Les Outre-mer ne peuvent être tenus responsables de plusieurs années de politiques publiques inadaptées à leurs besoins !

La Martinique, la Guadeloupe et la Polynésie française ont été une à une reconfinées du fait d’une quatrième vague du Covid-19, causée principalement par le variant delta. Cette situation pandémique, qui s’est largement dégradée au mois d’Août, voit le taux d’incidence (nombre de tests positifs pour 100.000 habitants par semaine) atteindre des pics inédits avec plus de 1.165 cas pour la Martinique, 1.747 cas en Guadeloupe et 2.800 cas en Polynésie.

Les personnels soignants des Antilles et de la Polynésie doivent désormais gérer les pénuries de lits et de matériels au jour le jour. Ainsi, en Martinique et en Guadeloupe, l’accès des malades aux soins intensifs fait l’objet d’un tri drastique et dramatique avec des évacuations vers des hôpitaux de l’Hexagone. Heureusement, qu’au-delà des failles de l’État, c’est dans un élan de solidarité nationale que se sont organisées des renforts humains et matériels pour appuyer et soulager les structures sanitaires sur place.

Mais pourquoi une telle flambée épidémique ? Selon les autorités, elle est due à un faible taux de vaccination des populations des Antilles. Ainsi, en Martinique l’Agence Régionale de Santé (ARS) dénombre un taux de couverture vaccinale de 21,2% de la population majeure, 32,86% en Guadeloupe (contre 41,74% à Saint-Martin et 71,63% à Saint-Barthélémy) et 29,3% en Polynésie contre 68,5% à l’échelle de la France entière.

Pourquoi un aussi faible taux de vaccination ?

Pour expliquer ce faible taux de vaccination, certains parlent de réticences culturelles, dues entre autres à l’insularité, et à « un manque de responsabilité » des populations concernées face à la campagne vaccinale. D’autres sont même allés jusqu’à mettre en avant une « inclinaisons des populations » à se protéger de la maladie en pratiquant le Voodoo ou encore d’autres rituels mélangés à la médecine traditionnelle. La Gauche Républicaine et Socialiste rejette en bloc de telles insinuations qui ne font que stigmatiser nos compatriotes ultramarins tout en dédouanant l’État de ses responsabilités.

D’une part, n’oublions pas que ces territoires, ont un passé complexe du fait des blessures historiques héritées du passé colonial de notre pays et de l’esclavage. Certaines plaies sont encore ouvertes et reste alimentées par les erreurs stratégiques de l’État et les manques en termes de politiques publiques adéquates dans ces territoires. Cela ne permet pas d’améliorer la situation et la vision qu’ont une partie de nos compatriotes ultramarins vis-à-vis de la France Hexagonale.

D’autre part, ces territoires n’ont pas attendu la pandémie de Covid-19 pour connaître des difficultés sanitaires. Les problématiques engendrés par la pollution des Antilles par l’usage de la chlordécone et le flou qui existe autour des retombées radioactives des essais nucléaires en Polynésie en sont les meilleurs exemples. Les populations ont ainsi pu y constater les défaillances de l’État quand il aura été question de mettre en place des politiques de reconnaissance et de réparation adaptées à ces deux catastrophes sanitaires et écologiques.

D’ailleurs, la régularité des promesses, souvent non-tenues, et les déclarations dissonantes des membres du Gouvernement n’ont fait qu’alimenter les craintes et les angoisses des populations. Il n’y a donc rien d’étonnant quand on voit que les décisions et les annonces des autorités soient peu comprises, jugées incohérentes et vécues comme des « mensonges d’État ». Rappelons que les premières plaintes portées contre les ARS et le Préfet pour refus de traitements à l’hydroxychloroquine provenaient justement de la Guadeloupe et de la Martinique.

À partir de ce constat, comment pouvons-nous espérer créer une adhésion autour d’un vaccin produit en l’espace d’un an alors que des traumatismes profonds existaient déjà depuis plusieurs décennies ?

Des déserts hospitaliers patiemment installés

Une autre illustration concerne la lenteur de l’État à agir sur les problématiques hospitalières. Pour ne prendre que l’exemple de la Martinique, cela fait plusieurs années que le Centre Hospitalier Universitaire subissait une situation très dégradée avec des difficultés notamment sur les conditions de travail des agents hospitaliers, des manques d’effectifs de personnels de santé et de médicaments et de produits de désinfection, des locaux vétustes, des manques en matière d’équipement, etc. Il aura fallu attendre plusieurs années, des manifestations régulières et une pandémie, malgré les appels récurrents des élus locaux, pour qu’une enveloppe de 500 millions d’euros soit octroyée par le Gouvernement, seulement en mars 2021. Pendant ce temps, les populations souffraient en temps normal de difficultés d’accès aux soins.

Comment espérer qu’une enveloppe budgétaire, arrivée trop tard, puisse permettre aux structures hospitalières de s’armer correctement face à la virulence de la dernière vague pandémique ? Une communication appropriée et un travail de pédagogie sur l’importance de la vaccination auraient été plus efficaces que des moyens financiers tardifs.

Catastrophe économique et sociale

Au-delà des effets sanitaires de la pandémie, les implications économiques pour ces territoires sont terribles. Les Outre-mer connaissaient déjà des freins structurels alimentés par les spécificités telles que l’éloignement géographique, les conditions climatiques difficiles et de moins en moins prévisibles, et l’insularité. Pour rappel, la première vague épidémique avait eu des effets négatifs en Martinique avec un recul de la valeur ajoutée totale de 4,4%, 5,1% en Guadeloupe et 3% en Polynésie.

L’année 2021 devait leur permettre de rouvrir les vannes, notamment pour les secteurs en liens avec les activités touristiques et nautiques qui avaient souffert d’un fort manque à gagner. La nouvelle vague pandémique risque d’accentuer la dégradation du tissu économique dans des territoires où le taux de chômage, surtout des jeunes, et les destructions d’entreprises pesaient déjà sur les conditions de vie des populations.

D’autres territoires ultramarins restent fragiles face à cette pandémie, notamment Mayotte – où les infrastructures publiques ne permettent pas de respecter les gestes barrières convenablement – et la Guyane – où les peuples autochtones restent vulnérables. Nous y constatons des freins similaires et les populations risquent d’y connaître des difficultés similaires aux Antilles et à la Polynésie.

Face à cette situation est intenable pour nos compatriotes des Outre-mer, la Gauche Républicaine et Socialiste exhorte le Gouvernement à tout mettre en œuvre pour éviter, au-delà des effets négatifs de la pandémie, un embrasement politique et institutionnel qui pourrait mettre à mal le socle républicain.