu à Samuel Paty sera tronqué, passé en deuxième page dirait-on dans un journal ; L’École reprendra avec un hommage a minima et puis voila .
Initialement, la matinée du 2 novembre devait commencer par deux heures où Il aurait été permis aux enseignants et aux personnels des établissements scolaires de discuter, de faire le point après le traumatisme de cet attentat, de libérer la parole, de parler des difficultés croissantes , des attaques contre la laïcité, des remises en cause par certaines familles ou groupes de pression ultra religieux de l’autorité morale des enseignants et du contenu de leurs cours ainsi que du cadre républicain de l’enseignement. Il aurait été possible d’évoquer enfin ces attaques au quotidien face auxquelles le monde enseignant se retrouve en première ligne et se sent parfois bien seul, mal soutenu. Cela aurait changé du « pas de vague » devenu bien souvent la règle ces dernières années.

Donc finalement , pas de temps de parole, on remet le masque sur les bouches, ce fameux masque avec lequel les enseignants se débattent depuis la rentrée de septembre , finissant la journée avec des maux de tête et des difficultés à respirer après plusieurs heures non stop à parler masqués face à des classes toujours aussi nombreuses (avec en plus le scandale de masques distribués en septembre par l’Éducation nationale à son personnel qui sont suspectés d’être toxiques et viennent d’être retirés de la circulation !) .

On ne parlera donc pas dans les établissements de ce que l’attentat islamiste qui a frappé Samuel Paty révèle, ni de la chronique de ce drame annoncé (avec cette campagne de lynchage contre le professeur d’Histoire qui a duré plusieurs semaines sur les réseaux sociaux) ou encore de la peur qu’ont de nombreux professeurs désormais à aborder certains aspects ou sujets liés à leurs programmes ou à leurs missions.

On n’évoquera pas la difficulté à porter les valeurs de la République sereinement depuis quelques années, on ne parlera pas de l’offensive des extrémistes religieux qui cherchent ici à limiter la liberté d’expression, là à imposer leur sacré et leurs interdits, à d’autres endroits à s’immiscer dans le contenu des cours de SVT sur la contraception par exemple , ou à remettre en cause le contenu des cours d’Histoire .

Un temps d’échanges, de mise en commun, de solidarité, aurait pourtant été nécessaire dans cette période si difficile. Mais non, au final l’actualité du confinement et la mise en avant de la peur d’un éventuel attentat vont réduire le périmètre de l’hommage : tout le monde sera de retour en classe dès huit heures, une minute de silence sera certes respectée, une lettre de Jaurès aux enseignants sera lue aux élèves, et on passera à autre chose.

Quant aux conditions sanitaires de la reprise, là aussi on balaye la question rapidement : on mettra en place un nouveau protocole sanitaire « si c’est possible », on laissera une semaine aux établissements pour s’adapter ou pas, le nouveau protocole sera mis en place au 9 novembre, au fond ça n’est pas bien grave. Alors que le pays est confiné, alors que la propagation du virus reprend de plus belle, pour les établissements scolaires on est un peu dans la même logique qu’autrefois dans les discours officiels concernant le nuage de Tchernobyl : il faut croire que le virus du Covid a peur des murs de l’éducation nationale ! À défaut de rester un sanctuaire républicain et laïque , l’École serait devenue un sanctuaire sanitaire, barrière naturelle contre tous les virus !

On pourrait en rire si la situation n’était pas aussi inquiétante.

Donc on acte le fait que pour les écoles les dispositifs sanitaires réactualisés ne seront pas prêts lundi. Il eut été logique de fermer les établissements le temps que tout soit prêt , peut-être une journée, peut-être deux, éventuellement une semaine .

Mais non, on reprend là aussi comme si de rien n’était . Quel est donc le message envoyé au monde enseignant, aux élèves, aux familles ? On confine le pays mais dans les seules écoles on ne change rien ou si peu ! Quel manque de considération ! À moins de deux jours et demi de la rentrée, vendredi soir, en quittant leurs établissements les directeurs et directrices d’écoles, les principales ou principaux de collèges, les proviseurs et proviseuses ignoraient tout encore du protocole sanitaire précis qu’ils allaient devoir appliquer théoriquement dès le lundi.

Impréparation, mépris des enseignants, des chefs d’établissements, des élus locaux abandonnés eux aussi face à leurs responsabilités …les volte-face du ministère de l’éducation nationale ces derniers jours donnent une impression d’improvisation totale et d’amateurisme. Une fois de plus, rien n’était prêt. Consternant. Et pas à la hauteur du soutien que la nation doit aux enseignants en ces heures tragiques.

La Gauche Républicaine et Socialiste ne peut que déplorer de telles conditions de rentrée et apporte tout son soutien aux enseignants de notre pays, décidément bien mal considérés par ce gouvernement.

Une analyse des élections américaines

Mardi 3 novembre, les États-Unis vont procéder à une quadruple élection. D’abord, ce qui est le plus médiatisé, ils éliront leur prochain président. Ils procéderont aussi au renouvellement intégral de la chambre des représentants. Un tiers du sénat sera aussi renouvelé. Enfin, onze États procéderont à l’élection de leur prochain gouverneur.

Il y a quatre ans, Donald Trump avait renversé le scénario écrit d’avance et avait battu Hillary Clinton. Pour la deuxième fois en 16 ans, les républicains remportaient l’élection présidentielle avec moins de voix que les démocrates. De fait, depuis 1992, ils n’ont obtenu la majorité des voix qu’une seule fois, en 2004. Qu’en sera-t-il en 2020 ? Rappelons le mode de scrutin particulier de cette élection : le candidat en tête dans un État y remporte la totalité des grands électeurs. La nombre de grands électeurs correspond au nombre de parlementaires issus de cet État. Il y a au total 538 grands électeurs, il en faut donc 270 pour remporter l’élection.

Plutôt que de procéder à un exercice de voyance ou de répéter ce qu’indiquent les enquêtes d’opinion, concentrons-nous sur les enjeux de ces élections. En 2016, Hillary Clinton a perdu des États pivots (les fameux swing states qui font basculer l’élection en faveur de l’un ou l’autre candidat) de la zone désindustrialisée des grands lacs : le Wisconsin, le Michigan, la Pennsylvanie et l’Iowa. Les démocrates avaient jugé gagnés d’avance ces États ouvriers du Blue wall qui votaient pour leur candidat même lors des défaites de 1988, 2000 et 2004. Ils n’ont pas vu venir le basculement de la classe ouvrière dans le camp républicain. Les causes de ce basculement sont multiples, rappelons-en les points essentiels :

·        D’abord, les démocrates sont historiquement libre-échangistes tandis que les républicains sont protectionnistes. Cette dualité n’est pas nouvelle et date du XIXème siècle. La multiplication des accords de libre-échange et la mondialisation destructrice d’emplois industriels ont provoqué le basculement chez les républicains d’ouvriers qui votaient jusqu’alors démocrates, en suivant leurs intérêts immédiats.

·        Ensuite, il y a un recul profond de la syndicalisation chez les ouvriers. Or ce critère est déterminant dans le vote. Chez les travailleurs syndiqués, l’avance d’Hillary Clinton était de onze points, alors que Donald Trump la battait de deux points chez les non-syndiqués. Les politiques anti-syndicales menées par les républicains, et l’abandon des syndicats quand les démocrates étaient au pouvoir et les jugeaient ringards ont mené l’électorat ouvrier à ne plus privilégier ces derniers lors des élections.

·        Enfin, le parti républicain a mené depuis vingt ans une campagne d’anti-intellectualisme reprenant la rhétorique de la lutte des classes pour délégitimer le parti démocrate. Ce point a été analysé longuement par Thomas Frank dans Pourquoi les pauvres votent à droite. Les républicains ont fait passer les démocrates pour des intellectuels bourgeois hors-sol et déconnectés des réalités populaires, tandis que les démocrates abandonnaient peu à peu la classe ouvrière dans leur programme et leurs slogans.

Toutefois, ces trois raisons proviennent de plus loin et procèdent de tendances lourdes.

Historiquement, le parti démocrate était le parti des catholiques, des juifs, des afro-américains, des noirs, des sudistes et des ouvriers, tandis que le parti républicain représentait la classe moyenne et supérieure blanche anglo-saxonne, nordiste et protestante. Le parti démocrate représentait les classes populaires mais aussi les minorités, ce qui lui a garanti une majorité confortable et presqu’ininterrompue à la chambre des représentants de 1933 à 1995 et au Sénat de 1933 à 1980. La mise en place de l’État providence leur est due, et malgré une politique anticommuniste viscérale, les présidents Truman, Kennedy et Johnson ont poursuivi la construction d’un État social entamée par Franklin Roosevelt.

La stratégie des républicains pour briser l’unité populaire autour des démocrates a été de diviser son électorat. Dès les années 70, les républicains ont entamé une longue campagne de délégitimation de l’État-providence en alléguant qu’il ne profitait qu’aux minorités et que c’était un système où les blancs payaient pour les autres. Cette rhétorique a malheureusement traversé l’Atlantique, et nous sommes familiers avec ses arguments éculés : les allocations familiales permettraient aux noirs de vivre sans travailler, les soins sont gratuits uniquement pour les autres, etc. Du reste, cela a été efficace pour briser l’unité populaire. Dans un pays ultra-communautaire comme les États-Unis, monter les communautés les unes contre les autres a été chose aisée.

Par ailleurs, les républicains ont misé sur les valeurs religieuses, faisant passer le progressisme démocrate pour de l’irréligion. La question du droit à l’avortement est une fracture profonde et ultra-violente de la société américaine. La religion tient une place prépondérante dans la vie américaine, et l’avortement y est farouchement combattu par une large partie de la population. Les républicains en ont fait un sujet majeur et central éludant tous les autres sujets. Voter démocrate, ce serait voter pour des tueurs de bébés. Qu’importe que les républicains n’aient jamais réussi à renverser le jugement de la Cour suprême sur le droit à l’avortement, ce sujet leur a garanti un statut de parti unique dans les États très religieux du sud et du midwest.

Les démocrates n’ont pas essayé d’apporter une autre grille de lecture du monde. Ils n’ont pas essayé de ramener le débat à une opposition entre le parti du peuple contre le parti des possédants, comme c’était le cas dans les années 40 à 60. Les démocrates ont renoncé et se sont fait dominer par le discours républicain. Plutôt que d’essayer de reconquérir la classe ouvrière, ils ont cherché une majorité par d’autres moyens.

Un de ces moyens a été de miser sur les urbains progressistes et les minorités. Si cette stratégie a pu fonctionner avec Barack Obama, dont les origines ont permis une large mobilisation des afro-américains aux élections présidentielles, ou aux élections de la Chambre des représentants de 2018, où la stratégie de miser sur les circonscriptions des banlieues chics a permis de renverser huit ans de domination législative républicaine, elle a été un cuisant échec aux élections de mi-mandat de 2010 ou aux élections présidentielles de 2016.

Pour les élections présidentielles de 2020, les différents choix des démocrates se sont résumés en deux stratégies a priori incompatibles : la rust belt strategy ou la sun belt strategy. Faut-il essayer de reconquérir les États ouvriers des États industrialisés du nord, ou bien miser sur les métropoles du sud (Atlanta, Phoenix, Austin, Houston…) pour conquérir des États républicains du sud ? Si ces deux choix semblaient incompatibles il y a encore un an, Joe Biden a rendu possible les deux stratégies en segmentant sa communication.

L’ancien vice-président de Barack Obama a profité de deux phénomènes consécutifs. D’une part, le basculement des banlieues opulentes chez les démocrates, de l’autre la renaissance du socialisme à la gauche du parti démocrate.

La haine que Donald Trump et sa rhétorique populiste inspire aux Américains urbains huppés ne suffit pas à expliquer ce basculement. Si les républicains ont pu gagner un électorat populaire en repositionnant le débat sur le thème des valeurs morales et religieuses, ils y ont aussi perdu les riches progressistes. Les démocrates se sont engouffrés dans la brèche, et ont rencontré des succès inimaginables il y a vingt ans : le comté d’Orange, la banlieue hyper riche de Los Angeles, a voté pour la candidate démocrate en 2016 pour la première fois depuis les années 1930. En 2018, des circonscriptions très aisées des banlieues de Houston, Dallas, Atlanta, New York et même Salt Lake City sont passés aux démocrates. Joe Biden a bien compris qu’il y avait là un moyen de conquérir des États pourvoyeurs de grands électeurs. Il force Donald Trump à mener campagne dans des États républicains comme l’Arizona (qui n’a voté démocrate qu’une seule fois depuis 1952), le Texas ou la Géorgie.

Consécutivement, le mouvement socialiste est en pleine expansion à la gauche du parti démocrate. La candidature aux élections présidentielles de 2016 de Bernie Sanders et l’élection en 2018 de la très charismatique Alexandria Ocasio-Cortez ont donné des figures à un mouvement jusque-là moribond. Tout un électorat populaire, jeune, rural comme urbain a été stimulé par ce réveil. Si l’appareil démocrate a tout fait pour empêcher Bernie Sanders d’accéder à la nomination démocrate en 2016 et 2020, il n’a pas pu enrayer la montée socialiste. De plus en plus de primaires démocrates locales sont gagnées par des democratic socialists. Le groupe compte déjà une demi-douzaine de représentants, et va probablement encore s’accroître après les élections de 2020 : deux circonscriptions démocrates à majorité afro-américaine ont voté aux primaires pour un des leurs.

Il faut comprendre l’aspect ultra-communautarisé de la politique, et de la vie en général, aux États-Unis. Une des raisons de la défaite de Bernie Sanders en 2016 a été qu’Hillary Clinton a su fédérer autour d’elle les minorités lors des primaires. La stratégie des socialistes a alors été de miser sur des figures issues des minorités pour combler ce retard. Alexandria Ocasio-Cortez a beaucoup contribué au basculement des latino pour Bernie Sanders aux primaires 2020. La réduction du poids démographique des immigrants d’origine cubaine, farouchement anticommunistes et très républicains, au profit des travailleurs précarisés originaires de l’Amérique Centrale a aussi joué. Toutefois, il manquait à ce mouvement des figures afro-américaines. Les pontes démocrates afro-américains sont situés à l’aile droite du parti. S’ils arrivent à mobiliser la base lors des élections primaires, force est de constater qu’ils n’arrivent pas à enrayer l’abstention croissante et la désinscription massive des listes électorales orchestrée par les républicains. Cori Bush, infirmière et pasteure, ancienne sans-abri, a gagné les élections primaires à Saint-Louis, dans une circonscription imperdable par les démocrates. Jamaal Bowman a quant à lui gagné la primaire démocrate dans une circonscription du Bronx. Comme Alexandria Ocasio-Cortez, ils ont au passage renversé deux éminents démocrates sortants.

Si la stratégie des socialistes de miser sur les communautés qui étaient leur point faible a fonctionné jusqu’alors, ils doivent prendre garde à ne pas basculer dans le communautarisme délétère. Si la société américaine est très communautaire, il n’en reste pas moins que le succès de Bernie Sanders a été de dépasser ces clivages et de défendre les classes populaires sans distinction d’ethnie. Le soutien de Cori Bush et d’Ilhan Omar (représentante de Minneapolis) au mouvement Boycott Israël, la remise au centre du débat de la question migratoire ou bien l’historique de vote pour le moins contestable d’Ilhan Omar sur la reconnaissance du génocide arménien – elle est la seule représentante démocrate à ne pas avoir voté une résolution le reconnaissant – risquent de donner aux républicains et aux démocrates centristes de quoi combattre efficacement le mouvement socialiste en le divisant.

Toutefois, il est indéniable que les socialistes ont le vent en poupe. Malgré leur opposition violente lors des primaires 2020, Bernie Sanders et Joe Biden travaillent désormais main dans la main pour battre Donald Trump. Joe Biden a su adapter sa communication en profitant de l’aura des socialistes chez les jeunes et dans les États des Grands Lacs et de celle des démocrates centristes dans les banlieues huppées. Ils espèrent remporter ces élections sans précipiter leur parti dans une stratégie ouvertement droitière comme en 2018.

Enfin, Joe Biden profite d’un phénomène qui s’est accentué en quatre ans : le vote massif et majoritaire des femmes pour les démocrates. Déjà en 2016, Hillary Clinton avait 13 points d’avance sur Donald Trump dans l’électorat féminin. Toutefois, ce dernier avait dix points d’avance chez les femmes blanches. Les propos outranciers et vulgaires du président à l’égard des femmes, l’inscription assidue des démocrates dans le mouvement me too et le raidissement de Donald Trump sur la question de l’avortement (en 2016, il apparaissait modéré sur la question, et en parlait peu) ont précipité le basculement des femmes blanches. Il n’est désormais pas impossible que les femmes blanches votent majoritairement démocrate en 2020.

Du côté républicain, la croyance en la victoire de Donald Trump est toujours vivace. Si la campagne anti-Trump de l’establishment républicain en 2016 avait été aussi prolifique qu’inefficace, c’est parce que la base républicaine est solidement arrimée à lui. Le basculement de certaines banlieues huppées vient de ce que les indécis ont voté démocrate. Les sympathisants républicains affichent un soutien constant à Donald Trump, dont la popularité a été remarquablement stable durant son mandat. S’il n’a jamais dépassé les 50% d’approbation, il n’a jamais franchi la barre des 40%. L’Amérique évangélique et rurale lui affiche toujours un soutien massif. Il y a peu de déçus de Donald Trump au-delà de certains pans de l’électorat féminin blanc. Il est probable qu’en nombre de voix, le président sera sensiblement au même niveau qu’en 2016. Ce qui change sera la participation des démocrates et des indécis. Le vote par correspondance a explosé, et il est probable qu’il sera majoritairement démocrate.

Quel que soit le résultat des élections, la société américaine restera durablement fracturée. Les partisans de Donald Trump auront perdu un leader mais pas leurs idées et leur nombre. Les démocrates ne gagneront que grâce à un surcroît de mobilisation qu’ils devront consolider s’ils veulent rester durablement au pouvoir. Mais comment fédérer à la fois les banlieues huppées et les déclassés séduits par le socialisme une fois que le repoussoir Trump sera dehors ? Le choix a pu être repoussé une fois, mais on peut douter qu’il puisse encore l’être. Si Donald Trump est réélu, il fera toujours face à l’opposition viscérale et systématique de la moitié de l’Amérique.

Chili : les électeurs tournent la page Pinochet

Dimanche 25 octobre 2020, les Chiliens ont décidé de mettre fin au compromis qui avait présidé à la sortie de la dictature de Pinochet.

Cette transition démocratique avait établi une constitution néo-libérale qui limitait fortement l’action de l’État et promouvait l’activité privée dans tous les secteurs, notamment l’éducation, la santé et les retraites. Un système qui a maintenu une grande partie de la population dans la pauvreté et a poussé à l’endettement une autre partie, précarisant les classes moyennes. Remplacer la Constitution était donc une des revendications des manifestations lancées à partir du 18 octobre 2019 afin de réclamer une société plus juste. Il y a un an jour pour jour, 1,2 million de personnes descendaient dans les rues du Chili pour manifester contre les inégalités sociales après une hausse de 30 pesos (0,03 euro) du prix des transports publics à Santiago. La goutte avait fait déborder le vase social et politique dans le second pays le plus inégalitaire de l’OCDE.

Le vote s’est déroulé dans le calme et a été marqué par une participation de 50,8 %, un record depuis la fin du vote obligatoire dans le pays, en 2012. C’est en fait la participation la plus forte depuis l’instauration du vote volontaire en 2012. Près de 15 millions de Chiliens étaient appelés à voter. De longues files d’attente ont été observées malgré la pandémie. Les jeunes Chiliens ont visiblement voté en nombre, alors que 60 % s’étaient abstenus lors de l’élection présidentielle de 2017.

Les résultats sont sans appel : plus de 78% des électeurs inscrits ont approuvé la nécessité de donner une nouvelle constitution au pays et près de 80 % des votants ont choisi un groupe composé uniquement de citoyens (et aucun parlementaire – avec une parité hommes-femmes) plutôt qu’une “convention mixte” de citoyens et parlementaires.

Ce vote massif pour une Convention constituante illustre ainsi l’immense rejet de la classe politique par les Chiliens : la crise sanitaire du COVID-19 n’a pas arrangé leur confiance en leurs dirigeants (500 000 contaminations et 14 000 morts pour 18,2 millions d’habitants). L’un des grands défis des mois à venir sera d’élire des représentants qui aient davantage de légitimité auprès de la société.

Sebastian Piñera, président mal élu en 2017 et fragilisé depuis l’année dernière par une contestation sociale massive qui a été conduite hors des partis et des syndicats,  risque de connaître une fin de mandat dans l’ombre du processus constituant. La Tercera, l’un des journaux les plus lus du pays, estime que “ceux qui ont parié sur une solution politique ont gagné”. Pour ce grand quotidien, “ce qui s’est passé devrait adoucir le climat politique et, ce que tout le monde espère, écarter la violence”. Prenant acte de la défaite de son camp, le Président n’a même pas attendu la fin du dépouillement pour s’adresser au pays : « Aujourd’hui, nous avons une fois de plus démontré la nature démocratique, participative et pacifique de l’esprit chilien. […] Jusqu’à présent, la Constitution nous a divisés. À partir d’aujourd’hui, nous devons tous collaborer pour que la nouvelle Constitution soit un espace d’unité, de stabilité et d’avenir ».

Ce référendum marque surtout le début de plusieurs longs mois de réflexion. D’abord, le pays retournera aux urnes le 11 avril 2021 pour élire les 155 membres de l’assemblée constituante. Cet organe aura ensuite neuf mois pour préparer une proposition de texte. La ratification de la nouvelle Constitution ne devrait donc pas avoir lieu avant 2022.

C’est un choc violent, une immense défaite, pour la droite, qui s’attendait à obtenir un tiers des voix. La coalition au pouvoir s’en trouve fragilisée, car il y avait en son sein des personnalités favorables au changement de Constitution, dont l’ancien président de Rénovation nationale. Maintenant la droite doit panser ses blessures. Selon des sondages parus lundi matin, 32% des gens se revendiquant de droite auraient voté oui. Mais au regard du contexte aucun parti politique ne peut revendiquer la victoire. Or si certains veulent voir dans le résultat de dimanche et le processus qui commence un premier pas pour rétablir un équilibre social au Chili, la situation du pays impose de faire des réformes en parallèle du processus constituant, pour répondre aux demandes sociales urgentes de la société. Voilà un enjeu de taille pour la gauche chilienne dans un environnement qui reste particulièrement complexe.

Attaques et insultes de Recep Erdogan et d’Imran Khan contre la France : ça suffit !

La Gauche Républicaine et Socialiste considère avec sidération et colère les attaques contre la France menées par le président turc et aussi par le premier ministre pakistanais.

Jusqu’alors, la solidarité internationale primait sur les basses manœuvres politiques après un attentat. Las, M. Recep Tayip Erdogan a choisi de mener une campagne politicienne odieuse contre la République française, reprenant à son compte la rhétorique des terroristes pour masquer son impopularité grandissante et sa contestation interne.

Oser comparer la situation des citoyens français de confession musulmane à celles des Juifs européens sous le Troisième Reich est donc plus qu’une grave insulte diplomatique.
Alors que la liberté de culte est inexistante au Pakistan et que des non-musulmans y sont condamnés pour blasphème pour avoir bu dans un puits, le premier ministre pakistanais Imran Khan ose comparer le droit à la caricature aux mesures discriminatoires qui frappent les musulmans en Inde.

L’organisation d’un boycott des produits français orchestré par des chefs politiques qui ont choisi la lâcheté face à la Chine qui opprime la population ouighour est une marque supplémentaire de l’indécence de ces deux dirigeants. Nous ne pouvons pas croire que des propos aussi insultants pour notre pays n’entraîneront pas des conséquences diplomatiques fortes.

Nous reprenons à notre compte la phrase de Mustafa Kemal : « L’homme politique qui a besoin des secours de la religion pour gouverner n’est qu’un lâche ! Or, jamais un lâche ne devrait être investi des fonctions de chef de l’État. »

Universités de la Gauche Républicaine les 21 et 22 novembre à Marseille

La Gauche républicaine & socialiste, Les Radicaux de Gauche, République & Socialisme et Nos Causes Communes prennent acte de la situation sanitaire.

Nous décidons collectivement d’annuler la tenue de nos Universités de la

Gauche Républicaine les 21 et 22 novembre à Marseille.

Nous organiserons les UGR aux mêmes dates, en ligne. Les évènements

seront diffusés en direct depuis Facebook, Twitter et Youtube.

Nous annoncerons bientôt le programme et les intervenants.

La Bolivie a de nouveau le Morales !

Dimanche se tenaient les élections générales boliviennes dont le résultat a été sans appel. Le peuple bolivien s’est exprimé très majoritairement en faveur du Mouvement vers le socialisme (MAS). Les enseignements de cette élection et de la crise qui l’a précédée sont nombreux, et illustrent comment la presse conventionnelle peut, elle aussi, participer à la diffusion de « fake news » en vue de déstabiliser un régime démocratique.

Pour comprendre la complexité de cette crise, nous devons revenir sur la précédente élection, en octobre 2019. Afin d’effectuer un mandat supplémentaire, Evo Morales, alors président, avait modifié la Constitution. Si cette décision était critiquable, elle avait tout de même été menée démocratiquement dans le respect de l’Etat de droit.

La loi électorale bolivienne prévoit qu’un candidat peut être élu dès le premier s’il dépasse 50% des suffrages exprimés, ou bien s’il dépasse 40% avec plus de 10 points d’avance sur son concurrent le plus proche. Toujours au-dessus de 40% mais toujours en-dessous de 50%, Evo Morales a vu son avance dépasser les 10 points en fin de soirée électorale. Les résultats se sont nettement accrus en sa faveur en fin de soirée en raison de l’arrivée tardive des procès-verbaux des bureaux de vote des zones montagneuses et forestières, extrêmement favorables au MAS.

Toutefois, les opposants ont refusé de reconnaître ces résultats et ont accusé le président sortant de fraude électorale. Deux phénomènes se sont alors déclenchés et nourris l’un l’autre : l’affolement médiatique, et la déstabilisation diplomatique. Les médias institutionnels, y compris la presse française, ont pris pour argent comptant et sans les remettre en question les accusations infondées de l’opposition bolivienne. Les Etats-Unis et leurs alliés se sont empressés de profiter de la situation pour attaquer un régime qui ne leur était pas favorable. Lâché par l’armée et la police, Evo Morales a dû alors fuir le pays pour éviter un sort funeste.

La bourgeoisie bolivienne s’est alors lancée dans une furie contre-révolutionnaire fort peu démocratique : humiliation publique d’élus du MAS, chasses et ratonnades organisées par l’armée la police et les ligues d’extrême-droite de partisans du MAS, proclamation d’un gouvernement de transition en dehors de toute mesure parlementaire légitime. Sûre de son triomphe, elle préparait alors l’après : l’alignement sur le modèle capitaliste libéral pro-américain. La diplomatie bolivienne a tourné sa casaque, et s’est aligné sur la diplomatie de Donald Trump. Les privatisations des secteurs de la rente minière ont été lancées, et la destruction du modèle économique interventionniste bolivien a été entamée. Dans le même temps, la justice bolivienne a été dirigée toute entière contre Evo Morales, l’empêchant de se représenter. Les préparatifs d’une nouvelle élection pour draper le nouveau régime d’une légitimité démocratique qui lui faisait cruellement défaut ont été lancés.

A mesure que l’absurdité des accusations de fraude se révélait, et qu’il apparaissait de plus en plus clair que nous avions assisté ni plus ni moins à un putsch organisé par l’armée et la bourgeoisie bolivienne avec le soutien d’une puissance étrangère et l’approbation presque unanime de la presse dite progressiste, du New York Times au Monde, le peuple bolivien a montré des signes de résistance à cette prise de pouvoir. Les enquêtes d’opinion ont montré un soutien toujours grandissant au MAS, dont la dissolution, réclamée par les putschistes, n’était plus possible sans provoquer un soulèvement général.

Il faut comprendre le séparatisme et le mépris social et racial considérable de la bourgeoisie bolivienne pour saisir les tenants et les aboutissants de ce putsch. La Bolivie est un des pays d’Amérique latine où la part des amérindiens et des métis est la plus élevée. La bourgeoisie, héritière du système colonial, fait preuve d’un racisme bruyant et retentissant pour légitimer ses privilèges de classe : les amérindiens seraient sales, impurs, fainéants, violents, etc. Le mécanisme de racialisation de la question sociale pour éluder celle-ci est poussé à son paroxysme : en raison de critères ethniques présentés comme essentiels voire génétique, les amérindiens seraient indignes de posséder les richesses et les moyens de production. La politique socialiste et redistributive du MAS a radicalisé la bourgeoisie bolivienne et l’a conduit à appuyer un coup d’Etat grossier.

Le jeu de dupe n’a pas résisté à la mobilisation du peuple bolivien. Non seulement le candidat du MAS, Luis Acre, a remporté l’élection dès le premier tour, mais il a gagné près de 10 points par rapport à Evo Morales en octobre 2019 et obtient 54%. Le candidat des putschistes d’extrême-droite n’a obtenu que 14% des suffrages. Dans les régions où le rapport farfelu de l’opposition quant aux fraudes alléguées prétendait voir des résultats anormalement élevés pour Evo Morales, le MAS passe de 91 à 97% des suffrages. Les résultats préliminaires semblent montrer que le MAS, malgré l’entièreté de l’appareil d’Etat mobilisé contre lui, obtient la majorité absolue dans les deux chambres législatives.

L’élection de Luis Acre, figure extrêmement populaire, n’est pas surprenante. Ministre de l’économie d’Evo Morales, il incarnait le « miracle économique bolivien ». Contrairement à ce que préconise le modèle de pensée unique libérale promu par le FMI, il a refusé de privatiser le secteur minier et organisé un pilotage de l’économie par l’Etat, dans le but de redistribuer les richesses produites et d’empêcher un monopole étranger sur les ressources du pays. Le PIB de la Bolivie a quadruplé et le taux de pauvreté a été divisé par deux. La Bolivie démontrait qu’un autre modèle de développement, plus juste, moins inégalitaire, moins impérialiste, était possible. On peut y voir une des raisons de la mobilisation américaine contre le régime d’Evo Morales.

Le soutien de l’Union Européenne et de la presse institutionnelle à sa destitution, et le fait qu’elles aient massivement colporté des informations erronées, non vérifiées et qui sont apparues ridiculement fausse devrait pousser ces acteurs à reconsidérer les leçons de morale dans lesquels elles se drapent quant aux « fake news ».

La Gauche Républicaine et Socialiste se réjouit de la victoire de Luis Acre, et apporte tout son soutien au gouvernement légitime dans la sortie de cette période troublée, où la démocratie a failli être confisquée non dans le silence, mais dans l’approbation générale.

Attentat de Conflans-Sainte-Honorine : nous devons plus que jamais être unis face à la barbarie

Un professeur d’Histoire a été assassiné puis décapité vendredi en pleine rue à Conflans-Sainte-Honorine par un fanatique islamiste qui lui reprochait d’avoir montré en classe les caricatures de Mahomet à l’occasion d’un cours sur la liberté d’expression.

Nous n’avons pas de mots assez forts pour exprimer l’horreur que nous inspire cet acte ignoble et nous adressons nos condoléances à ses proches, ses collègues, ses élèves et sa famille. À travers ce professeur, c’est l’école républicaine son rôle d’éveil des conscience, l’apprentissage de l’esprit critique, la laïcité, la liberté d’expression, qui sont visés. C’est une volonté de nous terroriser pour qu’aucun citoyen n’ose plus réagir devant l’inacceptable et orienter les contenus scolaires pour faire triompher l’obscurantisme.

Nous ne pouvons cependant en rester là : la République doit être forte et rassembler les Français dans ce moment d’intense émotion et de tristesse.

La Gauche Républicaine et Socialiste propose donc à l’ensemble des forces politiques et sociales attachées aux valeurs de la République de demander ensemble l’organisation d’une journée de deuil national, qui doit être un hommage à la victime et à l’ensemble du corps enseignant qui a la charge de transmette les principes républicains à notre jeunesse.

Nous demandons aussi à la rentrée l’organisation d’une minute de silence dans tous les établissements scolaires, suivis d’échanges et de débats dans toutes les classes pour qu’au-delà de l’émotion la force de la Raison reprenne pleinement ses droits.

Enfin, il est essentiel que l’éducation Nationale soit d’une grande attention et d’une vigilance sans faille pour soutenir et accompagner tous les enseignants qui peuvent être mis en cause, menacés, placés sous pression au regard de leur enseignement.

Plus que jamais nous ne devons rien céder aux fanatismes religieux et au terrorisme islamiste.

Nous avons besoin de vous !

Quelles que soient vos compétences, si vous touchez votre bille en droit, en bricolage, si vous aimez écrire, si vous êtes créatif… vous pouvez prendre part à des actions et ateliers près de chez vous ou encore nous envoyer vos vidéos, vos dessins pour des affiches etc.